LE FIGARO n°24525 - Page 4 - 24525 jeudi 29 juin 2023 le figaro A 2 l'événement Christophe Cornevin £@ccornevin et Jean-Marc Leclerc £@leclercjm TOUT FAIRE pour éviter le scénario tant redouté de l’embrasement dans les banlieues de France. Depuis la mort de Nahel, tué mardi matin à l’âge de 17 ans par une balle policière lors d’un refus d’obtempérer à Nanterre, les autorités scrutent avec anxiété le chaudron des cités. Le bouillonnement est déjà bien présent. Pas moins de 1200 hommes ont été mobilisés jusqu’à mercredi 3 heures du matin avant de rétablir l’ordre à Nanterre. Dans le même temps, les ferments de la colère ont enflammé plusieurs quartiers d’Île-de-France, où la stratégie de reconquête républicaine voulue par Emmanuel Macron depuis 2017 tarde à porter ses fruits. Alors que la mairie annexe de Mantes-la-Jolie a été incendiée par des cocktails molotov, des bandes encagoulées ont mené des raids sporadiques contre les forces de l’ordre et des bâtiments publics à Asnières, Colombes ou encore à Clichy-sous-Bois. Paris n’a pas été épargné, avec des feux et des jets de projectiles enregistrés dans les 20e et 15e arrondissements. Les risques de contagion sont pris très au sérieux par les analystes du ministère de l’Intérieur. Selon un bilan porté à la connaissance du Figaro, les policiers ont été ciblés dans une quinzaine de départements, les patrouilles essuyant des jets de projectiles notamment à Hem (Nord), à Mulhouse (HautRhin), Dijon (Côte-d’Or) ou encore à Bordeaux (Gironde). En zone gendarmerie, des patrouilles ont été prises à partie dans le Val-d’Oise et des incendies volontaires ont éclaté dans l’Eure. Dans la seule Îlede-France, où 75 véhicules ainsi que 243 poubelles ont été brûlés, 29 émeutiers ont été interpellés. «Cela faisait trop longtemps que les banlieues étaient calmes, grimace un haut responsable policier. Les derniers week-ends et même la Fête de la musique n’avaient pas donné lieu à des incidents notables. Mais, telle une allumette sur un bidon d’essence, l’affaire de Nanterre a offert un excellent motif aux casseurs de passer à l’action.» Le schéma de ces émeutes est classique. «Il se fonde, depuis trente ans, sur d’intangibles ressorts, décrypte le criminologue Alain Bauer. Au départ, souvent, une intervention de la police qui tourne mal après un coup de feu, puis le coma ou la mort d’un jeune des cités. Ensuite, une suspicion de bavure qui engendre un sentiment d’injustice. Ce dernier nourrit alors une réaction de vengeance et de révolte. D’expérience, les violences urbaines durent en moyenne deux jours et trois nuits. C’est le quantum habituel sachant que les fêtes musulmanes de l’Aïd arrivent et peuvent avoir un effet sur le tempo des événements.» Plutôt que de se livrer à de fratricides batailles rangées entre voyous de cités voisines, les casseurs de toutes les origines se liguent et font corps pour affronter un ennemi commun clairement identifié : les représentants de l’État. «La police est alors considérée comme une bande rivale et non plus comme la garante de l’ordre républicain», résume le professeur Bauer. Quand cette alchimie du chaos prend une forme aboutie, la France, sur fond de ghettoïsation et paupérisation, devient le théâtre d’une inexorable poussée de fièvre dont les émeutes de l’automne 2005 ont été le paroxysme. Apaiser les esprits Après la mort, le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, pourchassés par la police et électrocutés dans un transformateur où ils s’étaient réfugiés, et l’envoi, trois jours plus tard, d’une grenade lacrymogène à l’entrée de la mosquée Bilal par des forces de l’ordre victimes de tirs de projectiles, le pays avait été secoué par trois semaines d’émeutes. L’épisode, dantesque, s’était soldé par 2911 interpellations et plus de 9000 incendies de voitures. «Ce drame de Nanterre, qui intervient à la fin de l’année scolaire et au début des vacances où les gamins vont rester cantonnés dans leur cité, fait craindre l’hypothèse du pire», souffle un préfet. Face à l’avis de tempête, l’exécutif tente d’enrayer la spirale des violences urbaines. Depuis Marseille, Emmanuel Macron exhorte au «calme partout parce que nous n’avons pas besoin d’avoir un embrasement». Faisant part de «l’émotion de la nation tout entière» et de «toute notre solidarité», le chef de l’État a ajouté : «Nous avons un adolescent qui a été tué, c’est inexplicable, inexcusable.» Dans un même souci d’apaisement, Gérald Darmanin a quant à lui appelé à la «vérité» sur les circonstances de la mort de Nahel et exprimé une «pensée extrêmement forte pour la famille qui a perdu un enfant». Mais tous les deux savent déjà que les mots ne suffiront pas à apaiser les esprits. Après avoir annulé ses déplacements de mercredi au congrès des sapeurs-pompiers à Aix-enProvence et de jeudi à Toulouse, le ministre de l’Intérieur a déclenché une «réunion de sécurité» en visioconférence avec les préfets. Pendant une vingtaine de minutes, il a appelé ses troupes à la «modération» et à ne pas céder aux «provocations» sur le terrain où fleurissent des tags hostiles aux forces de l’ordre. Selon nos informations, le ministre redoute, sur fond de haine de la police, une convergence des luttes entre les cités et les collectifs d’ultragauche, notamment issus des Soulèvements de la Terre, qui vont surfer sur l’événement. Sur les réseaux sociaux, les appels à la «Justice pour Nahel» se multiplient, tout comme le jeu de mots «On Nanterre pas cette affaire». Sans attendre, l’hôte de Beauvau a décidé de mettre un cataplasme bleu sur les cités en annonçant le déploiement de 2000 policiers et gendarmes, essentiellement en Île-deFrance, pour la nuit de mercredi à jeudi. À l’approche d’une fin de semaine sous tension, les états-majors policiers sont sur le qui-vive. Dans les synthèses de la première nuit d’émeutes, ils notent que 799 moyens collectifs de défense ont été utilisés par les unités, partout en France. Un niveau exceptionnel. Il évoque, à certains égards, le précédent des émeutes de Villiers-le-Bel en 2007. Elles se soldèrent par quinze jours d’échauffourées à la suite de la mort de deux jeunes montés sur un moto-cross percutés par une voiture de police. Bilan à l’époque : 119 policiers blessés, dont 81 par des tirs de chevrotine et 5 plus grièvement atteints par du gros calibre. Deux ans après les émeutes de 2005, ce choc amena Beauvau à revoir l’organisation et les équipements de ses troupes, désormais harnachées, casquées et systématiquement munies de gilets pare-balles en intervention dans les zones sensibles. Sans parler de la dotation en armes non létales, pistolets à impulsions électriques et autres lanceurs de balles de défense pour tenir à distance les assaillants. Situation inflammable Partout dans les départements, depuis la tragique affaire de Nanterre, les préfets prennent le pouls de la situation, en contact avec les élus locaux qui ne veulent plus voir dans leur ville des bâtiments publics et des biens privés partir en fumée. Les travailleurs sociaux et les réseaux de «grands frères» sont activés pour tenter de ramener le calme. Mais un chef de circonscription de police du nord de la France le dit: «Certains messages surfant sur l’émotion n’y aident guère.» «J’ai mal à ma France. Une situation inacceptable. Toutes mes pensées vont pour la famille et les proches de Nahel, ce petit ange parti beaucoup trop tôt», a publié sur le réseau social Twitter, le footballeur Kylian Mbappé, dès mardi matin. Bientôt relayé par l’acteur Omar Sy. Policiers, gendarmes et pompiers se préparent à une séquence délicate. Le secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), Jean-Paul Mégret, met en garde, de son côté : «Deux mille effectifs des forces de l’ordre sur le terrain en région parisienne, cela peut tenir ponctuellement, durant quelques jours, mais il ne faudrait pas que la contagion gagne, car les capacités en fonctionnaires et en militaires pour faire face ne sont pas extensibles à l’infini.» Les émeutes de 2005 avaient montré les limites opérationnelles des unités civiles de sécurité. «Les quartiers les plus en pointe dans la contestation figurent parmi ceux où l’action policière est la plus résolue contre le trafic de drogue, et ce n’est pas une coïncidence», rappelle le commissaire Mégret. Selon lui, vu les tensions actuelles, «il faut arrêter de rêver en imaginant des agents de police jouer les percepteurs dans les quartiers chauds avec un TPE à la main pour verbaliser les fumeurs de cannabis». «On fait toujours endosser au policier le mauvais rôle», déplore-t-il. À l’entendre, la théorie de la «désescalade» mise en avant par le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, lors du mouvement contre les retraites, pourrait bien trouver, avec les banlieues, un nouveau champ d’application. Mais la situation est des plus inflammables. L’extrême gauche dénonce, par la voix de Jean-Luc Mélenchon, une «police incontrôlée par le pouvoir». Les services de renseignements s’activent pour repérer sur les réseaux les collectifs qui appellent à des manifestations contre les «violences policières». Les agents qui espéraient pouvoir profiter de leurs congés avant la grande mobilisation sécuritaire pour les JO de 2024 se préparent à quelque déconvenue. Pour Frédéric Péchenard, vice-président LR de la région Île-de-France et ancien directeur général de la police nationale, «si le maintien de l’ordre s’est renforcé dans la police, avec la création de quatre nouvelles unités, la sécurité publique, chargée de la police du quotidien, a perdu beaucoup de monde ces dernières années, ce qui n’est pas un bon signe». La Cour des comptes a pu quantifier le phénomène. Les magistrats révèlent que «selon l’institution, les chiffres des départs de la police et de la gendarmerie en 2022 sont supérieurs à ceux de 2021, qui marquaient pourtant un record. En 2022, la police a connu 10840 départs (soit 33% de plus en quatre ans) et la gendarmerie 15078 (+25% sur la même période)». Des démissions en cascade, malgré les plans de recrutement des années Macron, une ambiance morose, mais aussi une capacité à resserrer les rangsenpériodedecrise.Leministre de l’Intérieur sait pouvoir compter sur ses troupes quand la tempête s’annonce. Nous y sommes. ■ Émeutes dans les cités : la police au défi de la contagion Après la mort de Nahel à Nanterre, l’exécutif déploie 2000 hommes et appelle au calme. «Cela faisait trop longtemps que les banlieues étaient calmes. Les derniers week-ends et même la Fête de la musique n’avaient pas donné lieu à des incidents notables. Mais, telle une allumette sur un bidon d’essence, l’affaire de Nanterre a offert un excellent motif aux casseurs de passer à l’action»un haut responsable policier Nanterre 10 km SEINE-ET-MARNE ESSONNE YVELINES VAL-D'OISE HAUTS-DE-SEINE 1.Suresnes 2.Colombes 3.Courbevoie 4.Asnières-sur-Seine 5.Gennevilliers 6.Villeneuve-la-Garenne SEINE-SAINT-DENIS 7.Saint-Denis 8.Aubervilliers 9.LeBourget 10.Drancy 11.Bobigny 12.Noisy-le-Sec 13.Gagny 14.Rosny-sous-Bois 15.Bagnolet VAL-DE-MARNE 16.Bry-sur-Marne 17.Champigny-sur-Marne 18.Chennevières-sur-Marne 19.Charenton-le-Pont 20.Ivry-sur-Seine 21.Villejuif 22.Vitry-sur-Seine Mantes-la-Jolie Limay LesMureaux Rueil-Malmaison Trappes Boulogne-Billancourt XVe XXe Étampes Corbeil-Essonnes Viry-Châtillon Juvisy-sur-Orge Athis-Mons Évry-Courcouronnes Épinaysur-Orge Savigny-sur-Orge LesUlis Massy Éragny Herblay Sarcelles Deuil-la-Barre Saint-GratienArgenteuil Jouy-le-Moutier Cergy Chelles Noisy-le-Grand Villepinte Sevran Clichy-sous-Bois Pontault-Combault LaQueue-en-Brie Lieusaint Souppes-sur-Loing 2 5 4 3 1 6 7 8 9 10 11 15 12 14 13 16 17 19 20 21 22 18 PARIS Infographie Nuit de tensions en région parisienne Je souhaite que notre exigence absolue de vérité permette à l’apaisement de l’emporter sur la colère (…) L’intervention n’était manifestement pas conforme aux règles»Élisabeth Borne, première ministre Des violences urbaines ont eu lieu, à Nanterre, dans la nuit de mardi à mercredi, après la mort d’un jeune de 17 ans tué par balle après un contrôle de police. Poitout Florian/ABACA SébastienSORIANO/LeFigaro Rendezvous ce jeudi à la préfecture de Nanterre, à 14 heures, marche blanche, venez tous, c’est une révolte pour mon fils (…) Justice pour Nahel »La mère du jeune homme tué à Nanterre, dans une vidéo postée mercredi sur tiktok Si votre idée c’est de passer aux énergies renouvelables c’est de passer renouvelables jeudi 29 juin 2023 le figaro A 4 l'événement Emmanuel Macron s’est rendu, mercredi, à la cité Benza, une copropriété dégradée du 10e arrondissement de Marseille. GUILLAUME HORCAJUELO/ POOL/via REUTERS Il y a la réalité d’un emballement politique et il y a la crainte d’un embrasement des «quartiers» » Amalgame et récupération à géométrie variable CONTRE-POINT PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard A près le drame de Nanterre, il y a la réalité d’un emballement politique et il y a la crainte d’un embrasement des «quartiers». L’emballement était prévisible et il révèle à quel point l’arc de la Nupes est prompt à pratiquer l’amalgame et l’instrumentalisation que la gauche est la première à dénoncer lorsqu’elle le suspecte chez ces adversaires. Les images «extrêmement choquantes» comme l’a reconnu Gérald Darmanin laissent deviner une faute grave ayant conduit à la mort de ce garçon de 17 ans. Laquelle justifie l’émotion exprimée par un très grand nombre d’acteurs de l’exécutif et de la vie politique. Mais l’interrogation sur une attitude individuelle s’est transformée dans la bouche de plusieurs responsables LFI ou EELV en mise en accusation de la police en tant que telle, en dénonciation de ses méthodes en général. Comme si, après avoir répété que «la police tue», ces élus tenaient enfin la preuve de leur assertion. La patronne des Verts, Marine Tondelier, a de son côté dénoncé la montée du «racisme» dans la police en s’inquiétant que l’on regarde CNews ou lise Valeurs actuelles dans des commissariats. On est ici dans l’instrumentalisation la plus odieuse accréditant l’idée que le drame de Nanterre ne serait pas un acte isolé mais le produit d’un système ou d’une doctrine d’emploi de l’ensemble de la police. L’amalgame consiste à prendre une exception pour la règle, une bavure condamnable pour une théorie assumée. C’est ce que fait Jean-Luc Mélenchon en sommant l’État de «refonder entièrement cette police». La gauche s’étrangle d’indignation quand, à droite ou au RN, on établit une corrélation entre des actes de délinquance commis par des étrangers et la non-maîtrise de l’immigration ; mais là, l’extrapolation devient subitement admise. Le «pas d’amalgame» brandi face au terrorisme islamiste vire à l’amalgame automatique lorsque la police est concernée. Et ce sont les mêmes qui s’offusquent de la tentation de légiférer sous l’émotion d’un fait divers qui réclament de revoir une loi de 2017 - votée par la gauche - qui restreint pourtant l’usage des armes à une «absolue nécessité» et à «une stricte proportionnalité». «Cette loi va provoquer d’autres drames» a osé dire un sénateur écologiste alors que c’est son nonrespect et pas son application qui est en cause à Nanterre. Le procès global fait à la police est d’autant plus choquant que, aussi insupportable soit cette potentielle ou probable bavure, on ne peut occulter la progression inquiétante des refus d’obtempérer, l’un d’entre eux étant malgré tout au point de départ du drame de Nanterre. Ni celle des violences contre les policiers qui, elles, ne provoquent guère d’indignation dans les rangs de la gauche mélenchonisée. L’instrumentalisation politique est d’autant plus dangereuse que l’enjeu désormais est d’éviter un embrasement qui ferait basculer certains pans de la société dans une violence dont certains épisodes passés (2005) sont là pour rappeler qu’elle peut échapper rapidement à tout contrôle. «Parler de ‘‘police raciste’’ , de ‘‘police qui tue’’, c’est abject. Je dénonce ces récupérations politiques dangereuses pour notre démocratie», affirme Manuel Valls. condamnant nos collègues avant même que celle-ci ne se prononce». Malgré les chaînes d’information et les réseaux sociaux, les questions des habitants de Benza ne dévient pas vers l’actualité brûlante du jour. «Nos banlieues ne manquent pas de tempérament et d’excès. Mais elles ne cherchent pas à rivaliser avec les autres», veut croire Renaud Muselier, le président (Renaissance) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui vient de recevoir le président. À Marseille, comme à l’Élysée où Emmanuel Macron est rentré mercredi après-midi, on retient maintenant son souffle en attendant la nuit. ■ À Paris, Élisabeth Borne n’a pas attendu la déclaration présidentielle pour évoquer son «émotion» sur Twitter, à l’issue d’un entretien téléphonique avec le maire de Nanterre, Patrick Jarry. «Je souhaite que notre exigence absolue de vérité permette à l’apaisementdel’emportersurlacolère», a écrit la première ministre. Avant de prendre la parole au Sénat pour mettre en cause l’intervention policière, «manifestement pas conforme aux règles». «Dans les mains de la justice» Le ministère de l’Intérieur prépare le déploiement de 2000 forces de l’ordre en Île-de-France dans la nuit de mercredi à jeudi. La Place Beauvau et la préfecture de police de Paris ont communiqué dès les premières heures de la journée. Mais déjà l’embrasement s’étend sur les réseaux sociaux. Le rappeur marseillais SCH dénonce le «peu d’humanité chez certains» alors que des responsables politiques, de LR au RN, ou syndicaux se rangent du côté des policiers. «Vous pourrez trouver toutes les excuses de la terre pour justifier l’acte, ça ne ramènerapascepauvregossede17ansàses parents», s’insurge l’artiste suivi par 1 million d’internautes sur Twitter. Non loin du président lors de sa visite à Benza, le maire de Marseille, Benoît Payan, prône «le calme». «Mais je peux comprendre la douleur, la colère qui peut être légitime parce que nous avons tous été choqués et moi le premier. Maintenant, c’est dans les mains de la justice. Des conclusions devront être tirées le plus vite possible», dit l’élu divers gauche. Plus vertement, Emmanuel Macron juge «inexplicable, inexcusable» la mort «d’un adolescent».En retour, le syndicat de policiers Alliance juge «inconcevable que le président de la République, comme certains responsables politiques, artistes ou autres bafouent la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice en TRISTAN QUINAULT-maupoil £@TristanQM Envoyé spécial à Marseille ENTRE les tours délabrées du quartier de Benza, à Marseille, Emmanuel Macron clôt ce mercredi une visite de trois jours dans la Cité phocéenne où il a essentiellement arpenté les cités populaires. Depuis la veille, les images de Nahel, tué à 17 ans par un policier à Nanterre, provoquent l’indignation. En particulier dans ces quartiers où le rapport à la police est de longue date détérioré. Le président s’était abstenu de les commenter mardi. Après une nuit de réactions indignées et de violences urbaines dans les Hauts-de-Seine, l’exécutif s’inquiète d’une contagion dans le reste de l’Hexagone alors que des incidents plus isolés sont d’ores et déjà survenusdansplusieursautresvilles, dont Bordeaux, reléguant au second plan les annonces du chef de l’État contre le logement insalubre, attenduesparleshabitantsvenusàsarencontre. Le spectre de plusieurs nuits de violences généralisées sur tout le territoire, comme en 2005 après les décès de Zyed et Bouna est dans toutes les têtes. «Il faut le calme partout parce que nous n’avons pas besoin d’avoir un embrasement», déclare le président de la République à la presse, au pied des immeubles où il a fait état de «l’émotion de la nation tout entière». «L’été arrive, il fait très chaud. Beaucoup de familles et beaucoup de jeunes vivent dans des situations très difficiles et ne partent pas en vacances. Évidemment, les esprits peuvent s’échauffer dans ce contexte-là», s’inquiète Emmanuel Macron. À ses côtés, le ministre délégué à la Ville, Olivier Klein - qui a été maire de Clichy-sous-Bois, évoque un «drame épouvantable» et appelle «au recueillement, à l’apaisement et à la vérité». À Marseille, l’exécutif joue l’apaisement pour éviter l’embrasement Le président de la République a jugé «inexplicable, inexcusable» la mort «d’un adolescent». PROPOS RECUEILLIS PAR Loris BoicHot £@lboichot APRÈS le «drame» de Nanterre, l’ex-premier ministre PS fustige les Insoumis et les Verts qui «propagent une haine des forces de l’ordre». Il juge «irresponsable» un éventuel changement de la loi de 2017, qui élargit le cadre d’action des forces de l’ordre face aux refus d’obtempérer. LE FIGARO. - Après la mort d’un jeune de 17 ans tué mardi à Nanterre par un policier lors d’un refus d’obtempérer, craignez-vous de nouvelles émeutes? Manuel VALLS. - Aucun d’entre nous ne peut être insensible à la mort d’un gamin de 17 ans. C’est un drame. J’ai été bouleversé par les mots de sa mère. La famille de Nahel et la société ont le droit à une réponse claire, et si possible rapide, sur ce qui s’est exactement passé. Nous sommes dans un État de droit. La justice est saisie. Les plus hautes autorités de l’État ont exprimé leur compassion et le devoir de vérité. Le policier a été placé en garde à vue. Des sanctions administratives et judiciaires sont possibles si sa faute est avérée. Certes, il y a une vidéo, mais la justice ne s’exerce ni sur les réseaux sociaux ni dans la rue. J’ai le vertige face à certaines déclarations du monde politique ou de la société civile. Rien ne peut justifier ces violences urbaines. Elles sont inacceptables. Ce sont des récupérations qui ne visent pas à exprimer une émotion légitime, mais à mettre en cause l’État de droit et à détruire des services publics précieux pour les habitants des quartiers populaires. Redoutez-vous une «américanisation de la police», comme l’indiquent les Verts? Parler «d’américanisation de la police», de «police raciste», de «police qui tue», c’est abject. Sans même attendre la moindre conclusion judiciaire, une partie de la gauche lance une véritable vendetta à l’encontre de la police. Je dénonce ces récupérations politiques dangereuses pour notre démocratie. Elles attisent la violence. J’aimerais lire les mêmes indignations quand des policiers sont tués. À juste titre, certains évoquent l’«ensauvagement» et la «décivilisation» de la société française.Lahaussedeshomicidesoudes tentatives d’homicides en est l’un des symptômes. Les policiers effectuent un travail remarquable et difficile, en luttant contre le terrorisme, la délinquance quotidienne, le crime organisé et les manifestations violentes. Ils sont en permanence sous pression. Personne ne peut l’ignorer. Le pays a besoin d’ordre, assuré par une police dont chacun puisse être fier, impeccable quant au respect de la déontologie. C’est le cas de l’immense majorité des policiers et des gendarmes. Faut-il revoir la loi de 2017 sur les refus d’obtempérer, comme le demande un pan de la gauche? Changer la loi de 2017 serait irresponsable. J’avais évoqué des «gauchesirréconciliables».Celles-cisont désormais séparées par des abîmes. D’un côté, il y a ceux qui ont gouverné, qui ont fait face au terrorisme et qui ont changé la loi pour protéger les policiers. De l’autre, il y a les Insoumis et les Verts qui utilisent des événements dramatiques pour propager une haine des forces de l’ordre. Les refus d’obtempérer, et l’utilisation de voitures comme des armes, sont un reflet de la violence contre les forces de l’ordre. N’oublions pas cette réalité. C’est la gauche de gouvernement qui a assoupli les conditions d’emploi du feu par les policiers, pour les aligner sur celles des gendarmes après le drame de Viry-Châtillon à l’automne 2016. Les principes d’absolue nécessité et de stricte proportionnalitérestentenvigueur.Lespoliciers y sont formés. Si ces conditions d’emploi des armes n’ont pas été respectées lors du drame de Nanterre, alors il faudra sanctionner ce policier. Mais une faute, aussi insupportable soit-elle, ne doit pas jeter le discrédit sur tous les fonctionnaires qui assurent notre protection. Jugez-vous que le PS a délaissé l’autorité? Quandunepartiedelagaucheabandonne l’idée même de l’ordre républicain, elle perd toute capacité de convaincre les Français. Le rôle de l’État est de lutter contre toutes les formes de violences.Iln’ya pas de liberté sans ordre. C’est pour cela que je soutiens l’interdiction des Soulèvements de la Terre, comme de tous les mouvements d’extrême gauche et d’extrême droite qui mettent en cause les valeurs républicaines. ■ Valls : «Les gauches irréconciliables sont désormais séparées par des abîmes» Jean-ChristopheMARMARA/LeFigaro Si votre idée c’est de réduire votre budget assurance jeudi 29 juin 2023 le figaro A 6 l'événement m’étonne de voir cette rapidité dans la prise de position, notamment du président de la République, a formulé la candidate qui s’est présentée trois fois à la présidentielle. Le président est prêt à oublier les principes constitutionnels pour tenter d’éteindre un potentiel incendie, mais il n’est pas dans son rôle en faisant cela (…). Le président aurait dû avoir la prudence de laisser, comme la Constitution l’exige de lui, la justice faire son travail.» Avant elle, son bras droit et président du RN, Jordan Bardella, s’en était déjà pris à Jean-Luc Mélenchon. «C’est la dérive d’un homme qui est systématiquement du côté de ceux qui veulent abîmer et détruire la République», a-t-il avancé. ■ «soutien» aux policiers pour leur «travail difficile». «La mort d’un jeune homme de 17 ans est toujours un drame», a-t-il poursuivi. Mais celui-ci «ne doit pas être instrumentalisé», et «c’est à l’enquête de faire sereinement son travail.» «Si ce jeune est mort, c’est d’abord parce qu’il a cherché à se soustraire à un contrôle», a abondé l’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy. Évoquant aussi les «émeutes injustifiables». Les mêmes dénoncées par Marine Le Pen, pour qui «rien ne justifie des explosions de violence dans notre pays». Depuis l’Assemblée nationale, plus tardivement, la chef de file du groupe RN s’est directement attaquée à Emmanuel Macron. «Je nielle Simonnet, mettant aussi en cause la loi de 2017 à l’origine d’un assouplissement du cadre légal du recours à la force par les policiers. «Changer la loi de 2017 serait irresponsable», répond à ce sujet l’ancien premier ministre Manuel Valls dans les colonnes du Figaro (lire page 4). Alors que des émeutes ont éclaté à Nanterre et dans d’autres communes dans la nuit de mardi à mercredi, des députés insoumis se sont en plus mis en scène toquant à la porte des commissariats pour «contrôler» les conditions de garde à vue des personnes interpellées. De quoi trancher avec quelques autres approches plus mesurées. Comme celle du communiste Fabien Roussel, affirmant qu’«un refus d’obtempérer ne doit pas entraîner la mort» et que «l’enquête désormais ouverte doit établir les conditions de l’utilisation de l’arme du policier». Ou le député LFI François Ruffin, se limitant à déclarer que «porter l’uniforme de la République implique des devoirs. Pour les policiers, comme pour les citoyens. Enquête et justice.» L’élu de la Somme a toutefois réclamé par la suite des «changements» et regretté qu’il n’y ait pas à ce jour de «contrôle externe de la police». Procès médiatiques Face aux critiques acerbes adressées aux forces de l’ordre, la droite est montée au créneau. Dans un premier temps discrètes, plusieurs figures des Républicains se sont succédé sur les plateaux pour faire part de leur émoi et «soutien» à la famille de la victime. Et surtout dénoncer l’attitude des Insoumis. «Moi, je ne veux pas aujourd’hui faire des procès médiatiques, et je vois bien qu’au-delà de cette affaire, certains veulent attaquer globalement la police. (…) Il y a une haine de la police de la part des Insoumis, de Jean-Luc Mélenchon», a déclaré le président des Républicains, Éric Ciotti, mercredi matin, précisant aussi son dinah cohen £@DinahCohen IL Y A d’abord eu l’émotion. Celle provoquée par le drame de la mort de Nahel. Cet adolescent de 17 ans qui a succombé au tir d’un policier mardi à Nanterre (Hauts-de-Seine), après avoir refusé de se soumettre à ses injonctions. Il y a ensuite eu la bataille. Politique et virulente. Celle qu’Emmanuel Macron a tenté en vain d’arrêter, en appelant au «calme» et au respect du «temps» de la justice, tout en jugeant «inexplicable» et «inexcusable» le décès du jeune homme (voir page 4). Dès mardi matin, les réactions à gauche ont été majoritairement tournées vers la responsabilité du policier. À l’instar d’Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, condamnant une scène «totalement irresponsable». «Le refus d’obtempérer ne donne pas permis de tuer», a-t-il déclaré sur Twitter. Et la patronne des écologistes, Marine Tondelier, de dénoncer «l’américanisation» de la police française. Des membres de La France insoumise ont ensuite pris le relais, diffusant massivement les images filmées, et dénonçant à l’envi l’action de la police dans sa globalité. En témoigne Jean-Luc Mélenchon, s’indignant en ces termes : «La peine de mort n’existe plus en France. Aucun policier n’a le droit de tuer sauf légitime défense.» Et d’ajouter : «Cette police incontrôlée par le pouvoir discrédite l’autorité de l’État.» Il n’en fallait pas plus pour que l’événement tragique prenne une tournure hautement politique. Et quelagauche,parlavoixdeLaFrance insoumise, rouvre le débat quant à son rapport avec la police. N’est-ce pas Jean-Luc Mélenchon qui, à plusieurs reprises, a déjà affirmé que «la police tue» au risque de diviser jusque dans le camp de la Nupes? «Oui, la police peut tuer», a confirmé une fois de plus la députée insoumise DaAprès l’émoi, nouvelle bataille politique autour de la police Le drame survenu à Nanterre a donné lieu aux attaques acerbes d’une partie de la gauche. Margaux d’Adhémar £@m_dadhemar et Éloi passot £@eloi_passot GÉRALD DARMANIN «a menti devant la représentation nationale». Le députédeLaFranceinsoumise(LFI), Manuel Bompard, était catégorique ce mercredi au micro de Franceinfo. La veille, à Nanterre, Nahel, 17 ans, était tué après un refus d’obtempérer par un policier, placé en garde à vue pour homicide volontaire. Sur les ondes, le fidèle de JeanLuc Mélenchon a mis en cause les propos tenus par le ministre de l’Intérieur à l’Assemblée mardi à propos de la loi du 28 février 2017, dernier texte sécuritaire adopté sous le quinquennat de François Hollande après l’attaque de policiers à ViryChâtillon. Il autorise les policiers à tirer sur un véhicule en fuite si celui-ci met en danger leur vie ou celle d’un tiers. Depuis ces nouvelles dispositions, il y a eu «moins de tirs» et «moins de cas mortels», a affirmé Gérald Darmanin. Le coordinateur de La France insoumise, lui, avance d’autres statistiques : «17 décès» après un refus d’obtempérer «entre 2002 à 2017», contre «30 entre 2017 et 2022». Soit une nette augmentation. Ces chiffres, Manuel Bompard les tire d’une étude réalisée par le site d’extrême gauche Basta!, dont la méthode est imprécise. Le site explique avoir recensé comme «refus d’obtempérer» des situations qui sont «grossièrement les mêmes», à savoir : «Des policiers décident de contrôler un véhicule, le conducteur refuse de s’y soumettre et accélère : les forces de l’ordre ouvrent le feu et tuent le conducteur ou l’un des passagers.» Or cette définition peut aussi englober les délits de fuite (fuir le lieu d’un accident que l’on a causé ou occasionné, NDLR). Le député LFI évoque d’ailleurs 30 personnes tuées entre 2017 et 2022, alors que Basta! n’en dénombre que 26. Par ailleurs, un conducteur peut commettre successivement ces deux délits en même temps - fuite et refus d’obtempérer - s’il se soustrait à un contrôle et fuit la scène de l’accident qu’il a généré. Il est «parfois difficile d’établir un lien entre l’infraction et le tir, si une longue course-poursuite sépare les deux actes par exemple», précise le criminologue Alain Bauer. Au-delà des chiffres de Basta!, des statistiques du ministère de l’Intérieur existent, même s’ils sont fragmentaires. Ils montrent en tout cas que l’affirmation de Gérald Darmanin est inexacte s’agissant du nombre de tirs. Selon le dernier rapport de l’IGPN, depuis 2017, les «tirs sur des véhicules en mouvement» ont augmenté par rapport aux années précédentes : 202 en 2017, contre 137 en 2016. Même si les chiffres se stabilisent autour de 150 tirs annuels ces 3 dernières années : 147 en 2019, 153 en 2020, 157 en 2021. Mais, selon Beauvau, secteurs gendarmerie et police confondus, une baisse est au contraire observée : 254 ont été recensés en 2017, 193 en 2019, 194 en 2020 et 201 en 2021. «Véhicules en mouvement» Mais, de leur côté, les refus d’obtempérer ont aussi légèrement augmenté. 25599 ont été dénombrés en 2019 (dont 14075 en zone police), puis 25871en2020et26320en2021,selon Beauvau. Soit un refus d’obtempérer toutes les vingt minutes, ainsi que le mettent en exergue les syndicats de police. En 2022, avec 25822 cas, cette tendance connaît néanmoins une baisse. C’est à propos du nombre de morts consécutifs à des «tirs sur des véhicules en mouvement» que les chiffres sont alarmants. Selon les données de la police nationale, en 2020, une seule personne est décédée après des tirs de policiers dans ce genredecontexte.Puisdeuxen2021. Mais treize en 2022, soit un véritable bond.En2023,troisontétéjusque-là recensés. Un élément d’imprécision demeure puisque ces chiffres concernant des «véhicules en mouvement» représentent une catégorie plus large que le seul délit de «refus d’obtempérer», et les statistiques publiques ne permettent pas de faire la distinction. Par ailleurs, «la loi de 2017 n’est pour rien dans le pic de 2022, elle encadre l’usage de l’arme de façon stricte, explique Alain Bauer. Cette année-là, la société française était extrêmement tendue au sortir de la pandémie, notamment dans les banlieues». Enfin, l’augmentation du nombre de tirs est plus sensible chez les policiers que chez les gendarmes. «L’interprétation du texte est beaucoup plus souple dans la circulaire destinée aux policiers que dans celle destinée aux gendarmes, poursuit le professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers. Il faut dire que les policiers interviennent dans des zones plus difficiles.» D’ailleurs, le refus d’obtempérer s’ajoute souvent à d’autres actes délictuels, voire criminels, et ne se limite donc pas aux seuls contrôles routiers. Lorsque les policiers font usage de leur arme, il s’agit parfois d’affaires relevant de la lutte antiterroriste, de la lutte contre l’immigration irrégulière ou du grand banditisme. Ce qui n’est a priori pas le cas dans le drame de Nanterre. Élisabeth Borne a d’ailleurs évoqué une «intervention qui ne semble manifestement pas conforme aux règles d’engagement de nos forces de l’ordre». ■ Questions sur le nombre de tués après un refus d’obtempérer Capture d’écran de la vidéo montrant les circonstances de la mort de Nahel, abattu, après un refus d’obtempérer par un policier qui pointait son arme sur lui, mardi, à Nanterre. OHANA_FNG/AP/SIPA Une gerbe de fleurs est déposée à l’endroit où Nahel, le jeune de 17 ans, est mort après un contrôle de police, mardi, à Nanterre. Lewis Joly/AP Notre ville se réveille choquée, abîmée, balafrée et inquiète à cause de ce déferlement de violence (...), nous voulons la justice et nous l’aurons»Patrick Jarry, Maire (DVG) de Nanterre Les deux policiers seront entendus par la justice et nous verrons si ces gestes étaient appropriés ou pas. Ils sont actuellement entendus à l’IGPN. (Le policier qui a tiré) est luimême très choqué par ce drame»Laurent Nuñez, préfet de police de paris NanterreInfoSébastienSORIANO/LeFigaro le figaro jeudi 29 juin 2023 A Société 7 À la fin de la même année, l’étudiante devient la compagne de l’artiste russe réfugié en France, connu pour la radicalité de ses performances – il s’est notamment cousu les lèvres en soutien aux Pussy Riot ou encore cloué les testicules sur les pavés de la place Rouge à Moscou. Le 12 février 2020, des vidéos envoyées par Benjamin Griveaux à Alexandra de Taddeo sont publiées sur un site nommé Pornopolitique créé par Piotr Pavlenski. L’onde de choc se répand très rapidement et, le 14 février, Benjamin Griveaux annonce le retrait de sa candidature, dénonçant des «attaques ignobles». Le lendemain, il porte plainte. Trois ans plus tard, voici donc Alexandra de Taddeo et Piotr Pavlenski devant la justice, en l’absence - annoncée - de Benjamin Griveaux, qui a aujourd’hui abandonné la politique. À l’audience, Alexandra de Taddeo assume son «soutien» au projet Pornopolitique de son compagnon, qu’elle qualifie de «très grand artiste contemporain», mais assure n’y avoir pris aucune part. «Je ne suis pas artiste, je n’ai aucun pouvoir créatif sur ce que fait Piotr Pavlenski. Je peux juste avoir un avis sur ce qu’il fait et le soutenir.» Celle qui est désormais étudiante en histoire de l’art afProcès Griveaux : après les déballages intimes, un sketch douteux au tribunal L’artiste russe Piotr Pavlenski et sa compagne, Alexandra de Taddeo, étaient jugés pour la diffusion de vidéos pornos de l’exhomme politique. Tanie pourrait être relâchée sur un territoire qui compte déjà 76 plantigrades. Éric de La Chesnais £@plumedeschamps Agriculture Dans les Pyrénées ariégeoises, la possible arrivée de Tanie, une oursonne lettone orpheline de 4 mois, échauffe les esprits. D’autant plus que les attaques de bétail, principalement des brebis, se multiplient depuis la montée en alpage des troupeaux début juin. Dans ce contexte tendu, six élus et responsables professionnels, dont la présidente du conseil départemental de l’Ariège, Christine Téqui, la députée de la première circonscription Martine Froger, le président de la chambre d’agriculture, Philippe Lacube, et le président de la Fédération pastorale, Alain Servat, alertent les ministres de la Transition écologique et de l’Agriculture. Dans une lettre de deux pages consultée par LeFigaro, ils expriment, auprès de Christophe Béchu et Marc Fesneau, leur «refus de l’introduction de cette oursonne lettonne dans nos Pyrénées». Pour les élus et les éleveurs, «son arrivée en France est digne d’un mauvais scénario». Le 25 mai dernier, Tanie, dont la mère aurait été tuée par des braconniers en Lettonie, a débarqué à Roissy-Charles-de-Gaulle dans la plus grande discrétion. Avant de prendre la direction de l’Eure-et-Loir, transportée dans son caisson aménagé. «Les équipes du refuge La Tanière sont allées la récupérer après avoir été choisies par le gouvernement letton pour leur savoir-faire en matière de réhabilitation», peut-on lire sur le site internet de ce zoo-refuge, situé près de Chartres, spécialisé dans l’accueil d’animaux délaissés. «Deux autres pays, l’Italie et la Grèce, avaient proposé également de recevoir le bébé plantigrade», précise la structure. En Lettonie, l’animal aurait été tué. « Mépris des règles sanitaires » Son arrivée soudaine sur le sol français aurait bénéficié de l’appui d’un haut fonctionnaire. De quoi agacer les élus. «Cette opération de sauvetage d’une oursonne s’est faite dans le plus grand flou, dénonce Christine Téqui. On a fait passer la frontière à un animal sauvage avec la complaisance des services de l’État. Ils sont perméables aux associations pro-ours, au mépris des règles sanitaires et administratives obligatoires.» Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le fondateur de La Tanière, Patrick Violas, s’adresse aux potentiels volontaires pour prendre le relais et accueillir l’oursonne : «Il faut qu’on trouve un pays pour la relâcher et la réinsérer dans son milieu naturel d’ici trois ou quatre mois. Dans cette hypothèse, on va lui fabriquer un enclos spécifique pour lui apprendre à chasser, à pêcher, à se nourrir et à se défendre. Sinon, par le plus grand des malheurs, on devra lui apprendre le monde de la captivité. C’est dramatique. Elle devrait être aujourd’hui dans la nature avec sa maman. Il faut que tout le monde se bouge pour la relâcher à l’automne.» Territoire-clé du programme de réintroduction des plantigrades mené par l’État, les Pyrénées ariégeoises apparaissent comme l’un des potentiels points de chute. «Mais nous ne sommes pas candidats à l’accueil de l’oursonne lettone», insiste Christine Téqui, soulignant que Tanie est une oursonne de la lignée orientale, de plus gros gabarit que ses congénères de Slovénie réintroduits dans les Pyrénées. Cela nous fait craindre le pire. Nous avons déjà assez à faire avec 76 ours.» La réintroduction d’un animal est toujours «plus politique que technique, souffle-t-on à l’Office français de la biodiversité. C’est le ministère (de la Transition écologique, NDLR) qui a la main là-dessus.» En attendant le dénouement de ce feuilleton, il ne se passe pas un jour sans qu’Info Ours, l’application officielle de la préfecture de l’Occitanie, ne publie une alerte sur une attaque de brebis, chevaux ou bovins dans les Pyrénées. «ll va y avoir un drame, l’ours n’hésite plus à attaquer en plein jour et de plus en plus près des habitations», prévient Alain Servat, maire d’Ustou. «La situation peut devenir très difficile dans nos Pyrénées, qui, finalement, vivent ce qui se passe dans le Trentin, en Italie, avec trois ou quatre années de décalage», mettent en garde les auteurs du courrier aux ministres. Le 5 avril dernier, dans la province italienne, un joggeur de 26 ans avait été retrouvé mort, victime de l’attaque d’un ours mâle. «Il faut réguler, et anticiper avant qu’un tel scénario catastrophe ne se produise», martèle Christine Téqui. ■ toire» de Benjamin Griveaux, alors candidat LREM à la mairie de Paris. Au cours de l’année 2018, ce dernier, à l’époque porte-parole du gouvernement, entretient une relation, d’abord virtuelle puis physique, avec Alexandra de Taddeo, étudiante en droit et sciences politiques. face à ce flot de paroles, approuvées par les applaudissements d’un public largement acquis à la cause de l’artiste. Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo étaient jugés ce mercredi pour avoir enregistré et diffusé, en février 2020, des vidéos «à caractère masturbaAude bariéty £@AudeBariety justice Leur entrée fait sensation. Alors que la 17e chambre du Tribunal de Paris les attend depuis plus d’une heure, et que leur procès a dû commencer sans eux, Piotr Pavlenski, 39 ans, et Alexandra de Taddeo, 32 ans, débarquent dans la salle d’audience main dans la main. Il est tout de noir vêtu ; elle porte une longue robe à sequins et tient contre elle son roman autobiographique, L’Amour. Appelé à la barre, Piotr Pavlenski se lance immédiatement dans une longue tirade rendue difficilement compréhensible par son fort accent russe. Tout juste retiendrat-on qu’«aujourd’hui aura lieu le jugement de (son) 8e événement d’art sujetobjet, l’événement pornopolitique», avant que la présidente ne suspende l’audience En Ariège, l’oursonne lettone qui inquiète éleveurs et élus Alexandra de Taddeo et Piotr Pavlenski lors de leur arrivée, mercredi, au tribunal correctionnel de Paris, où ils sont jugés pour «atteinte à l’intimité de la vie privée», après avoir diffusé en février 2020 une vidéo intime de Benjamin Griveaux. ALAIN JOCARD/AFP firme par ailleurs ne pas avoir parlé des vidéos à son conjoint et encore moins lui avoir donné. «Piotr Pavlenski aurait miraculeusement trouvé tout seul dans votre ordinateur des vidéos dont il n’avait pas connaissance parmi 80 000 fichiers? Ce ne serait plus un artiste mais un magicien!», ironise Me Marine Viegas, avocate de la partie civile. La question restera sans réponse, comme toutes celles adressées par les conseils de Benjamin Griveaux à la prévenue. Cette dernière va en effet se rasseoir sitôt après avoir répondu aux interrogations des juges, laissant les avocats de la partie civile s’adresser à une barre vide. «Ça fait bizarre, non?», pouffe-t-elle depuis son banc. Lorsque arrive son tour d’être entendu, Piotr Pavlenski évoque quant à lui «la règle du silence» qu’il a décidé d’appliquer après que la présidente n’a, selon lui, «pas voulu (l’) écouter» en début de journée – ce qui est son droit le plus strict. Ce mercredi, la 17e chambre n’est pas au bout de ses surprises : trois témoins cités par Piotr Pavlenski déclament chacun leur tour un extrait du Tartuffe, l’un d’eux évoquant son «soutien à la liberté d’expression». Sans se départir de son calme olympien, mais non sans avoir procédé à quelques expulsions, la présidente souligne qu’«il ne s’agit pas ici d’un spectacle, mais d’un procès». On ne peut pourtant se débarrasser d’une pénible impression de sketch. À moins qu’il ne s’agisse d’une nouvelle performance de Piotr Pavlenski, puisque, comme l’affirme un témoin historienne de l’art, «ce procès fait partie intégrale (sic) de son œuvre.» «C’est pathétique», lâche Me Richard Malka, avocat de la partie civile. «Certains confondent un procès avec un spectacle, d’autres avec le Festival de Cannes. Tous ont voulu faire de ce procès une farce. Ça illustre une volonté de délégitimer le pouvoir judiciaire après avoir délégitimé le pouvoir politique.» Quelle que soit la décision du tribunal - l’audience se poursuivait mercredi soir -, Piotr Pavlenski aura en tout cas gagné son pari : durant ce procès, on aura au moins autant parlé d’art que de vidéos intimes. ■ “C’est pathétique. Certains confondent un procès avec un spectacle, d’autres avec le Festival de Cannes ”me richard malka, avocat de la partie civile Avant d’arriver en France, Tanie, oursonne orpheline de 4 mois, avait été capturée en Lettonie (à gauche), puis transférée au zoo de Riga (à droite). Riga zoo jeudi 29 juin 2023 le figaro A 8 International 7H-9H EUROPE 1 MATIN Dimitri Pavlenko 7 EUROPE 1 MATIN Dimitri Pavlenko ©CAPAPictures/Europe1 Retrouvez l’Edito politique à 7h53 avec Alexis Brézet et Vincent Trémolet de Villers du Figaro guillaume de dieuleveult gdedieuleveult@lefigaro.fr correspondant À jÉrusalem proche-orient En Israël, où l’armée bénéficie d’une inoxydable cote de popularité, un récent événement a frappé l’opinion publique. Il a eu lieu lundi et illustre l’impasse dans laquelle la politique de colonisation de la Cisjordanie est en train de mener le pays. Ce jourlà, Eliav Elbaz, un haut gradé commandant une prestigieuse unité opérant en Cisjordanie, s’est rendu dans la ville de Yad Binyamin pour présenter ses condoléances à la famille d’une des victimes israéliennes de l’attentat du 20 juin, qui a mis le feu à la région. Mais l’officier n’a pas pu rentrer dans la maison : aux cris de «meurtrier!» de jeunes colons extrémistes lui en ont interdit l’accès. Ils reprochaient au militaire d’avoir essayé d’arrêter certains d’entre eux alors qu’ils attaquaient un village palestinien, en mesure de représailles à l’attentat. Cette affaire a eu une telle répercussion qu’elle s’est retrouvée sur le sommet de la pile lors d’une réunion d’urgence qu’a tenue mercredi le premier ministre, Benyamin Netanyahou, son ministre de la Défense et son ministre de la Sécurité nationale. Il s’agissait de parler de la violence des colons. La question suscite des dissensions au sein du gouvernement. Bien que nationaliste, le Likoud y fait figure de modéré face aux deux partis suprémacistes juifs dirigés par Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité nationale, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances avec un portefeuille au ministère de la Défense. D’après la chaîne de télévision N12, Netanyahou se serait montré préoccupé : «Nous perdons notre légitimité dans le monde.» La réunion devait accoucher d’une déclaration condamnant la violence, verbale ou physique, des colons contre les civils palestiniens et les soldats de l’armée israélienne. Mais rien n’en est sorti. L’ambiguïté du gouvernement israélien laisse le champ libre aux colons. Le chaos de ces derniers jours le montre bien. Tout en condamnant les expéditions punitives, Benyamin Netanyahou est en train de poser les jalons d’une colonisation débridée de ce territoire, occupé par Israël depuis 1967. D’après l’ONG israélienne Peace Now, qui surveille le développement des implantations, 13000 unités d’habitation ont été autorisées depuis le début de l’année et le retour de Netanyahou au pouvoir : un record absolu en dix ans. Ce mouvement va probablement s’accélérer encore dans les mois qui viennent car Bezalel Smotrich, très clair sur son ambition de passer de 500000 à 1 million de colons, vient d’obtenir les outils nécessaires à sa politique. Le 19 juin, le gouvernement israélien a en effet décidé de simplifier et d’accélérer considérablement les procédures d’autorisation des constructions de nouvelles habitations dans les colonies de Cisjordanie. La construction de routes, essentielles, va être simplifiée elle aussi. Depuis, 5600 nouvelles unités ont déjà été autorisées. Légales selon le droit israélien, elles sont considérées comme illégales par la communauté internationale. Simultanément, depuis le plus haut niveau de l’État israélien, des voix incitent au développement des colonies, totalement illégales celles-ci. Dans les jours qui ont suivi l’attaque du 20 juin, Itamar Ben Gvir a rendu visite à l’implantation d’Evyatar, tout juste réinvestie. «Courez vers les collines! a lancé le ministre de la Sécurité nationale, galvanisant ses troupes. Ici, à Evyatar, il devrait y avoir une colonie entière, mais aussi partout, sur toutes les collines qui nous entourent. Nous devons coloniser la terre d’Israël et, en même temps, lancer une opération militaire, détruire Des soldats israéliens refoulent des Palestiniens lors d’une manifestation contre les colonies «Bibi» Netanyahou accélère la colonisation des Très clair sur son ambition de passer de 500000 à 1 million de colons, le ministre des Finances, le suprémaciste juif DANS LA GUERRE que se livrent Israéliens et Palestiniens pour le contrôle de la Cisjordanie, l’archéologie est un champ de bataille. À la fois village palestinien et site historique de première importance, Sebastia est un des terrains sur lesquels se livre ce combat. Ici, à quelques kilomètres de Naplouse, dans le Nord de ce territoire occupé par Israël depuis 1967, les affrontements sortent souvent du domaine symbolique pour prendre une dimension bien concrète. La tension est montée d’un cran à Sebastia depuis que le gouvernement israélien a décidé d’investir 32 millions de shekels, soit environ 8 millions d’euros, pour restaurer et développer le site archéologique. Cette décision a été prise en mai dernier, à la demande des ministères de l’Environnement, du Tourisme et du Patrimoine israéliens. Elle a été présentée comme une réponse à une tentative de prise de contrôle du site par l’Autorité palestinienne, mais aussi en réaction à l’état avancé de dégradation dans lequel il se trouve. Il s’agit également d’y développer le tourisme. «Nous ne laisserons pas l’histoire juive être effacée et réécrite», a affirmé la ministre israélienne de la Protection de l’environnement, alors que son homologue du Tourisme avançait une promesse : «Nous mettrons la Judée et la Samarie (la Cisjordanie, NDLR) sur la carte touristique.» En ce matin de juin, à Sebastia, il règne une chaleur torride sur la colline où se trouvent le théâtre antique, les ruines d’une basilique byzantine, des colonnes de marbre éparpillées dans la broussaille. Des véhicules blindés de l’armée israélienne sont garés sur le parking adjacent, à proximité d’un mât au sommet duquel flotte un immense drapeau palestinien. Hérité des accords d’Oslo, le découpage millimétrique du territoire veut que le parking soit dans la zone administrée par l’Autorité palestinienne alors que la colline est sous le plein contrôle israélien. Mais les préoccupations des militaires sont très éloignées de ces distinctions byzantines. Ils essaient de savoir d’où proviennent les pierres qu’on jette sur eux. Dans les ruelles alentour, des jeunes au visage masqué, cailloux à la main, filent entre les maisons, sautent par-dessus des murets et, depuis le couvert des arbres, harcèlent les militaires, qui répliquent aux jets de pierre par des tirs de grenade assourdissante et de gaz lacrymogène. Des nuages de fumée flottent au-dessus du village. À l’abri derrière ses fenêtres grillagées, Khaled Hajjai contemple la scène. «Ça arrive une ou deux fois par semaine, à chaque fois que des jeunes israéliens sont amenés ici pour visiter le site : c’est une des étapes dans leur service militaire», explique-t-il, en désignant un autobus aux vitres couvertes de jets de peinture. Khaled Hajjai est le directeur du petit centre d’information que l’Autorité palestinienne a installé à l’extrémité du parking, en face d’un site archéologique auquel cette entité n’a en principe pas accès, mais dont elle revendique la responsabilité. «Les militaires nous empêchent de travailler ici», affirme-t-il, le regard tourné vers cette colline où, depuis plus de trois mille ans, se superposent les civilisations. Pourquoi revêt-elle aujourd’hui une telle valeur aux yeux des Israéliens? Religieux dominicain, le père JeanBaptiste Humbert est chargé de l’archéologie à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. «Quand on prononce le mot Israël, explique-t-il, on évoque en fait trois concepts. Le premier, c’est le royaume d’Israël, formé à la fin du IXe siècle avant J-C, et qui disparaît avant la fin du VIIIe avant J-C. Il avait pour capitale la ville de Samarie, l’actuelle Sebastia. Dans la Bible, les livres des Rois y font référence et évoquent un palais et un temple. On a effectivement retrouvé à Sebastia un mur qui date de l’âge du fer et serait le soutènement d’un palais. Après la chute de ce royaume, Israël ne nomme plus un État, mais seulement la religion israélite. Politiquement, Israël réapparaît en 1948, avec la proclamation de l’indépendance, par Ben Sur les ruines de Sebastia, les fouilles archéologiques israélien ISRAË L JORDANIE Tel-Aviv Jérusalem Bethléem Hébron Naplouse Ramallah Jénine Jéricho Mer Morte Jourdain CISJORDANIE BANDE DE GAZA Turmus Aya Howara Masafer Yatta Umm Safa Al Luban As Sharqieh Urif 10 km Infographie Sources: OCHA,Passia.org,Poica.org, FoundationforMiddleEastPeace (Jande Jong)et PeaceNow TERRITOIRES SOUSCONTRÔLE ISRAÉLIEN TERRITOIRES PALESTINIENS Jérusalem-Estannexée parIsraëlen1980 Principalesattaquesrécentesde colonsisraéliens contredesPalestiniensenCisjordanie occupée «Barrière »(«mur») deséparationconstruite ouenconstruction Annexion de facto deszones palestiniennescomprises entrelemuret laligne d’armisticede1949 ZoneCsouscontrôleisraélien Coloniesisraéliennes etavant-postesillégaux ZonesAet B souslecontrôle totaloupartiel del’Autorité palestinienne* La Cisjordanie occupée par Israël depuis 1967 *laBande deGaza est souslecontrôle duHamasdepuis 2007 Sebastia est soumis au découpage millimétrique hérité des accords d’Oslo. Ainsi le site archéologique relève des pouvoirs israéliens, tandis que l’Administration palestinienne, comme en témoigne les drapeaux, en contrôle le parking. des immeubles, éliminer les terroristes. Pas un ni deux, mais des dizaines, des centaines, des milliers s’il le faut!» Citant des sources sécuritaires, le journal progressiste Haaretz du 25 juin annonçait la naissance de neuf nouvelles colonies illégales en moins d’une semaine, sans réaction des autorités. Ces derniers mois, la violence des colons a explosé. De mieux en mieux organisés et équipés, de plus en plus déterminés, ils multiplient les expéditions punitives. La mise à sac du village de Howara, en février dernier, ou celle de Turmus Aya, la semaine dernière, ont marqué l’opinion publique internationale. Mais beaucoup d’attaques passent inaperçues. D’après le journal Israel Hayom, de tendance conservatrice, le nombre de ces descentes n’a cessé d’augmenter en trois ans, passant de 520 en 2021 à 950 en 2022 et déjà à plus de 600 depuis le début de l’année. En tant que puissance occupante, Israël doit garantir la sécurité des populations civiles de Cisjordanie, du moins dans les zones dont les accords d’Oslo lui ont confié la responsabilité. C’est pourquoi la vague de violence de ces derniers jours pose un vrai défi pour l’armée et les services de sécurité israéliens. En début de semaine, un communiqué signé par le chef d’étatmajor de l’armée israélienne, le directeur du Shin Bet, les services de renseignements intérieurs, et le patron de la police, se voulait très clair sur le sujet : «Les attaques (de ces derniers jours contre des civils, NDLR) sont en contradiction avec les valeurs éthiques juives; il s’agit de terrorisme nationaliste et nous sommes déterminés à le combattre.» Mais là encore, le gouvernement israélien a réagi de manière ambiguë par la voix de la ministre, Orit Strock. Dans une interview donnée lundi à la radio, elle a dressé un parallèle avec la mutinerie avortée d’Evgueni Prigojine, en Russie. «Qui êtes-vous? Le groupe Wagner? Qui êtes-vous pour faire une telle déclaration sous le nez du NasserIshtayeh/ZUMAPRESS/MAXPPP le figaro jeudi 29 juin 2023 A 9International La nature est notre meilleur guide www.amatera-voyages.com israéliennes, le 16 juin, à Beit Dajan, près de Naplouse (Cisjordanie). Sopa Images/SPUS/ABACA Territoires palestiniens Bezalel Smotrich, vient d’obtenir les outils nécessaires à son projet. le fait qu’Israël, puissance occupante de la Cisjordanie, interprétait son obligation de protéger les sites archéologiques «de façon large», «en violation de la loi internationale». Le rapport dénonçait «une activité archéologique destinée à prouver et à renforcer la connexion du peuple Juif et de l’État d’Israël avec la Cisjordanie, dans une tentative d’effacer le patrimoine national, l’histoire et la culture des autres peuples». Alon Arad est l’actuel directeur de cette organisation. «L’archéologie est un autre moyen de la politique de colonisation. Déclarer un site archéologique permet le déplacement des populations palestiniennes qui vivent à proximité. Dans certains cas, un site de fouilles archéologiques deviendra une colonie», dénonce-t-il, en pointant du doigt «la réécriture de la topographie, avec des noms bibliques remplaçant les noms contemporains». Il évoque aussi «la fabrication d’un récit qui efface tout ce qui n’est pas juif dans ces sites. Oui, il y a des restes juifs à Sebastia, admet-il, mais aussi chrétiens, et musulmans.» La conséquence de cette politique, conclut-il, est l’émergence de générations de jeunes israéliens «qui identifient la Cisjordanie comme une partie intégrale d’Israël. Une génération de jeunes gens qui visiteront Sebastia sans imaginer un seul instant qu’elle se trouve dans un autre pays.» Dans son bureau du centre d’information de l’Autorité palestinienne, Dergham Fares, responsable des sites archéologiques pour le ministère du Tourisme et des Antiquités de l’Autorité palestinienne, reste insensible aux affrontements qui se poursuivent autour du parking de Sebastia. Cet archéologue se veut à la pointe du combat que l’Autorité palestinienne tente de mener pour reprendre le contrôle du site archéologique. «Le peuple palestinien est en train de subir un piratage de son héritage culturel et de son identité, affirmet-il. Ce sont les religions et les langues qui voyagent, pas les peuples : le lien des Juifs avec cette terre de Palestine est religieux, pas ethnique ni historique, contrairement à nous, les Palestiniens.» Le bus transportant les jeunes appelés est parti. Le calme revient sur les ruines de Sebastia. Assis sur une chaise en plastique, à l’abri d’un olivier, près du théâtre antique, un vieil homme propose des babioles aux rares touristes. «Je vois beaucoup d’Israéliens, mais ils ne m’achètent jamais rien», regrette-t-il en désignant son maigre étalage : des tasses ornées de keffieh ou du visage de Yasser Arafat, des assiettes décorées aux couleurs du drapeau palestinien. À Sebastia, même les marchands de souvenirs doivent choisir leur camp. ■ G. D. nes accompagnent la bataille des mémoires gouvernement?» La ministre est depuis revenue sur cette déclaration, du bout des lèvres. Ces attaques contre les services de sécurité et l’armée, piliers de l’État israélien, sont fréquentes de la part des membres les plus extrémistes de la coalition, relève David Khalfa. Codirecteur de l’observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès, il voit une tendance inquiétante émerger des événements de ces derniers jours. «Nous sommes dans une configuration à la Frankenstein : le mouvement d’implantation est en train de se retourner contre Israël, qui l’a nourri bon an mal an pendant un demi-siècle, relève-t-il. Le pays se retrouve dans une contradiction objective : son armée a pour vocation de défendre ses frontières et ses citoyens. Mais quand ces citoyens mènent des expéditions punitives, l’armée se retrouve obligée de faire la police aux dépens de sa mission première qui est de lutter contre le terrorisme.» La violence débridée des colons, estime-t-il, est à l’image de la crise d’identité que traverse Israël. «Au plus haut niveau de l’État, on retrouve la crise systémique que traverse le pays. D’un côté, il y a les agences de sécurité, l’armée ainsi que le premier ministre et son ministre de la Défense qui, bien que nationalistes, comprennent la complexité du conflit et la nécessité de ménager l’Union européenne et les États-Unis. De l’autre, ce sont avant tout des idéologues ultranationalistes pour qui l’opinion publique internationale ne doit pas compter. Ils veulent aller jusqu’au bout de leur logique, qui est l’annexion de la Cisjordanie. Ils savent que cette occasion ne se représentera peut-être pas. Or on s’aperçoit que, contrairement à ce qu’il ne cesse de répéter dans les médias internationaux, surtout américains, Netanyahou ne tient pas fermement le volant, qu’il dépend de cette aile radicale et ne peut pas faire autrement que de tenir compte de ses demandes. Cette situation pourrait avoir une conséquence majeure sur le plan international. Depuis une vingtaine d’années et la fin du processus de paix, Israël maintient un statu quo en Cisjordanie avec une politique de gestion du conflit n’impliquant ni annexion ni rétrocession. Ben Gvir et Smotrich veulent sortir de cette ambiguïté. En sortant de ce cadre, en se dirigeant de facto vers l’annexion, ce gouvernement est en train de remettre en question les fondamentaux de la politique étrangère israélienne, avec un risque d’isolement du pays sur la scène internationale.» La question est de savoir si la coalition de Benyamin Netanyahou pourrait y survivre. ■ “Les ultranationalistes veulent aller jusqu’au bout de leur logique, qui est l’annexion de la Cisjordanie. Ils savent que cette occasion ne se représentera peut-être pas ”David Khalfa, fondation Jean-Jaurès Des Palestiniens, lors d’affrontements avec des troupes israéliennes, dans le village d’Umm Safa, près de Ramallah, le 24 juin. Mohamad Torokman/reuters Gourion, mais en Judée et avec une religion juive. Près de trois mille ans séparent donc l’ancien Israël de l’État moderne et, de plus, pas au même endroit. Or, aujourd’hui, on assiste à une schématisation de l’histoire, qui tend à établir une filiation entre l’actuel État d’Israël et l’antique royaume d’Israël. Sebastia est le pivot qui permet d’en établir le lien.» La présence de ce site, au cœur du Shomron, nom donné en hébreu à la Samarie, explique la pression intense exercée par les colons dans la région : il s’agit pour eux de revenir aux sources tout en construisant le grand Israël, d’essence biblique. Depuis la colline de Sebastia, on aperçoit la colonie de Homesh, tout juste réautorisée. La colonie de Shavei Shomron, c’est-à-dire «le retour en Samarie», est proche également. Une organisation israélienne, Emek Shaveh, ne cesse de dénoncer cette «réappropriation du passé» et la colonisation qui en découle. Dans un document publié en 2017, elle évoquait déjà “Nous ne laisserons pas l’histoire juive être effacée et réécrite ”Idit Silman, ministre israélienne de la protection de l’environnement LES COLONS israéliens appellent cela «présenter l’addition». Ces derniers jours, la note a été élevée : une série d’opérations de vengeance d’une violence rarement atteinte s’est abattue sur des villages palestiniens en Cisjordanie. Elle trouve son origine immédiate dans l’attaque meurtrière, le 20 juin, d’une station-service située le long de la route 60, qui traverse ce territoire occupé par Israël depuis 1967. Attribuée à des membres du Hamas, l’attaque a fait quatre morts israéliens, des civils dont plusieurs habitaient des colonies. Le lendemain, l’agression du village de Turmus Aya par plusieurs centaines de colons armés a suscité une certaine attention internationale. Mais d’autres opérations similaires sont passées sous les radars. Quelques heures après l’attentat du 20 juin, le village palestinien d’al-Lubban ash-Sharqiya a ainsi été violemment attaqué, de 9 heures du soir à 3 heures du matin. Selon Amin Nobani, un habitant âgé de 63 ans, il y avait environ 150 assaillants avec des armes à feu, des jerricans d’essence, des bâtons et des pierres. «Nous sommes un village d’agriculteurs : ils ont commencé par brûler les champs de blé tout autour. Puis, ils ont caillassé des maisons et se sont approchés de la station-service : ils l’ont détruite, ils essayaient d’y mettre le feu», décrit-il. Son témoignage coïncide avec celui de Belal Aqraa, un enseignant qui travaille à Ramallah mais habite plus au nord. Il se trouvait avec son épouse sur la route 60, en provenance de Ramallah, quand leur voiture a été arrêtée. «L’armée bloquait la route», explique-t-il. Il dit avoir vu des colons descendre de plusieurs bus et attaquer aussitôt le village. «Nous avons eu peur d’être pris pour cible donc nous nous sommes vite garés près de la stationservice, raconte-t-il. J’ai mis ma femme à l’abri dans une maison et je suis allé aider les habitants du village à se défendre.» Du haut d’une maison, «avec une quinzaine de gars», il lance des pierres sur les colons. «Ils n’arrivaient pas à entrer dans le village, alors ils ont détruit la station-service. S’ils avaient réussi à y mettre le feu, il y aurait eu un terrible incendie.» Selon ces deux hommes, l’armée israélienne était présente mais protégeait les colons. Des jeunes Palestiniens monteraient désormais la garde à l’entrée du village. Ils ne comptent ni sur l’armée israélienne ni sur les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne pour se défendre. Le 24 juin, une autre opération du même ordre a été organisée contre le village d’Umm Safa. Cameraman pour la télévision palestinienne, Mohammed Radi, 37 ans, y avait été envoyé pour filmer le démantèlement d’une colonie illégale par l’armée israélienne. «Vers midi, nous avons vu des colons arriver en voiture, témoigne-t-il. Ça nous a étonnés parce que c’était en plein shabbat et que, en principe, ils doivent rester chez eux. Ils étaient environ 70. À peine descendus de leurs voitures, ils ont commencé à attaquer les maisons. Les gens du village sont allés à la mosquée pour appeler les villages voisins à l’aide depuis le minaret. Moi, je suis monté sur le toit d’une maison pour filmer. Quand les colons m’ont vu, ils m’ont tiré dessus.» Deux balles ont atteint sa caméra. «Heureusement que j’ai fait un mouvement à ce moment-là, sinon je serais mort, estime-t-il. Cela fait des années que je couvre ce genre d’événements, mais, cette fois, ils étaient vraiment prêts à tuer.» Il affirme, lui aussi, que l’armée israélienne était présente et protégeait les colons. D’après l’ONG française Médecins sans frontières (MSF), cette violence des colons contre les Palestiniens «atteint des niveaux inégalés». Dans un communiqué publié mi-juin, MSF affirme que «les forces israéliennes ne parvenant pas à empêcher la violence, et la facilitant même parfois, les Palestiniens sont plus exposés que jamais à la brutalité. Dans les zones à forte présence de colons, chaque famille connaît au moins une personne harcelée, attaquée ou arrêtée, en lien avec une confrontation avec des colons.» Kerem Navot, une organisation israélienne qui observe la politique de colonisation de la Cisjordanie, fait le même constat. «La situation n’a jamais été aussi mauvaise, affirme Dror Etkes, qui a créé cette organisation en 2002. Depuis le retour de Netanyahou au pouvoir, en décembre dernier, je n’ai jamais vu un changement aussi rapide sur le terrain. On voit des gens extrêmement violents bénéficier d’une impunité presque totale à l’encontre d’une population sans défense. L’armée et la police n’essayent même pas de les arrêter.» Lors d’un récent briefing avec la presse internationale, le contre-amiral Daniel Hagari, porte-parole de l’armée israélienne, a pourtant présenté les «crimes nationalistes» comme une des sources de déstabilisation de la Cisjordanie, «avec le terrorisme». Mais, mardi, des affiches appelant à venger les morts du 20 juin étaient encore collées par les colons le long de la route 60. Certaines ornaient les guérites des soldats de Tsahal. ■ G. D. “Les forces israéliennes ne parvenant pas à empêcher la violence, et la facilitant même parfois, les Palestiniens sont plus exposés que jamais à la brutalité ”L’ong médecins sans frontières En Cisjordanie, les colons font régner la terreur et la loi du talion jeudi 29 juin 2023 le figaro A 10 International Par arrêt en date du 1er avril 2021, la Cour d’appel de Rennes a condamné Crédit Mutuel Arkéa à une amende de 150 000 euros pour pratique commerciale trompeuse, entre le 1er janvier 2010 et le 30 novembre 2011, par la diffusion d’une publicité ayant faussement affirmé que ses chargés de clientèle ne bénéficiaient pas de commissionnement. PUBLICATIONS JUDICIAIRES 01.49.04.01.82 - annonces@osp.fr En Russie, l’avenir incertain du groupe Wagner Les mercenaires qui ont participé à la mutinerie d’Evgueni Prigojine peuvent rejoindre l’armée ou partir en Biélorussie. L’arrivée de combattants d’Evgueni Prigojine (ici en mars dernier) en Biélorussie inquiète les pays voisins, particulièrement la Pologne. Son président, Andrzej Duda, a qualifié mercredi de «menace potentielle» la présence de Wagner. afp PROPOS RECUEILLIS PAR Isabelle Lasserre £@ilasserre Le président nouvellement élu de la Lettonie, pays membre de l’Otan et de l’UE, insiste sur l’importance d’aider Kiev à faire aboutir sa contre-offensive. LE FIGARO. - Quelle est votre analyse des récents événements de Russie? Edgars RINKEVICS. - Il y a trop de questions auxquelles on ne peut encore répondre pour faire une analyse. Je me risquerais cependant à dire quelques vérités. D’abord, il est clair que Vladimir Poutine est affaibli. Mais on ne sait pas encore à quel point et quelles seront les conséquences de cet affaiblissement sur la scène politique russe, avec en ligne de mire les élections en mars 2024. On peut s’attendre à des réajustements internes. Comment Poutine va-t-il procéder pour reprendre la main? Vat-il durcir la répression et devenir encore plus autoritaire? Provoquer une nouvelle escalade en Ukraine? Ensuite, l’installation de Wagner en Biélorussie aura des conséquences sur la sécurité de la région, sur les pays Baltes, sur la Pologne et bien sûr sur l’Ukraine. Quels effets redoutez-vous ? Je pense à l’utilisation de l’arme migratoire par exemple. La Biélorussie l’a déjà utilisée en 2021. Le pouvoir biélorusse pourrait se servir de la milice prides armes nucléaires, puisse effrayer certains pays européens. Mais c’était déjà pareil à la fin de l’URSS. L’intérêt des Européens est de lutter pour préserver leur mode de vie, la démocratie, les droits de l’homme et le droit international. Vous sentez-vous directement menacé par la Russie? La réaction de l’Otan après l’invasion de février 2022 nous a rassurés. Si les Ukrainiens gagnent la guerre, la Russie ne pourra pas s’attaquer à une nouvelle cible. Mais si la Russie se sent victorieuse, elle s’en prendra aux pays du Caucase et d’Asie centrale et pourrait même décider de tester directement l’Otan. Pourquoi la contre-offensive n’avance-t-elle pas plus vite? Les personnalités politiques et les médias ont laissé espérer qu’à l’issue de la contre-offensive, le processus politique prendrait le relais. Mais la Russie a consolidé ses défenses. Et l’Occident n’a pas donné à l’Ukraine toutes les armes dont elle avait besoin. Mais le processus est en cours. Je pense que la guerre va durer, qu’il y aura d’autres contre-offensives et d’autres batailles, jusqu’à ce qu’il y ait un tournant décisif. Quels sont vos scénarios pour la fin de l’histoire en Ukraine? Je n’en ai qu’un seul : la restauration de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Ce sera un signe fort envoyé à la Russie mais aussi à la Chine, qui observe de près la situation. C’est pour cela qu’il faut continuer à armer l’Ukraine aussi longtemps que nécessaire. La Russie va essayer de faire durer la guerre jusqu’aux prochaines élections américaines. Pour nous, c’est un exercice d’endurance. Une chose est certaine : il ne faut pas pousser l’Ukraine à la table des négociations. Elle garde un très mauvais souvenir du mémorandum de Budapest en 1994. Nous devons poursuivre aussi longtemps qu’il le faudra notre aide militaire, politique et économique à Kiev. Quelles garanties de sécurité l’Otan va-t-elle apporter à l’Ukraine au sommet de Vilnius? La vraie discussion commence toujours dix jours avant le sommet, quand les dirigeants s’impliquent. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a un chemin pour l’Ukraine dans l’Otan. Reste à trouver un plan viable pour le rendre possible et effectif. Paris et Berlin comprennent-ils aujourd’hui mieux les pays Baltes? Depuis février 2022, il y a un consensus en Europe sur la nécessité d’aider l’Ukraine. Il y a davantage de compréhension entre nous aujourd’hui. Mais il est vrai que les discussions sur les armes ont pris beaucoup trop de temps, alors que les Ukrainiens ont prouvé qu’ils maîtrisaient leur fonctionnement et qu’ils apprenaient à toute vitesse. Nous restons par ailleurs sceptiques sur la possibilité de créer un jour une nouvelle architecture de sécurité avec la Russie. Nous considérons aussi qu’il faudrait imposer davantage de sanctions à la Russie. Êtes-vous plus écoutés par les pays de l’Ouest? Parfois oui, parfois non. C’est vrai qu’il y a deux modèles. Nous considérons par exemple qu’il faut traiter la Biélorussie de la même manière que la Russie. Après les derniers événements, nous allons peut-être avoir gain de cause… ■ Edgars Rinkevics : «Le pouvoir russe est plus faible que nous le pensions» vée Wagner pour organiser des provocations contre ses voisins. Pensez-vous que le régime de Vladimir Poutine peut s’effondrer? Sans doute, si la contre-offensive ukrainienne est un succès. Nous avons vu récemment que la principale menace pour Vladimir Poutine venait non pas des oligarques et de l’élite, mais de son appareil de sécurité. Les événements nous ont montré que le gouvernement russe est plus faible que nous le pensions. Si les Ukrainiens gagnent sur le terrain, tout peut arriver. Redoutez-vous, comme certains dirigeants d’Europe occidentale, un changement de régime à Moscou? Je me souviens qu’au début des années 1990, tout le monde nous disait : «Attention! Nous ne voulons pas la chute de Gorbatchev!» Les choses se sont pourtant passées comme elles devaient se passer et tout le monde a dû affronter les changements. Je comprends que l’incertitude, dans un pays possédant “Le pouvoir biélorusse pourrait se servir de la milice privée Wagner pour organiser des provocations contre ses voisins ”Edgars Rinkevics Edgars Rinkevics : «Nous considérons qu’il faudrait imposer davantage de sanctions à la Russie.» Tomas Tkacik / SOPA Images/Sipa via Reuters Alain Barluet £@abarluet Correspondant à Moscou Russie «Si Moscou décide de rappeler les combattants de Wagner et de nous envoyer “Beethoven” ou “Mozart” à la place, nous les accepterons…» Le propos d’un conseiller du président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, pourrait prêter à sourire. Il traduit surtout l’incertitude qui entoure l’avenir du groupe de mercenaires, en Afrique - un de leurs terrains de prédilection - comme en Russie et en Ukraine, après la mutinerie avortée de leur chef, Evgueni Prigojine. Le groupe peut-il continuer à exister en tant que tel après la spectaculaire équipée qui l’a vu, samedi dernier, prendre le contrôle de la ville de Rostovsur-le-Don (1 million d’habitants) et entamer une marche sur Moscou? Cette force d’environ 10000 hommes - Prigojine parle, lui, de 25000 hommes - serat-elle dissoute, ou «recyclée» d’une façon ou d’une autre, eu égard à la contribution qu’elle a apportée aux combats menés par la Russie en Ukraine, mais aussi au Proche-Orient et sur le continent africain? Lundi soir, dans une courte intervention à la télévision, Vladimir Poutine a pris soin de distinguer les «traîtres» qui ont organisé la rébellion et «la grande majorité des combattants et des commandants du groupe Wagner, qui sont des patriotes russes, dévoués à leurs compatriotes et à l’État». Le chef du Kremlin a réservé son opprobre à Evgueni Prigojine, à qui il reprocherait une «trahison personnelle», même s’il ne l’a pas cité nommément. En revanche, les combattants ayant participé à la mutinerie ont été à première vue exonérés de poursuites pénales et Vladimir Poutine a proposé à ceux qui veulent continuer à «servir» la Russie de signer un contrat avec l’armée, de «rentrer chez eux» ou de partir en Biélorussie. Dorénavant, l’avenir de Wagner passe, entre autres, par Minsk. C’est dans la capitale biélorusse, où il est arrivé mardi 27 juin, qu’a été exilé Evgueni Prigojine à la suite de l’accord signé par l’intermédiaire d’Alexandre Loukachenko pour mettre fin à la mutinerie. Une situation qui inquiète les voisins otaniens de la Biélorussie, en premier lieu la Pologne. Son président, Andrzej Duda, a qualifié mercredi de «menace potentielle» la présence de Wagner. Le président biélorusse a démenti mardi construire des camps pour les combattants de Wagner qui rejoindrait le pays mais s’est déclaré prêt à les accueillir dans des bases existantes. «Leur expérience peut nous intéresser», a dit en substance Loukachenko, dont le pays, également frontalier de l’Ukraine, accueille déjà des milliers de soldats russes. Néanmoins, le média russe d’opposition Verstka rapportait lundi que la Biélorussie était en train de construire sur son territoire plusieurs nouveaux camps pour héberger des combattants de Wagner. «La Biélorussie ne pourra pas offrir à ces hommes une véritable protection si le Kremlin décide de mettre la pression sur Minsk», estime l’Institut sur l’étude de la guerre (ISW), basé à Washington, dans un rapport publié lundi. «Car Moscou est susceptible de considérer les membres de Wagner qui ont suivi Prigojine en Biélorussie comme des traîtres, même si aucune action n’est engagée contre eux dans l’immédiat», ajoute l’ISW. Le groupe de mercenaires sera-t-il en mesure de poursuivre ses activités depuis la Biélorussie? Seules des hypothèses peuvent être apportées à ce stade. Evgueni Prigojine n’a cessé de répéter que le ministère de la Défense russe souhaitait dissoudre Wagner, en obligeant ses membres à signer un contrat avec l’armée avant le 1er juillet. Une obligation, annoncée le 13 juin, et qui aurait été un déclencheur de cette crise. «Wagner pourrait être démantelé entièrement, ou bien être absorbé» par l’armée, estime l’expert militaire américain Michael Kofman. Même s’il est assez probable que certains responsables de l’institution militaire, et des «services», verraient d’un bon œil une disparition de Wagner, le groupe garderait des appuis, dont le général Sergueï Sourovikine, ex-commandant en chef des opérations en Ukraine - et qui aurait été au courant des plans de Prigojine, selon le New York Times. L’analyste politique russe Tatiana Stanovaïa, estime pour sa part que «Poutine n’a pas besoin de Wagner ou de Prigojine. Il peut se débrouiller avec ses propres forces. Il en est maintenant certainement convaincu.» Marat Gabidullin, un ancien commandant de Wagner aujourd’hui exilé en France, explique pour sa part que le groupe est désormais «cassé en deux». «Sur le front (en Ukraine), il n’y aura pratiquement plus de mercenaires, une autre partie se reportera sur la Biélorussie», souligne-t-il, en estimant que ces derniers pourront continuer d’intervenir à partir de cette nouvelle base. Ce pourrait être le cas en Afrique, où certains, à Moscou, pourraient plaider pour l’engagement de ces mercenaires, qu’ils perçoivent comme de possibles séditieux, loin du territoire russe. Le week-end dernier, tandis que les hommes de Wagner prenaient le chemin de Moscou, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, aurait passé de nombreux coups de fil à ses homologues africains pour les rassurer. «Bien sûr», les paramilitaires allaient continuer leurs opérations au Mali et en Centrafrique, a déclaré lundi Lavrov. Selon Michael Mulroy, un ancien haut fonctionnaire du Pentagone, la tournure des événements ne nuira pas à la réputation de Wagner en Afrique, bien au contraire. «Il a montré qu’il gérait les questions de violence, et c’est bon pour la “marque” Wagner», estimait-il. En Russie, l’affaire a en tout cas ravivé le débat sensible sur le vote d’une loi sur les sociétés militaires privées - qui n’ont pas d’existence légale. Les derniers événements vont-ils hâter une réglementation de leurs activités ou, au contraire, pérenniser leur maintien - virtuel - dans l’illégalité? Une question cruciale concerne aussi le nerf de la guerre - le financement des mercenaires. Mardi, Vladimir Poutine a révélé que le budget russe avait financé Wagner à hauteur de 86 milliards de roubles (981 millions d’euros) entre mai 2022 et mai 2023. «Dans le même temps, la société Concord (dirigée par Evgueni Prigojine, NDLR) a gagné 80 milliards de roubles (866 millions d’euros) en fournissant des services de restauration à l’armée», a-t-il ajouté. L’homme d’affaires Prigojine menait ses activités sur fonds d’État. Une manne qu’il serait sans doute en peine de compenser si ces financements se tarissaient, en dépit des revenus considérables qu’il perçoit, notamment grâce aux matières premières en Syrie et en Centrafrique ■ “Poutine n’a pas besoin de Wagner ou de Prigojine. Il peut se débrouiller avec ses propres forces ”Tatiana Stanovaïa, analyste politique » Lire aussi page 17 + « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais le figaro jeudi 29 juin 2023 A Sciences 11 Le Haut Conseil pour le climat appelle à une transformation de l’économie française Dans leur rapport annuel, les experts chargés d’évaluer l’action climatique du pays expliquent que les émissions françaises de CO2 sont en baisse, mais pas assez vite pour atteindre les objectifs européens. en dix ans. En lien avec les recommandations de l'Académie d'agriculture, Jean-François Soussana précise «qu'il y a des actions qu'il faut régionaliser, en tenant compte de la nature du peuplement forestier, des espèces qui ont brûlé ou de celles qui sont en cours de dépérissement. Un arbre planté aujourd'hui devra tenir, selon les essences, de cinquante à cent ans. Ce sont des choix qui doivent être faits en comprenant les impacts climatiques sur ces peuplements ». Environ 10% à 15% de la forêt française devrait être repeuplée avec des variétés adaptées. Mais ce reboisement s'effectuerat-il en mélangeant des essences d'arbres, créant des forêts plus résilientes au changement climatique que celles de monocultures, comme les forêts de pins qui ont brûlé l'an dernier dans les Landes ? Par ailleurs, les terres agricoles pourraient contribuer à capter de 50 à 60 millions de tonnes de CO2 par an, en ayant recours à l'agroforesterie et en développant des cultures intermédiaires entre deux récoltes, pour éviter de laisser les terres agricoles à nues. Il y a urgence «à mobiliser tous les professionnels de la filière, avec les experts scientifiques et les nombreux propriétaires de petites forêts», préconise Jean-François Soussana. Car en 2050 les émissions résiduelles de la France, issues de l'agriculture et de l'élevage, devront être compensées par les puits de carbone des forêts et des sols. ■ changements climatiques, comme les châtaigniers et les hêtres. L'an dernier, en France, un programme de reforestation doté de 150 millions d'euros, issus du plan de relance, a été lancé pour replanter très rapidement des arbres. Mais ce projet a été pénalisé par plusieurs facteurs. D'abord, les pépiniéristes n'avaient pas les variétés requises ni les quantités suffisantes et ils ont été contraints par le manque d'eau. De plus, le taux de reprise (pourcentage de plants qui survivent) a été très faible, à cause d'une année 2022 record en termes de sécheresse et de canicules. Enfin, ce projet a été décidé sans concertation avec les experts, déplorent des scientifiques. À l’issue des incendies, en novembre dernier, Emmanuel Macron a annoncé un programme de reforestation d'un milliard d'arbres millions en 2020. Même si sur une longue période les forêts se sont densifiées et étendues, la mortalité des arbres, selon l'inventaire national de l'IGN, a augmenté de près de 50% au cours de la dernière décennie et la croissance biologique des arbres a été réduite. Dans les années 1990, des chercheurs pensaient que les forêts allaient bénéficier de la hausse de la concentration du CO2 dans l'atmosphère et de l'accroissement de la pollution, avec des composés azotés qui pourraient favoriser la croissance des arbres. «Mais les facteurs négatifs que sont les sécheresses et la hausse des températures sont devenus prépondérants», rappelle l'expert de l'Inrae. Il est donc envisagé de repeupler les forêts et de remplacer les arbres qui sont en train de dépérir, en particulier ceux très vulnérables aux l'an prochain. Le Citepa extrapole les émissions en France «principalement par l'évolution du puits de carbone en forêt, estimé via les données de l'IGN sur la biomasse». Sur le terrain, des inventaires complets des forêts sont réalisés tous les cinq ans par l'IGN. Toutefois des mesures partielles permettent d'extrapoler chaque année l'ampleur du repli. Programme de reforestation Déjà, «la baisse des puits de carbone en 2021 par rapport à 2020, a été de 21%», précise Jean-François Soussana, directeur de recherche, viceprésident de l'Inrae et membre du collège du HCC. Au total, en tenant compte de l'artificialisation des sols, les puits que sont les terres cultivées et les forêts ont reflué à 17,1 millions de tonnes, contre 21,6 Marc Cherki mcherki@lefigaro.fr BIEN SÛR, les forêts, le couvert végétal et les terres agricoles continuent à capter du CO2. Mais « ces puits de carbone sont en baisse depuis les années 2010, avec un effet plus marqué depuis 2017 », explique Colas Robert, chef de l'unité «utilisation des terres et des forêts» au Citepa, l'association qui évalue les émissions de la France. Quand « la faible absorption par les puits de carbone est prise en compte, le budget carbone de la France pour la période 2019-2022 est en voie d'être dépassé », déplore Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le climat (HCC). Précisément, les émissions françaises totales ont été de 397,7 millions de tonnes de CO2 en 2021 au lieu d'un objectif de 380 millions, en tenant compte du carbone piégé par l'usage des terres et des forêts. Au total, les forêts françaises ont capté 27,7 millions de tonnes de CO2 en 2021, soit 4 millions de tonnes de moins que l'année précédente. Même si les données pour 2022 ne sont pas encore connues, la baisse de ces puits de carbone risque fortement de s'aggraver. Les importants feux de forêts qui ont sévi à l'été 2022 et les sécheresses qui ont touché les deux tiers du territoire, laissent «présager une détérioration des stocks de carbone des forêts», avance Corinne le Quéré. Cette prévision sera confirmée seulement Les forêts françaises ont capté 27,7 millions de tonnes de CO2 en 2021, soit 4 millions de tonnes de moins que l'année précédente. J-C MARMARA/lefigaro «Les facteurs négatifs que sont les sécheresses et la hausse des températures sont devenus prépondérants»Jean-François Soussana, expert de l'Inrae En 2022 trop de dépenses publiques ont été défavorables au climat Coût de la fiscalité et des aides de l'État allant à l'encontre des objectifs de réduction des gaz à effet de serre, en milliards d'euros 3,5 0,7 0,5 TVAréduite surles billetsd'avion Taux réduit deTICPE pourletransport maritime ...l’absencede taxation surle carburantdel'aviation ..différence detaxationentrelediesel etl'essencepourlesparticuliers Source: Haut conseil pourleclimat *dont taxespécialede consommationoutremer,gazolepourles poidslourds,gazolenonroutierpourlestravauxagricoles et leBTP Principaux dispositifs fiscaux structurants défavorables au climat (hors bouclier tarifaire) 16,3milliards d'euros Principales mesures de soutien face à l'inflation et bouclier tarifaire mis en place en 2022 16,2milliards d'euros 10 6,3 6,7 7,9 0,4 1,2 NichesfiscalesidentifiéesparI4CE àpartir du«budgetvert»* Autresdispositifsfiscauxidentifiés parI4CEcommedéfavorablesauclimat dont... Bouclier gazcompensation auxfournisseursdegaz Remiseprix des carburants Barème km Chèque carburant 1,6 centaines de milliers attendues), le développement trop lent des énergies renouvelables, la surmortalité des arbres… Pourtant « le rythme de réduction d’émissions brutes de la France doit presque doubler pour atteindre les objectifs du paquet législatif européen 'Fit for 55' en 2030», estime lerapport;labaisseannuellemoyenne de 9,1 Mt éqCO2 sur la période 2019-2022 reste en effet très loin des 17MtéqCO2nécessaires. «Esprit de transition juste» Le gouvernement doit rapidement répartir les nouveaux objectifs de réductiondesémissionsentrelesdifférents secteurs, note le rapport, alors qu’un Conseil de planification écologique prévu le 5 juillet prochain devrait justement permettre de préciser la trajectoire française. Ce qui est sûr, avertit Corinne Le Quéré, c’est que la stratégie actuelle « n’est pas accompagnée d’une politique économique d’ampleur permettant de déclencher l’accélération nécessaire ». Un soutien public supplémentaire d’environ30milliardsd’eurosparan est nécessaire, selon le HCC qui assure que ce chiffre est en accord avec les estimations du récent rapport de l’économiste Jean Pisani-Ferry. « Ce besoin est à comparer aux dépenses défavorables au climat », poursuit sa présidente, citant notamment les 43 milliards prévus en 2023 pour le bouclier tarifaire. « On demande aussi un calendrier de réduction et de suppression des niches fiscales » défavorablesauclimat,commelessubventions aux énergies fossiles, ajoute Benoît Leguet, directeur de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) et membre du HCC. « La France doit transformer sa politique économique (…), mobiliser les ressources et les financements nécessaires, soutenir les plus vulnérables dans un esprit de transition juste, tout en évitant la mal adaptation, conclut le HCC. Son action doit contribuer à soutenir l’effort européen tout en relançantladynamiqueinternationaleen amont de la COP28. » Le Haut conseil soumet une série de recommandations au gouvernement, qui a six moispourluiadressersaréponse. ■ baisse des émissions du secteur agricole est compensée par la faible absorption du CO2 par les puits de carbone,quisontdansunétatalarmant. « Aucun secteur n’est un bon élève», juge ainsi la présidente du HCC. Parmi les multiples points de blocage identifiés, l’augmentation de la consommation des véhicules en raison de leur poids toujours plus important,ladiminutiontroplentedela consommation énergétique dans les bâtiments (avec 66000 rénovations complètes par an contre plusieurs 2021, soit une baisse de 11 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt éqCO2, mesure qui tient compte de tous les gaz à effet de serre en plus du CO2). Cettebaisseestlerésultatdefortesdiminutions dans les secteurs du bâtimentetdel’industrie,enpartieduesà un hiver doux, à la hausse des prix de l’énergie et aux appels à la sobriété. Elle a cependant été «partiellement compensée par des hausses dans le secteur des transports» qui poursuit son rebond post-Covid, et celui de l’énergie. Le HCC note en outre que la s’intensifier, prévient la présidente du HCC, ajoutant qu’un réchauffement de +2 °C à horizon 2030 est « pratiquement inévitable » en France. Nombreux points de blocage « La baisse rapide des émissions est plus que jamais essentielle pour contenir l’intensification des risques climatiques graves », prévient-elle. En France, les émissions brutes de gaz à effet de serre - qui ne tiennent pas compte des puits de carbone - ont diminué de 2,7% en 2022 par rapport à Anne-Laure Frémont alfremont@lefigaro.fr environnement L’an dernier, le Haut Conseil pour le climat (HCC) appelait à « un sursaut » de l’action climatique en France. Depuis, « on a dépassélapolitiquedespetitspasmais onn’estpasencoreaupasdecourse», résume la présidente du HCC Corinne Le Quéré en présentant le rapport annuel 2023, publié mercredi. « Surtout, c’est la politique économique qui manque. » Dans son rapport intitulé « Acter l’urgence, engager les moyens », l’organisme indépendant chargé d’évaluer l’action climatique du pays estime que « la baisse des émissions de gaz à effet de serre de la France se poursuiten2022,maisàunrythmequi demeure insuffisant pour atteindre les objectifs de 2030 ». Un constat qui intervientdeuxjoursaprèsceluidela Cour des comptes européenne, pour qui les ambitieux objectifs climatiques de l’UE pour 2030 (à savoir -55% d'émissions nettes) ont « du plomb dans l’aile», tant en termes d’actions que de financements. « 2022 a été emblématique de l’intensification des effets du changement climatique en France », a rappelé Corinne Le Quéré en conférence de presse.L’annéeaétéexceptionnellement chaude (+2,9 °C en moyenne par rapport à la période 1900-1930) et sèche (avec un déficit de précipitations de 25% par rapport à la moyenne des trente dernières années). Conséquences, plus de 2800décès en excès recensés sur l’année, plus de 2000 communes sous tension pour s’approvisionner en eau potable, 72000 hectares de végétationpartisenfumée,unebaisse des rendements agricoles de 10% à 30%, une production hydroélectrique en chute de 20%… sans oublier les conséquences pour la biodiversité de l’assèchement précoce des zones humides, « induisant une reproduction faible ou anormale des oiseaux d’eau et une quasi-absence de reproduction de certaines espèces d’amphibiens », énumère le rapport. Et tous ces impacts vont continuer à Les forêts de métropole piègent de moins en moins de CO2 La reprise post-Covid du secteur du transport a limité la baisse globale des émissions de CO2 en France en 2022. FrançoisBOUCHON/lefigaro
LE FIGARO n°24525 - Page 4
LE FIGARO n°24525 - Page 5
viapresse