COURRIER INTERNATIONAL n°1820 - Page 1 - 1820 Safari-croisière au fil du Zambèze 11 JOURS / 8 NUITS: AFRIQUE DU SUD • BOTSWANA • NAMIBIE • ZIMBABWE 11 JOURS / 8 NUITS: AFRIQUE DU SUD • BOTSWANA • NAMIBIE • ZIMBABWE Dans votre agence de voyages habituelle ou au 0825 333 777(2) RÉF. 11A/11Z. (1) Offre valable uniquement sur les départs de décembre 2025. Autres dates de départ possibles, nous consulter. (2) Service 0,15€/min. + prix appel. Offre promotionnelle valable pour toute nouvelle réservation du 18/09/2025 au 31/10/2025, sous réserve de disponibilité au moment de la réservation, non rétroactive et non cumulable avec une autre offre. IM067100025 - Photos non contractuelles. © Éric Vancleynenbreugel, Adobe Stock - Parution : septembre 2025. Compagnie Compagnie Française Française Code tarif: COURINT - CreaStudio N°2508056 Embarquez pour un safari-croisière aux confins du monde, accueillant uniquement 16 voyageurs. Entre lodges privatifs et navigation sur un bateau de luxe, vivez une expérience intimiste au sein de véritables paradis préservés. Explorez les parcs nationaux de Chobé et Matusadona, sanctuaires du légendaire “Big Five”. Imprégnez-vous des traditions locales et laissez-vous émerveiller par les majestueuses chutes Victoria, symbole d’une nature brute et authentique. Voyage d’exception récompensé par: Plus de détails: OFFRE OFFRE “SPÉCIALE “SPÉCIALE LECTEURS ” LECTEURS ”(1) (1) Pour toute nouvelle réservation jusqu’au 31/10/2025 DÉPARTS: DE NOVEMBRE 2025 À DÉCEMBRE 2026 Vol au départ de Paris INCLUS POSSIBILITÉS D’EXTENSIONS (4 JOURS / 3 NUITS): La Péninsule du Cap • Du Zimbabwe à l’Afrique du Sud à bord du Rovos Rail POSSIBILITÉ D’EXTENSION (6 JOURS / 5 NUITS): Dunes et déserts namibiens EXCLUSIF - 2 DATES EN 2026 CHUTES VICTORIA www.croisieurope.com Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 3 Sommaire LES SOURCES Chaque semaine, les journalistes de Courrier international sélectionnent et traduisent des articles tirés de plus de 1500 médias du monde entier. Voici la liste exhaustive des journaux, sites et blogs utilisés dans ce numéro : Arab News Djeddah, quotidien. Dawn Karachi, Lahore, Islamabad, quotidien. The Economist Londres, hebdomadaire. The Globe and Mail Toronto, quotidien. Grist (grist.org) Seattle, en ligne. Himal Southasian (himalmag.com) Colombo, en ligne. The Local (thelocal.fr) Paris, en ligne. Los Angeles Times Los Angeles, quotidien. Neue Zürcher Zeitung Zurich, quotidien. The New York Times New York, quotidien. The Observer Londres, hebdomadaire. Der Spiegel Hambourg, hebdomadaire. Studio Yafa (studioyafa.org) Ouagadougou, en ligne. Süddeutsche Zeitung Munich, quotidien. The Sunday Telegraph Londres, hebdomadaire. The Sunday Times Londres, hebdomadaire. Die Tageszeitung Berlin, quotidien. Twala (twala.info) Alger, en ligne. The Washington Post Washington, quotidien. Die Zeit Hambourg, hebdomadaire. LES CHOIX DE “COURRIER” CLAIRE CARRARD Gaza:lafaillite del’ONU C’est un anniversaire au goût amer que célèbre l’ONU cette année : 80 ans, et plus vraiment son rang, en tout cas très loin des ambitions qui avaient motivé sa création, en 1945. L’Organisation des Nations unies est née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour promouvoir ce qu’Emmanuel Kant appelait la “paix perpétuelle”, rappelle Isolde Charim dans Die Tageszeitung. On en est loin. Au moment où j’écris ces lignes, mardi 16 septembre, l’armée israélienne a lancé son offensive terrestre sur la ville de Gaza. Le même jour, des experts d’une commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU sur le Territoire palestinien occupé rendaient leur conclusion, accusant Israël d’y commettre un génocide. Avec quelles conséquences? Aucune sans doute, et c’est bien tout le problème. Plus rien ne semble pouvoir arrêter Benyamin Nétanyahou dans sa folie guerrière. Assuré du soutien sans faille des Américains, le Premier ministre israélien n’a pas hésité, le 11 septembre, à aller plus loin encore dans la surenchère : “Nous allons tenir notre promesse : il n’y aura pas d’État palestinien, cet endroit nous appartient”, a-t-il affirmé lors d’une visite à la colonie de Maalé Adumim, près de Jérusalem. Cela à quelques jours d’un débat crucial qui aura lieu à l’Assemblée générale de l’ONU, où la France et plusieurs pays occidentaux doivent se prononcer en faveur de la reconnaissance d’un État palestinien. Voilà pour le contexte. Sur le terrain, le gouvernement israélien s’évertue depuis des semaines à enterrer toute possibilité de solution à deux États en ravageant Gaza et en accélérant la colonisation de la Cisjordanie. À quoi bon une reconnaissance sans territoire? À New York, ses alliés américains se démènent pour saboter le débat potentiellement historique prévu à l’ONU. À la fin août, ils ont ainsi annoncé qu’ils ne donneraient pas de visas d’entrée sur le territoire américain au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et aux autres représentants palestiniens susceptibles d’assister à la session annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies. La Palestine, de fait, est devenue le symbole de l’impuissance de l’ONU, le cas le plus emblématique d’un glissement progressif de l’ordre mondial, et surtout des organisations internationales. C’est ce que nous décryptons dans notre dossier cette semaine avec des analyses de la presse étrangère et l’interview, dans Die Zeit, de deux politologues auteurs d’un livre sur le sujet. Ils y évoquent un “retour de bâton autoritaire” pour qualifier la façon dont les États autoritaires détournent aujourd’hui les institutions internationales, dont ils ont “entrepris de réécrire les règles”. Le cas du “Conseil des droits de l’homme des Nations unies l’illustre parfaitement, explique ainsi Alexander Cooley à l’hebdomadaire allemand. Quand les pays occidentaux ont dénoncé le traitement que la Chine inflige aux Ouïgours, Pékin a organisé une contre-coalition de plus de 50 États qui l’a défendue.” Aujourd’hui, c’est Donald Trump qui ébranle encore un peu plus les fondements d’une organisation déjà fragilisée de longue date par sa structure bureaucratique, des problèmes récurrents de financement et des règles de fonctionnement (le droit de veto notamment) qui contribuent à sa paralysie. En réduisant drastiquement leurs contributions, les Américains ont encore accentué la crise financière dans laquelle se débat l’ONU, obligée de se réformer si elle veut conserver une crédibilité. On n’en est pas là. Il faut lire cette tribune publiée dans ArabNews en avril (et traduite dans ce dossier) pour comprendre le fossé qui s’est creusé entre le Sud global et les Nations unies. Pour Hani Hazaimeh, l’institution est aujourd’hui “prise en otage par la géopolitique”. Les veto américains à toute résolution visant à limiter l’action d’Israël ont rendu le droit international caduc, vidé de toute forme de coercition. “Fondée sur la promesse solennelle du ‘plus jamais ça’, l’ONU assiste aujourd’hui impuissante au retour de l’impensable”, assène l’éditorialiste. Sa conclusion est sans appel : “Si elle n’est pas capable d’assumer cette mission, alors elle doit se mettre en retrait et laisser la place à de nouveaux acteurs, qui sauront prendre leurs responsabilités.” Le débat est ouvert. p.38 RUSSIE p.22 Laguerreacrééune nouvelleclassemoyenne Dans les régions déshéritées du pays, l’invasion de l’Ukraine a représenté une aubaine. Elle se traduit par une amélioration des conditions de vie qui accroît le soutien au conflit, constate The Sunday Telegraph. FRANCE p.10 Macronn’estni leMessienilediable Cela fait plus d’un an que la France est bloquée politiquement et que le président est désigné comme le principal coupable. En fait, le problème est plus profond, analyse la Neue Zürcher Zeitung. CLARENS SIFFROY/THE SUNDAY TIMES KAZANEVSKY, UKRAINE 360° HAÏTIDANSL’ENFER DESGANGS Rares sont les journalistes à se rendre en Haïti depuis que les gangs y ont pris le pouvoir. Une journaliste du Sunday Times y est allée cet été. Son récit est glaçant. En couverture : Gaza : dessin de Joep Bertrams paru dans De Groene Amsterdammer, Pays-Bas. Haïti : Port-au-Prince, en 2024. Photo Adriana Zehbrauskas/ The New York Times BRÉSIL p.6 Bolsonaro condamné,la démocratierespire L’ex-président d’extrême droite a écopé, le 11 septembre, de vingtsept ans de prison. Un tournant politique pour le pays, veut croire la presse brésilienne. fait, le problème est plus profond, analyse la Neue Zürcher Zeitung. analyse la Neue Zürcher Zeitung. analyse la SOMMAIRE 4. Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 Bulletin à retourner à : Courrier international Offre d’abonnement Service Abonnements - A210062066Arras Cedex 9 Je m’abonne pour : 1 AN (52 numéros) au prix de 139 € au lieu de 237,20 €* 1 AN (52 numéros) + 6 hors-séries au prix de 175 € au lieu de 290,60 €* Monsieur Madame NOM..................................................................... PRÉNOM............................................................................................ ADRESSE.......................................................................................................................................................................... CP VILLE........................................................................................................................................ Je règle par chèque bancaire à l’ordre de Courrier international * Prix de vente au numéro. 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Nos CGVU sont consultables et téléchargeables à cette adresse : https://www.courrierinternational.com/page/cgvu RCO25BO01 Avantages abonnés : La version numérique du magazine dès le mercredi soir L’édition abonnés du site Internet Nos archives, soit plus de 100 000 articles L’accès illimité sur tous vos supports numériques Les applications iOS et Android Réveil Courrier Votre abonnement à l’étranger : Belgique : (32) 2 744 44 33 abonnements@saipm.com États-Unis/Canada : (1) 800 363 1310 expressmag@expressmag.com Suisse : (41) 022 860 84 01 abonne@edigroup.ch Pour tout autre moyen de paiement, rendez-vous sur notre site : https://abo.courrierinternational.com/2025/ours ou téléphonez au 03 21 13 04 31 (du lundi au samedi, de 9 heures à 18 heures) France. Sébastien Lecornu déjà face à la rue Une semaine à peine après sa nomination, le Premier ministre fait face le 18 septembre à une journée de mobilisation. Les syndicats veulent une mobilisation massive afin de peser sur le prochain budget, alors que la nomination d’un nouveau gouvernement se fait attendre. Retrouvez les analyses et reportages de la presse étrangère sur notre site. Gaza. L’offensive terrestre israélienne fait craindre un “massacre majeur” Après une nuit d’intenses bombardements, Benyamin Nétanyahou a lancé l’offensive terrestre sur la ville de Gaza, envoyant le 16 septembre deux divisions vers le centre de la cité. La défense civile palestinienne craint un “massacre majeur”. Suivez sur notre site ce nouveau tournant de la guerre. Reportage. Dans le golfe de Tribugá, un collectif amérindien à la rescousse des baleines En Colombie, The Guardian est allé à la rencontre d’un collectif qui se consacre à la préservation des écosystèmes du golfe de Tribugá. La communauté est devenue un acteur clé dans la protection de cette région aussi riche que vulnérable. Un article à retrouver samedi dans notre édition Week-end. 7 jours dans le monde 6. Brésil. Bolsonaro condamné, la démocratie respire D’un continent à l’autre 10. France. Macron n’est ni le Messie ni le diable 13. États-Unis. Dialogue ou vengeance après l’assassinat de Charlie Kirk? 14. États-Unis. La “guerre contre la drogue” est de retour 16. Népal. Notre tour est venu 18. Pakistan. Ces moussons qui n’en finissent plus 20. Algérie. Les derniers feux de Sidi El-Houari 21. Burkina Faso. L’homme qui a fait reculer le désert 22. Russie. La guerre a créé une nouvelle classe moyenne 24. Allemagne. Immersion dans la “Lollo”, une piscine réservée aux femmes 25. Israël. La frappe au Qatar, une erreur tactique? À la une 26. À quoi sert encore l’ONU? Transversales 34.Économie.Latechallemande n’apasfaitson#MeToo 37. Environnement. Le Svalbard vit le réchauffement en accéléré 360° 38. Reportage. Haïti, dans l’enfer des gangs 44. Voyage. Les îles de la Madeleine, si loin du monde 45. Jeu télévisé. “Taskmaster”, le rire sans frontière 46. Histoire. 1965, un été sans travailleurs immigrés SUR NOTRE SITE Édité par Courrier international SA, société anonyme avec directoire et conseil de surveillance au capital de 106400 € Actionnaire: La Société éditrice du Monde Présidentdudirectoire,directeurdelapublication: François-XavierDevaux Directrice de la rédaction, membre du directoire: Claire Carrard Conseil de surveillance: Louis Dreyfus, président Dépôt légal Septembre 2025. Commission paritaire no 0727 c 82101. ISSN no 1154-516X Imprimé en France/Printed in France Rédaction 67-69, avenue Pierre-Mendès-France 75013 Paris. Accueil 33 (0)1 46 46 16 00 Fax général 33 (0)1 46 46 16 01 Fax rédaction 33 (0)1 46 46 16 02 Site webwww.courrierinternational.comCourriel courrierdeslecteurs@courrierinternational.com Directrice de la rédaction Claire Carrard Rédactrices en chef VirginieLepetit,ClairePomarèsRédacteursenchefadjointsLucBriand,Nicolas Coisplet, Matthieu Recarte Conception graphique Javier Errea Comunicación édition Anouk Delport, Ophélie Négros, Fatima Rizki 7jours dans le monde FrançoisGerles(chefderubrique,1748)Europe GerryFeehily(chefdeservice, 16 95), Marie Daoudal (Allemagne, Autriche, Suisse alémanique), Carole Lyon (Belgique,Pays-Bas),SashaMitchell(Royaume-Uni,Irlande),BeniaminoMorante (Italie), Hélène Bienvenu (Pologne), Valentin Scholz (Espagne), Vincent Barros (Portugal),AntoineJacob(Danemark,Norvège,Suède),AlexandreLévy(Bulgarie), AlexandrosKottis(Grèce,Chypre),JoëlLe Pavous(Hongrie),GuillaumeNarguet (République tchèque, Slovaquie), Kika Curovic (Serbie, Monténégro, Croatie, Bosnie-Herzégovine), Marielle Vitureau (Lituanie), Alda Engoian (Caucase, Asie centrale),LarissaKotelevets(Ukraine)FranceCarolinLohrenz(cheffedeservice, 1693)AmériquesBérangèreCagnat(cheffedeservice,AmériqueduNord,1614), Diego Legrand (Colombie, Venezuela, Équateur), Morgann Jezequel (Brésil), Martin Gauthier (Canada), Mathilde Guillaume (Argentine) Asie Daniel Bastard (chef de service, Chine, Singapour, Taïwan, 16 39), Christine Chaumeau (Asie du Sud-Est), Zhang Zhulin (Chine), Carole Dieterich (Asie du Sud), Margot de Groot(Indonésie),JeongEun-jin(Corées)YutaYagishita(Japon)Moyen-Orient BachirEl-Khoury(chefdeservice),JulienAbiramia(Liban,Syrie,Palestine,Irak), Pascal Fenaux (Israël), Ahmad Parhizi (Iran), Raphaël Boukandoura (Turquie), Philippe Mischkowsky (pays du Golfe) Afrique Hassina Mechaï (cheffe de service),VincentBarros(Afriquelusophone),MalikBenSalem(Maghreb),Mathilde Boussion(AfriqueaustraleetAfriquedel’Est),AgnèsFaivre(Afriquedel’Ouest) Transversales Pascale Boyen (cheffe des informations, Économie, 16 47), Carole Lembezat (cheffe de rubrique, Sciences et Signaux, 1615), Marine Cygler (Sciences et environnement), Annick Rivoire (Économie) Magazine 360° Marie Bélœil (cheffe des informations, 1732), Hugo Florent, Oumeïma Nechi Histoire Raymond Clarinard, Mélanie Liffschitz (1696) SiteInternetClairePomarès,NicolasCoisplet,MélanieChenouard(cheffed’édition),AdrienOster(chefd’édition)éditeursEtienneBianchi,PaulBlondé,Antoine Cuny-Le Callet,MélissaDavid(vidéo),GabrielHassan,HodaSaliby,Emmanuelle Bour (SME) Courrier Expat Ingrid Therwath (1651), Jean-Luc Majouret (1642) Traduction Julie Marcot (cheffe de service, anglais, espagnol, portugais), MélanieLiffschitz(cheffedeserviceadjointe,anglais,espagnol),CatherineBaron (anglais,espagnol),IsabelleBoudon(anglais,allemand,portugais),Raymond Clarinard(anglais,allemand,roumain),ManonDelfour-Peyrethon(anglais,allemand),CarolineLee(anglais,allemand,coréen),FrançoiseLemoine-Minaudier (chinois,anglais),OlivierRagasol(anglais,espagnol,catalan,russe),LeslieTalaga (anglais,espagnol)RévisionJean-BaptisteLuciani(chefdeservice,1735),Solal Abélès, Françoise Hérold, Julie Martin, Jean-Daniel Mougeot, Anne Romefort Direction artistique Alice Andersen Maquette Cécile Chemel (première maquettiste), Denis Scudeller, Gilles de Obaldia Cartographie Paul Gallet InfographieCatherineDouteyWebdesignetanimationAlexandreErrichiello (chefdeservice),BenjaminFernandez,JonnathanRenaud-BadetIconographie Luc Briand, Lidwine Kervella (cheffe de service adjointe), Stéphanie Saindon, CélineMerrien(colorisation),AstridMougetAgencecourrierPatriciaFernández Pérez(directricedudéveloppementetdelacommunication,1737),DianePerpère (1608), Alizée Marchal (1738), Florent Normand DirectricedelafabricationNathalieCommuneau,NathalieMounié(cheffede fabrication,4535)Impression,brochage,routage:Maury,45330Malesherbes Ont participé à ce numéro Christophe Alexandre, Giuseppe Ardiri, Théo Ainley,Jean-BaptisteBor,BarbaraBouyne,ClaireBreton,SachaCarion,Nicolas Cardona,GenevièveDeschamps,ÉdouardDropsy,ÉloïseDuval,MarieGandois, Emmanuel Hergot, Anna Kerautret, Florian Mattern, Anne Mattler, Camille Miloua Giraudeau, Valentine Morizot, Isabelle Taudière, Lucas Testut, Joëlle Varenne, Maddalena de Vio, Aruzhan Yeraliyeva PublicitéMPublicité,67-69,avenuePierre-Mendès-FranceCS11469,75707Paris Cedex13,tél.:0157282000DirectricegénéraleÉlisabethCialdella(elisabeth. cialdella@mpublicite.fr,3968)DirectricedéléguéeMickaelleGoffauxDirectrice commerciale Barbara Bleuse Directeur délégué au digital Martin Clamart (martin.clamart@mpublicite.fr) DirectriceadministrativeetfinancièreCarinedeCastellan(1606)Gestion MathildeBannier(1626)DroitsBlandineMosnat(1652)Comptabilité0148884551 DirecteurdeladiffusionetdelaproductionXavierLothDirectricedesventes Sabine Gude Responsable commerciale international Saveria Colosimo Morin (0157283220)ChefdeproduitsValentinMoreau(0157283399)Communication et promotion Christiane Montillet Marketing et produits Sophie Gerbaud (directrice), Marie Donal, Martine Prévot, Véronique Saudemont Directeur des opérations numériques Kévin Jolivet (directeur des opérations numériques), Louise Dugeai, Camille Lefaix, Mynn-May Vang Modifications de services ventes au numéro, réassorts 0 805 05 01 47 Service clients Abonnements Courrier international, service abonnements, A2100 - 62066 Arras Cedex 9 Tél. 03 21 13 04 31 (du lundi au vendredi de 9 heures à 19 heures et le samedi de 9 heures à 17 heures) Courriel abo@ courrierinternational.com. Prix de l’abonnement annuel en France métropolitaine : 139 €. Autres destinations : https ://boutique.courrierinternational.com Nos conditions générales de vente et d’utilisation sont disponibles sur https://www.courrierinternational.com/page/cgu L’horoscopedeRobBrezsnyRetrouvez chaque semaine les prévisions poétiques et philosophiques de l’astrologue le plus original de la planète. Retrouvez-nous aussi sur Bluesky, Facebook, Instagram, Threads, TikTok et WhatsApp. Origine du papier: Allemagne. 100% de fibres recyclées. Ce magazine est imprimé chez MAURY certifié PEFC. Eutrophisation: Ptot= 0,0083kg/ tonne de papier. Papier issu de forêts gérées durablement et de sources contrôlées. Ouvrage imprimé à 100% avec des encres conformes à la norme Blue Angel. Courrier international, USPS number013-465,ispublished weekly48timesperyear(triple issue in Aug and in Dec), by Courrier International SA c/o Distribution Grid. at 900 Castle Rd Secaucus, NJ07094, USA. Periodicals Postage paid at Secaucus, NJ.andatadditionalmailing Offices.POSTMASTER:Send addresschangestoCourrier Internationalc/oExpressMag, 8275, avenue Marco-Polo, Montréal,QCH1E7K1,Canada. HOMMAGE Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 5 En 2024 paraissait aux Presses de la Cité un essai intitulé Au sommet de la vie. C’était un livre de combat. Il s’agissait pour l’auteur de montrer, contre l’air du temps, que la vieillesse n’est pas synonyme de gâtisme et que, au contraire, cet âge de laviepeutêtreunesourcedecréativité. À l’appui de la démonstration étaient convoqués le Titien, Victor Hugo, Marguerite Duras, Goya, Georges Clemenceau, Simone de Beauvoir… Tous s’étaient interdit d’être vieux. L’auteur du livre était Philippe Thureau-Dangin. L’ironie de l’histoire est que, parvenu à son tour “au sommet de la vie”, il n’a guère eu le loisir d’en profiter et d’expérimenter sa thèse. Il est mort le 12 septembre à Paris, emporté en quelques mois par une maladie neurodégénérative fulgurante. Il avait 70 ans. Philippe Thureau-Dangin était un homme singulier, un intellectuel attachant et secret, une sorte d’aristocrate de l’esprit. Il avait de qui tenir : un de ses aïeuls, Paul Thureau-Dangin, secrétaire perpétuel de l’Académie française, fut un historien admiré à la fin du XIXe siècle; et l’un des fils de celui-ci, François, fut un des pères de l’assyriologie. Curieux de tout, débordant d’idées, amateur de théâtre et d’opéra,bonconnaisseurdelapeinture classique et fine raquette au tennis, Philippe Thureau-Dangin ne se voulait spécialiste de rien. Il avait étudié la philosophie à la Sorbonne et la gestion des entreprises dans une école de commerce avant de partir à la découverte de l’Amérique centrale. Cedilettantismerevendiquénepouvait que le conduire au journalisme. Au toutdébutdesannées1980,ilparticipe à la création – sans grands moyens – d’une revue inclassable, TEL, pour Temps, Économie, Littérature, trois thématiques que TEL se propose de réconcilier. L’aventure est éphémère. Après un bref passage dans une revue médicale puis au sein d’un magazine d’économie, c’en est fini du papillonnage.Iltrouvesavoieetrejointl’équipe d’un hebdomadaire encore fragile, né en 1990, Courrier international. Courrier est un ovni dans la presse française. Il rend compte de l’actualité internationale et hexagonale à travers le regard d’articles traduits de la presse étrangère. Philippe Thureau-Dangin en devient le directeur en 1998, un poste qu’il occupera jusqu’en 2012 et cumuleraquelquesannées(2008-2011) avec la présidence de l’hebdomadaire Télérama. Entre-temps, la diffusion de Courrier (racheté par le groupe Le Monde en 2001) s’est envolée, servie par l’actualité et les attentats du 11 septembre 2001. Les finances sont saines. La rédaction s’étoffe. Et des déclinaisons de Courrier international essaiment jusqu’au Japon. Cette réussite l’encourage à présenter, en 2007, sa candidature à la succession de Jean-Marie Colombani à la tête du groupe Le Monde. Il bénéficie du soutien d’une partie de la rédaction. Ce n’est pas suffisant pour l’emporter. Lorsqu’il quitte Courrier en 2012, Philippe Thureau-Dangin n’abandonne pas la presse écrite. Il conseille Alternativeséconomiquesenquêted’une nouvelle stratégie, lance un magazine mi-professionnel mi-grand public à la demande de l’Institut national de l’audiovisuel, Ina Global, avant de créer, à l’ombre de France Culture, Papiers, un magazine qui reprend – enrichit – des émissions diffusées à l’antenne. À la mort de l’éditeur et écrivain Maurice Nadeau, il projette de racheter La Quinzaine littéraire pour la relancer. Le projet échoue. En parallèle, il rejoint l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) comme chercheur associé et relance Exils, une société d’édition créée avec une poignée de copains en 1998. Exils est une maison exigeante. Elle publie aussi bien des essais pointus sur le cinéma d’Ingmar Bergman et d’Andreï Tarkovski, sur la psychologie de Tintin, le héros d’Hergé, des enquêtes sur la vie de galère de George Orwell dans le Paris de l’entre-deux-guerres que des pamphlets contre tel ou tel apprenti dictateur. Les tirages sont modestes, les à-valoir ridicules, mais Exils n’a jamais dévié de sa route : être “un lieu d’alerte littéraire et politique”. Atteint par une maladie dont il connaissait l’issue, Philippe ThureauDangin ne s’est jamais plaint. Jusqu’au bout,entourédessiens,ilasupportéson mal avec la même élégance qu’il avait mise dans son métier de journaliste. —Jean-Pierre Tuquoi Dernier édito pour Philippe Thureau-Dangin Il a dirigé Courrier international de 1998 à 2012. Érudit et malicieux, Philippe Thureau-Dangin s’est éteint le 12 septembre. La rédaction lui rend hommage à travers ce texte, suivi de son portrait écrit par l’un de ses amis proches. PhilippeThureau-Danginvientde s’éclipser, comme on dit pudiquement, et l’on imagine sans peine qu’il aurait souri devant la solennité des notices nécrologiques. Lui qui a dirigé Courrier international de 1998 à 2012 avec, souvent, l’élégance d’un chef d’orchestre et la patience d’un horloger, savait trop bien que le monde ne cesse de bruire, de commenter, de traduire – et que rien n’est plus comique, parfois, que la gravité même. Philippe Thureau-Dangin, c’était ce mélange rare d’érudition et de malice, un homme capable de citer un éditorial polonais sur la dette grecque puis, sans transition, de vous interroger sur les règlesducricketenfeuilletantunquotidien indien, avant de vous raconter une anecdote réjouissante sur un déjeuner raté à Rome ou de vous parler des potirons qu’il faisait pousser à la campagne. Son élégance résidait dans le fait qu’il ne se prenait pas au sérieux tout en prenant au sérieux le travail des autres : donneràlire,àentendre,àcomprendre, voilà ce qui comptait et ce qu’il avait voulu offrir à travers notre hebdomadaire. On l’appelait “PHTD” ou, pour les plus affectueux, “Tutu”. Avec lui, les avis fusaient, rebondissaient, se heurtaient,secomplétaient.Un“c’estpasmal” de sa part, prononcé avec un petit sourire en coin, était le signe que la partie était gagnée. Mais Philippe Thureau-Dangin était un homme dont l’élégance allait bien au-delà des usages et de la politesse. Il avait ainsi accompagné et soutenu un collègueatteintd’unemaladieneurodégénérativeavecunebienveillanceetune humanité rares. Il avait été très touché par ce mal insidieux, auquel il vient de succomber aujourd’hui. On dit que les morts s’effacent; lui laisseplutôtunesortedebruissement,un chœurpolyglottequicontinuedeparler àtraverslespagesqu’ilafaitgrandir.En l’imaginant là-haut, rédigeant d’un air malicieux un édito céleste sur l’état de la planète, on se surprend à rire, et à le remercier. Il nous aura montré qu’un journal peut rassembler toutes les voix dumonde.Etlàoùilest,iltrouverasûrement un kiosque bien approvisionné. À Saraï, sa femme, à sa famille et à ses proches,Courrierinternationalprésente ses plus sincères condoléances. —L’équipe de Courrier international Un esprit singulier et secret ← Philippe Thureau-Dangin à la rédaction de Courrier international, en 2004. Photo Stéphane Lavoué 6. Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 Des dégâts brûlants CLIMAT — Étudier la part de responsabilité des producteurs d’énergies fossiles d a n s l e s ef fets du réchauffement climatique : telle estlanouvellemissiondesscientifiques, sur laquelle se penche l’hebdomadaire scientifique Nature. En couverture de l’éditiondatéedu11 septembre,titrée “Problème majeur”, un attachécase en flammes symbolise ces entreprisesdontl’activitéacontribué à alimenter la fréquence et l’intensitédesvaguesdechaleur, comme le montre une nouvelle étude.Unquartdes213 vaguesde chaleur survenues au cours des vingtdernièresannéessontdirectementcauséesparledérèglement climatique d’origine humaine, et pour chacune d’elles, le poids de chacun des 180 plus grands producteursdecombustiblesfossiles et de ciment a pu être mesuré. Qui arrivera à corrompre l’IA? ALBANIE — “L’annonce a suscité des commentaires dans le monde entier”,s’amuseleTiranaTimes. Le 11 septembre, le gouvernementalbanaisarecrutéunenouvellemembre:Diella,unsystème d’intelligence artificielle chargé de la lutte anticorruption, “dans un pays miné par sa pire crise de gouvernance depuis la fin du communisme”, en 1990, explique le quotidien. “Plusieurs anciens ministressontsoitderrièrelesbarreauxsoitenattentedejugement”, tandis que le maire de Tirana a été incarcéré en début d’année pour corruption et blanchiment d’argent.Placésousl’autoritédu Premierministre,EdiRama,l’IA examineratouslesappelsd’offres publics.Selonlechefdel’exécutif, Diella (“Soleil”, en albanais) est immunisée“contrelespots-de-vin, l’intimidation et le favoritisme”. “Mais, observe le Tirana Times, les sceptiques pointent du doigt l’absence de détails sur la supervision et les garde-fous mis en place pourluttercontrelamanipulation de l’IA elle-même.” “LADÉMOCRATIE PAR-DESSUSTOUT” “Condamné”, titre sobrement le quotidien brésilien Correio à la une deson édition du 12 septembre. Enillustration, une photographie de Jair Bolsonaro, assigné à résidence dans sa maison de Brasilia. De son côté, O Povo va plus loin, avec une couverture aux allures de slogan publiée le même jour: “Bolsonaro condamné, la démocratie par-dessus tout”, souffle le quotidien. Sous le titre imposant, une photographie réduite de l’ex-président de 70 ans. ↙ Le Christ Rédempteur de Rio et Bolsonaro. Dessin de Ramón Díaz Yanes, Cuba. Le Brésil rend des comptes à l’histoire”, se réjouissait sans ambages une éditorialiste d’O Globo, à l’annonce du verdict du procès de Jair Bolsonaro. Le jeudi 11 septembre, à l’issue d’un long vote, le Tribunal suprême fédéral (STF) a condamné par quatre voix contre une l’ex-président d’extrême droite à vingt-sept ans et trois mois de prison, après l’avoir déclaré coupable de tentative de coup d’État dans le sillage de sa défaite électorale d’octobre 2022. Une décision sans précédent, par laquelle le STF “fait ce qui avait été évité” à la sortie de la dictature militaire (1964-1985), dont aucun responsable n’avait été jugé, “au nom d’un large accord pour la redémocratisation”, rappelle la journaliste. Le retour de la justice. Le pays sudaméricain compte désormais un ancien dirigeant “élu par le vote et condamné pour avoir tenté une rupture institutionnelle”. Un fait “inédit” depuis la proclamation, en 1889, de la République brésilienne – déjà marquée par plus d’une dizaine de coups d’État, réussis ou avortés –, mais aussi un “cas rare dans le monde”, à l’heure où se multiplient les “menaces autoritaires” dans les pays démocratiques. Dès le moment où il a “revêtu l’écharpe présidentielle”, Jair Bolsonaro, ancien capitaine de l’armée, a commencé à “conspirer contre la démocratie qui l’avait porté au pouvoir”, écrit un autre chroniqueur du quotidien de Rio de Janeiro. “Son objectif était d’instaurer un nouvel État autoritaire, sur le modèle de la dictature qu’il avait toujours célébrée.” Outrel’ex-président,sesseptcoaccusés ont été reconnus coupables et ont écopé de peines allant de deux à vingt-six ans de prison. Parmi eux, “trois généraux et un amiral”, qui ont “déshonoré l’uniforme”. Dans un éditorial, O Globo se réjouit : “La plus longue période de la vie démocratique brésilienne a non seulement résisté au complot [putschiste] mais a enfin réussi à punir les traîtres de la volonté populaire.” Le verdict de la plus haute juridiction du pays “fait honneur au Brésil” et “rompt avec une funeste tradition de clémence avec les militaires séditieux, qui souille l’histoire républicaine”, applaudit pour sa part le quotidien conservateur O Estado de São Paulo. “La démocratie brésilienne a passé, sans trop d’égratignures, son plus grand test depuis la fin de la dictature militaire, et a su faire face à une menace réelle pour son existence.” Folha de São Paulo salue de son côté la condamnation “juste et légitime” de Jair Bolsonaro et de ses proches alliés, mais estime qu’il y a une “exagération dans la dose de punition” et appelle le STF à “écouter attentivement les arguments de la défense” de l’ex-président, afin que celuici “purge sa peine à domicile”. “La dimension de la peine prononcée” démontre au contraire la “force de la démocratie, de l’État de droit et d’un pouvoir judiciaire indépendant des autres pouvoirs”, affirme Matheus Leitão dans les colonnesdel’hebdomadaireconservateur Veja. Pour lui, la série de putschs répétés sous la République brésilienne sert d’avertissement : “En l’absence de justice, le mal renaît de l’ombre.” Le chroniqueur évoque ensuite ses deux parents, emprisonnés sous la dictature militaire et qui n’ont “jamais obtenu justice pour les crimes commis contre eux dans les casernes”, bien qu’il ait pu identifier leurs tortionnaires. Mais après avoir “jugé bon” de ne pas renverser la loi d’amnistie de 1979, qui avait empêché toute poursuite contre les responsables du régime répressif – “une honte”,soulignelechroniqueur –,lemême Tribunal suprême a cette fois décidé de ne pas laisser impunis les “putschistes de l’ère moderne, veuves de la dictature militaire”. Et de conclure : “Il est temps de comprendre [ce] moment historique, de regarder vers l’avant et de croire en un avenir sans tentative de coup d’État.” —Courrier international Brésil.Jair Bolsonaro condamné, ladémocratie respire La condamnation de l’ex-président est un tournant politique pour le pays, veut croire la presse brésilienne. 7 jours dans le monde REVUE DE PRESSE Àlaune CARTOON MOVEMENT 7 JOURS. Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 7 Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 7 ↙ Dessin d’Emanuele Del Rosso, Italie. NBC/WIKIMEDIA L’AfD progresse dans l’Ouest ALLEMAGNE— “La déferlante tant crainte n’est pas advenue”, se félicite la Rheinische Post, le 15 septembre. Mais la veille, l’AfD s’est nettement renforcée lors des élections locales organisées en Rhénanie-du-NordWestphalie, derrière les deux grands partis de gouvernement, laCDUetleSPD.Concrètement, la formation d’extrême droite a triplé son score dans la région la pluspeupléed’Allemagne,comptant “13,7 millions d’électeurs, soit plus que dans tous les Länder de l’Est réunis”, note le journal local. Déjà fermement implantée dans l’est du pays, l’AfD semble démontrer sa capacité à séduire l’électorat des zones les plus aisées. Redford le magnifique DISPARITION— C’est The New York Times qui, le premier, a annoncé la nouvelle : “Robert Redford,touràtouridoledugrand écran,réalisateuretmilitant[écologiste],estmortàl’âgede89ans”,le 16 septembre. Comme tête d’affiche,cegoldenboyd’Hollywooda connucertainsdesesplusgrands rôles dans les années 1970, avec entre autres L’Arnaque, Gatsby le MagnifiqueouencoreLesHommes du président. “Affichant sa répugnance pour l’approche simpliste d’Hollywoodenmatièrederéalisation,RobertRedfordexigeaitd’apparaîtredansdesfilmsquiauraient des répercussions culturelles, rappellelejournalnew-yorkais.Plus d’une fois, jouant de son pouvoir d’immense star, il a réussi à faire résonner des sujets comme le deuil ou la corruption de la classe politique auprès du public.” dedéfenseaériennede400%afindetenir les objectifs de son plan stratégique. Mais couvrir une zone aussi vaste que l’Europe n’est pas une mince affaire. Bon nombre des drones que la Russie tire sur l’Ukraine sont de petite taille et peuvent être difficiles à repérer pour les radars. Plusieurs projectiles ont précédemment pénétré dans l’espace aérien de l’Otan. Dans l’un des cas, la Pologne a mis plusieurs mois à récupérer un missile de croisière russe qui s’était écrasé à plusde400kilomètresdelafrontièreavec l’Ukraine. Cette arme a été trouvée par une femme à cheval. Les autorités polonaises font valoir qu’elles n’ont pas repéré la majorité des drones le 10 septembre parcequ’ellesestimaientqu’ils’agissaitde leurres non armés; seuls ceux dont elles pensaient qu’ils étaient chargés d’explosifs ont été attaqués. Même si les drones peuvent être suivis, ilestsouventpeuéconomiquedelesintercepter à grande échelle avec des systèmes dedéfenseaérienneconçuspourdescibles bienplusgrandes,telsdesavions,desmissilesdecroisièreoudesmissilesbalistiques. Rupture. Outre les problèmes techniques,ilfauttenircompted’unproblème flagrant, celui de la volonté politique. Le bouclier dépend des États-Unis qui, sous Trump, se détournent de l’Europe pour s’intéresser à d’autres théâtres d’opérations, et qui seront peut-être moins enclins à déployer leurs propres systèmes de défense aérienne sur le continent et à équiper les intercepteurs. Les forces aériennes européennes possèdent des centaines d’avions de combat, dont beaucoup patrouillent quotidiennement sur le front oriental de l’Alliance. Mais les quartiers généraux qui commandent ces opérations aériennes sont encore tributaires del’engagementetdescompétencestechniques des États-Unis. Le 11 septembre, Trump a minimisé les incursions russes : “Ça a peut-être été une erreur.” Reste à savoir si l’Europe est prête à passer à la vitesse supérieure. L’Ukraine s’estplaintequelesÉtatsdel’Otanavaient parfoissous-estimélesincursionsrusses, de peur d’une escalade. La décision de la Pologne d’abattre la dernière salve [de drones]etd’affirmerqu’elleavaitétélancée intentionnellement contre le pays par la Russie marque une rupture. Suivant les règlesactuellesdel’Otan,l’Alliance–fonctionnantconjointementetnonnationalement – ne peut pas abattre de projectiles dans le ciel biélorusse ou ukrainien. Cela demanderaitl’accordunanimedes32États membres, et la Hongrie et la Slovaquie seraient certainement contre. Dans un conflit à grande échelle, ces règles d’engagement changeraient certainement. Pour l’instant, l’Europe reste sur la défensive. Publié le 14 septembre à leurs appareils. Actuellement, l’Italie, l’Espagne et la Hongrie gardent l’espace aérien balte, l’Italie patrouille également enRoumanie,etlesPays-BasetlaNorvège surveillentlaPologne.Cesavionspeuvent surveillerl’espaceaérienavecleursradars, escorterlesavionsrussesquis’approchent trop, et si nécessaire, comme le 10 septembre, abattre des projectiles. Le 11 septembre,EmmanuelMacronadéclaréqu’il allait envoyer trois Rafale en Pologne. Les systèmes de défense aérienne au sol forment le troisième composant du bouclier. Les États d’Europe de l’Est ont leurspropresradarsetquelquessystèmes de défense. Ils ont reçu l’appoint des systèmes de défense aérienne Patriot, plus perfectionnés, qui peuvent intercepter des avions, des missiles de croisière et des missiles balistiques. En théorie, tout cela constitue un bouclierredoutable.Enréalité,ilestimparfait. L’undesproblèmesétantquedenombreux systèmesdedéfenseaérienneplusimportantsontétéenvoyésenUkraine.Résultat, les réserves européennes ont été dégarnies. En juin, Mark Rutte a affirmé que l’Alliancedevraitaccroîtreseséquipements —The Economist, extraits (Londres) Le 10 septembre, l’Otan a connu la pire violation de son espace aérien depuis sa fondation, il y a plus de soixante-quinze ans, quand 19 drones russes sont entrés dans le ciel polonais. Mark Rutte, le secrétaire général de l’Alliance,aparléde“réactiontrèsefficace”. Orlesavions[dechasse]polonaisetnéerlandaismobilisésn’ontabattuqu’uneminoritéd’intrus.Le13septembre,laRoumanie a rapporté qu’un drone russe était entré danssonespaceaérien.Etlemêmejour,le présidentDonaldTrumpestapparuindifférent face à ce camouflet infligé à la crédibilité de l’Otan, affirmant que le conflit enUkraine“n’étaitpaslaguerredeTrump”. D’où la question : l’Otan peut-elle protéger son ciel contre le Kremlin? Le bouclier aérien de l’Alliance se composedeplusieursparties.Sapremièremission est de repérer les menaces. L’Otan possèdeetdirigeconjointementuneflotte de 14 avions équipés de systèmes d’alerte avancée et de contrôle, généralement stationnés à Geilenkirchen (Allemagne). Ils peuvent scruter l’espace aérien loin vers l’est,surveillantlesavions,lesdronesetles missilesquivolentau-dessusdel’Ukraine et de la Biélorussie. Unedeuxièmepartiedubouclierconsiste en avions de chasse déployés en Europe de l’Est. Les alliés font faire des rotations EUROPE Dronesrusses: letroud’airdel’Otan Après les incursions dans le ciel de la Pologne et de la Roumanie les 10 et 13 septembre, le constat est clair : les différentes couches du bouclier antiaérien de l’Alliance ne sont pas impénétrables. Le bouclier dépend des États-Unis qui, sous Donald Trump, se détournent de l’Europe. 7 JOURS LE DESSIN DE LA SEMAINE 8. Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 ↓ Elon Musk et Tommy Robinson : “Il faut riposter ou mourir…” Le lion : “Foutaises!” Dessin de PeterBrookes paru dans TheTimes, Londres. REVUE DE PRESSE Jonas Vingegaard a célébré son premier triomphe sur le Tour d’Espagne en montant sur un podium de fortune, constitué de glacières, sur le parking d’un hôtel de Madrid, le dimanche 14 septembre. Le cycliste danois n’a pas eu les honneurs de lever les bras devant le palais de Cibeles, au cœur de la capitale espagnole, où est traditionnellement applaudi l’ultime porteur de l’emblématique maillot rouge de leader de la Vuelta. La dernière étape de la course n’est pas allée à son terme. Les organisateurs l’ont neutralisée définitivement à environ 50 kilomètres de l’arrivée, alors que des milliers de personnes, “la majorité brandissant des drapeaux de la Palestine, [avaient] envahi le circuit où devait passer le peloton”, raconte El Periódico de Catalunya. “Il était impossible d’arriver jusqu’à Cibeles, au milieu des cris contre le gouvernement israélien et le génocide à Gaza”, rapporte le journal de centre gauche. Et ce malgré “le déploiement du plus grand dispositif policier jamais mis en place pour un événement sportif à Madrid”, souligne le site El Español. Il fallait s’y attendre, note la presse espagnole. Car, plus que pour les performances sportives, la 80e édition de la Vuelta restera dans les mémoires ESPAGNE LaVuelta2025,“vitrine delatragédie”àGaza L’interruptiondeladernièreétapeduTourd’Espagnepar desmanifestationspropalestiniennesdiviselapresse.Une légitimerévoltepourlesuns,unehontepourlesautres. Àlaune “TRISTE FINAL” C’est ainsi que le quotidien sportif espagnol As exprime ses regrets à la une de son édition du 15septembre, sous levisage impassible deJonasVingegaard. La surprise Gressier ATHLÉTISME — Le Français Jimmy Gressier a “signé une magnifique” accélération dans les dernières foulées du 10000 mètrespourchiperletitre dechampiondumondeàl’Éthiopien Yomif Kejelcha, applaudit The Strait Times, à Singapour. Le 14 septembre, “il est devenu le premier homme né hors de l’est du continent africain à rafler ce titre depuis 1983”. Le Boulonnais de 28 ans “est resté dans le peloton, ralenti par les conditions météo étouffantes”, à Tokyo, “avant de surgiretdeplaceruneattaquemillimétrée” couronnée de succès. Prime à la jeunesse CINÉMA — La minisérie Adolescence a triomphé aux Emmy Awards, organisés à Los Angeles le 14 septembre, s’enthousiasme le magazine Variety. L’œuvre britannique, fenêtre sur une jeunesse rongée parl’influencedumasculinisme, a décroché six récompenses, dans les six catégories pour lesquelles elle concourait. Primé pour sa performance en tant que second rôle, l’acteur britannique Owen Cooper (15 ans) est, à l’occasion, devenu le plus jeune acteur masculin jamais récompensé aux Emmys. Maréed’extrêmedroite àLondres ROYAUME-UNI — “Il s’agit de l’un des plus grands rassemblements de partisans de l’extrême droite observés depuis des décennies”, s’inquiète The Guardian. Entre 110000 et 150000 personnes, munies de drapeaux britanniques et anglais, ont défilé dans les rues de Londres, le 13 septembre, à l’appel de Tommy Robinson, ancien dirigeant du groupuscule English Defence League. L’ampleur de la mobilisation, ponctuée de quelques heurts avec les forces de l’ordre et des contre-manifestants, a largement dépassé les prévisions des autorités, indique le quotidien de centre gauche. À quelques pas de Downing Street, Tommy Robinson a incité la “majorité silencieuse” à “ne plus se taire”. Dans une intervention surprise projetée sur grand écran, le milliardaire américain Elon Musk s’est livré quant à lui à des déclarations incendiaires, selon The Sunday Times. Le patron de Tesla et SpaceX a ainsi exhorté les Britanniques à “se battre ou mourir” pour éviter la “destruction du pays” due selon lui à l’immigration. pour avoir “servi de vitrine à la tragédie palestinienne”, souligne El Periódico de Catalunya. Tout au long des trois semaines de compétition, l’événement a été émaillé de manifestations en faveur de la Palestine et contestant la participation de la formation Israel-Premier Tech, “ambassadrice sportive” de l’État hébreu et codétenue par l’homme d’affaires israélo-canadien Sylvan Adams, “qui ne cache pas son amitié avec le Premier ministre Benyamin Nétanyahou”, contextualise El Periódico de Catalunya. Dans la presse de droite, les regards se tournent en premier lieu vers Pedro Sánchez, le Premier ministre socialiste espagnol, accusé d’avoir encouragé les manifestations en marge de la Vuelta “à des fins électorales”, dénonce notamment El Español. De son côté, le site conservateur El Independiente soupçonne le dirigeant d’avoir mis “la cause palestinienne au cœur de sa politique intérieure” simplement pour contenter ses partenaires de gauche, très engagés en faveur du peuple palestinien. À quelques heures du début de l’étape madrilène, Pedro Sánchez avait en effet exprimé son “admiration” à l’égard les manifestants. Une “folie” contre laquelle s’est insurgé El Español, tandis qu’El Independiente a fait part de sa “honte” en voyant la course cycliste paralysée. Ces images compromettent “gravement la fiabilité de l’Espagne” et sa capacité à organiser des événements internationaux, se lamente El Español, en rappelant que le pays sera l’un des hôtes du Mondial de football de 2030. Dans les locaux d’El País, la mobilisation madrilène est davantage perçue comme une “révolte camusienne.” À l’heure où “le massacre de civils à Gaza se poursuit sans relâche, avec l’appui ou la complicité coupable de tant de pays occidentaux”, et alors qu’“Israël bafoue ouvertement le droit international, la société civile peut et doit se mobiliser”, défend El País. C’est ce qu’elle a fait durant la Vuelta. —Courrier international T’AS PAS UNE MINUTE ? C’EST QUOI LA SANTÉ-ENVIRONNEMENT ? HEALTH RIGHT PROTECTION DIGNITY chercheettrouve.medecinsdumonde.org EN FRANCE ET DANS LE MONDE, DES MILLIONS DE PERSONNES VIVENT ET TRAVAILLENT DANS DES CONDITIONS PRÉCAIRES QUI AFFECTENT GRAVEMENT LEUR SANTÉ. QUAND L’AIR, L’EAU ET LE LOGEMENT DEVIENNENT TOXIQUES, ... ... CHAQUE JOUR EST UN DANGER. POUR CHANGER LA DONNE, IL FAUT AMÉLIORER L'ACCÈS AUX SOINS PARTOUT, INFORMER SUR LES RISQUES ET ACCOMPAGNER VERS DES SOLUTIONS CONCRÈTES. UN LOGEMENT DIGNE. UN TRAVAIL DÉCENT. UN ENVIRONNEMENT SAIN ET RESPIRABLE. CE N’EST PAS UN PRIVILÈGE, C’EST UN DROIT. 0n respire ça tous les jours... Et si l’environnement était la plus grande menace pour notre santé ?... POUR EN APPRENDRE PLUS, DÉCOUVRE NOTRE EXPÉRIENCE INTERACTIVE SUR À force de me plier, mon dos dit stop ! Nous n’avons pas d’accès à l’eau potable ici... Médecins du Monde agit avec les populations pour protéger leur santé ! C’est ça notre combat ! VACCINE POUR CES PERSONNES VULNERABLES, LES SOINS SONT SOUVENT INACCESSIBLES ET L'INJUSTICE S'AJOUTE À LA MALADIE. 10. Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 10. Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 Politique.Macron n’estnileMessie nilediable Cela fait plus d’un an que la France est bloquée politiquement, et que le président de la République est désigné comme le principal coupable. Mais le problème est plus profond, commente cette journaliste suisse. —Neue Zürcher Zeitung, extraits (Zurich) Le président français peut encore surprendre. Personne ne s’attendait à ce qu’il nomme un nouveau Premier ministre si rapidement. Même s’il est à peu près certain queSébastienLecornuneferapas long feu à Matignon, au moins cettenominationrapidepermetelle au président de calmer les appels à sa démission, à de nouvelles élections ou à la désignation d’un autre candidat. Sébastien Lecornu est le cinquième Premier ministre désigné en deux ans. La France n’est peut-être pas coutumière de ce genre d’instabilité, mais celleci n’est pas une totale inconnue. L’actuelle Constitution a précisémentétépenséepouréviterce typedesituation.Lorsquelegénéral de Gaulle la propose en 1958, la France a vu passer 24 chefs de gouvernementenonzeans.Cequi devenaitproblématiquenonseulement sur les questions de politique intérieure mais aussi dans les relations de plus en plus tendues entre Paris et ses colonies et protectorats. La Constitution de la Ve République a redistribué le pouvoir au profit de l’exécutif, et surtout du chef de l’État. Et le système de scrutin majoritaire devait permettre de faire émergerdesrapportsdeforceclairsau Parlement. Auparavant soumis aux caprices du Parlement, le Premier ministre est désormais chargé d’orchestrer la marche politique du pays en préparant desprojetsdeloiavecsongouvernement et en les faisant adopter par les chambres. Au passage, le général de Gaulle s’est toutefois taillé un rôle sur mesure. Qualifié de simple“juge-arbitre”,leprésident a en fait été doté de nombreux pouvoirs. Cela devait lui permettre de se situer au-dessus de la mêlée des partis, de veiller au bon fonctionnement des institutions, de commander l’armée et de garantir l’indépendance, l’honneur et la cohésion de la nation sur la scène internationale – ainsi que l’intéressé l’avait lui-même formulé. L’objectifdugénéralétaitalors d’assurer l’efficacité et la continuité du gouvernement de la France “en un temps où des forces gigantesquessontentraindetransformer le monde”. Soixante-sept ans plus tard, cette déclaration, faite le 4 septembre 1958 sur la place de la République à Paris, semble toujours d’actualité. Saufquelesystèmeimaginé par de Gaulle pour éviter les crises intérieures, lui, ne fonctionne plus. C o m m e sous la IVe République,l’Assembléeestdivisée entroisblocs,dontcelui du milieu est le plus fragile. La différence est que l’an dernier les députés n’ont pas réussi à s’entendre sur grand-chose à part l’interdiction de fumer sur les plages et la suppression des aides à la rénovation énergétique Amériques...... 13 Asie ........... 16 Afrique ....... 20 Europe ......... 22 Moyen-Orient... 25 FOCUS d’un continent à l’autre. france ↖ Dessin d’Alex paru dans La Liberté, Fribourg FRANCE. Courrier international — no 1820 du 18 au 24 septembre 2025 11 des bâtiments. Le budget pour l’année en cours a été présenté trop tard et ne permet aucune économienotable.C’estpourquoi la situation est grave. La crédibilité de la France est en jeu, sur les plans financier et politique. “Archipélisation”. En l’absence de soutien, le président se tient aujourd’hui à l’écart de la politique intérieure. Malgré tout, la colère et le mécontentementdesFrançaisconvergentsur lui. Certains affirment qu’il doit démissionner, ensuite tout rentrera dans l’ordre. C’est le grand mensonge de la Ve République et il est manifeste dans les circonstancesactuelles:sipuissant soit-il, le président, quand il agit danslecadrelégaldesonmandat, n’est ni le Messie ni le diable. Ilestvraiqu’EmmanuelMacron aconduitlepaysdansuneornière en ordonnant la dissolution de l’Assemblée nationale l’été dernier.Sonméprisaffichés’estalors traduitparunecotedepopularité historiquementbasse.Cefaisant, le président n’a fait qu’accélérer un phénomène déjà observable depuis longtemps. Le résultat des élections fait alors apparaître ce que le sondeur Jerôme Fourquet appelle l’“archipélisation” de la France. Une façon de dire que dans le plus grand pays européen (en matière de superficie) se superposent désormais plusieurs réalités et identités qui n’ont plus grand-chose en commun. Nul besoin de chercher entre les extrêmes que sont la capitale etlescommunesrurales.ÀParis, les personnes qui nettoient les immeubles restent souvent invisibles pour leurs occupants, tant quecesderniersn’ontpasunservice à leur demander. Cette fragmentation se reflète aussi dans le comportement des électeurs. Si Emmanuel Macron a réussi à ralentir la tendance, au bout de huit ans les crises à répétition montrentbienunechose:sespromesses sont restées vides. Avec sesidéesetsesméthodesparfois brutales,leprésidentarapidement vu les limites de son action et, commebonnombredesesprédécesseurs,iladûs’inclinerdevant larue.Contrairementàcequeles nombreusesmanifestationspourraient laisser croire, les Français n’aspirentpasàfairelarévolution. Et même s’ils sont notoirement insatisfaits, ils veulent surtout continuer à vivre comme avant. Finalement,EmmanuelMacron s’estrévéléunprésidenttrèsclassique : indifférent à l’humeur du paysetparfoistrèsdistant,ils’est rapidementattirél’inimitiéd’une bonne partie de la population. Quelleestlasolution?Charles de Gaulle l’avait trouvée en rédigeantunenouvelleConstitution, légitimée par un référendum. Le sentimentd’urgencen’étaitpasle même:celafaisaitplusdedixans quelepaysétaitlivréàl’instabilité politique. En outre, la France se battaitpourmaintenirsonhégémonie en Algérie, que de Gaulle pensait encore pouvoir conserver dans l’empire colonial. Ainsi pouvait-il justifier les nombreux pouvoirs concentrés entre les mains du président. Mêmesilasituationfinancière de la France n’est pas reluisante, elle n’est pas comparable à celle des années 1950 – d’autant plus que le problème abstrait de la dette peut facilement être écarté. Seule l’extrême gauche réclame la mise en place d’une VIe République, qui n’est peutêtre pas nécessaire. Les institutions actuelles sont suffisammentsouplespourdébloquer la situation. Tout d’abord, les députés doivent prendre leurs responsabilités et rechercherdescompromis.Cequin’est pas simple après des années à jouerlesdéfenseursouopposants professionnels à la politique de l’Élysée. Aujourd’hui, ils ne sont qu’une minorité à sembler comprendre qu’ils peuvent façonner l’évolutionpolitiquedeleurpays. Ensuite, le président ou le Parlement doivent trouver commentfaireparticiperlesFrançais et Françaises au processus politique. Macron a évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’un référendum, sans jamais concrétisercetteidée.Laquestion poséepourraitconcernerlesujet – récurrent – de la proportionnelle.Lessondagesmontrentque de nombreux Français aspirent à de nouvelles formes de participation. Mais rien ne se passe. L’obsession de l’Élysée. Il y a pourtant fort à parier que la France continuera à patauger. Le nouveau chef de gouvernement promet une rupture, sur le fond comme sur la forme – quoi que cela veuille dire. Mais, au fond,illesait:s’ilparvientàfaire passerleprochainbudget,ilaura accompli sa mission. Même les principaux opposants à Macron – [les Insoumis de] Jean-Luc Mélenchon à gauche et Marine LePenàdroite –nedevraientpas excessivement s’investir dans le travailparlementaire.Tousn’ont qu’un objectif en vue : la prochaine élection présidentielle. Pour les politiques comme pour les électeurs, l’Élysée est une véritable obsession. Encore un an et demi avant l’échéance. Si dans deux ans le successeur de Macron parvient à trouver une majorité à l’Assemblée, la pression pour faire changer les choses pourrait rapidement disparaître. La Ve République peut parfois être inefficace et inciter l’Europe à jeterdesregardsinquietsendirection de la France, mais elle est aussi incroyablement confortable : au bout du compte, c’est toujoursde la faute du président. —Nina Belz, publié le 12 septembre Nommé à Matignon par le président le 9 septembre, Sébastien Lecornu, 39 ans, devient donc le cinquième Premier ministre du second quinquennat. “Le préféré d’Emmanuel Macron”, selon Le Soir, le “compagnon de route” pourDerStandard.Maisau-delà de cette image de fidèle macroniste,SébastienLecornuestaussi, comme le titre en Espagne El Independiente, le “Premier ministre de la guerre”. Le nouveau chef du gouvernement vient tout droit du ministère des Armées. Rien d’anodin, selon la presse étrangère. “Qu’a-t-il donc de si spécial ? s’interroge Domani en Italie. Tout d’abord, le portefeuille, car pour un président de la Républiquedeplusenplusimpopulaire,lecontextedeguerreconstitue un levier essentiel pour conserver une influence intacte.” Alors qu’Emmanuel Macron est confronté à des conflits “sur lascènepolitiquenationaleetàune menace de guerre réelle [à l’extérieur]”,Lecornuentreenfonctions “avecunprofilatypique”,poursuit El Independiente : “Discret, habile en négociations et, surtout, porteur d’une vision personnelle sur l’avenir de la défense française et européenne.” Ce dernier point le distingueparticulièrement.Ilest “un homme politique qui revendiqueladissuasionnucléairecomme pierre angulaire de la souveraineté nationale”, et “qui est convaincu quelaFrancedoitjouerunrôlecentral dans la sécurité européenne.” Voilà pourquoi l’on peut aussi supposer qu’Emmanuel Macron espère, par ce profil, sensibiliser les Français à la nécessité de réserver plus de ressources aux forces armées, suggère El País à Madrid. “Il est devenu l’incarnation de l’investissement militaire français le plus important depuis la guerre froide : 413 milliards d’euros entre 2024 et 2030.” L’impressionestidentiqueoutreRhin,oùl’onseréjouitparailleurs de la proximité entre Lecornu et le ministre de la Défense allemand, Boris Pistorius, souligne la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Dans les premiers jours de son mandat, sans avoir composé son gouvernement,SébastienLecornuadéjà annoncéune“rupture”surlefond etlaforme,revenantnotamment sur la suppression de deux jours fériésannoncéeparsonprédécesseur.Voilà qui explique pourquoi l’analogie avec le ministère des Armées, qu’il dirigeait depuis trois ans, trouve vite ses limites : “Croire que gouverner le pays est aussi simple serait, dans ce temps de crise, une très grave erreur”, écrit Blick, en Suisse. Lecornu doit avoir bien conscience, “lui qui fréquente depuis trois ans les militaires si obéissants, que cette République blessée est tout sauf une caserne au garde-à-vous devant le général Macron.” —Courrier international Lecornu,“Premier ministredelaguerre” Le nouveau chef de l’exécutif est perçu à l’étranger comme la continuation du macronisme à Matignon. Il est aussi – et ce n’est pas anodin – l’ancien ministre des Armées. Les députés doivent prendre leurs responsabilités et rechercher des compromis. 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