LYON DÉCIDEURS n°66 - Page 7 - 66 Ma Chance Moi Aussi accompagne jusqu’à leur envol les enfants les plus vulnérables, ceux issus de familles en fragilité éducative au sein des quartiers prioritaires. Faites un don sur machancemoiaussi.org Samia n’a pas choisi son présent. Faisons tout pour qu’elle choisisse son avenir. Tous les enfants sont notre avenir ! JACQUET METALS soutient Ma Chance Moi Aussi. LYON DÉCIDEURS. N°66. JANVIER 2026. 3. JEAN-PIERRE VACHER DIRECTEUR DE LYON DÉCIDEURS jpvacher@lyondecideurs.com REJOIGNEZ-NOUS SUR E nfin, une «vraie» campagne? Au sortir d’un été détestable de polémiques sans intérêt pour l’avenir de Lyon, nous espérions que l’automne marquerait l’amorce de campagnes municipales et métropolitaines où l’on parlerait des projets des différents candidats. Las, il faut bien reconnaître que le niveau n’est guère monté, ne quittant que rarement le registre des punchlines sur les réseaux sociaux. ILESTTEMPSQUELETEMPODECETTECAMPAGNE sur les réseaux sociaux, avec des médias à la remorque de joutes verbales affligeantes, s’inverse pour passer à un vrai débat nourri par les citoyens et les médias, et repris, ensuite, par les réseaux sociaux. C’est ce que vous propose dès janvier notre groupe de presse lyonnais indépendant Rosebud – Tribune de Lyon, Lyon Décideurs – avec le premier grand débat de la campagne le lundi 19 janvier à 19h30 au théâtre Comédie Odéon. Il y sera question d’attractivité, d’économie, de développement. Bruno Bernard pour la gauche et les écologistes, et Véronique Sarselli pour la droite et le centre, et les soutiens de Jean-Michel Aulas seront présents. Les chefs de file de LFI et du RN sont aussi conviés. Nous confronterons leurs propositions à celles de deux experts: Jean-Louis Meynet, auteur de Lyon, l’ambition économique abandonnée, et Guillaume Faburel qui a publié l’ouvrage Les métropoles barbares. Ce débat sera suivi d’autres en février et en mars. Lyon mérite mieux que ces querelles de cours d’école. C’est cela aussi notre rôle de média de proximité: faire vivre le débat, expliquer les enjeux et confronter les ambitions des uns et des autres. ETPARCEQUECETTECAMPAGNE,c’est aussi celle des stratèges qui conseillent les candidats, Lyon Décideurs vous fait découvrir ce mois-ci, dans son dossier central, la trentaine de communicants, conseillers et bras droits qui gravitent autour des principaux candidats à la Mairie et à la Métropole de Lyon. Des jeunes, des moins jeunes, de la société civile, des élus, des nouveaux venus en politique: ils et elles s’activent en coulisses ou sur le devant de la scène. Qui sont-ils? Quel a été leur parcours jusque-là? Quelle est leur place dans la campagne? Lyon Décideurs lève le voile sur celles et ceux qui jouent aussi un rôle clé dans ce grand rendez-vous démocratique. ÉDITO www.lyondecideurs.com redaction@lyondecideurs.com @lyondecideurs LyonDecideurs «C’est cela aussi notre rôle de média de proximité: faire vivre le débat, expliquer les enjeux» Place (enfin) au débat! Édité par Lyon Décideurs, 10 rue des Marronniers, 69002 Lyon. Tél. 04 72 69 15 15 • www.lyondecideurs.com Directeur de la publication: François Sapy Directeurs généraux délégués: Stéphanie Liogier et Thomas Grim Directeur: Jean-Pierre Vacher (jpvacher@lyondecideurs.com) Rédacteur en chef: Vincent Lonchampt (vlonchampt@lyondecideurs.com) Rédaction: Maxime Feuillet (mfeuillet@lyondecideurs.com), Thomas Fraisse (tfraisse@lyondecideurs.com) et Galahad Blin (gblin@lyondecideurs.com) Ont collaboré à ce numéro: Cyril Michaud et François Mailhes Responsable communication et marketing digital: Lauriane Gay (lgay@lyondecideurs.com) Photographies: Marie-Eve Brouet, Maxime Gruss, Susie Waroude, Léo Poudré et Pierre Ferrandis Graphisme: Véro Martin Conception graphique & couverture: ProEdito Relecture: Delphine Pyrek Responsable de la régie publicitaire: Anaïs Clément-Bollée (aclementbollee@rosebud.press) Chefdepublicité:BenjaminSauvageResponsablediffusionetServiceabonnement:CamilleChrysostome(camille@lyondecideurs.com)Chargéed’abonnements:Mylène RionChargédediffusion:EnzoLecuelleDiffusion,Abonnements:FaustineCornuVidéoetÉvénementiel:CamilleParis,AmaëlLacroix-Magnien,LolaDray.Touteslesphotos noncréditéesdecemagazinesont«droitsréservés».Larédactionn’estpasresponsabledesdocumentsquiluisontspontanémentadressés.NuméroISSN:2778-8512.Numérode commissionparitaire:0924T94234.ImpriméenFrance–ImprimerieChirat.OriginedupapierFrance.Tauxdefibresrecyclées100%.Réchauffementclimatiqueparexemplaire214,5g deC02.DiffusionRosebudÉditions.Toutereproduction,textesetcréationsgraphiques,eststrictementinterdite.CenuméroestvenduavecL’annuairedesleaders–édition2026. Nepasjetersurlavoiepublique. 4. LYON DÉCIDEURS. N° 66. JANVIER 2026. SOMMAIRE LYO N D É C I D E U R S • N ° 6 6 • J A N V I E R 2 0 2 6 LES INDISCRETS 08 GRAND ENTRETIEN 10 Hubert de Boisse: «Le bâtonnat, c’est une charge lourde, deux ans de machine à laver» LE FAIT DU MOIS 14 Philippe Rivière peut-il éviter la liquidation judiciaire? LE PORTRAIT 16 Cyrille Bonin: le baron rock du Transbo ACTUALITÉ LE DÉCIDEUR DU MOIS 21 Nicolas Mercier LES INFOS DU MOIS 22 Valérie Calenda (Mérieux Equity Partners), Quentin Thomé (festival Woodstower), Ludovic Giry et Thomas Malvoisin (Ubikap), Christophe Fargier (Ninkasi), Sophie Schneider, Julien Monet (Ceetadel), Yann Godfrin (Axoltis Pharma), Philippe Valentin et Alban Pousset-Bougère (chambre d’arbitrage et de médiation de Lyon), Marc-Antoine Ginon et Nicolas Gomart (Matmut Stadium Gerland), Corentin Tolisso (Uniqe Club), Santiago Cucci (IKKS Group), Pierre Fanneau (Groupe Ebra) BOURSE 30 Olivier de la Clergerie (Groupe LDLC), Olivier Estèves (Abéo) POLITIQUE 32 Anaïs Belouassa-Chérifi: «L’objectif, c’est d’être devant Grégory Doucet au premier tour» Cédric Van Styvendael, Najat Vallaud-Belkacem, Georges Képénékian START-UP 34 Heliosand, Pierre-Thomas Lebatteux et Romain Rostagnat (Club Employés), Micael Manuel Joao (Komia), Salim El Houat (Mob-Energy) PARCOURS 36 Guilhem Armanet ARRIVÉES/DÉPARTS 37 16 Hubert de Boisse. 10 Cyrille Bonin. 36 Guilhem Armanet. © Brice Robert © Crédit © Léo Poudré 6. LYON DÉCIDEURS. N° 66. JANVIER 2026. SOMMAIRE ESPACE DÉCIDEURS LA GALAXIE DE… 50 Jacques Blanchet L’OBJET DE… 52 Yvan Boulat LE RÉSEAU DU MOIS 54 Club hôtelier lyonnais LES LOCAUX… 56 Les Compagnons du Devoir L’ÉTAT-MAJOR DE 58 La Banque de France à Lyon AFTERWORK OÙ SORTIR À LYON 60 On vous conseille... Pour déjeuner, pour dîner 38 — 48 Jacques Blanchet. Kathie Werquin-Wattebled. Raphaëlle Asselineau. 50 64 58 LE DOSSIER Qui sont les stratèges de la campagne? À moins de trois mois du vote, et alors que la campagne municipale et métropolitaine se crispe chaque jour un peu plus sur les réseaux sociaux, Lyon Décideurs part à la rencontre des figures de l’ombre qui dictent le tempo et la stratégie derrière chacun des candidats. LES 4 COUPS DE CŒUR CULTURE DE 62 Matthieu Echalier (président fondateur de l’entreprise GAC Software) LES BONNES ADRESSES DE 64 Raphaëlle Asselineau, l’esprit de village LA PASSION DE... 66 Marie Nagy: la danse à tout prix Laissez-vous transporter… OPTEZ POUR LA RAPIDITÉ ! *Amplitude et horaires détaillés sur rhonexpress.fr 1 navette toutes les 15 min* De 4h25 à minuit 7j / 7 GARE ET AÉROPORT LYON 30 min SAINT EXUPÉRY 16 € Tarif grand public Achat en ligne . Consultez tous nos tarifs sur rhonexpress fr 8. LYON DÉCIDEURS. N° 66. JANVIER 2026. ACTU. LES INDISCRETS PAR LA RÉDACTION Enjuindernier,MichelLeFaou,ancien éluchargédel’UrbanismesousGérard Collomb,annonçaitaveccertitudequ’il serait candidat aux côtés de Georges Képénékian,considérantquelematch Grégory Doucet-Jean-Michel Aulas n’était pas satisfaisant. Cet automne, l’ex-présidentdel’OLaapprochéHervé Montjotin, le président de Socotec (et ex-président du directoire de Norbert Dentressangle)poursavoircequ’ilpensaitd’uneéventuellesollicitationdesa part auprès de Michel Le Faou, arrivé dans l’entreprise en 2020. Le patron de Socotec lui a répondu que le plus simple était de le contacter directement… Quelques semaines plus tard, la prise de guerre de cette ancienne figure de la Collombie a été officialisée par l’intéressé. Ce n’est pas leur première opération. Après l’acquisition du restaurant de poisson Jols à Limonest, avec le chef Jean-François Malle en première ligne, c’est sur un domaine viticole que le trio d’entrepreneurs lyonnais Vincent Jacquemot, Gilbert Giorgi et Jean-François Malle vient de jeter son dévolu. À savoir, le Domaine de Boischampt situé à Jullié dans le Beaujolais, près de Juliénas. Les 18,5 hectares du vignoble sont certifiés bio. «Nous recherchions une structure à taille humaine, déjà engagée sur la qualité, avec une gamme équilibrée et portée par une équipe avec qui poursuivre», explique Vincent Jacquemot. Jacques Chanut, l’ancien président régional et, surtout, l’ancien président national de la puissante Fédération française du bâtiment (FFB) de 2014 à 2020, se démène beaucoup en coulisses pour qu’un Rhônalpin succède à Olivier Salleron à la présidence de la FFB, lors de l’élection le 20 mars prochain. En adoubant trop vite Samuel Minot, l’actuel président de la FFB Aura, alors qu’Olivier Salleron venait tout juste de prendre ses fonctions, Jacques Chanut ne lui a pas rendu le meilleur service qui soit. La candidature du Caladois n’étant plus possible, Jacques Chanut, qui est aujourd’hui président de SMA BTP, a alors songé à Franck Perraud, l’ancien président de la Fédération du bâtiment et des travaux publics de l’Ain (2011-2017). Sauf que celui-ci n’avait pas l’intention de briguer la présidence de la FFB. Il pourrait même annoncer prochainement qu’il soutient Frédéric Carré, le président de la FFB Occitanie… Jacques Chanut s’est donc fait fort, dans un troisième temps, de convaincre Jacques Blanchet de se lancer dans la course. La campagne officielle pour la présidence de la FFB démarre mi-janvier avec plusieurs débats en région autour des candidats en lice: Frédéric Carré (Occitanie), considéré comme le favori, Christophe Possémé (Grand Est) et Jacques Blanchet (Auvergne-Rhône-Alpes) en position d’outsiders. L’heuredelaretraiten’atoujourspassonné pourGuyChifflot.L’ancienprésidentfondateurd’Orapi,unspécialistedel’hygiène professionnellerevenduen2023,ajetéson dévolusurlesvinsdeSavoie.Uneopération conduiteendeuxtemps,cetétépourlapremièreacquisition(Viallet)etfindécembre pourlaseconde(Perrier).C’esttoutd’abord la Maison Philippe Viallet, producteur et négociant en vins de Savoie, établie à Apremont, qu’il reprend à la barre du tribunaldecommercedeChambéry.Séduit parsanouvelleaventureentrepreneuriale à85 ans,GuyChifflotafinaliséenfind’année le rachat d’un «voisin» de Viallet, le Domaine Jean Perrier et Fils, installé aux Marches sur plus d’une cinquantaine d’hectares, spécialisé dans lesvinspourlesCHR(cafés,hôtels,restaurants), avec un bel outil industriel aussi. «Nous passons de 15 à 22 millions d’euros de chiffre d’affaires avec des perspectives trèsintéressantes.Nousdétenonsdésormais plusde30 %desvinsdeSavoie»,ajouteGuy Chifflot qui aimerait passer le relais dans quelquesannéesàsonpetit-fils,Thomas. PRISE DE GUERRE Comment JeanMichel Aulas a dragué Michel Le Faou VITICULTURE Le trio Jacquemot-GiorgiMalle s’offre le Domaine de Boischampt… PRÉSIDENCE DE LA FFB Jacques Chanut s’active en coulisses ... et Guy Chifflot devient le roi des vins de Savoie Vincent Jacquemot et Gilbert Giorgi. Q&A NEUFLIZE OBC Q UNE BANQUE PRIVÉE UNIQUE, AU SERVICE DES ENTREPRENEURS Acteur majeur de la gestion de fortune à Lyon, la Banque privée Neuflize OBC réunit toutes les expertises nécessaires à la valorisation des patrimoines privé et professionnel. Nous sommes dédiés au service des entrepreneurs, actionnaires dirigeants et de leur famille. Notre expertise permet de couvrir toutes les étapes de vie de leur entreprise : financement de la croissance, opérations de haut de bilan, cession ou transmission. Notre vision sur le long terme accompagne leur patrimoine privé sur des sujets centraux telles la gestion d’actifs financiers ou l’ingénierie patrimoniale. Basée à Lyon, notre équipe de 20 personnes environ est, notamment, constituée de banquiers privés et corporate, d’un ingénieur patrimonial, d’un advisor et d’analystes pour les financements structurés. Cette présence forte permet de couvrir les régions AURA et Bourgogne Franche-Comté et marque notre volonté de consolider notre ancrage historique sur un territoire dynamique. Les régions AURA et BFC disposent d’un maillage significatif d’entrepreneurs, de structures et de sociétés familiales. Neuflize OBC y est implantée depuis plus de 80 ans, et nous avons noué des liens étroits avec l’écosystème économique. Nos activités y sont en forte croissance tant sur les actifs financiers qui nous sont confiés et investis pour nos clients que sur les financements octroyés aux ETI/PME. Certains secteurs sont particulièrement en développement dans les domaines de la santé, du digital, du développement durable et de l’industrie et nous les accompagnons par un conseil sur-mesure. Avec confiance. La fragmentation géoéconomique alimentée par la rivalité sino-américaine et le boom de l’intelligence artificielle devraient une nouvelle fois influencer l’économie mondiale et les marchés financiers en 2026. Notre optimisme repose principalement sur l’accélération de la croissance économique mondiale portée par les USA et dans une moindre mesure par l’Europe. Les investissements massifs dans l’IA aux Etats-Unis et dans la défense et les infrastructures en Europe continueront de stimuler l’activité et les bénéfices des entreprises. La classe d’actifs actions reste donc la principale source d’opportunités en 2026. Les actions américaines, en particulier, sont portées par une dynamique économique plus forte et une position dominante dans le domaine de l’IA. Quelles sont les spécificités de Neuflize OBC ? PUBLIREPORTAGE Ludovic Collet Directeur de Neuflize OBC AURA Bourgogne Franche-Comté Ils sont identiques à ceux des entrepreneurs : croitre, fructifier et protéger leur patrimoine professionnel et personnel. Cet alignement guide notre réflexion et nos actions, pour proposer des solutions de long terme. Quels sont les enjeux de la banque ? Q Quelle est votre analyse de la région ? Q Comment envisagez-vous 2026 ? Q www.neuflizeobc.fr 10. LYON DÉCIDEURS. N° 66. JANVIER 2026. © Léo Poudré LYON DÉCIDEURS. N° 66. JANVIER 2026. 11. Vous êtes le premier bâtonnier du Barreau de Lyon élu après une première tentative infructueuse. Vous aviez en tête de retenter votre chance depuis le soir de votre défaite en 2020, face à Marie-Josèphe Laurent? Hubert de Boisse : «Non, cela ne m’habite pas depuis le soir de cette défaite. Nous avions fait une belle campagne avec Florence Wischer, et nous nous sommes immédiatement mis au service de Marie-Josèphe Laurent et Jean-François Barre (son vice-bâtonnier, NDLR). Nous avons travaillé ensemble pour développerbeaucoupd’idées.Cequim’intéresse,c’estdefaire avancer le Barreau, de le moderniser, d’anticiper les mutations… Pour une candidature au bâtonnat, il faut un alignement de planètes entre votre positionnement professionnel, ordinal et familial. En 2025, j’ai senti qu’on était prêts, qu’il y avait une certaine maturitédansnotreprojet.Nousl’avonsdoncprésenté au Barreau et, cette fois-ci, c’était la bonne. Vous étiez, avec Florence Wischer, les seuls candidats à cette élection. Comment interprétez-vous le fait qu’il n’y ait pas eu d’autres binômes face à vous? C’est assez récurrent, cela arrive même près d’une foissurdeux.Pourquoi?Parcequ’êtrebâtonnier,c’est une charge extrêmement lourde. Le bâtonnat, c’est deux ans de machine à laver pendant lesquels vous devez jongler entre votre charge ordinale, votre cabinet et vos clients. Quand on sent dans la profession que l’un d’entre nous est mûr pour la fonction, qu’il est disponible, qu’il connaît bien la chose ordinale, et qu’il est plutôt apprécié des uns et des autres, cela peut souvent déboucher sur une candidature unique. Cela ne traduit pas un manque de vitalité du Barreau de Lyon, mais plutôt que nous avons su convaincre que notre tour était venu. L’une des conséquences de cette candidature unique, c’est une participation plus faible que d’habitude, à 40 % cette année (avec 30 % de bulletins blancs) contre 60 à 62 % lorsque deux binômes sont en compétition. Est-ce une déception pour vous? On essaie toujours d’avoir le soutien le plus massif de nos confrères. Mais la participation est souvent moinsimportantelorsquel’électiondubâtonniern’est pas couplée avec les élections du Conseil de l’Ordre ou du Conseil national des Barreaux, comme cette année. Peut-être que les avocats lyonnais auraient aimé avoir plus de candidatures… et je suis bien d’accord avec eux! La période entre l’élection et la prise de fonction a été réduite de 12 à 6 mois. Vous avez été élu mi-juin et venez Battulorsd’unepremièretentativeen2020,Hubertde Boisseestlenouveaubâtonnier duBarreaudeLyondepuisle1er janvier.Àl’initiativedelafusiondesoncabinetBunchavec SoulierAvocatscetautomne,ildétaillelesgrandsenjeuxdesonmandatàvenir,etrevienten longueursurlabaissed’attractivitédelaprofession,l’irruptiondel’IAetladégradationdes conditions d’exercice. PROPOS RECUEILLIS PAR MAXIME FEUILLET ET JEAN-PIERRE VACHER, AVEC GALAHAD BLIN LE GRAND ENTRETIEN «Ce qui m’intéresse, c’est de faire avancer le Barreau» «Le bâtonnat, c’est une charge lourde, deux ans de machine à laver» HUBERTDEBOISSE 12. LYON DÉCIDEURS. N° 66. JANVIER 2026. de prendre vos fonctions le 1er janvier. Cette période de préparation est-elle suffisante, selon vous? Oui, c’est une bonne chose. En 6 mois, vous avez le temps de préparer votre organigramme et de planchersurlesgrandschantiersdubâtonnat.Nousavons aussidesformationsavectouslesbâtonniersdeFrance qui entrent en fonction en janvier 2026. Durant cette période, on consulte beaucoup de gens, on rencontre touteslescommissions,etonessaiesurtoutdeprendre desforcesavantlemandatàvenir.C’estunechargetrès lourde,quej’abordeavecbeaucoupd’humilitédevant les bâtonniers qui nous ont précédés, à commencer par les sortants, qui ont fait énormément de choses. Le mandat 2024-2025 du binôme Alban PoussetBougère et Sara Kebir a en effet été considéré, d’un avis unanime, comme riche, dense, et intense. Est-ce qu’il sera difficile de leur succéder? Ah! c’est peu de le dire! Ils ont placé la barre très haut et cela nous met une énorme pression. Il y a d’habitude une forme de continuité dans la fonction; on essaie tous de poursuivre les travaux réalisés lors du mandat précédent, tout en introduisant de nouvelles choses. Mais là, nos prédécesseurs ont tout rénové! Ils ont changé notre logo, refait les locaux de l’Ordre, et mis en place énormément de nouvelles choses… À nous de faire de notre mieux désormais. Parmi les acquis de votre prédécesseur, on note la création à Lyon d’une chambre d’arbitrage et de médiation. Il n’est donc plus obligatoire d’aller à Paris ou Genève pour un arbitrage. L’avocat d’affaires que vous êtes s’en réjouit? Biensûr.C’estuneinitiativequ’AlbanPousset-Bougère portaitavecd’autresconfrèresdepuisplusieursannées. Rendez-vouscompte,noussommeslapremièrerégion industrielledeFranceavecdesETIincroyablesetnous n’avions pas de place d’arbitrage et de médiation à Lyon. Mon prédécesseur est tombé d’accord avec le présidentdelaCCILyon-Métropole,PhilippeValentin, pourcréercettenouvellechambredansseslocaux,au palais de la Bourse. L’idée, c’est d’avoir à Lyon ce qui existe à Paris avec le CMAP (Centre de médiation et d’arbitrage de Paris), où les entreprises peuvent porter leur litige en arbitrage et médiation pour trouver une alternative à la justice traditionnelle. Éviter au maximum les procès, trouver des solutions amiables pour tout ce qui touche les entreprises, c’est aussi votre philosophie? Oui,jesuisquelqu’und’extrêmementpragmatique.J’ai de l’admiration pour les entrepreneurs, les chefs d’entreprise et pour tous les salariés qui œuvrent au développementd’unemarqueetd’unprojetentrepreneurial. L’avocat doit trouver des solutions, être un facteur de solution pragmatique pour ses clients. Et devant l’état de notre justice, nous avons tout intérêt à pousser nos clients à faire de la médiation et de l’arbitrage pour trouver des solutions à court terme avec un bon accord,plutôtqued’attendrelecoursd’uneprocédure jusqu’à son terme sur 7 ou 8 ans. Pendant la campagne, vous avez notamment évoqué ces délais de jugement beaucoup trop longs. À Lyon, il y a plus de 10000 dossiers en attente de jugement dans le domaine social et plus de 15000 dans les autres domaines. Que vous a répondu le garde des Sceaux à ce sujet lors de sa venue à Lyon en novembre? Il a été sidéré par l’état de la justice civile lyonnaise. Peut-être que nous, les Lyonnais, on ne se plaint pas assez. Quand on évoque ces dossiers sinistrés, il faut bien comprendre de quoi on parle. On a des gens qui divorcentetquidoiventattendre18 moispourl’ordonnance qui organise le partage de la garde des enfants. On a des entreprises qui mettent 8 ans à obtenir une décision pour concurrence déloyale. On a des salariés qui peuvent attendre 7 ou 8 ans pour que leur affaire soit audiencée aux prud’hommes… Rendezvouscompte,aupôlesocialdelacourd’appel,lesdates d’audience fixées en ce moment le sont pour 2028 ou 2029. On ne peut pas continuer comme cela. Le garde des Sceaux a proposé plusieurs choses pour tenter d’y remédier. Mais la seule réponse budgétaire pour l’allocation de postes supplémentaires ne suffira pas. Il faut arriver à se mettre à table avec les magistrats et les greffiers pour mieux se comprendre, dénouer les blocages et accélérer les procédures. Vous avez aussi beaucoup évoqué la baisse d’attractivité de la profession pendant la campagne. Comment y remédier? Notre profession est en pleine mutation. Avant, un jeuneavocatacceptaitdebeaucouptravaillerendébut de carrière parce qu’il savait que cela lui permettait de constituer sa clientèle et d’assurer ses prochaines décennies de travail. Aujourd’hui, ce n’est plus tellement la question. Quelqu’un qui entre dans la profession sera peut-être boulanger ou professeur de plongée dans cinq ans. Notre profession doit mieux se structurer pour permettre à ceux qui ont les revenus les plus faibles de progresser. Le métier connaît une grande vitalité: les chiffres d’affaires grimpent, les effectifs aussi, et le gâteau est de plus en plus gros. Il faut donc corriger cette morosité ambiante, veiller à l’unité de la profession et maintenir le lien entre les différents Barreaux. Quel regard portez-vous sur l’irruption de l’intelligence artificielle? Peut-elle chambouler le métier d’avocat? J’aiditilyaquelquesmoisquel’intelligenceartificielle meterrifiait.Jepensequ’ils’agitd’unerévolutionplus grande encore que l’invention de l’imprimerie. Elle va avoir un impact fondamental sur notre profession, LE GRAND ENTRETIEN «Nos prédécesseurs au bâtonnat ont placé la barre très haut et cela nous met une énorme pression» 29 MARS 1974 Naissance. 17 DÉCEMBRE 1999 Prestation de serment. 2022 Quitte le cabinet Lexcase pour créer Bunch. OCTOBRE 2025 Fusion de Bunch avec Soulier Avocats pour créer Soulier Bunch. JANVIER 2026DÉCEMBRE 2027 Bâtonnier du Barreau de Lyon, avec la vice-bâtonnière Florence Wischer.
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