L'OPINION n°250813 - Page 2 - 250813 2 l’Opinion 13 août 2025 Puisque tout est sens dessus dessous, tout devient possible. C’est le pari de Dominique de Villepin, qui voit dans le chaos français une opportunitépouruninclassable.Peuimportequ’il soit (quasi) seul, retiré de la vie politique depuis plus d’une décennie, et rétif à la logique partisane.Parcequelesrepèressontbrouillés,quele paysage est « flottant », il pense avoir sa chance en 2027. Alors que ministres et élus profitent de la trêve estivale, il donne rendez-vous début août dans un café du XVIe arrondissement. Carnet noir en main, l’outsider de la précampagne présidentielle commande « une eau » et insiste: « Je ne me situe pas en dehors de la boîte » – la boîte, ce sont les institutions républicaines. Ses vrais adversaires : le Rassemblement national et La France insoumise, les seuls à « faire de la politique ». « Tous les autres ne font que s’adapter, en creux, à Marine Le Pen ou à Jean-Luc Mélenchon », à commencer par Les Républicains, engagés « dans une logique de surenchère au point d’être prêts à brader l’Etat de droit ». Personne ne semble trouver grâce à ses yeux. Bruno Retailleau ? « A chaque passage au 20 heures du ministre de l’Intérieur, on entend : “on ne peut rien faire, donc il faut tout casser”. » La cause est entendue: incarnation d’une « contre-révolution », le président de LR « a rejoint la ligne Ciotti », désormais allié à Marine Le Pen. Nicolas Sarkozy? Si son vieil ennemi reçoit le président du RN, Jordan Bardella, « c’est pour préparer l’avenir, accuse-t-il. Il veut être le reconstructeur d’une nouvelle droite ». Edouard Philippe ? S’agissant de l’Algérie, « ce qu’il raconte n’a aucun sens ». François Bayrou? « Il ne fait pas de politique, il réfléchit dans le cadre imposéparEmmanuelMacron.»Fermezleban. « Villepin est convaincu que la campagne 2027 fera la part belle aux candidats à forte notoriété et que, dans un milieu politique perçu comme médiocre, le niveau intellectuel des candidats sera lui aussi important », explique un de ceux qui l’a rencontré ces dernières semaines. A contre-sens d’un débat politique hystérisé, l’anciendiplomatereconvertidanslesaffairesne croit pas non plus « à la fatalité de la radicalisation »: « Les Français attendent qu’on leur propose autre chose qu’un reniement de l’héritage républicain.» Se posant au-dessus de la mêlée, il rejette la « politique twitterisée » et ses « gesticulations », fustige ceux qui ont un « avis sur tout », défend « une vision » plutôt que « des mesures ». Alors forcément, quand on tente prosaïquement d’en savoir plus sur ce que serait son programme présidentiel, il refuse tout net de s’adonner au « quiz politique ». « Ce qui m’intéresse, c’est l’élection présidentielle. Je ne suis pas candidat aux municipales, cela ne vous aura pas échappé », lance-t-il. S’il reste discret sur le sujet, Dominique de Villepin réfléchit, consulte. L’un de ses interlocuteurs a été surpris de l’entendre livrer un début de réflexion sur les hypermarchés. Il a rencontré MaryliseLéon(CFDT)enmai,évoqueunrendezvous avec Sophie Binet (CGT). Il participera en septembre à la « fête populaire » du député PS, PhilippeBrun,dansl’Eure. Il échange aussi régulièrement avec JeanLouis Borloo, dont il a décortiqué le dernier ouvrage, L’alarme, dans lequel l’ancien ministre dressait en 2022 le diagnostic de la désorganisation française et multipliait les propositions. «Surlagouvernance,iladesidéesprécisesqueje partage,expliquel’ancienministre.Pourlereste, ilchemine.» Du fond de son projet, on ne saura donc pas grand-chose, hormis qu’il défend «l’ordre républicain » et la « justice sociale » – un positionnement qui lui permet de séduire à gauche comme à droite. A gauche, son engagement pour les Palestiniens l’a fait connaître. Il y creuse son sillon en dressant le réquisitoire du macronisme, de son « impensé social » et de sa « brutalité ». « Après huit années d’une politique de l’offre sans le moindre ruissellement, continuer est complètement stupide », assène-t-il. Plutôt que « solliciter éternellement les classes populaires et moyennes », il suggère ainsi « d’imposer une conditionnalitéauxaidesauxentreprises». Il tend aussi la main aux écologistes, en soutenantlapétitioncontrelaloiDuplomb:«Onfait exactementlecontrairedecequ’onavaitpromis, avec un texte qui a été voté d’un seul œil ». Et quand la droite pourfend l’Etat obèse, lui veut le réhabiliter. Il n’est pas trop gros, «il est sans mission». Pour ce chiraquien, l’extrême droite reste l’ennemi principal. «Je ne mets pas de signe égal entreleRNetLFI.Cen’estpaslamêmehistoire.» Aux électeurs de droite rétifs à Marine Le Pen, il vend une certaine idée de la France face à la « vassalisation » américaine, à l’heure où l’Europe se fait imposer les tarifs douaniers de DonaldTrump. « Faut y aller ». En attendant de voir, peut-être, frémir les sondages d’intentions de vote où il plafonne à 2%, Dominique de Villepin fait mine de cocher les cases du parfait candidat à la présidentielle, avec un livre, Le Pouvoir de dire non, et un parti, « La France humaniste », dont il a confié l’intendance à Benoît Jimenez, maire (ex-UDI) de Garges-lèsGonesse. S’il revendique « plus de 50 000 » adhérents (gratuits), le mouvement est encore en friche, comme son site internet. « Des gens veulent me voir, sont prêts à converger », assure Dominique de Villepin. Interrogé sur ces renforts, il reste flou, évoque ses « excellentes relations » avec Xavier Bertrand, le « talent » de Raphaël Glucksmann. Fin juillet, il a reçu Bertrand Pancher, ancien chef de file des députés Liot et président du mouvement Utiles. « On a passé plus d’une heure à discuter de sa vision de la France », confie ce dernier, qui évoque un « personnage séduisant ». Auparavant, Dominique de Villepin s’était rendu à Châteaudun, dont le maire (sans étiquette) Fabien Verdier, s’est fait le porte-voix des 12 millions d’habitants des villes sous-préfectures oubliées par l’Etat. « Il a le mérite de venir nous écouter ici », apprécie l’édile, qui précise: « Au marché, beaucoup lui ont dit: “faut y aller” ». Reste à savoir si l’appel avait valeur de présage, dans une ville connue par les sondeurs pour refléter à quelques dixièmes près le vote national à chaque présidentielle depuis 2002. Christine Ollivier et M.D. @Chr_Ollivier @Chr_Ollivier X X DominiquedeVillepin, leparid’unsolitaire Quand on tente d’en savoir plus sur ce que serait son programme présidentiel, Dominique de Villepin refuse tout net de s’adonner au « quiz politique ». SIPA PRESS « Avant, un responsable politique du bloc central soutenait le nucléaire et les éoliennes. S’il voulait changer de position, il travaillait pendant six mois avec des experts et se construisait un nouveau discours. Là, le changement chez les LR se fait en une tribune », s’étonne un conseiller de l’exécutif. Puisque le monde change en permanence, il faut livrer de la nouveauté autant que possible. Un soutien de Gabriel Attal note que « tout ce qui a l’apparence du contestataire reçoit une adhésion très forte ». « Les gens qui veulent renverser la table sont plus nombreux que ceux qui veulent être à table », résume un député soutien de Gérald Darmanin. Dans un tel paysage, la campagne p r é s i d e n t i e l l e s ’a n n o n c e b r u t a l e . L’instantanéité des chaînes d’info boostée par l’hystérie des réseaux sociaux risque d’imposer un rythme débridé à la campagne. Qui en sortira vainqueur ? Ceux et celles capables de garder leur sang-froid ? Ou ceux et celles habiles en « dingueries »? Voilà les deux profils types. Les premiers contemplent d’en haut la marmite bouillonnante sans y plonger; les seconds y nagent de délectation.Lesforcespolitiquesauxextrêmes de l’échiquier sont les mieux armées pour survivre à la tempête permanente. Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Jean-Luc Mélenchon défendent des positions tranchées, compréhensibles en un instant et qui répondent à la soif de radicalité des Français. LSD. A l’inverse, un candidat modéré peutil imposer le calme alors que la violence est attendue? Peut-il résister à l’impulsivité de ses adversaires? Edouard Philippe refuse d’avancer l’annonce de son programme pour se plier au rythme effréné imposé par Gabriel Attal et Gérald Darmanin. Il a un plan et il s’y tient. Ce sera après les municipales de mars 2026. Le maire du Havre voit bien que la démocratien’apparaîtpluscommeuneévidenceaux yeux de certains ou que la dystopie de George Orwell, 1984, ne s’incarne plus aujourd’hui en noir et blanc, que les régimes autoritaires cherchent à faire croire qu’elle se déroule en couleurs. Il ne peut ignorer aussi que sa prise de position tout en nuances sur le port du voile dans les compétitions sportives, parce que subtile, lui a valu de nombreuses attaques. Pour les partis de gouvernement, renverser la table est un geste difficile à réaliser. Un ancien Premier ministre aura du mal à lll Suitedelapage1 convaincre qu’il est autant révolutionnaire que gestionnaire. C’est valable pour Edouard Philippe, pour Gabriel Attal aussi. Ses coups de barre à droite et à gauche semblent désorienter les Français. Le baromètre Cluster 17 pour Le Point note « un décrochage de façon continue depuis un an » : « Entre juillet 2024 et juillet 2025 : Gabriel Attal est passé de 38% (1er ) à 23% (12e ) » dans le classement des personnalités. Edouard Philippe subit la même érosion, de 32% à 25%. L’ex de Beauvau et l’actuel sont-ils plus agiles pour changer de position dans une campagne enfiévrée ? Gérald Darmanin clame que le pays a besoin de « radicalité ». Bruno Retailleau est capable un beau matin d’envoyer à la poubelle la politique énergétique de son parti. Alors ? « Pour rejoindre les plus radicaux, il faudrait que Bruno Retailleau soit malléable, avance un spectateur macroniste de la course présidentielle. Je ne trouve pas qu’il ait cette tempérance. Il essaie mais il tient à son corpus conservateur. » Ce même observateur ne voit aucun représentant du bloc central en capacité d’assimiler la brutalité politique du moment. Ou d’oublier le monde réel pour proposer par exemple la retraite à 60 ans. Se fondre dans une réalité parallèle, ce n’est plus le stroboscope, ni les montagnes russes. C’est un trip plus puissant. 2027, une campagne sous LSD? @mdeprieck @mdeprieck X X Le votedesFrançaisestdevenu demoinsenmoinsprévisible. SIPA PRESS Présidentielle2027:quipourravraimentsuivrelerythme? Qui a osé s’opposer à la prison de haute sécurité inaugurée par Gérald Darmanin le 25 juillet à Vendin-le-Vieil ? Le Syndicat de la magistrature et des avocats de détenus transférés dans cet établissement du Pas-de-Calais. Point. La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, si présente dans la lutte contre l’insalubrité et la surpopulation des cellules ? Elle n’a rien dit cette fois-ci. Les « 38 organisations qui dénoncent la surenchère carcérale de Gérald Darmanin » dans L’Humanité ? La prison de haute sécurité n’est qu’un élément cité au milieu d’autres. Le communiqué du député insoumis, Hadrien Clouet ? Il protestait contre les conditions de sa visite à Vendin-le-Vieil, pas contre le principe de ce régime d’exception. Le cabinet du ministre de la Justice n’est pas surpris. « On a l’opinion publique avec nous », assure un conseiller. De fait, le regard des Français sur les prisons a considérablement changé ces dernières années. En 2018, la Fondation Jean-Jaurès avait mené une enquête à ce sujet, en comparaison avec un sondage publié en 2000. 50 % des personnes sondées en 2018 jugeaient les détenus « trop bien traités », soit 32 points de plus qu’en 2000. Un électeur PS sur trois partageait cette opinion. Un sur deux à LFI. Depuis 2024, tous les sondages commandés par Cnews, Europe 1 et Le JDD à Une majorité des sympathisants socialistes considèrent que les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient Voile,chômage,prison:l’électorat degaucheenmutationaccélérée l’institut CSA illustrent un durcissement de la gauche : 55 % d’électeurs mélenchonistes sont favorables à l’incarcération de tous les condamnés sauf sursis ; 78 % de socialistes sont pour l’emprisonnement de tous les délinquants sous obligation de quitter le territoire. Ce qui est valable pour la prison l’est pour de nombreux sujets : la mondialisation, l’islam, le chômage, le port du voile religieux. L’électorat de gauche est métamorphosé par des changements radicaux. L’enquête Fractures françaises (Ipsos pour la Fondation JeanJaurès, Le Monde et le Cevipof) menée tous les ans depuis 2013 en est un excellent baromètre. Instabilité. En 2024, la mondialisation n’a jamais été autant perçue comme une menace dans l’électorat PS (57 %). L’islam n’est jugé compatible avec la République que par 56 % des sympathisants socialistes. Depuis 2019, une majorité de ces mêmes électeurs considèrent que les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment. Quand depuis 2020, la part des Insoumis qui déclarent vouloir limiter le rôle de l’Etat progresse (20 % en 2019, 38 % depuis deux ans). La question du port du voile chez les musulmanes est une dernière illustration des mutations de la gauche. En 2006, l’Ifop teste l’interdiction du voile dans l’espace public pour Le Monde : 36 % des électeurs de gauche y sont favorables. En 2012, ils sont 50 % des socialistes (Ifop pour Le Figaro). En 2019, 63 % des sympathisants de gauche prônent l’interdiction pour les usagers des services publics (Ifop pour LeJDD).En2024,ilssont54%àvouloirinterdire tous les signes religieux (CSA pour le Sénat). Autant dire qu’avec de tels mouvements, le terrain politique est instable. C’est inconfortable lorsqu’on s’apprête à courir vers l’Elysée. M.D. «Desgensveulent mevoir,sontprêts àconverger» 13 août 2025 l’Opinion 3 Episode8/10 Cet été, l’Opinion sort des sentiers battus de la politique nationale, et s’intéresse aux municipales, qui auront lieu en 2026, dans dix villes emblématiques. Des gauches éparpillées façon puzzle, une droite LR en reconquête, un RN partout en embuscade… Un an avant l’élection présidentielle, va y avoir du sport! François-Xavier Bourmaud Les grandes manœuvres ont commencé. A un peu plus de six mois du scrutin municipal, Strasbourg bruisse déjà de tractations sur fond de désirs de revanche et d’ambitions contenues. L’élection de 2020 a laissé un goût d’inachevé. Sur fond de pandémie de Covid et d’abstention record (36%), l’écologiste Jeanne Barseghian s’était emparée de la mairie au détriment d’un attelage LREM-LR emmené par l’ancien socialiste Alain Fontanel. Avec 41,7 % au second tour, la jeune avocate de formation s’installait à la tête de la ville, incarnation du « changement de cap » promis par sa coalition mêlant écologistes, communistes, et figures citoyennes. Quatre ans plus tard, la maire sortante veut rempiler. Début juillet, Jeanne Barseghian a annoncé sa candidature pour « continuer à se battre pour faire face à l’urgence écologique et sociale ». Avec la gratuité des transports pour les moins de 18 ans, le lancement de la zone à faibles émissions, la baisse de 40% des émissions de CO2 , la végétalisation urbaine ou encore la rénovation énergétique des bâtiments, elle défend un bilan réalisé « à 80% ». Tout le monde n’est pas d’accord. Dogmatique. Après la candidature de Jeanne Barseghian, ses opposants se sont déchaînés. Sans surprise. Pour le centriste Pierre Jakubowicz, le bilan des écolos a « dégradé le vivre ensemble, la qualité et le cadre de vie, la solidarité et la sécurité, le rayonnement et l’attractivité de Strasbourg ». Même tonalité chez Renaissance où Etienne Loos dénonce un mandat « marqué par l’inaction, les divisions et les renoncements ». A droite, le LR Jean-Philippe Vetter accuse la municipalité d’avoir « divisé les Strasbourgeois et fracturé la ville comme jamais ». La campagne est lancée, mais elle ne fait que démarrer. Car le paysage de 2026 ne ressemble en rien à celui d’il y a six ans. Sur l’ensemble de l’échiquier politique, chacun est à la recherche de la meilleure alliance pour tenter de bouter la maire écologiste hors de l’hôtel de ville. Ancien candidat LR, Jean-Philippe Vetter, a pris les devants dès le début 2025. Sous la bannière « Aimer Strasbourg – Le Printemps strasbourgeois », il tente de fédérer un arc large allant du centre droit au centre gauche. Il n’est pas seul. Pierre Jakubowicz (Horizons), Bruno Studer (LREM) ou encore Fabienne Keller (Renaissance) lorgnent eux aussi l’électorat centriste. A gauche, l’ancienne maire PS Catherine Trautmann envisage elle aussi de rejouer sa partition en solo, tout comme Paul Meyer, ex-socialiste et figure du microcosme local. Quant au RN, il affiche des ambitions limitées dans cette ville plutôt ancrée à gauche. Les conditions particulières du dernier scrutin, avec son second tour décalé de près de six mois pour cause d’épidémie de Covid, attisent les ambitions. Mais les déclarations de candidature officielle attendront. Le temps de nouer des alliances. Une initiative citoyenne pousse à une union de tous les opposants dès le premier tour. Une alliance PS-LR-Renaissance-Horizons, improbable ailleurs, semble ici être le scénario préféré de plusieurs anciens élus soucieux de barrer la route à une « écologie militante » qu’ils jugent trop dogmatique. Mais derrière les appels à l’unité, les égos prospèrent, et les ambitions résistent. Chacun croit en son heure. Turbulences. D’autant que la majorité sortante traverse une zone de turbulences. Le vernis vert de 2020 a été légèrement écorné par des tensions internes, des affaires de gouvernance, et une société civile un peu plus distante qu’à l’époque des assemblées citoyennes fondatrices. Certains partenaires de 2020 plaident déjà pour une inflexion sociale, voire un renouvellement plus large à gauche. La promesse d’un bloc solidaire n’est donc pas acquise. Et une fois encore, Jeanne Barseghian ne semble pas pouvoir compter sur le soutien de La France insoumise qui dénonce elle aussi le bilan de la maire écolo, « dont les faiblesses apparaissent aux yeux de toutes et tous ». Si le débat ne s’est pas encore cristallisé autour de grands thèmes, les lignes se dessinent déjà. Il sera question de tramways, de pistes cyclables, de fiscalité locale, de tranquillité publique, et d’un projet de transformation à 120 millions d’euros pour l’opéra. Avec peut-être des thématiques nationales, prêtes à s’inviter dans la campagne. Comme cette proposition d’instaurer le droit de vote à 16 ans, défendue par Barseghian et d’autres maires écologistes. D’ici à l’automne, les jeux d’alliances devront se préciser avant la désignation des têtes de liste. Comme souvent à Strasbourg, rapprochements et divisions pourraient décider du sort du second tour… dès le premier. @fxbourmaud @fxbourmaud X X LetourdeFrancedesmunicipales2026 AStrasbourg,cestractations pourévincerlamaireverte RayonsX Un rapport de l’Igas-IGF alerte sur le développement de l’IA en radiologie, qui « va induire des gains de productivité pour l’analyse des images et la rédaction des comptes rendus », renforçant encore la rentabilité du secteur. Jon Elizalde Les radiologues ont les oreilles qui sifflent. Depuis deux mois, ils subissent un tir nourri venu des autorités sanitaires et du gouvernement. En cause, une rémunération jugée trop élevée à un moment où l’exécutif cherche à faire des économies dans tous les secteurs, y compris dans celui de la santé – François Bayrou a prévu pour la Sécurité sociale un effort de 5,5 milliards d’euros en 2026. C’estenfaitlaCaissenationaled’Assurancemaladie (Cnam) qui a ouvert le bal en juin lors de la présentation de son rapport « Charges et produits ». Elle y fait le constat que « des rentes se sont constituées sur l’argent public », comme le dénonce Thomas Fâtome, directeur de la Cnam. Ainsi, la moyenne de rentabilité de la radiothérapie est passée de 16,4% en 2018 à… 27,2% en 2022! « Dans un contexte de déficit important et structurel de la branche maladie [14 milliards d’euros en 2024, 16 milliards estimés en 2025], de tels niveaux de rentabilité nécessitent de renforcer les actions de régulation économique dans une double logique de plus grande équité entre les différents niveaux de revenus des offreurs de soins, et de maîtrise de la dépense publique, l’Assurance-maladie n’ayant pas vocation à financer des rentes économiques », assène la Cnam. L’Assurance-maladie propose donc, notammentde« baisserlestarifsdessecteursprésentant de très hauts niveaux de rentabilité et oùdesrentessesontconstituéessurdel’argent public » mais aussi de « prévenir la constitution de rentes en faisant évoluer de manière plus réactive la tarification des actes et forfaits versés aux professionnels de santé. » Fin juillet, dans Le Monde, la ministre du Travail et de la Santé Catherine Vautrin est allée dans le même sens, annonçant vouloir « mettre fin aux situations de rentes économiques qui se sont constituées dans des secteurs de la santé comme la radiologie, la biologie, la radiothérapie ou encore la dialyse. Ils sont financés à plus de 80% par l’Assurance-maladie et présentent des niveaux de rentabilité très élevés: des baisses de tarifs s’imposent ». « Financiarisation ». Ces constats s’appuient en grande partie sur une étude menée par l’Igas et l’IGF, intitulée « Pertinence et efficience des dépenses de radiologie » et publiée à la mi-juillet. « Du fait de tarifs élevés des actes et d’un financement particulièrement généreux des équipements matériels lourds, les radiologues ont des rémunérations très élevées et les sociétés d’imagerie ont une rentabilité forte, qui attire de plus en plus des acteurs financiers », constatent les auteurs de l’étude, relançant le débat grandissant sur la « financiarisation de la santé », déjà dénoncée par Geneviève Darrieussecq, éphémère ministre de la Santé à l’automne dernier. L’étude met en lumière une rémunération des radiologues quasiment deux fois plus élevée que celle de l’ensemble des médecins libéraux, 38% plus importante que la moyenne des spécialistes. « Cet écart existe depuis plus de vingt ans, ce qui fait des radiologues les médecins les mieux payés de toutes les spécialités médicales si l’on exclut deux spécialités dont les effectifs sont nettement moindres, les médecins nucléaires et les radiothérapeutes », rapporte la mission. Ainsi, en 2021, les revenus moyens des radiologues étaient, d’après l’Igas et l’IGF, qui se sont appuyés sur les données de la Drees, de 212700 euros. La moyenne des spécialistes se situe à 153 000 euros, celle des médecins à 124 000 euros. Quant au niveau de rentabilité du secteur de la radiologie, il apparaît, là aussi, « anormalement élevé, en augmentation forte depuis 2021, parallèlement à un mouvement de concentration, porté notamment par une hausse des opérations de private equity ». Mis en accusation, les principaux intéressés se défendent… avec une pointe de sarcasme. « Il vaut quand même mieux être rentables que déficitaires, comme le sont les hôpitaux publics », lance le docteur Jean-Philippe Masson, radiologue à Carcassonne et président de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR), qui dénonce une « stigmatisation complète de la radiologie, purement dogmatique et idéologique ». Si la déclaration de Catherine Vautrin ne l’émeut guère (« Il y a bien longtemps qu’on a arrêté d’écouter les politiques »), il en est tout autre du rapport Igas-IGF, dans lequel il a relevé « 50 contre-vérités », au premier rang desquelles « l’affirmation que la radiologie n’est pas une activité de soins ». « C’est une connerie. C’est extrêmement méprisant pour les radiologues. Car vous ne pouvez pas envisager de mettre en place un traitement si vous n’avez pas un diagnostic. Ce diagnostic [que permet l’analyse d’une radio] fait partie du soin. Par ailleurs, une grande partie de notre secteur relève aujourd’hui de la “radiologie interventionnelle” : là, c’est du soin pur. » Le président de la FNMR dénonce aussi une « manipulation des chiffres ». D’après ses calculs, basés sur les données de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF), la rémunération annuelle des radiologues tournerait, non pas autour de 212000 euros, mais de 120000 euros. « Dictature sanitaire ». Faut-il toutefois baisser les tarifs ? « Il y a déjà une centaine d’actes de radiologie dont le tarif est inférieur à celui d’une consultation chez un généraliste. Une écho de la thyroïde c’est 22 euros, une radio du poignet 24 euros… On ne peut pas baisser davantage. » L’idée qu’une diminution des tarifs pourrait être décidée unilatéralement par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie, comme le suggère l’Igas, le fait bondir. « Ce serait de la dictature sanitaire! » L’Igas et l’IGF proposent aussi de « sortir la radiologie du système conventionnel ». En clair, la tarification du secteur ne serait plus régie par la convention médicale. Offensant pour les concernés: « Cela sous-entend que la radiologie n’est pas faite par des médecins. » « Nous faisons des propositions à la Caisse pour améliorer la pertinence, mais nous ne sommes pas écoutés, déplore Jean-Philippe Masson. Il y a entre 20% et 30% des actes médicaux qui ne sont pas utiles. Depuis plus de dix ans, nous proposons de travailler là-dessus, un peu comme ce qui a été fait pour les antibiotiques. Cela passe par une formation des médecins et de l’information aux patients. » Les trop nombreux rendez-vous chez les radiologues seraient le fait, d’abord, des patients et des médecins prescripteurs. Il paraît, en tout cas, urgent d’agir. Selon la mission Igas-IGF, l’activité des radiologues représente 3,8 milliards d’euros de montants remboursés par l’Assurance-maladie, en hausse de 22% depuis 2019. @Jon_Elizalde @Jon_Elizalde X X Leurrentabilitéagacel’exécutif. Lesradiologuessedéfendent LaCaissenationaled’Assurance-maladie afaitleconstatdèslemoisdejuinque«des rentessesontconstituéessurl’argentpublic» L’activité des radiologues représente 3,8 milliards d’euros de montants remboursés par l’Assurance-maladie, en hausse de 22% depuis 2019. SIPA PRESS «Ilvautquandmême mieuxêtrerentables quedéficitaires,comme lesontleshôpitaux publics» FAUT-IL Y VOIR une conséquence de la promulgation de la loi réformant le mode de scrutin pour les municipales à Paris ou juste l’effet de la chaleur écrasante ? La température est en tout cas montée brusquement de plusieurs degrés entre les candidats à la mairie de Paris. L’écologiste David Belliard, candidat en 2026, s’est attiré les foudres de Rachida Dati pour avoir dénoncé l’inaction du gouvernement face au réchauffement climatique. « La canicule de juin a fait 480 morts, mais toujours aucun “plan grand chaud” pour mettre à l’abri les personnes à la rue et rien contre les logements bouilloires, s’est indigné l’adjoint à la maire de Paris, lundi soir sur X. Le mépris pour l’écologie de ce gouvernement est juste criminel. » La réplique n’a pas tardé. « Bilan de la politique d’Anne Hidalgo et de Belliard : Paris est la capitale européenne la plus mortelle en cas de canicule, a riposté la ministre de la Culture. Quatre plans climat et des centaines d’annonces après, Paris n’a jamais été autant une fournaise (...) et ça donne des leçons ! » De quoi susciter l’ironie du candidat communiste, Ian Brossat : « Madame Dati mettrait des bagnoles jusqu’au dernier étage de la Tour Eiffel si elle le pouvait, mais ose donner des leçons sur le réchauffement climatique à Paris ? » Municipales2026. Lacaniculeéchauffe les espritsdescandidatsàlamairiedeParis L’écologiste Jeanne Barseghian a été élue maire de la capitale européenne en 2020 au détriment d’un attelage LREM-LR. SIPA PRESS Il sera question de tramways, de pistes cyclables, de fiscalité locale, de tranquillité publique, et d’un projet de transformation à 120 millions d’euros pour l’opéra 4 l’Opinion 13 août 2025 Paixlarvée « Les pays doivent s’unir et prendre clairement position contre l’unilatéralisme et le protectionnisme », a déclaré mardi, Xi Jinping lors d’un entretien téléphonique au cours duquel il a soutenu son homologue brésilienLulaaprèsladécisionduprésident américain d’imposer des droits de douane de 50% sur une large gamme de produits du pays sud-américain. Claude Leblanc Après avoir décidé d’engager un bras de fer commercial avec l’Inde à laquelle il a imposé des droits de douane de 25% assortis de 25% supplémentaires pour ses achats de pétrole russe, Donald Trump a signé, lundi soir, un décret prolongeant de 90 jours la trêve tarifaire entre les Etats-Unis et la Chine, écartant ainsi le risque d’une escalade immédiate. Pour justifier sa décision, il a évoqué « les mesures significatives » prises par Pékin pour « remédier aux accords commerciaux non réciproques et répondre aux préoccupations des États-Unis en matière économique et de sécurité nationale ». Selon le texte, la nouvelle date limite est fixée au 10 novembre à minuit, et les droits de douane « réciproques » de 10% actuellement appliqués aux importations chinoises resteront en vigueur jusqu’à cette date. Ces éléments ont été confirmés, mardi matin, dans un communiqué du ministère chinois du Commerce, celui-ci ajoutant que Pékin adoptera ou maintiendra toutes les mesures administratives nécessaires pour suspendre ou supprimer les contre-mesures non tarifaires prises à l’encontre des États-Unis, comme convenu dans la déclaration commune de Genève. Dossiers brûlants. Le décret du président américain n’est pas une surprise dans la mesure où, à l’issue de leurs dernières discussions, il y a deux semaines, à Stockholm où aucune avancée importante n’avait pourtant été faite, les deux délégations s’étaient entendues pour maintenir les négociations. Sans cette décision, Américains et Chinois seraient revenus à la situation critique du mois d’avril, c’est-à-dire dans une impasse. Donald Trump ne voulait sans doute pas ajouter la gestion d’une nouvelle poussée de fièvre avec Pékin alors qu’il a d’autres dossiers brûlants à traiter. Jusqu’à présent, le républicain a même évité de sanctionner la Chine alors qu’elle est le principal acheteur de pétrole russe. Son vice-président J.D. Vance avait pourtant déclaré, dimanche, que l’hôte de la Maison Blanche « envisageait » d’imposer de nouveaux droits de douane sur les importations chinoises en réponse aux achats de pétrole russe par ce pays. « Le président a dit qu’il y réfléchissait, mais il n’a pris aucune décision définitive », a-t-il expliqué. « Evidemment, la question chinoise est un peu plus compliquée, car nos relations avec la Chine ont des répercussions sur beaucoup d’autres choses qui n’ont rien à voir avec la situation russe. Le président examine donc ses options et prendra bien sûr sa décision lorsqu’il le jugera opportun. » Dépendance. A la différence de l’Inde, qui ne dispose pas de moyens de pression immédiats pour peser sur Washington, la Chine a montré qu’elle était prête à répondre fermement aux initiatives américaines en prenant des contre-mesures susceptibles de mettre en difficulté certains secteurs de son économie. C’est ce qui peut expliquer pourquoi Donald Trump prend encore des gants pour s’adresser à Pékin comme il l’a fait, dimanche, dans un message publié sur Truth Social. « La Chine s’inquiète de sa pénurie de soja. Nos excellents agriculteurs produisent le soja le plus robuste. J’espère que la Chine quadruplera rapidement ses commandes de soja. C’est également un moyen de réduire considérablement le déficit commercial de la Chine avec les États-Unis. Un service rapide sera assuré. Merci, président Xi », a-t-il écrit. Un ton qui tranche avec ses propos sur l’Inde, le 31 juillet, dont il moquait « l’économie moribonde ». Cela ne signifie pas pour autant que l’hôte de la Maison Blanche ne changera pas d’avis d’ici au 10 novembre. Sa rencontre avec Xi Jinping qui pourrait avoir lieu, fin octobre ou début novembre, sera sans doute déterminante. Tout en se satisfaisant de la décision du président américain d’étendre la trêve commerciale, Pékin ne change pas sa stratégie qui consiste à accélérer la diversification de ses débouchés commerciaux et à réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis. A cet égard, les importations de soja sont révélatrices. Premier importateur mondial, la Chine a entrepris de réduire ces achats aux Etats-Unis. Ceux-ci ont chuté de 8,7%, à 4,58 millions de tonnes au deuxième trimestre, contre 5,02 millions de tonnes au cours de la même période de l’année dernière, selon les données douanières chinoises. Les autorités chinoises soulignent que la diversification des sources d’importation est une mesure nécessaire pour garantir la stabilité des importations. Le soja brésilien représente environ 71% des achats chinois, tandis que l’américain plafonne à 21% et que l’argentin gagne du terrain. De la même manière, les Chinois intensifient leurs investissements en Asie du Sud-Est, notamment dans les infrastructures favorisant les échanges, dans le but d’accompagner la forte progression du commerce avec cette région que l’inévitable raidissement des relations commerciales avec les États-Unis induira. @Japonline @Japonline X X EntreWashingtonetPékin, unetrêvecommercialejusqu’àquand ? DonaldTrumpadécidédeprolongerjusqu’au10novembresapause danslesdroitsdedouaneàappliquersurlesproduitsvenusdeChine. Lepaysamontréqu’ilétaitprêtàrépondreauxinitiativesaméricaines Donald Trumpasignéundécretprolongeant de90jourslatrêvetarifaireaveclaChine. SIPA PRESS Certains pays réalisent par exemple des projets nucléaires à un coût environ deux fois inférieur à celui du Royaume-Uni, comme l’illustrent les retards et les surcoûts d’Hinkley Point C, dans le Somerset (sud-ouest de l’Angleterre). Alors que cette nouvelle centrale devait entrer en service vers 2026, pour un coût initial de 18 milliards de livres (20,87 milliards d’euros), les financements pourraient atteindre de 31 à 34 milliards de livres (35 et 39 milliards d’euros, valeur 2015) avec une production d’électricité prévue d’ici 2029 et 2031, selon les derniers chiffres d’EDF. « Age d’or ». L’écart entre les projets des autres pays et les britanniques s’explique par unemeilleureexpertiseeningénierie,unemaind’œuvre plus qualifiée ou encore par l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement. Mais le rapport pointe aussi des cadres réglementaires moins efficients au Royaume-Uni. Les procédures se chevauchent, entraînant des retards et des surcoûts et des incohérences existent entre organismesderégulationmaisaussientreagents d’un même organisme. Le Royaume-Uni impose aussi qu’une nouvelle décision réglementaire soitprisepouruncomposantouunmodèleutilisé en toute sécurité dans un autre pays depuis de nombreuses années, ce qui revient à une double régulationsurunmêmeproduit. Par ailleurs, le groupe de travail a identifié une culture d’aversion au risque, avec la mise en place de mesures coûteuses et pruFaire mieux pour moins cher, tel pourrait être le nouveau mantra des Britanniques en matière de nucléaire. Le gouvernement de Keir Starmer essaie en tout cas de repenser sa réglementation de l’atome, un élément clé de ses stratégies d’indépendance énergétique, de neutralité carbone mais aussi de défense. Pour ce faire, un groupe de travail, lancé en février, a identifié les freins au développement du nucléaire dans le pays. Dans un rapport intérimaire publié lundi, ce groupe souligne un système d’autorisation et de construction lent, inefficace et étouffé par la bureaucratie. « Au cours des dernières décennies, la réglementation nucléaire est devenue plus complexe et plus coûteuse, sans toujours apporter des avantages proportionnés en matière de sûreté et de protection de l’environnement », note John Fingleton, l’économiste en charge du groupe. dentes à l’excès. L’objectif peut être d’obtenir un succès « du premier coup », eu égard aux autorisations et dossiers de sûreté. Mais cette prudence excessive peut aussi s’expliquer par un manque de pression pour inciter les exploitants à réduire les coûts, les poussant à choisir les options les plus chères afin de ne prendre aucun risque. Le groupe doit désormais préparer des recommandations pour l’automne 2025. Le gouvernement envisage ainsi de nouveaux moyens de réduire les réglementations qui freinent la croissance, un mouvement impulsé par Rachel Reeves, la ministre des Finances, au printemps. Mais l’objectif est surtout d’accélérer « l’âge d’or » du nucléaire britannique, souhaité par le ministre de l’Energie Ed Miliband. Les avancées du projet de centrale de Sizewell C, dans le Suffolk (Est de l’Angleterre), le confirment, avec l’accord d’investissement signé fin juillet par EDF, offrant une part de 12,5% au constructeur français contre 44,9% pour le gouvernement. Ce financement impliquera une contribution moyenne d’une livre environ par mois sur la facture des ménages pendant la construction, avec une mise en service prévue pour 2035. Le gouvernement mise aussi sur le développement des petits réacteurs modulaires, avec un programme d’investissement de 2,5 milliards de livres (2,9 milliards d’euros), pour faire face à la concurrence européenne et asiatique. @chloegouden @chloegouden X X CommentleRoyaume-Unicompterester compétitifdansledéveloppementdunucléaire Selonunrapport,lesprojetsbritanniquesliésàl’atomesontfreinés pardesbarrièresadministrativescomplexesetcoûteuses Recommandations L’écart entre les projets des autres pays et les britanniques s’explique par une meilleure expertise en ingénierie, une main-d’œuvre plus qualifiée ou encore par l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement. Mais le rapport pointe aussi des cadres réglementaires moins efficients au Royaume-Uni. Chloé Goudenhooft (à Londres) Il paraît que Sheena Patel, 36 ans, a fait un tabac en 2023 avec son premier roman, Je suis fan, traduit aujourd’hui par Marie Darrieussecq: succès de librairie, prix littéraires, presse enthousiaste, etc. On savait l’Angleterre mal en point. Le fait qu’elle se soit emballée pour un roman aussi répétitif, laborieux et creux en est un signe supplémentaire. C’est l’histoire d’une trentenaire branchée londonienne, qui passe sa vie sur les réseaux à traquer les messages d’une richissime influenceuse spécialisée dans la nourriture bio, l’art contemporain, et d’autres fadaises du même genre. Elle la hait et l’envie simultanément, d’autant plus qu’elles ont couché avec le même homme. Et donc? Rien. Le récit, collier de saynètes comparables à des entrées de journal intime ou de blog, ne mène nulle part, et tourne à vide. Des fêtes, des expositions, des coucheries, des dialogues sans intérêt. D’ailleurs, non: il n’y a pas de dialogues, tout est au style indirect car rien ne compte pour la narratrice qu’elle-même. « Je lui demande s’il a des nouvelles de la femme qui m’obsède et il me dit que non », etc. Je, moi, je. Les personnages, n’existant qu’à travers elle, n’ont pas de nom: elle les désigne par des périphrases autocentrées, la femme qui m’obsède, l’homme avec qui je veux être, mon copain, et ainsi de suite. Moi, moi, moi. D’ailleurs, c’est le dernier mot du livre: moi. Il faut du courage pour arriver à ce dernier mot. J’avoue avoir lu des pages en diagonale. Presque toutes, au bout d’un moment. Ennui mortel. On veut croire, par indulgence pour l’auteur, qu’il s’agit d’une satire, d’une critique des vies menées par procuration, du miroir aux alouettes de la célébrité en ligne. Rien n’est moins sûr. Et quand bien même, le roman resterait d’un ennui mortel. Pour ajouter au désastre, la narratrice, qui est noire et pleine de ressentiment, baigne dans une idéologie marxiste-décoloniale délirante, dont elle nous donne d’abondants échantillons. Extrait: « Le libéralisme cherche à se dissocier du racisme, du génocide et de la dépossession structurelle de certains groupes au bénéfice d’autres groupes. La spirale de la catastrophe climatique a été précipitée par le vol des terres des peuples autochtones et le pillage continuel de ces terres pour le profit néocolonial. » Voici maintenant ce qu’elle pense de Paul Klee et de ses peintures « chichiteuses et gnangnans »: « Je déteste que tous ces hommes blancs se soient permis d’aller au Moyen-Orient ou dans des pays d’Afrique pour s’emparer des cultures et de la lumière et de les rapporter en Occident pour réinventer, à travers le filtre de leur imagination blanche, ce qui était déjà là, un butin désormais devenu l’Autre dans la distance et la beigification, afin que leur peuple à eux puisse le comprendre depuis la sécurité d’un belvédère ». Vous n’avez pas tout compris? Moi non plus. Si c’est une parodie de gloubi-boulga woke, ce n’est pas mal imité. Et si le roman se veut l’imitation d’un navet, la réussite est totale. Je suis fan de Sheena Patel (traduit de l’anglais par Marie Darrieussecq, Gallimard, 260 pages, 22,50 euros). Infolio Lenavet del’année nousvient d’Angleterre Lachronique de Bernard Quiriny « Vous n’avez pas tout compris? Moi non plus. Si c’est une parodie de gloubi-boulga woke, ce n’est pas mal imité » LarencontreentreTrump etXiJinping,quipourrait avoirlieufinoctobreou débutnovembre,sera sansdoutedéterminante 13 août 2025 l’Opinion 5 Augardeàvous Lundi, Donald Trump a annoncé le déploiement de 800 membres de la Garde nationale à Washington D.C., afin de « libérer » la capitale d’une criminalité… qui a chuté de 26% cette année par rapport à 2024. Lola Ovarlez En février, Donald Trump a nommé Dan « Razin » Caine chef d’état-major des armées, sixansaprèsl’avoirrencontrépourlapremière fois, sur la base d’Al-Asad en Irak. Le lieutenant-général lui avait alors tapé dans l’œil alors qu’il présentait un plan visant à détruire rapidement un site de Daesh. Selon le président, qui a raconté cet épisode l’année dernière, le militaire lui aurait ensuite déclaré : « Je vous aime, monsieur. Je vous trouve incroyable, monsieur. Je tuerai pour vous, monsieur », avant d’enfiler une casquette MAGA. Lors de son audition au Sénat, Dan Caine a dû rétablir la vérité sur cette rencontre de 2018: elle a bien eu lieu, mais pas comme rapportée par le président. « Pendant 34 ans, j’ai respecté mon serment d’entrée en fonction et mon engagement, et je n’ai jamais porté aucun article promotionnel à caractère politique », a-t-il affirmé en réponse à une question d’un sénateur. Cette clarification a convaincu une majorité de sénateurs d’approuver sa nomination au poste de chef d’état-major des armées. Mais 25 démocrates ont malgré tout voté contre, craignant que l’intégrité du général ne soit pas absolue, et/ou que Donald Trump ne tente de l’utiliser à des fins politiques. Car, si à son nouveau poste, Dan Caine endosse les habits de principal conseiller militaire du républicain, il devient surtout le plus haut gradé de l’armée américaine, une institution qui répond au président, mais qui, comme il l’a rappelé à son audition, « prête serment à la Constitution. » « Tradition ». En une phrase: le président appartient peut-être à un parti, mais l’armée, elle, est apolitique. C’est ainsi qu’elle est parvenue à conserver la confiance des Américains au cours de l’histoire. « Sauf que, depuis son début de mandat, Donald Trump a bouleversé cette tradition », affirme Lindsay Cohn, professeur associée en affaires de sécurité nationale à l’US Naval War College. Pour le milliardaire, les troupes américaines ne servent en effet pas seulement à frapper les Houthis du Yémen et les complexes nucléaires iraniens. Elles sont aussi considérées comme une extension de ses pouvoirs présidentiels, et un moyen d’avancer son programme sur le plan domestique. Tout d’abord, l’armée est devenue un élément central de sa politique anti-immigration. En six mois, il a déployé 8 500 soldats à la frontière pour dissuader les migrants, utilisé des cargos militaires pour en expulser et transformé des bases en centres de détention. Des usages qu’il justifie en affirmant que la présence d’immigrés illégaux représente une menace à la sécurité nationale. Mais dans lesquels d’autres voient une perversion du rôle de l’armée afin de satisfaire la base MAGA. Donald Trump s’appuie également sur les Marines et la Garde nationale dans sa lutte contre la criminalité. Près de 5000 soldats ont été envoyés en Californie en juin, en réponse à des manifestations contre l’ICE, la police antiimmigration. Lundi, il a annoncé, aux côtés du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, qu’il comptait également en déployer 800 à Washington D.C., pour « libérer » la ville jugée « plus dangereuse que Bagdad. » Mais il existe des raisons de penser que rétablir le calme dans les rues n’est pas l’objectif premier de Donald Trump. A Los Angeles, le gouverneur démocrate Gavin Newsom affirmait ne pas avoir besoin de renforts face à des excès de violence limités à certaines zones. Et à D.C., la criminalité est à son niveau le plus bas en trente ans selon le département de la Justice. Cela n’a pas dissuadé le président dont l’utilisation de l’armée américaine ne semble pas dénuée de fins partisanes: les villes et Etats qu’iladansleviseur–laCalifornie,Washington D.C., New York et l’Illinois – sont incidemment des bastions démocrates qui ont voté contre lui en 2016, en 2020 et en novembre dernier. Et leurs responsables, comme Gavin Newsom ou son homologue de l’Illinois J.B. Pritzker, sont les principales figures de l’opposition à sa présidence. Envoyer la Garde nationale sans leur accord est donc un moyen de les punir et d’asseoir son autorité sur la leur. Ce recours à l’armée pourrait miner la confiance des Américains en leurs troupes. « Il crée le sentiment que l’armée est une institution biaisée qui ne sert que l’homme et le parti au pouvoir », analyse Lindsay Cohn. Il peut aussi amener certains à craindre que les soldats, censés les protéger, se retourneront un jour contre eux pour des raisons politiques et idéologiques, selon le bon vouloir du président. Même si les troupes n’ont pas le droit d’utiliser la force sur le territoire américain et que les généraux ont, comme l’a affirmé Dan Caine, prêté serment à la Constitution, pas au commandant en chef. Idéologie. Convaincu de jouir d’un pouvoir absolu sur les militaires, Donald Trump alimente cette peur depuis son premier mandat. En 2020, il avait ainsi envisagé de leur ordonner d’utiliser la force contre les manifestants de Black Lives Matter, « des terroristes » selon lui. D’après son ancien secrétaire à la Défense Mark Esper, il aurait même expressément demandé à son ancien chef d’état-major, le général Mark Milley de « leur tirer dans les jambes ». Et quand les deux hommes s’y sont opposés, il les a traités de traîtres, se disant prêt à les traduire en cour martiale. Mais aujourd’hui, il est encore plus déterminé à reforger l’armée à son image pour s’assurer qu’elle lui obéisse. A son retour à la Maison Blanche, il a limogé le chef d’état-major de Joe Biden et une dizaine d’autres généraux qu’il considérait hostiles ou démocrates. Il a nommé Pete Hegseth, un loyaliste, à la tête du Pentagone, et Dan Caine parce qu’il serait « prêt à mourir » pour lui. Il s’est donné pour mission de « déwokiser » les soldats en supprimant les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion au sein de l’institution et de créer « une culture masculine, guerrière, qui rejette la féminité, la faiblesse et la complaisance », observe Lindsay Cohn. Résultat, les militaires se retrouvent sous pression pour adhérer à son idéologie et abandonner leur promesse de neutralité. Certains résistent dans l’ombre tandis que d’autres embrassent ce tournant. Quatre jours avant son défilé militaire du 14 juin à Washington D.C., Donald Trump a organisé une rencontre à Fort Bragg avec une foule de soldats sélectionnés, selon Military.com, pour leur apparence et leurs convictions politiques. Dans son discours, le président s’en est pris à Joe Biden, à « la gauche radicale » et à Gavin Newsom. Les hommes en uniforme les ont hués. Lorsqu’il a défendu le bilan des premiers mois de son second mandat et justifié sa décision d’envoyer la Garde nationale en Californie, ils ont applaudi. Non loin de là, un homme leur vendait des tshirts et casquettes MAGA. @lolaovarlez @lolaovarlez X X CommentTrumputilisel’armée américaineàdesfinspolitiques Leprésidentvoitlestroupescomme unmoyend’asseoirsonautoritéetd’intimider ceuxquinesontpasd’accordaveclui Lorsque la guerre froide s’achève entre l’ouverture du Mur de Berlin (9 novembre 1989) et la fin officielle de l’URSS (décembre 1991), la démocratie libérale triomphe. Les Etats-Unis restent l’unique superpuissance, et on en conclut donc qu’une nouvelle ère américaine commence. Retournement de situation étonnant quand on se souvient des revers subis par Washington quelques années plus tôt. La guerre du Koweït (1991) confirme cette tendance: une coalition de plus de 900000 hommes et la déroute rapide de l’armée irakienne, sous les caméras de CNN qui répand sur le monde les exploits de technologies encore jamais vues à l’œuvre, font ressembler la guerre, depuis le ciel américain, à un jeu vidéo. L’illusion sera de courte durée. On surestime l’attrait de l’Occident comme modèle dans un Sud en recomposition, qui n’entend aucunement ressembler à une capitale d’Europe ni à un village du Middle West. On sous-estime les rancœurs et nostalgies générées par la disparition de systèmes politiques qui offraient un modèle d’État-providence, un horizon idéologique, et une résistance à « l’impérialisme » occidental. Dans un premier temps, la toutepuissance américaine va subir les coups d’ennemis résolus. Ensuite, les géants non occidentaux qui ont toujours marqué l’histoire – Russie, Chine, Turquie – voudront retrouver la place qu’ils estiment être la leur. Enfin, à partir des années 2010 et 2020, plus loin des épicentres habituels, de nouveaux acteurs voudront à leur tour se forger une place croissante dans leur environnement régional. En quelques années, les relations internationales du XXIe redeviendront étonnamment plurielles. RETOUR DE LA VULNÉRABILITÉ AMÉRICAINE Après la guerre koweïtienne l’Amérique continue d’intervenir dans le monde, mais ses interventions se heurtent à la réalité du terrain et à la critique internationale. En 1993, l’intervention en Somalie, supposée « restaurer l’espoir » dans ce pays, est un échec. Après la bataille de Mogadiscio et la chute d’un hélicoptère Black Hawk, les images des corps de soldats traînés dans les rues sonneront l’heure du repli. En 1994, l’entrée de troupes américaines en Haïti pour permettre le retour du président Aristide et l’installation d’une force multinationale de maintien de la paix ne permettront pas de stabiliser le pays à long terme. Au Rwanda la même année Washington refuse de s’impliquer malgré la gravité de la situation. L’administration Clinton hésitera longuement sur la conduite à tenir dans l’exYougoslavie, et les bombardements sur la Serbie en 1999, suivis du démembrement du pays, constitueront une pomme de discorde majeure avec Moscou. Malgré les bonnes intentions affichées (buts humanitaires, sécurité internationale, stabilisation régionale), les Etats-Unis se voient accusés de pratiquer un interventionnisme trop sélectif, unilatéral et ponctuel. Le concept de Responsabilité de protéger (R2P) adopté par l’ONU en 2005, censé légitimer les interventions, est vu au Sud comme une ingérence. Surtout, les attentats du 11 septembre 2001 traumatisent l’Amérique, touchée au cœur de son territoire. L’administration Bush junior se lancera tête baissée dans deux aventures militaires – Afghanistan et Irak – qui se révéleront d’inexpugnables bourbiers. RETOUR DES GÉANTS Au même moment, d’autres acteurs, habitués de la puissance internationale, se réveillent. Le terme « émergents » utilisé pour les qualifier est inexact. La Russie qui fut l’empire des Tsars puis l’empire soviétique, repart à l’assaut de son rang sous la conduite de Vladimir Poutine. La Chine, qui fut l’Empire du milieu, veut assumer sa grandeur et tourner la page des années d’humiliation (depuis la guerre de l’opium de 18391842 jusqu’à l’occupation japonaise des années 1931-1945). A Ankara, sous la férule de Recep Tayyip Erdoğan depuis 2003, les références à l’empire ottoman se multiplient, la laïcité cède le pas à un retour assumé à la religiosité. Ces puissances se donnent les moyens de leurs ambitions: effort militaire, revendications politiques ou territoriales, mise en accusation d’un ordre international imposé par l’Occident, constitution de réseaux… La Russie envahit la Géorgie en 2008, annexe la Crimée et déstabilise l’Ukraine en 2014 avant de l’envahir en 2022, déploie en Afrique comme en Europe des instruments de propagande et d’intrusion efficaces. Moscou veut mettre un coup d’arrêt à l’occidentalisation des structures de sécurité européennes, et brandit les gloires d’un passé impérial.LaChine, après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, veut faire jeu égal avec les Etats-Unis, contrôler son environnement stratégique, récupérer Taïwan, être un modèle pour le Sud. Les menaces turques contre l’Europe, la Grèce, l’Arménie sont explicites, et parfois mises à exécution (le Karabakh est repris par l’Azerbaïdjan avec le soutien d’Ankara après 2020). Le temps des sphères d’influence culturelles, politiques et militaires revient. SPARTES MODERNES Cela donne des idées à des puissances plus modestes mais volontaristes, qui entendent dominer leur voisinage. L’Iran, ancien empire lui aussi, a tenté une mainmise informelle sur le Proche-Orient via ses réseaux chiites ou milices alliées (Hezbollah, Hamas, groupes irakiens ou syriens), jusqu’au coup d’arrêt asséné par Israël après 2023. Mais ailleurs, des hégémonies, même limitées, se construisent. Dans la Grèce antique, Sparte incarnait le modèle d’une cité qui, malgré sa petite taille, ses ressources et sa démographie, a pu, grâce à des stratégies judicieuses (spécialisation militaire, alliances, pragmatisme, cohésion interne…), devenir une force régionale dominante. Y a-t-il des Spartes du XXIe siècle? Les gains du Rwanda en RDC et dans la région des grands lacs, la position incontournable du Qatar comme intermédiaire dans nombre de négociations difficiles, la construction d’une influence émirienne au-delà du Golfe (mer Rouge, Afrique…), l’autorité de Bakou au Caucase, appuyée par la Turquie et les ressources énergétiques, les tentatives d’Israël de subjuguer ses voisins par la force, témoignent des ambitions respectives. Si nous sommes loin, dans ces derniers cas, de l’empire ottoman ou de celui des tsars, force est de constater que les acteurs en mesure de changer la donne internationale sont de plus en plus nombreux. On croyait le monde bipolaire en 1989. Unipolaire en 1991. Mais en quelques années la géopolitique est devenue un kaléidoscope. @charillon @charillon X X « A Ankara, sous la férule de Recep Tayyip Erdoğan depuis 2003, les références à l’empire ottoman se multiplient, la laïcité cède le pas à un retour assumé à la religiosité » Retrouveztoutesnoschroniques surlopinion.fr « Force est de constater que les acteurs en mesure de changer la donne internationale sont de plus en plus nombreux » L’airdularge Cesmoments oùlemonde abasculé(4): Retours etnaissances d’empires après2008 Lachronique de Frédéric Charillon Donald Trump considère les troupes américaines comme une extension de ses pouvoirs présidentiels. SIPA PRESS Cerecoursàl’armée pourraitminerla confiancedesAméricains enleurstroupes.«Ilcréele sentimentquel’arméeest uneinstitutionbiaisée quinesertquel’homme etlepartiaupouvoir» 6 l’Opinion 13 août 2025 M. Trump devrait peser de tout son poids sur le choix. Outre MM. Vance et Rubio, les candidats potentiels sont Glenn Youngkin, gouverneur de Virginie, Brian Kemp, gouverneur de Géorgie, Sarah Huckabee Sanders, gouverneure de l’Arkansas, et Ron DeSantis, gouverneur de Floride, ainsi que les sénateurs Tim Scott, élu de Caroline du Sud, et Ted Cruz, qui représente le Texas. Depuis qu’il a été choisi comme vice-président par M. Trump l’an passé, M. Vance s’est imposé comme l’un des leaders du mouvement MAGA. Si le choix du candidat Trump s’est porté sur l’auteur de Hillbilly Elégie, c’est parce qu’il l’a vu comme quelqu’un capable de reprendre le flambeau de l’America First, disent des conseillers. Les deux hommes ont de bons rapports et, cerise sur le gâteau, M. Vance est également ami avec deux figures clés: Donald Trump Junior, le fils du président, et Charlie Kirk, l’influenceur conservateur. A au moins deux reprises ces derniers mois, Donald Trump a refusé de désigner J.D. Vance comme héritier du mouvement MAGA (NDLR : pour « Make America Great Again », « Rendre sa grandeur à l’Amérique »). Le président préfère se laisser le temps. Mardi 5 août, il a déclaré à des journalistes que son vice-président était probablement le mieux placé pour lui succéder, confirmant des propos tenus à des proches. Mais il a aussi évoqué un autre membre de son administration : Marco Rubio, le secrétaire d’Etat, qui s’est imposé comme un conseiller très écouté du magnat de l’immobilier. En coulisse, M. Trump a plusieurs fois donné l’impression de titiller les ambitions politiques affichées des deux hommes, comme s’il voulait les mettre en concurrence. « Je me demande lequel de vous deux sera un jour en haut du ticket présidentiel, leur a-t-il dit en début d’année, d’après une personne ayant eu vent de la conversation. J’aurais dit Vance, et Rubio en seconde position, mais peut-être que ce sera Rubio-Vance. » Ne sachant pas si les étoiles montantes du Parti républicain réussiront à maintenir la dynamique insufflée par M. Trump ces dix dernières années, les conservateurs redoutent la fin d’un règne qui aura métamorphosé le parti. Le président, lui, n’a aucune envie de se presser et veut étudier les profils de républicains plus ambitieux les uns que les autres, ont confié des proches, selon lesquels il veut que son héritier fasse ses preuves. Autre raison qui explique cette réticence à parler de son successeur : M. Trump, qui a évoqué l’idée d’un troisième mandat (ce que la constitution des Etats-Unis interdit), ne réfléchit pas encore à sa vie après la Maison Blanche et n’aime pas du tout penser à la fin de sa carrière politique, toujours selon les sources. M. Vance, qui vient d’avoir 41 ans, est actuellement considéré comme celui qui portera les couleurs républicaines en 2028, révèlent des sondages. En privé, M. Rubio a dit qu’il ne chercherait pas à prendre sa place, ont confié des sources. L’homme de 54 ans a récemment déclaré sur Fox News que M. Vance, qu’il qualifie d’ami, ferait un « exPendant la campagne autant qu’à la Maison Blanche, le vice-président a pris de nombreux dossiers en charge et s’est distingué par sa virulence. C’est lui qui est à l’origine de la prise de bec avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche ; devant la presse, il avait défendu le président et gagné le soutien des militants conservateurs. M. Trump l’a également chargé d’empêcher les démocrates de reprendre la majorité au Congrès à l’issue des élections de mimandat. M. Vance est aussi responsable des finances du comité national républicain, un poste rarement occupé par un vice-président, mais qui pourrait être clé pour ses ambitions politiques puisqu’il lui permet d’être en contact avec les donateurs fortunés. Selon certains de ses proches, la question de quel candidat financer en 2028 commence déjà à se poser. cellent candidat ». « Et j’espère qu’il se lancera », a-t-il ajouté, sans pour autant fermer la porte à une candidature ultérieure. « Très honnêtement, je pense qu’on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, a-t-il déclaré. Il ne faut jamais rien exclure. » Selon des proches, M. Rubio ne serait pas opposé à l’idée de faire campagne aux côtés de M. Vance. Il n’y a aucune rivalité entre les deux hommes, assure leur entourage, qui souligne qu’ils se sont rapprochés depuis leur arrivée à la Maison Blanche. Leurs porte-parole n’ont pas souhaité commenter. Une chose est sûre: M. Rubio a réussi à faire oublierlesannéesdetensionspourdevenirl’un des plus proches conseillers de M. Trump. En 2016, il avait fait campagne contre lui pour l’investiture républicaine, affirmant que l’homme d’affaires allait mener le parti à sa perte. Ancien sénateur de Floride, l’homme a grandi en étant fasciné par Ronald Reagan et a mis plusieurs années à trouver sa place dans l’ère trumpienne. L’an passé, il a échoué de peu à devenir viceprésident. Désormais constamment à la Maison Blanche et fort de sa double casquette de secrétaire d’Etat et conseiller à la sécurité nationale, M. Rubio est devenu l’homme des solutions. « Je me souviens qu’à un moment, je t’appelais “Petit Marco” », lui a un jour dit le président, selon une personne qui a vent de l’échange. Celui qui avait traité le président d’escroc a ri. La primaire démocrate de 2028 s’annonce riche en candidats ; côté républicain, SIPA PRESS QuisuccéderaàDonaldTrumpàlatêtedumouvement Le secrétaire d’Etat Marco Rubio – à droite –, l’un des plus proches conseillers du milliardaire, a affiché son soutien au vice-président J.D. Vance pour porter les couleurs républicaines en 2028. légitimé la demande de démission du numéro un de l’entreprise par Donald Trump, au motif qu’il aurait eu des liens avec la Chine. A ce jour, Intel a refusé cette demande. Joe Biden est allé à l’encontre de la direction et des actionnaires de U.S. Steel pour bloquer le rachat par Nippon Steel, même si son équipe n’y voyait aucun risque pour la sécurité nationale. Donald Trump est revenu sur ce veto, tout en s’octroyant la « golden share », qu’il pourra utiliser pour peser sur les décisions de l’entreprise. Sur le fond comme sur la forme, cet avantage ressemble fortement aux actions préférentielles que les entreprises privées chinoises doivent émettre à l’intention du PCC. L’administration Biden avait envisagé un fonds souverain destiné à financer des projets stratégiques mais risqués sur le plan commercial, tels que les minéraux critiques — un secteur dominé par la Chine. Le mois dernier, le département de la Défense a annoncé une prise de participation de 15% dans MP Minerals, qui extrait de tels minéraux. En Occident, nombreux sont ceux qui admirent la Chine pour sa capacité à dynamiser la croissance par des projets d’infrastructure massifs, des progrès scientifiques et la promotion de certains secteurs. Dans ce domaine, les Etats-Unis sont souvent pénalisés par le jeu des pouvoirs et des contre-pouvoirs et les compromis propres à une démocratie pluraliste. Dans un livre à paraître, intitulé Breakneck: China’s Quest to Engineer the Future, l’essayiste Dan Wang écrit que la Chine est un pays d’ingénieurs, qui mène de grands travaux à un rythme effréné, tandis que la société américaine est procédurière et tend à contrer tout ce qu’elle peut, le bon comme le mauvais. Pour ses admirateurs, Donald Trump brille par sa volonté à abattre ces obstacles procéduraux. Il a imposé des droits de douane à toute une batterie de pays et de secIl y a une génération, on pensait qu’avec la libéralisation de la Chine, son économie allait ressembler à celle des Etats-Unis. Mais en réalité, ce sont les Etats-Unis qui commencent à ressembler furieusement à la Chine. Les exemples sont légion : Donald Trump qui demande la démission du patron d’Intel, le versement par Nvidia et AMD de 15% des recettes de la vente de puces en Chine au gouvernement américain, l’action préférentielle (« golden share ») que Washington aura dans U.S. Steel et qui était la condition au rachat de l’aciériste par Nippon Steel, ou encore les 1500 milliards de dollars d’investissements promis par des partenaires commerciaux que Donald Trump prévoit de diriger personnellement. Ce n’est pas du socialisme, dans lequel l’Etat contrôle les moyens de production. Cela ressemble plutôt à du capitalisme d’Etat, un système à mi-chemin entre socialisme et capitalisme, dans lequel l’Etat oriente les décisions d’entreprises censément privées. En Chine, on l’appelle « socialisme aux caractéristiques chinoises ». Les Etats-Unis ne vont pas aussi loin que la Chine, ou même que des adeptes plus modérés du capitalisme d’Etat, tels que la Russie, le Brésil ou, à certains égards, la France. Appelons donc cette variante « capitalisme d’Etat aux caractéristiques américaines ». Cela reste une rupture radicale avec le libéralisme qu’incarnait naguère le pays. Comment nous avons appris à aimer le capitalisme d’Etat Nous ne fricoterions pas avec le capitalisme d’Etat si le grand public et toutes les parties en présence n’étaient pas persuadés que le capitalisme de marché ne fonctionnait pas. En effet, ce système a encouragé des dirigeants d’entreprise, toujours en quête de profits maximums, à délocaliser la production. Résultat: des effectifs dans l’industrie réduits à peau de chagrin, une dépendance à la Chine pour teurs, s’arrogeant une autorité censée revenir au Congrès. Il a arraché 1 500 milliards de dollars de promesses d’investissements de la part du Japon, de l’Union européenne et de la Corée du Sud, investissements qu’il va superviser directement, prétend-il, même si aucun mécanisme juridique ne semble exister pour cela. Ces promesses sont d’ailleurs d’ores et déjà remises en cause. Les problèmes du capitalisme d’Etat Jusqu’ici, le capitalisme d’Etat n’a jamais fait recette, et à raison. En effet, l’Etat ne peut pas affecter le capital de façon plus efficace que les marchés privés. Distorsion du marché, gaspillage et népotisme sont monnaie courante. En Russie, au Brésil et en France, la croissance est bien plus faible qu’aux Etats-Unis. des produits vitaux tels que les minéraux critiques, et un sous-investissement dans les secteurs d’avenir, à commencer par les énergies propres et les semi-conducteurs. L’ingérence du gouvernement fédéral dans le monde des entreprises n’est pas une nouveauté, tant s’en faut. Les autorités ont ainsi dirigé la production pendant la Seconde Guerre mondiale et, en vertu de la loi sur la production pour la défense de 1950, dans des situations d’urgence telles que la pandémie de Covid-19. Pendant la crise financière de 20072009, elles ont volé au secours des banques et des constructeurs automobiles. Ce n’était toutefois là que des solutions temporaires. Joe Biden est allé plus loin, et a cherché à peser sur la forme même du secteur. Sa loi sur la réduction de l’inflation prévoyait une enveloppe de 400 milliards de dollars en soutien aux énergies renouvelables. La loi CHIPS and Science Act accordait 39 milliards de dollars de subventions pour la fabrication de semiconducteurs aux Etats-Unis. Sur cette somme, Intel a reçu 8,5 milliards de dollars, ce qui a SIPA PRESS Versuncapitalismed’Etatàl’américaine,semblable... En 2020, la prise de position de Jack Ma contre la réglementation financière chinoise avait suscité l’ire de Pékin. Le fondateur d’Alibaba avait ensuite disparu publiquement pendant deux mois. lll Page7 lll Page7 Lorsdupremiermandat deTrump,deschefs d’entreprises’exprimaient souventcontreses politiques,notamment enmatièred’immigration oudecommerce. Aujourd’hui,ilsleportent auxnuesetluifontdes dons,ou,pourlaplupart, gardentlesilence Lepostedevice-président est«lameilleure rampedelancement présidentiellequisoit. Enrevanche,vous héritezdecequ’afait l’administration dontvoussortez» 13 août 2025 l’Opinion 7 A l’ère de l’IA, tout devient plus précis, prédictif et personnalisé. Le domaine de la santé n’y échappe pas: tout est impacté, du diagnostic, au traitement, ou de la logistique au fonctionnement du système de santé. Cette transformation systémique doit être comprise par toutes les parties prenantes, incluant le patient, le corps médical, la société et l’Etat, pour en capturer les opportunitésmaisaussilesmenaces.Notresanté se transforme et l’IA en devient un facilitateur, voireunmoteur,jusqu’àrepenserentièrementle paradigmequil’anime. Il est fréquent de visualiser l’IA dans la santé sous quelques angles particuliers. On pense bien évidemment aux examens médicaux de plus en plus précis comme lorsqu’on identifie des tumeurs toujours plus petites sur des radiographies, ou lorsqu’on évalue les risques futurs de développer certaines maladies; ou aux examens plusprédictifsetpersonnaliséscommelorsqu’on anticipe le développement d’une maladie par la prise en considération personnalisée de facteurs génétiques,cliniquesouenvironnementaux. Moins souvent envisagé mais tout aussi important, le rôle de l’IA dans la gestion de notre système de santé est essentiel. Cela va de la gestion assistée des hôpitaux et des flux de patients aux urgences, au suivi administratif renforcé du patient ou encore du fonctionnement amélioré delacouverturesanté. Urgences. Les nouvelles technologies développées embarquent des modèles algorithmiques dont la taille (caractérisée entre autres parlenombredeparamètresconstitutifs)grandit à mesure que les modèles s’améliorent et que les capacitésdecalculcroissent.Cequipermetderésoudredesproblèmestoujourspluscomplexes. Alabasedecesapproches,lesmodèlesexplicites possèdent une logique entièrement décrite par le concepteur. Les modèles implicites ont, eux,unelogiquedéduiteparapprentissageautomatique qui constitue un calcul d’optimisation sur un jeu de données dit d’entraînement représentantlesscénariossurlesquelsl’algorithmique doit résoudre un problème ou répondre à une question. On parle de modèles hybrides quand oncombinecesdeuxtypesd’approches. Les algorithmes de triage aux urgences qui permettent de prioriser la prise en charge des patients en fonction de leur état et de la situation du service, sont historiquement des algorithmes explicites de type arbres décisionnels. Ceux qui permettent de détecter automatiquement une tumeur sur un IRM de cerveau ont été entraînés sur des millions d’images de cerveaux contenant oupasunetumeurdedifférentesnaturesetàdifférenteslocalisationsintracrâniennes. Le développement des médicaments et des vaccins est également accéléré et facilité par des tests in silico permettant de présélectionner un pool bien plus petit de protéines et de molécules actives à tester in vitro, en laboratoire. Ce qui permet d’accélérer la recherche et le développementmédical. Les modèles s’améliorent très rapidement, permettantdetransformernotresystèmedesanté vers un paradigme toujours plus préventif et plusperformant.Associésàcesdéveloppements, des enjeux et des menaces, intrinsèques à l’IA et propres à son application dans la santé, existent, comme la discrimination technologique, l’impact environnemental ou encore la transformation des métiers. Ces éléments doivent être anticipés et encadrés dès les premières phases de développementpourlebiendetous. Notresantéaupaysdel’IA Unimpact,dudiagnostic autraitement CSRD : les entreprises ont-elles renoncé ? CONFÉRENCE DIGITALE Mardi 16 septembre 2025 De 9h à 10h15 Informations et inscriptions gratuites : www.lopinion.fr/evenements Découvrir le programme et s’inscrire En partenariat avec : Conférences by t MAGA? àceluidelaChine Autre mission plus délicate : parcourir l’Amérique pour vendre le Big Beautiful Bill, un texte très critiqué pour les coupes sombres qu’il prévoit dans les programmes de santé. M. Vance a milité auprès de ses anciens collègues sénateurs pour que le texte soit adopté. Le poste de vice-président est « la meilleure rampe de lancement présidentielle qui soit », estime Joel Goldstein, spécialiste de l’histoire des vice-présidents et enseignant à l’université de St. Louis. « En revanche, vous héritez de ce qu’a fait l’administration dont vous sortez », nuance-t-il. Ce qui est vrai pour M. Vance, mais aussi pour M. Rubio, qui est chargé des zones de tensions, dont l’Ukraine et le Moyen-Orient. Pour se protéger, il préfère laisser la lumière à Steve Witkoff, l’envoyé spécial de M. Trump. Certains fidèles de M. Trump ont, au départ, fait preuve de scepticisme à son égard: l’homme avait par le passé défendu une vision belliciste de la politique étrangère et planché, en 2013, sur une loi que les conservateurs jugent trop clémentes avec les immigrés clandestins. Il a pourtant réussi à apaiser les craintes en se chargeant de dossiers importants pour le président et sa base MAGA ; c’est notamment lui qui a conclu des accords d’expulsion de migrants et révoqué les visas de plusieurs étudiants pour des raisons idéologiques. « Marco a su convaincre ceux qui doutaient », résume SteveBannon,fondateurdumédiaBreitbartqui l’avait surnommé « Marco Amnesty Rubio ». Une mauvaise nouvelle pour une partie des dirigeants étrangers et des élus démocrates, qui avaient voté en faveur de sa nomination. « Le mouvement MAGA lui a lavé le cerveau », soupirait en mai Chris Van Hollen, sénateur démocrate du Maryland, après l’audition de M. Rubio devant le Congrès. « Vos regrets montrent que je fais du bon boulot », avait déclaré M. Rubio pendant l’audition. M. Trump a vu la vidéo des échanges et beaucoup apprécié, ont indiqué ses conseillers. Au début de l’été, alors qu’il jonglait entre crise au Moyen-Orient et préparation d’un sommet avec les dirigeants européens, M. Trump s’était inquiété de savoir que M. Rubio n’avait pas eu son rappel de vaccin contre le zona. Le président avait chargé le médecin de la Maison Blanche d’administrer la dose malgré les protestations de M. Rubio, qui ne voulait pas risquer d’être fatigué par le vaccin à une période aussi chargée. « Je ne peux pas te perdre », aurait dit M.Trumpd’aprèsunesourceprochedudossier. M. Trump s’entretient régulièrement avec M. Vance et M. Rubio, qui avaient eu des visions différentes de la politique étrangère par le passé mais sont désormais sur la même longueur d’onde que le président. Le bureau du vice-président jouxte celui du conseiller à la sécurité nationale dans la West Wing. Catholiques, les deux hommes ont des enfants (ceux de M. Rubio sont plus âgés). MM. Vance, Rubio et Witkoff travaillent en collaboration si étroite sur les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient qu’en privé, ils se surnomment les « trois amigos », ont rapporté des sources. M. Trump, lui, n’est pas encore prêt à désigner son héritier. Quand, en mai dernier, NBC News lui a demandé si M. Vance était en haut de sa liste pour 2028, M. Trump a répondu : « C’est un mec fantastique, très brillant. Marco est super aussi, ils sont vraiment super tous les deux. » Alex Leary, Meridith McGraw et Natalie Andrews (Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard) Et en Chine, la réussite du capitalisme d’Etat n’est qu’apparente. Barry Naughton, chercheur à l’Université de Californie à San Diego, a montré que la croissance rapide que connaît la Chine depuis 1979 provient du marché et non de l’Etat. Le contrôle étatique réinstauré par Xi Jinping a ralenti la croissance du pays. La Chine déborde d’épargne, mais l’Etat en gaspille la plus grande part. De l’acier aux voitures, les excès de capacités font plonger les prix et les bénéfices. Le tableau n’est guère plus réjouissant aux Etats-Unis. Les interventions réalisées au nom de la sécurité nationale ou du soutien au démarrage d’industries naissantes ne mènent qu’à des gabegies telles que l’usine promise par Foxconn dans le Wisconsin ou l’usine de panneaux solaires Tesla de Buffalo, dans l’Etat de New York. En Chine, le capitalisme d’Etat est un système impliquant l’ensemble de la société, et qui est orchestré depuis Pékin par l’intermédiaire de millions de cadres dans les autorités locales et les conseils d’administration des entreprises. Aux Etats-Unis, il s’agit pour l’essentiel d’annonces émises depuis la Maison Blanche, dénuées de tout cadre stratégique ou institutionnel. « La caractéristique essentielle du capitalisme d’Etat chinois est la discipline, et Donald Trump en est l’exact opposé », a expliqué Dan Wang dans un entretien. Un moyen de contrôle Le capitalisme d’Etat est un moyen de contrôle politique, et non simplement économique. Xi Jinping utilise sans vergogne les leviers économiques pour écraser tous les obstacles à la primauté du Parti. En 2020, Jack Ma, cofondateur d’Alibaba et sans doute le chef d’entreprise le plus connu du pays, a critiqué les autorités chinoises qui, disait-il, étouffaient l’innovation financière. Les représailles ne se sont pas fait attendre. Les autorités ont annulé l’introduction en Bourse de sa société financière, Ant Group, et ont fini par lui infliger une amende de 2,8 milliards de dollars pour pratiques anticoncurrentielles. Jack Ma a brièvement disparu de la scène publique. Demême,DonaldTrumpaémisdesdécrets et appliqué ses pouvoirs réglementaires contre des groupes de médias, des banques, des cabinets d’avocats et d’autres entreprises qui, selon lui, s’opposent à lui, tout en récompensant les cadres qui souscrivent à ses priorités. Pendant son premier mandat, des chefs d’entreprise s’exprimaient souvent contre ses politiques, notamment en matière d’immigration ou de commerce. Aujourd’hui, ils le portent aux nues et lui font des dons, ou, pour la plupart, gardent le silence. Donald Trump cherche également à contrôler des organismes qui, depuis toujours, traditionnellement hors d’atteinte de la Maison Blanche, notamment le Bureau of Labor Statistics et la Réserve fédérale. Là encore, on peut faire le lien avec la Chine, où l’appareil administratif est entièrement subordonné au parti dirigeant. Depuis longtemps, Donald Trump admire le contrôle qu’exerce Xi Jinping sur son pays, mais enthéorie,ilnepourrapasl’imitertotalement. Eneffet,ladémocratieaméricaine,parl’indépendance de la justice, la liberté d’expression, l’Etat de droit et la diffusion du pouvoir dans de multiples niveaux et branches d’administration, limite les pouvoirs de l’Etat. Le capitalisme d’Etat pourra-t-il, à terme, détrôner le libéralisme aux Etats-Unis? Tout dépendra du maintien de ces contre-pouvoirs. Greg Ip (Traduit à partir de la version originale en anglais par Timothée Gaven) Edited from the original Edited from the original lll Suitedelapage6 Episode1/7 Aurélie Jean est présidente d’Infra, une MedTechenIAappliquéeàladétectionprécocedu cancer du sein. Antoine Tesnière est professeurdemédecineetDGdePariSantéCampus. Aurélie Jean et Antoine Tesnière lll Suitedelapage6 Certainsfidèlesde M.Trumpont,audépart, faitpreuvedescepticisme àl’égarddeMarcoRubio: l’hommeavaitpar lepassédéfenduunevision bellicistedelapolitique étrangère ADOBE FIREFLY/L’OPINION 8 l’Opinion 13 août 2025 BEY MEDIAS PRESSE & INTERNET SASU - 8, rue Bellini, 75116 Paris - www.lopinion.fr - Actionnaire : Bey Médias SAS. Président, directeur de la publication : Nicolas Beytout. Vice-président, rédacteur en chef : Rémi Godeau. Rédacteurs en chef adjoints : Olivier Baccuzat, Emmanuel Ginisty et Cécile Desjardins. BEY MEDIAS PUBLICITÉS - Tél : 01 40 69 46 96. Directrice générale adjointe, commerce : Cécile Colomb. Publicité commerciale : Ronan Daligault, Pierre-Louis Orsini. Publicité financière : Nicolas Wattinne. SERVICE ABONNEMENTS L’OPINION : 45 avenue du Général Leclerc, 60643 Chantilly Cedex - Tél : 01 55 56 70 73 du lundi au vendredi de 9h à 18h - Email : abonnements@lopinion.fr. Formule d’abonnement pour 1 an – France métropolitaine : 319 €. IMPRESSION : Paris Offset Print (La Courneuve). Dépôt légal mai 2013 – ISSN : 2266-9922 / CPPAP : 1128 C 91894. Papier produit à partir de fibres issues de forêts certifiées gérées durablement. Origine du papier : Norvège. Taux de fibres recyclées : 0%. Eutrophisation : Ptot 0,022 kg / tonne de papier 1. Quand fut officiellement adoptée la devise de la France : « Liberté, égalité, fraternité »? A.SouslaRévolution B.SouslaPremièreRépublique C.SouslaIIe République 2. « L’amour de la liberté nous a amenés ici ». Cette devise, créée par des esclaves affranchis, est celle : A.DuLiberia B.D’Haïti C.DelaJamaïque 3. Pourquoi les Français devraient connaître la devise nationale de Haïti? A.Parcequ’elleesttiréedeLaMarseillaise B.ParcequeHaïtiestuneancienne coloniefrançaise C.Parcequec’estlamêmeque celledelaFrance 4. Complétez la devise nationale de l’Ukraine: « Liberté... » A.…accord,bonté» B.…etindépendance,toujours» C.…indépendance,bonheur» 5. La Grèce allie la liberté avec... A....lasouveraineté B....ladette C....lamort 6. Remettez la devise de la Tunisie dans le bon ordre: A.Ordre,Justice,Liberté. B.Liberté,Ordre,Justice. C.Justice,Liberté,Ordre 7. Le président allemand Christian Wulff a rappelé que les mots de la devise nationale « Unité et droit et liberté » ne sont pas que symboliques mais fondent les valeurs républicaines à défendre au quotidien. Pourquoi? A.Pourmarquerlaréunification,en1990. B.Pouralerterdelaprogression del’extrêmedroite. C.Pourcritiquerlesattaques populistescontrel’Etatdedroit 8. Qui a dit: « Liberté, Egalité, Fraternité, ce sont des dogmes de paix et d'harmonie. Pourquoi leur donner un aspect effrayant? » A.VictorHugo B.Jean-LucMélenchon C.ErnestRenan LenomdeJacquesRueffn’estplusguère connuaujourd’huidupublic,moinsen toutcasqueceluidesnombreuxministres auprèsdesquelsilatravailléentrelesannées1920et1960.Architectedespolitiques économiquesdel’époque,pèrespirituel dufrancPoincaréetduplanPinay,cehaut fonctionnaireàl’influenceconsidérable futaussiunbrillantintellectuel,auteur d’ouvragesquiluivalurenten1964d’être éluàl’Académiefrançaise,etundéfenseur dulibéralismedansuntempsoùiln’avait plusguèrelacote. Lacrisede1929aébranlél’économie mondiale,maisaussilesesprits.Lesélites seconvainquentquel’économiedemarché n’estplustenableetqu’ilfaut,sansaller jusqu’ausocialisme,donneràl’Etatplusde pouvoirpourdirigerl’économie.C’estle casnotammentd’industrielsfrançaissortis dePolytechnique,quifondenten1931le groupeX-Crise,unthinktankfavorableàla rationalisationdumarché,sous-entendu,à l’interventionplanificatricedel’Etat. X-Crise. Bientôtrebaptisé«Centre polytechniciend’étudeséconomiques», X-Criseorganisedesdébatsoùdéfilentles grandsintellectuelsdel’époque,touspartisansd’unesortedesaint-simonismenewlook,étatiste,technocratique,convaincu del’aptitudedesingénieursàremodelerla société.Toussaufun:Rueff,invitéàs’exprimerdevantX-Criseauprintemps1934.Face auxapôtresdelanouvellereligiondirigiste, ildéfendlesvieuxdogmesdel’économiede marché,seulsgarantsdelaliberté. «Avousquiavezlamêmeformation quemoi,doncquijugezdelamêmefaçon quemoi,jeviensavouermonpéché,qui estd’êtrerestélibéraldansunmondequi cessaitdel’être.Jeviensvousendireles raisonsetvousdemanderdelesapprécier, ettoutàl’heure,vousmedirez,jel’espère, sijesuisfouousic’estlerestedumondequi aperdul’esprit»… Intitulé«Pourquoijesuislibéralmalgré tout»,sondiscours,reproduitdansson autobiographie,n’occupequequelques pages,maissipercutantesetsicélèbres dansl’histoireéconomiquehexagonale qu’ilméritebiensaplacedansnotrebibliothèque.Legranddangerdespolitiques dirigistesproposéesparX-Crise,explique Rueff,c’estqu’ellesimpliquentfatalement «l’existenced’unorganismepropreà prendredesdécisionsarbitraires,autrementditdictatoriales.Ladictatureestainsi uneconséquencedel’économieplanifiée». Unethèsequ’ilreprendraaprès-guerre danssonEpîtreauxdirigistes,vigoureux pamphletcontrelecontrôledesprixpar l’Etatetlestentativesdupouvoird’orienter lemarché.Cequin’empêchepasquel’Etat puissemenerparailleursdespolitiquessocialesgénéreuses,conformémentaucredo «social-libéral»queRueffpartageavecses collèguesordo-libérauxd’outre-Rhin. Labibliothèque libéraleidéale JacquesRueff, seulcontreX Lasérie de Bernard Quiriny Devisesnationales:aunomdelaliberté La liberté, un idéal indépassable? Une trentainedepaysdanslemondeontlemot«liberté » dans leur devise nationale officielle, parmi les 197 Etats reconnus par l’ONU en 2019. Ces devises incluent différentes expressions illustrant la liberté, parfois combinée avec la justice, la paix ou l’indépendance. A bon escient?A vous de juger, à vous de jouer… Juin 2021. Biden poursuit la stratégie d’Obama et de Trump: considérer la Chine, et non la Russie, comme l’adversaire prioritaire. Il tente d’entraîner l’Europe dans son sillage. Connaissez-vous vos classiques ? De Smith à Hayek et de Tocqueville à Revel, l’Opinion profite de l’été pour redécouvrirlesœuvresindispensablesde latraditionlibérale.Episode22 Fanduseptièmeart,notre dessinateurtruffelesUnes del’Opiniondeparodies. Rétrospective. CinéKak KAK L i b e r Q U I Z 1. Réponse: C. Notre devise trouve son origine danslaRévolutionfrançaise,oùellefutpopulariséeparlessans-culottesetradicauxsouslaforme «Liberté,Egalité,Fraternitéoulamort».Elledisparut sous l’Empire et la Restauration mais fut remise en avant par divers révolutionnaires au XIXe siècle. La devise fut officiellement adoptée par la IIe République, le 27 février 1848, inscrite comme « principe » dans sa Constitution. C’est à partir de la IIIe République qu’elle figure sur les frontonsdesbâtimentspublics. 2. Réponse: A. Adoptée officiellement avec la proclamation de l’indépendance en 1847, cette devise fait référence à la fondation du Liberia en 1822 par des esclaves affranchis des Etats-Unis cherchantunrefugelibreenAfrique. 3. Réponse : C. La devise apparaît dans l’article 4 de la Constitution haïtienne de 1987. Haïti, ancienne colonie française devenue indépendante en 1804, a ainsi repris cette devise forte, symbole d’émancipation et de droits universel. 4. Réponse : A. Adoptée en 1996 avec la Constitution ukrainienne post-indépendance (1991), cette devise reflète les idéaux nationaux souhaités pour le nouveau pays. C’était avant l’invasion russe... 5. Réponse: C. Cette devise est née lors de la guerre d’indépendance grecque dans les années 1820 contre l’Empire ottoman. Ce cri de ralliement était largement utilisé par les rebelles grecs.L’Uruguayalamêmedevise. 6. Réponse: B. Selon la Constitution du 25 juillet 2022. C’est la version originelle de juin 1956. Après l’abolition de la monarchie, en 1957, la devise demeure celle du régime républicain. Mais la loi de mai 1963 change l’ordre (sic!): la devise qui devient Ordre, Liberté, Justice, puis Liberté, Dignité,Justice,Ordreen2014... 7. Réponse: A. La devise reflète les aspirations des Allemands à surmonter leur histoire fragmentée, notamment après la dissolution du Saint-Empire romain germanique en 1806, les luttes révolutionnaires de 1848 et les divisions politiques jusqu’à l’unification allemande en 1871.Lorsdelaréunificationen1990,cettedevise aretrouvéunesignificationtouteparticulière. 8. Réponse: A. Dans Quatrevingt-treize, en 1874. Cette citation exprime sa vision de ces trois principes républicains comme des valeurs positives etunificatrices,devantincarnerlaconcordeplutôt que la peur ou l’intimidation. Hugo critique ainsi toute instrumentalisation de ces valeurs à desfinsoppressivesoueffrayantes. Votre score: Entre 0 et 4 bonnes réponses: Est-ce parce que trop d’Etats trahissent leurs valeurs fondamentales?Vousvousmoquezdesdevises. Laseulequivaille:vivelaliberté! Entre 5 et 7: Rien de ce qui concerne la liberté nevouséchappe. 8:Vousêtesunasdeladevise! ADOBE FIREFLY/L'OPINION « La dictature est ainsi une conséquence de l’économie planifiée »
L'OPINION n°250813 - Page 2
L'OPINION n°250813 - Page 1
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