L'OPINION n°250718 - Page 1 - 250718 2 l’Opinion 18 et 19 juillet 2025 C’estl’heuredepayerlafracture.Elleestgénérationnelle et ne cesse de se creuser sur fond de basculement démographique. Derrière le mouvement «Nicolas qui paie», c’est toute une génération qui vient demander des comptes à celle qui l’a précédée. Celle des boomers, ces enfants nés après la seconde guerre mondiale et ayant profité de la prospérité des trente glorieuses. Eux sont nés après, à partir du choc pétrolier de 1973, durant ce que l’économiste Nicolas Baverez avait appelé en son temps « les trente piteuses». Trente années marquées par le déclin économique de la France, l’explosion de la dette publique, le chômage de masse, l’immobilisme politiqueetl’incapacitédel’Etatàseréformer.Et dont ils estiment aujourd’hui payer les pots cassés. Trente années qui se prolongent sur la générationsuivante. « Cette génération est consciente de vivre dans une société qui va mal. Elle refuse de porter le poids de responsabilités qui ne sont pas les siennes », explique la politologue Chloé Morin. Et regarde avec envie ce dont ont bénéficié ses aînés: mobilité sociale, insouciance climatique, confort financier… Si les conflits de générations ne sont pas une nouveauté, celui qui oppose aujourd’hui les jeunes actifs aux retraités revêt toutefois un caractère inédit. En contestant le poids des prélèvements qu’ils assurent pour financer les pensions, ils remettent en question le pacte social qui unit le pays depuis la fin de la seconde guerremondiale. Chantier. Gabriel Attal l’a compris, qui se pose en représentant de cette génération. «Celle des moins de 45 ans, qui voit beaucoup d’efforts peser sur elle, tout en se disant qu’elle n’aura pas de retraite», expliquait-il fin juin dans LesEchos. Pour réconcilier les générations, l’ancien Premier ministre propose d’augmenter les salaires de quarante milliards d’euros: « Il faut rapprocher le salaire net du brut. Cela passerait par la suppression de la part salariale de la cotisation vieillesse». En clair, une refonte du financement de la protection sociale pour que les actifs soient moins ponctionnés pour financer les retraites. Encore faut-il trouver comment financer un tel système. Au sommet de l’Etat, Emmanuel Macron luimême plaide pour lancer le chantier. « Il a mis le financement de la protection sociale au programme, c’est désormais au Parlement et aux partenaires sociaux de s’en saisir. Pour lui, c’est un vrai sujet, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il a baissé des impôts », indique-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat. Seulement, voilà, Emmanuel Macron ne dispose plus du capital politique nécessaire pour mener à bien une telle réforme. Dans son camp comme dans les oppositions, on estime que vu l’ampleur de la tâche, la réforme du financement de la protection sociale relève plus d’une campagne présidentielle que d’un chantier de fin de mandat. Compte tenu des tensions de plus en plus vives entre les jeunes et leurs aînés, elle sera de toute façon à l’agenda. Comme l’assure un proche du président de la République: « La fracture générationnelle sera undessujetsclésde2027». F.-X.B. Lacohésionnationale àl’épreuvedufosségénérationnel « Il faut rapprocher le salaire net du brut. Cela passerait par la suppression de la part salariale de la cotisation vieillesse », soutient Gabriel Attal. SIPA PRESS directeur délégué de Harris Interactive France. Depuis les Gilets jaunes en 2018, la question figure toujours parmi les principales préoccupations des Français. Elle est désormais attisée parl’impressiond’undeuxpoids,deuxmesures. Certains paient, d’autres profitent. Et l’Etat est accusé de ne rien faire. «Le trait commun de ces deux mouvements, c’est le sentiment d’injustice », observe Frédéric Dabi, directeur général de l’institut de sondage Ifop. Chacun à sa manière, ces deux mouvements témoignent d’une série de fractures grandissantes au sein de la sociétéfrançaise. Pognon. Avec les « Gueux », on s’approche du point de rupture entre le peuple et les élites d’abord, entre Paris et la province ensuite. Des décisions centralisées souvent incomprises sur le terrain, comme l’était en son temps la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires. Une petite humiliation du quotidien à laquelle beaucoup d’autres, parfois anecdotiques, sontvenuess’ajouter.Dernièreendate,ladéprogrammationensemainedel’émission«Question pour un champion ». « Cela alimente le sentiment de déconnexion entre une administration parisienne centralisée et nos concitoyens qui ne comprennent pas ses décisions. La défiance monte mois après mois, année après année et le fossé se creuse », observe un député du socle commun.QuantauxcourriersetpétitionsadressésàlaprésidentedeFrancetélévision,Delphine Ernotte,pourluidemanderderétablirl’émission ensemaine,ilsn’ontpasabouti.Commel’avaient été les mobilisations pour demander le maintien delachaîneC8oulerétablissementdel’émission des « Chiffres et des lettres ». Avec au bout du comptel’impressiondesevoirprivédesaliberté d’expression ou simplement d’un plaisir du quotidien. « On dit que pour maintenir une société à l’équilibre, il faut du pain et des jeux, rappelle Jean-Daniel Lévy. Mais là, les Français n’ont plus de pain et on leur enlève leurs jeux». Alors si en plus, on leur demande des efforts pour financer les dépenses d’un état qui ne parvient pas à se réformer… Voilà l’autre fracture que surligne le mouvement « Nicolas qui paye ». Elle est fiscale et tout aussi dangereuse car « en France, les problèmes arrivent toujours par les impôts», rappelle la politologue Chloé Morin. Des Jacqueries du MoyenAge aux Gilets jaunes en passant par la Révolution, le pays à une longue expérience en matière derévoltefiscale. « “Nicolas qui paie” s’inscrit en réponse à une interrogation massive des Français : Où va l’argent ? Cela réactive l’imaginaire de la classe moyenne trop riche pour être aidée mais pas assez pour pouvoir vivre sans compter les fins de mois », explique Frédéric Dabi. Où va l’argent ? Comme un écho à la question lancée par Jacline Mouraux à l’aube de la crise des Gilets jaunes : « Qu’est-ce que vous faites du pognon? » Sept ans plus tard, toujours pas de réponse. Si bien que le cap du « ras-le-bol fiscal », dénoncé en 2013 par le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, semble désormais dépassé. lll Suitedelapage1 « Cela dit quelque chose de l’effritement du consentement à l’impôt », s’inquiète un proche d’EmmanuelMacron.Pasunpetitsujet.Iltouche même au cœur du pays puisqu’il figure à l’article 14 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. « Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée », indique le texte. Pas loin des revendications de « Nicolas qui paie » donc. La contestation ne vise pourtant pas les impôts en tant que tels mais leur efficacité. A quoi bon payersi,enretour,leshôpitauxrestentengorgés, silajusticedemeuresilente,sileniveaucontinue de baisser à l’école, si l’insécurité progresse… «Si la présentation du budget 2026 présente une forme d’injustice, alors cela peut entraîner une baisseduconsentementàl’impôt»,metengarde Jean-DanielLévy. Rupture. Alors certes, Bercy sera toujours Bercy et les rentrées fiscales ne sont pas menacées. A fortiori depuis que l’impôt est prélevé à la source. Mais « c’est en tout cas le signe d’une montée dans la société d’un mouvement de rupture avec le consensus français sur la protection socialeetsonfinancement,observeceprochedu président.Undiscoursestentraindesedévelopper pour dire que notre modèle ne fonctionne pas car ce sont toujours les mêmes qui paient. C’est un mouvement qui vient de la société civile etça,c’estdangereux». D’autant qu’en plus d’être perçu comme déconnecté, le pouvoir semble non seulement impuissant mais surtout concentré sur la prochaine élection présidentielle. « Les Français ont l’impression qu’on leur demande d’attendre alors que le bateau coule. Cela se traduit par de l’indifférence à l’égard des politiques et des agglomérats de gens qui s’organisent sur des causes », explique Chloé Morin. Sans toutefois descendredanslarue.Dumoinspourl’instant. « La puissance du mouvement “Nicolas qui paie” est inversement proportionnelle à sa capacité de mobilisation », observe Frédéric Dabi. Mais il peut peser. Comme en 2012 lorsque des créateurs de start-up avaient lancé le mouvement des « Pigeons » pour protester contre le projetdugouvernementdeJean-MarcAyraultde taxer la plus-value réalisée par un entrepreneur vendant sa société. Soutenus par une vingtaine d’organisations, dont le Medef, ils avaient alors fait reculer l’exécutif. « Si “Nicolas qui paie” se structure comme les pigeons, cela peut devenir plus embêtant pour le gouvernement », alerte Jean-DanielLévy. Mais ce sont surtout les « Gueux » qui inquiètent l’exécutif. «Cela ressemble à une tentative pour faire renaître les Gilets jaunes», estime un ministre. Or, « c’est bien ce mouvement des “Gueux” » qui peut avoir le plus d’incidence, parce qu’il correspond à la masse de la population qui se considère comme telle », souligne Jean-DanielLevy.Maiscescolèressesuperposent et s’alimentent. Elles prennent de l’ampleur aussi.«Acôtédeça,laFrancedonneparfoisl’impressiondebienseporter.EllearésistéauCovid, au terrorisme, elle a reconstruit Notre-Dame de Paris, elle a organisé des Jeux Olympiques qui ont ébloui le monde mais une grande partie des Français ont l’impression d’être tenus à l’écart de ces succès. Si ce sentiment se propage, c’est terrible»,metengardeFrédéricDabi.Misesbout à bout, ces colères françaises décrivent l’état d’esprit du pays. Impression d’humiliation individuelle, sentiment d’injustice collective, crise de l’écoute des politiques. La toile de fond de l’électionprésidentielleàvenir. @fxbourmaud @fxbourmaud X X « On dit que pour maintenir une société à l’équilibre, il faut du pain et des jeux. Mais là, les Français n’ont plus de pain et on leur enlève leurs jeux » Le mouvement des « Gueux » s’est notamment fait connaître en protestant contre les zones à faible émission. SIPA PRESS L’inquiétanterévoltedelaFrance«quipaie» A force d’insister sur ce qui nous sépare, nous oublions ce qui nous réunit. C’est le point de départ du livre qu’Elabe publie à l’occasion de ses dix ans. Cesrupturesquinousrassemblent (L’Aube) donnent la parole aux collaborateurs du cabinet de conseil en stratégie de communication ainsi qu’à des personnalités extérieures, dont des chefs d’entreprise. Président d’Elabe, Bernard Sananès aime bien le paradoxe: « Comme nos confrères, nous passons notre temps à analyser ce qui nous divise. Nous avons délibérément choisi de montrer ce que les Français partagent. » Y compris ce sentiment de vulnérabilité face aux menaces du monde. L’ouvrage collectif fait donc ressortir cette vérité qui gratte : les Français s’unissent souvent dans le négatif. « La peur de l’agression a dépassé les frontières des quartiers dits « sensibles », la crainte de ne pas pouvoir se soigner a contaminé les grands centres urbains, l’expérience du renoncement au supermarché a atteint le portefeuille des cadres, la crainte de voir sa maison endommagée par une catastrophe naturelle a gagné tout le pays, la peur de voir la guerre à nos portes atteint toutes les générations », explique BernardSananès. Heureusement les ondes positives peuvent aussi fédérer. Jean Viard, sociologue, nous apprend que « le numérique a renforcé les liens sociaux de proximité », que«nouseffectuons en moyenne quarante interactions quotidiennes Cespointsdepartage quirésistentauxdivisions avec notre entourage, mais aussi avec les individusquenousrencontronsaucoursdenotrejournée ». Et parfois pour toute la vie (ou presque): plus de 40% des salariés vivent des relations sentimentales au sein de l’entreprise, dont la moitié setransformeencouplesstables… Planète. Vincent Thibault (Elabe) pointe les sujets de quasi-consensus. Par exemple, les Français se rassemblent sur l’immigration. La position:«Jepensequelesapportsdesétrangers sont positifs pour un peuple, à condition qu’ils ne dépassent pas une proportion» fédère 71% et atteint la majorité dans tous les électorats. 88% des Français partagent l’idée que le recul de l’autorité est un problème majeur dans la société française. 82% estiment urgent de réduire la dettepublique. Sous certains aspects, le travail fait l’objet d’un consensus. François Cathalifaud ( Elabe) estime que les aspirations des Français peuvent se résumer simplement : « un travail qui stimule, qui fasse grandir, qui permette de vivre une aventure humaine auprès de ses collègues et avec des conditions de travail qui n’abîment pas, physiquement ou moralement. » Si le télétravail a suscité une fracture entre cols blancs et cols-bleus, « l’image de l’entreprise, elle, est de plus en plus consensuelle, gagnant plus de 12 points entre 2017 et 2025 pour atteindre 83% de réponses positives», souligne Bernard Sananès. Maiscetteconfiancerenouveléefaitmonterleniveaud’exigence:onattenddel’entreprisequ’elle veilleàlasanté,àlasécuritéetaubien-êtredeses salariés, qu’elle recrute, qu’elle forme, qu’elle fasse progresser la compétitivité, qu’elle prenne soindelaplanète,etc. CorinneLhaïk @clhaik @clhaik X X Ces ruptures qui nous rassemblent, L’Aube, 224 pages, 17 euros. Ce conflit qui oppose aujourd’hui les jeunes actifs aux retraités revêt un caractère inédit 18 et 19 juillet 2025 l’Opinion 3 Sécuritémaximum Le corps d’un homme de 19 ans, tué par balles et partiellement calciné, a été retrouvé mardi dans le Gard. Cette découverte intervient dans « un contexte de rivalité ultra-violente entre groupes criminels locaux », selon la procureure de Nîmes, où les règlements de comptes liés au trafic de drogue se multiplient. Marie-Amélie Lombard-Latune Le niveau de sécurité a été poussé à son maximum. Ainsi, des trappes sont prévues sur les portes:ledétenuentreradanssacellulemenotté puis présentera ses poignets au surveillant qui déverrouillera l’entrave depuis l’extérieur. Ce dispositif évite que les détenus aient les mains libres dans les coursives. A quelques jours de la mise en service de « la prison de haute sécurité » de Vendin-le Vieil (Pas-de-Calais), c’est l’effervescence dans la pénitentiaire. Au ministère de la Justice, les réunions s’enchaînent. Dans les établissements où sont encore accueillis pour quelques jours les profils concernés - les cent plus gros narcotrafiquants -, « on ne parle que decela»,ditunesourceinforméedanslemonde carcéral. « Les détenus sont paniqués à l’idée de leurprochaintransfert»,poursuit-elle. Les décisions ont commencé à être notifiées depuis mardi et, après un délai de 72 heures, elles deviennent effectives. En théorie, les premiers transferts peuvent débuter. La place Vendôme reste discrète sur le planning de ces convois à risques. Une seule date est officielle: le 31 juillet, Vendin-le-Vieil sera en service. Soit septmoisaprèsl’arrivéedeGéraldDarmaninàla Chancellerie. En ce début d’année, le garde des Sceaux, qui a vécu l’évasion sanglante de Mohamed Amra depuis le ministère de l’Intérieur, a déjà identifié le sujet. Sa volonté d’isoler les cent « narcos » les plus dangereux dans un lieu spécifique est annoncée quatre jours après sa prise de fonction. Depuis, il n’a cessé de marteler qu’il s’agit de « profils très lourds », qui ont « du sang sur les mains ». Il sait combien l’affaire Amra a choqué: «la Mouche» gérait ses trafics depuis la Santé et avait même conservé un portable alors qu’il avait été placé au mitard à Evreux. Amra rejoindrabientôtSalahAbdelslametRédoineFaïd, déjà détenus dans l’établissement du Pas-de-Calais, dont la sécurisation a nécessité 4 millions d’investissement. « L’Alcatraz du Pas-de-Calais ». Gérald Darmanin ne part pas d’une page blanche, la réflexion a été lancée sous Eric Dupond-Moretti, poursuivie sous Didier Migaud. Il lui donne un coup d’accélérateur politique et ajoute un régime carcéral qu’il qualifie lui-même de « très dur » à la proposition de loi contre le narcotrafic alors en discussion. Un dispositif antiaérien et antidrones, une double enceinte, un ratio de 250 surveillants pour cent détenus: Vendin-le-Vieil devient vite « l’Alcatraz du Pas-de-Calais ». Tout est fait pour que les détenus aient le minimum de contacts entre eux et avec l’extérieur: promenades à 5 maximum, parloirs avec hygiaphones, fouilles trois fois par jour. Les «activités » sont réduites: sport, enseignement mais pas d’ateliers de travail comme il en existe dans les centrales. « A quoi cela rimerait-il de les faire travailler pour moins de mille euros par mois quand ils ont l’habitude d’en gagner 50000 par jour?», interroge unpersonneldedirection. Cela étant, cette sécurité maximum ne garantit pas une étanchéité absolue. Les téléphones portables ne passeront plus par les « yoyos » (cordelettes artisanales permettant de faire passer des objets de cellule en cellule) mais le personnel pénitentiaire continuera d’être soudoyé et/ou menacé. « Ces détenus resteront des caïds en prison, avec beaucoup d’argent pour s’acheter des « adjoints », corrompre des agents, faire vivre une clique autour d’eux », prédit Ivan Gombert, secrétaire national de FO Direction Pénitentiaire, favorable cependant à ce régime qui « peut permettre de ruiner ces criminels ». Ces conditions de détention, validées par le Conseil constitutionnel, n’ont pas suscité de levée de boucliers. « Vendin-le-Vieil, c’est un énorme QHS (quartiers de haute sécurité, supprimés par Robert Badinter en 1982), une régression vertigineuse et le risque de devenir une usine à fabriquer des fous », regrette Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, qui se refuse cependant à parler de « torture blanche », comme le dénonce l’Observatoire international des prisons pour cet isolement quasi-total. Avec les projecteurs braqués sur Vendin-leVieil, le moindre incident, un début de mutinerie, une tentative d’évasion auraient une répercussion énorme. Le garde des Sceaux le sait. Mais l’efficacité de cette prison ultra-sécurisée ne se mesurera que dans plusieurs années. Les trafics auront-ils été perturbés, voire stoppés, les têtes de réseaux empêchées de nuire? « D’ici là, Gérald Darmanin aura marqué son autorité, estime Jérôme Durain (PS), qui a présidé la commission d’enquête sénatoriale avant de signer la proposition de loi sur le sujet. Et il aura tenté de répondre à la menace terrifiante du narcotrafic, à sa violence débridée ». @malombard @malombard X X Prisonpourlesnarcos: pourquoiDarmaninjouegros Lespremierstransfertsdescentcriminelsles plusdangereuxverslecentrepénitentiaire deVendin-le-Vieilvontdébuter Maintendue François Bayrou a dévoilé mardi 15 juillet son plan d’économies de 43,8 milliards d’euros pour redresser les finances publiques. Si ses partenaires du centre et de la droitesontplutôtensoutienmalgréquelques critiques, le Premier ministre s’attire surtout l’iredesesopposantsdegaucheetduRN. Interview Dinah Cohen DavidAmielestdéputé(Renaissance) dela13e circonscriptiondeParis. FrançoisBayrouadévoilésonplan d’économiesde43,8milliardsd’euros. Etes-voussatisfaitdesacopie? Le Premier ministre a fait un discours courageux. Je salue le fait qu’on ait aussi tôt des éléments aussi précis, ce qui va permettre d’avoir un débat parlementaire sur des bases solides. Et je salue aussi l’ambition budgétaire. C’est le moment de consolider nos comptes. Nous sortons de crises énergétiques, sanitaires, qui ont nécessité beaucoup de moyens publics pour protéger les Français. Si l’on veut reconstituer nos marges de manœuvre, faire face aux prochaines crises et éviter qu’un choc international ne crée un jour un accident de crédit qui nous mettrait dans une situation très difficile, il faut réduire le déficit. Le Premier ministre a tracé un chemin. On va pouvoir discuter des modalités, mais toujours avec des propositions crédibles : il y en a marre de ces Ponce Pilate budgétaires qui proclament des « lignes rouges » en se lavant les mains des conséquencespourlepays. Ce chemin doit-il se tracer plutôt avec le Parti socialiste, le Rassemblement national ou les deux ? Il ne faut pas se leurrer. Le Rassemblement national décide d’abord de censurer ou non en fonction de ses intérêts partisans et regarde ensuite dans le budget quels prétextes il peut trouver pour justifier une censure ou son absence. Ce qui est arrivé à Michel Barnier est extrêmement clair:leRassemblementnationalasouhaitécréer une crise politique à la suite des réquisitions du parquet contre Marine Le Pen. C’est avec le Parti socialiste qu’il faut une négociation pour faire adopter ce budget de la même manière qu’on l’avaiteuel’hiverdernierpourlebudget2025. Entrelasuppressiondepostesde fonctionnaires,legeldubarèmedel’impôt, despensionsderetraites,desprestations sociales,lesirritantsdecebudgetsont nombreux.Commentfairevenirlagauche autourdelatable? Ayons une méthode nouvelle. Il nous reste deux budgets avant la présidentielle de 2027. On nepeutpasrevivrecequ’onaconnucetteannée, c’est-à-dire une discussion budgétaire permanente avec une instabilité perpétuelle, particulièrement dans le contexte international que l’on connaît. L’incertitude est un poison mortel pour l’économie. Le taux d’épargne des ménages est au plus haut, les entreprises reportent leurs investissements et leurs embauches parce qu’elles ne connaissent pas le cadre budgétaire et fiscal. C’est pour cela que je souhaite que l’on négocie avec les socialistes un contrat budgétaire de deuxans,danslequelondéfiniraitlesprincipaux impôts, les principaux budgets et les principales réformes pour les deux ans qui nous séparent de laprésidentielle.Silessocialistesdemandent,par exemple, qu’il y ait moins de rabots budgétaires pour 2026, alors il faudra accepter que soient lancées immédiatement davantage de réformes structurelles qui assureront davantage d’économies et aideront à développer l’activité l’an prochaine.Maispourça,ilfautuncadrestabilisé. Vousdemandezauxsocialistesd’assurer lasurviedeFrançoisBayroujusqu’à2027. Le Parti socialiste a dans le passé mené des politiques de responsabilité budgétaire. C’était le cas sous François Hollande : un parti qui réduisait les déficits et entamait une politique de l’offre avec le CICE. Un parti qui défendait même sa propre réforme des retraites avec celle de Marisol Touraine. J’espère donc que ce parti va renoueraveccetteculturedegouvernement. Legouvernementest-ilprêtàfaire desconcessionsàlagauche? Laportedugouvernementatoujoursétéouverte. Il l’a prouvé l’hiver dernier, et c’est encore pluslecasaujourd’hui. Qu’enest-ildelasuppressiondedeuxjours fériésavancéeparFrançoisBayrou?La mesurefaitl’unanimitécontreelleauseindes oppositionsetdivisejusquedansvotrecamp. Il y a un principe très important : tout travail mérite salaire. On ne peut pas défendre le travail sans défendre les travailleurs. Donc, s’il y a un travail supplémentaire, quelle qu’en soit la forme – et je comprends d’ailleurs que le gouvernement est ouvert sur les modalités qu’il a renvoyées à une concertation avec les partenaires sociaux –, alors il faudra une rémunération supplémentaire. @DinahCohen @DinahCohen X X «IlfautnégocieraveclePSun contratbudgétairededeuxans» LedéputémacronisteDavidAmielappelle legouvernementàsetournerverslagauche pouréviterlacensurecetautomne L’offre d’Etat et la demande d’Etat forment un système où le développement de l’une entraîne le développement de l’autre, et réciproquement. Il existe un enchaînement, insoutenable et très défavorable tant à la société qu’à l’économie, de causalités enchevêtrées qui conduisent sans cesse à la suradministration et à la mise en dépendance de populations qui demandent de ce fait toujours plus de protection, cette demande légitimant en retour l’accroissement de la sur-protection. Cette dynamique systémique qui s’autoentretient amène à la situation d’aujourd’hui: un taux de dépenses publiques et de prélèvements obligatoires sur le podium mondial. Avec simultanément un déficit public sur PIB, le plus élevé d’Europe et un très fort taux d’endettement public dont la trajectoire est non maîtrisée. Dépendance. Mais aussi paradoxalement – seulement en apparence – avec une qualité de l’enseignement qui s’est dégradée fortement, des salaires d’enseignants en moyenne, comme d’infirmières par exemple, qui sont inférieurs à ceux des pays comparables. Ajoutons cet exemple frappant d’inefficacité et d’injustice: un taux comparativement très élevé de jeunes sans formation et sans emploi. Plus généralement, nous avons des services publics mesurés comme étant de qualité seulement moyenne dans les comparaisons internationales, alors que notre taux de dépenses publiques est le plus élevé. Cettesur-protectionetsur-administration neproduisentainsinibonheur,nimêmesatisfaction.Nisantéfinancière.Ellesengendrentau contraireunedépendancetoujourscroissante, entraînantperted’autonomieetinquiétude croissantes.Letouts’accompagnantdela montéed’undangereuxindividualismeetd’une incivilitédestructrice,lesensdelaresponsabilité vis-à-visdesautresetdelasociétéayantété perdu,ens’endéchargeantsurl’Etat,donton attendtout.Enlignedefuite,lesocial,lesrelationsinterpersonnelles,ycomprisdesolidarité, etlesactionsetlesentreprisesindividuelles commecollectives,deviennentalorsvides,l’Etat occupanttoutl’espace.Lasociété(civile)perdant ainsidesavitalitéetdesacapacitéderésilience. Il ne s’agit en aucun cas de défendre une sous-protection, ni un Etat faible. Tout au contraire. Il est indispensable de re-proportionner le tout, afin de retrouver une efficacité globale et une viabilité de notre système. De veiller à ce que chacun soit responsabilisé quant à l’utilisation de la protection sociale, qui est un bien commun précieux, afin qu’il soit puissant et soutenable. Que la quantité de travail et la vitalité de l’économie qui en sont les conditions d’existence soient suffisantes à cet effet. Il s’agit donc d’éviter l’entropie de notre système qui ne sait plus répondre de façon efficace et qui engendre, de par le poids croissant incontrôlé qu’il représente, une difficulté pour les ménages et les entreprises à trouver le travail suffisamment attractif pour les uns et à être suffisamment compétitives pour les autres. PouréviterlesdérivesfatalesdenotreEtatprovidenceetluipermettredeseperpétuer,il nousfautimpérativementretrouverunéquilibre responsable,doncviable.Ceneserapasaisé. Maisc’estvitaletdansl’intérêtdetous. Tribune «L’Etatprovidence: changerpour éviterledéclin» ParOlivierKlein, professeur d’économieàHEC. «Il nous reste deux budgets avant la présidentielle de 2027. On ne peut pas revivre ce qu’on a connu cette année», estime David Amiel. SIPA PRESS Gérald Darmanin et Emmanuel Macron visitent la prison de Vendin-le-Vieil, le 14 mai. SIPA PRESS « Il est indispensable de re-proportionner le tout, afin de retrouver une efficacité globale et une viabilité de notre système. De veiller à ce que chacun soit responsabilisé quant à l’utilisation de la protection sociale, qui est un bien commun précieux, afin qu’il soit puissant et soutenable » 4 l’Opinion 18 et 19 juillet 2025 Félicitationsdujury François Bayrou a présenté les grandes lignes de son projet le 15 juillet. Il a immédiatement été soumis à un tir de barrage des oppositions. Interview Marc Vignaud Economiste, Gilbert Cette est professeur à Neoma Business School. Le gouvernement propose un effort de 44 milliards d’euros pour réduire le déficit au moment où la croissance est faible. Cela ne risque-t-il pas d’aggraver le mal? Il y a toujours une bonne raison pour reporter l’ajustement budgétaire. C’est que qu’on fait depuis des décennies. Avec la dérive du déficit ces dernières années, l’alerte est sérieuse. Quelle que soit la situation conjoncturelle, redresser les finances publiques est une nécessité absolue. L’effort envisagé n’est pas gigantesque. On parle de 44 milliards d’euros par rapport à la tendance. Si l’on compare l’effort par rapport à l’année 2025, il est inférieur à 44 milliards d’euros. Même si des effets négatifs sur la demande sont inévitables, ils devraient être limités. C’est le prix à payer pour que la France ne se retrouve pas au pied du mur après une sanction sur les marchés financiers qui forcerait à un ajustement brutal imposé de l’extérieur. L’effort entre 30 milliards de baisse des dépenses et 14 milliards d’augmentation des recettes vous paraît-il équilibré? Ce qui me paraît important dans le plan Bayrou, c’est que la plus grosse part de l’ajustement porte sur les dépenses, même si on peut sans doute aller plus loin. Mais il ne faut pas être trop binaire. Le gel des retraites constitue un effort sur les dépenses quand la transformation de l’abattement de 10% des retraités pour frais professionnels est une augmentation d’impôt. La frontière entre les deux est parfois ténue. Bien sûr, tout le monde a sa propre critique à formuler sur ce plan. En ce qui me concerne, j’aurais, entre autres, totalement supprimé l’abattement de 10% des retraités. Mais dans l’ensemble, ce plan est massif, courageux et équilibré, car il met à contribution l’ensemble des ménages. Contrairement à ce qu’on entend souvent, il est équitable. Le gel des prestations pèse avant tout sur les plus modestes… Oui, mais le gel du barème de l’impôt sur le revenu porte sur la moitié la plus aisée des Français, et surtout sur les hauts revenus. Prévue pour disparaître, la taxe différentielle sur les plus hauts revenus est, par ailleurs, maintenue. Elle rapporte de l’ordre de 1,5 milliard même si c’est moins qu’espéré. La forfaitisation de l’abattement des retraités à 10% à 2000 euros par personne va peser sur les plus grosses retraites. Sans parler de la lutte contre l’optimisation fiscale. L’égalitarisme français trouvera toujours des reproches à faire. Ce budget ne risque-t-il pas de se traduire par un immense coup de rabot sans lendemain sur la dépense publique en l’absence de réformes de fond? C’est le risque, mais on est dans un exercice budgétaire contraint sans majorité au Parlement. Il y a tout de même quelques réformes structurelles comme celle de l’assurance chômage. François Bayrou a aussi évoqué la réforme du financement de la protection sociale avec l’idée de transférer des prélèvements qui pèsent sur le travail vers une autre assiette, même s’il n’a pas précisé laquelle. C’est vrai, ce budget aurait gagné à être soutenu par une réforme structurelle de l’Etat. Le gel des rémunérations dans la fonction publique, qui fait suite à tant d’années de modération de la rémunération des fonctionnaires, par exemple, va se traduire par une nouvelle perte d’attractivité, notamment dans l’Education nationale. C’est sans doute là une partie de l’explication de la détérioration du niveau des élèves dans les tests Pisa de l’OCDE. Fallait-il vraiment lancer une nouvelle réforme de l’assurance chômage au moment où celui-ci remonte? La logique de contracyclicité dans l’indemnisation du chômage est bonne. Mais cela ne doit pas nous empêcher de constater que les conditions d’accès à l’indemnisation et sa durée restent dissuasives à la reprise d’emploi. Et beaucoup plus « généreuses » que celles de la plupart des pays européens. On aurait dû aller plus loin dans la réforme plus tôt. Mieux vaut tard que jamais. Il faudrait aussi supprimer la filière senior qui reste très avantageuse par rapport aux autres pays. L’indemnisation peut d’ailleurs durer jusqu’à l’âge d’annulation de la décote si une personne est au chômage à l’âge d’ouverture des droits à la retraite, sans encore avoir une retraite à taux plein ! Cela n’incite pas à reprendre un emploi rapidement. Une telle mesure permettrait d’augmenter le taux d’emploi des seniors. Que pensez-vous des réformes annoncées sur le marché du travail? Le système de rupture conventionnelle facilite les séparations précoces entre un salarié et son entreprise, y compris pour les seniors. Il a des vertus car il a permis de faire baisser la conflictualité en cas de séparation. Mais cela ne justifie pas la défiscalisation des indemnités perçues ou la quasi-absence de charges sociales. Il est donc tout à fait légitime de réfléchir à une réforme sur ce sujet. On a trop souvent résumé l’enjeu de l’augmentation de l’emploi des seniors à la hausse de l’âge légal de départ à la retraite. La suppression de deux jours fériés est-elle une bonne mesure ou une punition pour les salariés? Si l’on ajoute les 25 jours fériés légaux aux 11 jours fériés, la France est tout en haut du panier par rapport à tous les autres pays. Sans parler des jours de RTT. Le principe est le bon: il faut travailler plus pour financer nos ambitions sociales et autres. Pour garantir que ce budget passe, faut-il céder au PS sur la taxe proposée par l’économiste Gabriel Zucman sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros? Antoine Levy a montré que le constat de Zucman pour justifier cette taxe est faux car il compare les taux d’imposition des Français avec ceux des milliardaires sans inclure les prestationsdontlesplusmodestesbénéficient. Ensuite, il compte les cotisations retraite dans lecalculdestaux.Maislestrèsrichesn’ontquasiment que des revenus du capital et ne paient pas de cotisations retraite parce qu’ils provisionnent tout seuls pour leurs vieux jours. Il rajoute aussi les dividendes non distribués dans le calcul du taux d’impôt des milliardaires, ce qui est critiquable ! Surtout, il inclut l’outil de travail dans le patrimoine taxable. Philippe Aghion a montré que si un créateur de start-up àsuccèsdoitpayerunetaxesursonpatrimoine alors que l’entreprise ne génère pas encore de profit pour le rémunérer, il devra vendre ses parts pour payer. Cela risque de décourager massivement l’innovation en France. Enfin, cette proposition minore les risques d’exode fiscal en Europe dont les textes garantissent la liberté de circulation des individus et du capital. Cette proposition s’inscrit dans une culture bien française de taxation, où nous sommes déjà champions toutes catégories confondues! @mvignaud @mvignaud X X «LeplanBayrouestmassif, courageuxetéquilibré » L’économisteGilbertCetteexpliquepourquoi iltrouvequeleprojetdebudgetesquissé parlePremierministrevadanslebonsens Le premier marché coordonne, le second marché disloque. Le premier marché favorise l’innovation; le second marché produit de la rigidité. Le premier marché agit et fabrique le réel; le second gesticule, brasse du vent et fait des promesses; le premier marché valorise la singularité, l’originalité. Le second marché cultive l’uniformité et récompense l’esprit courtisan. Le premier marché est un veilleur de jour, le second un vecteur de nuit. Mais quels sont ces deux marchés? Le premier est le marché économique, le second est le marché politique. L’opinion publique a pris l’habitude d’opposer le chaos d’une économie capitaliste, victime d’instincts animaux et égoïstes, à l’ordre politique créé par des gouvernements désintéressés, soucieux d’intérêt général et guidés par des principes de rationalité. L’expérience témoigne de l’inverse. Les sociétés ayant accordé une place centrale au marché économique se sont montrées historiquement les plus florissantes; celles dominées par le marché politique déclinent inexorablement, abasourdies par le brouhaha stérile de communicants chargés de mettre le vide en forme. On ne peut que contraster la clairvoyance des entrepreneurs à l’obscurantisme des dirigeants publics. Les leaders du marché économique sont des gens hors norme, des pionniers capables de réaliser leurs rêves. En pulvérisant les croyances, mythes et récits qui enferment les gens dans le cachot du passé, ils ouvrent les portes d’un futur sans frontières; le marché politique est un véritable éteignoir. Embourbé dans le présent, dépourvu de vision, il nivelle par le bas. Ses actions sont toujours entachées d’échec, de gabegies, de contradictions, de conséquences non prévues et non gérées. Ses leaders ne voient pas plus loin que le bout du nez de leurs soutiens, ceux des intérêts corporatistes les plus organisés. Leurs décisions sont le fruit de bric-à-brac, de compromis, d’incohérences qui créent un désordre permanent. En résumé, c’est gamelle et gamelles. La mécanique du marché politique est devenue tellement viciée que les esprits les plus éclairés s’en détournent pour être remplacés par des populistes incompétents et démagogues, dont le cynisme dépasse toute imagination. Théâtre. Non seulement le marché politique s’avère incapable d’affronter la complexité du réel, mais lorsqu’il entre en contact avec le marché économique, il corrompt son mode de fonctionnement, en lui proposant, moyennant un soutien électoral, de s’affranchir des règles de la concurrence par des protections, des subventions. Plus ces appuis prennent de l’importance dans la survie ou le développement des firmes privées, plus les normes et méthodes du marché politique pénètrent insidieusement leurs activités. On y observe la place grandissante des hommes de réseaux, dont le pouvoir discrétionnaire s’étend derrière le paravent des soft skills. S’impose la dictature des formats, des carnets d’adresses, des règles administratives substituant la culture de l’organisation à celle de l’entrepreneuriat. Les réunions, les séminaires, les mails s’enchaînent à un rythme abrutissant, pour légitimer l’existence d’un appareil bureaucratique chronophage qui aliène les cerveaux et gangrène la productivité. Comme dans les ministères et agences publiques, des études, des rapports s’empilent les uns sur les autres, que personne n’a le temps de consulter et dont les conclusions ne sont jamais appliquées. Tout le monde sait que chacun fait du théâtre, mais personne n’est autorisé à reconnaître cette culture des apparences et des jeux de miroirs qui reflètent des hiérarchies cachées. Pour survivre, il faut se couler dans le moule et faire semblant de s’y épanouir. On est désormais valorisé dans sa capacité à porter le masque et à faire semblant d’ignorer celui des autres. Mais les dégâts du marché politique ne s’arrêtent pas aux frontières des entreprises privées. Au niveau macroéconomique, les soi-disant défaillances du marché sont le plus souvent le résultat d’un système incapable de penser au-delà de l’espace étriqué des nations. Prenons l’exemple de l’environnement. Dès les années 1960, le futur prix Nobel d’Economie Ronald Coase avait proposé de résoudre le problème des émissions de carbone, en distribuant aux firmes des permis de polluer échangeables sur un libre marché. Avec ce système, plus les entreprises développent une production polluante au-delà des quotas initialement attribués, plus elles sont obligées d’acheter à d’autres firmes des permis non exploités. L’augmentation consécutivedes prix de ces derniers sur le marché incite alors les firmes acheteuses à trouver des techniques moins polluantes pour éviter de devoir en acheter autant à l‘avenir, et encourage parallèlement les firmes vendeuses à en économiser davantage, afin de récolter plus d’argent. Avec pour résultat final la diminution des émissions de carbone. Ordre et désordre. Mais cette ingénieuse solution a été rendue inefficace en pratique. Non seulement le marché des droits à polluer n’est pas installé partout (celui-ci traite moins de 20% des émissions mondiales de CO2), mais les gouvernements se sont arrangés pour distribuer à leurs industries nationales plus de permis de polluer qu’ils n’avaient besoin d’en utiliser. La faiblesse du nombre d’échanges et du prix des permis sur le marché a alors rendu caduque toute incitation des firmes à éviter le coût de leur éventuel achat et à réduire leurs émissions. Ce véritable sabotage permet alors à des agences bureaucratiques de légitimer leur activité en fabriquant des écotaxes et de coûteuses réglementations qui freinent toujours un peu plus l’activité, sans permettre le moins du monde de résoudre le problème du réchauffement global. Bien au contraire, la situation empire chaque année. N’en doutons pas: l’ordre s’associe au marché économique et le désordre au marché politique. Le goût du verbe et des formules fleuries de nos représentants publics, les commissions et les conclaves inventés au gré des contingences électorales, ces jeux partisans qui légitiment le statu quo, créent dans les populations un climat de défiance envers nos institutions de plus en plus inquiétant. Les citoyens sont désabusés devant l’inanité de leur gouvernance. L’actualité de la semaine nous rappelle avec rigueur qu’elle a enfermé nos économies dans des cycles de déficits publics et d’endettement qui obèrent l’avenir des générations futures. Comment permettre au marché économique de s’affranchir des méfaits du marché politique? Telle est la question à laquelle il faut désormais répondre si on veut empêcher nos populations comme nos investisseurs d’interpeller les fondements mêmes de nos systèmes démocratiques. « Lorsque le marché politique entre en contact avec le marché économique, il corrompt son mode de fonctionnement, en lui proposant, moyennant un soutien électoral, de s’affranchir des règles de la concurrence par des protections, des subventions » Retrouveztoutesnoschroniques surlopinion.fr « Les soi-disant défaillances du marché sont le plus souvent le résultat d’un système incapable de penser au-delà de l’espace étriqué des nations. Prenons l’exemple de l’environnement » « Quelle que soit la situation conjoncturelle, redresser les finances publiques est une nécessité absolue », rappelle Gilbert Cette. DR Tribune «Lesdeux marchés» ParThierry Aimar, enseignantchercheur en sciences économiques à l’Université de Lorraine (BETA) et à Sciences Po 18 et 19 juillet 2025 l’Opinion 5 Détricotage Critères trop complexes, délais trop courts, obligations d’informations trop contraignantes pour les PME:ilest urgent de simplifier. Irène Inchauspé C’était pourtant une bonne idée: établir une classificationdesactivitéséconomiquesayantun impact favorable sur l’environnement. L’objectif étant d’orienter les investissements vers les heureuses élues. Initiée en 2020, elle a été modifiée en 2022 sous l’impulsion de la France pour y intégrer le gaz et le nucléaire, qui ont « un rôle à jouer » pour faciliter le passage aux énergies renouvelables et à la neutralité climatique. Cette taxonomie verte est pourtant en train d’être sérieusementdétricotée. Le gouvernement britannique vient ainsi d’annoncer qu’il abandonnait l’idée d’en adopter une. Le projet avait été lancé outre-Manche en 2020 mais divisait la sphère financière et avait déjà été reporté. Après consultation des parties prenantes,legouvernementaconcluquelataxonomie « ne serait pas l’outil le plus efficace pour assurer la transition verte» et que «d’autres politiques étaient plus prioritaires pour accélérer les investissements dans la transition vers la neutralité carbone et limiter le greenwashing », précise leTrésorbritannique.Quiajoutevouloir«notamment veiller à ce que nous disposions des outils adéquats et d’une réglementation adaptée pour soutenir la transition». C’est aussi dans cette optiquequel’Unioneuropéennetravailleàlasimplification de sa taxonomie verte. Pour y être répertoriées, les 50000 entreprises concernées (plus de500salariés)doiventpublierdesinformations sur la durabilité de leurs investissements. Une activité est classée comme durable si elle correspond à au moins l’un des six objectifs listés par la Commission (atténuation ou adaptation au changement climatique, contrôle de la pollution, protection de la biodiversité, etc.). Avec le souci du détail : par exemple, l’indication que la production d’électricité par une centrale hydroélectrique peut être durable si l’installation est au fil de l’eau, sans réservoir artificiel et si sa puissance deproductionestsupérieureà5W/m2. Période d’observation. La Commission européenneadoncadopté,le4juillet,desmesures destinéesàréduirelesformalitésadministratives liées à la taxonomie verte (obligation d’information réservée aux grandes entreprises, simplification des critères les plus complexes, rendu de la copie en 2028 plutôt qu’en 2026). « Nous franchissons une étape décisive vers un cadre financier durable plus propice à la croissance, plus utilisable et plus proportionné », a déclaré Maria Luís Albuquerque, la commissaire européenne aux services financiers et à l’Union de l’épargne etdel’investissement,enprésentantcesmesures desimplification.L’UEselaisseunepérioded’observation de quatre mois, prolongeable de deux mois, alors qu’une bataille se joue en ce moment devant la Cour de justice de l’Union européenne au sujet de la taxonomie. Notamment sur le fait que la Commission, par simple acte délégué, a décidé que certaines activités ayant trait au gaz ouaunucléaireparexemple,peuventêtreconsidéréescomme«durables»... @iinchauspe @iinchauspe X X Europe:lataxonomieverte aduplombdansl’aile Sil’UEtravailleàsasimplification, Londresabandonnel’idéed’enadopterune Claque Ursula von der Leyen a présenté hier le cadre financier pluriannuel pour l’Union. La Politique agricole commune fait les frais des contraintes budgétaires, avec un budget réduit de presque 20%, à 300 milliards d’euros. Emmanuelle Ducros « Mercredi noir à Bruxelles : les fondations mêmes de la politique agricole européenne sapées et démantelées. » La réaction du CopaCogeca, le grand syndicat agricole européen, a été cinglante, à l’issue de la présentation, par Ursula von der Leyen, du cadre financier pluriannuel (CFP) 2027-2034. Celui-ci inclut l’ossature d’une nouvelle version de la Politique agricole commune (PAC). « La pire réforme de la PAC », selon le syndicat, qui ne dispose pour l’heure que de grandes lignes qu’il juge déjà « inacceptables ». La première claque a été la découverte du budget alloué à l’agriculture : 300 milliards d’euros pour les aides directes, sur sept ans. 20 % de moins que les 387 milliards actuellement alloués au secteur pour le cycle actuel. Du jamais vu. Pour simplement maintenir le niveau des fonds, à euros constants, il aurait fallu 471 milliards... La PAC, seule politique européenne intégrée, symbole d’une union réussie, qui a généré richesse et abondance, n’est plus une priorité. Abandon. Les agriculteurs vivent leur budget rétréci comme une trahison. « Ce que nous constatons, c’est un abandon de responsabilité de la part d’Ursula von der Leyen, s’insurge Thierry de Lescaille, président de l’organisation ELO (European Landowners), un autre syndicat d’exploitants agricoles. La rupture d’un contrat de confiance entre les agriculteurs et l’Europe, acté lors du traité de Rome, quand le continent étaitendéficitalimentairechronique.Lesoutien au revenu des fermes allait de pair avec l’engagement de nourrir la population à des prix abordables. C’est fini. On demande aux agriculteurs de faire de plus en plus de choses, mais plus de nourrir. Il n’est plus question de production, désormais. De social, d’environnement, mais plus d’économienidesouveraineté.» Autre claque : le démantèlement du fonctionnement historique de la PAC, avec un socle commun européen fort, fléché, garantissant des règles communes structurantes. Désormais, les Etats piocheront dans une enveloppe agricole globale mise à leur disposition, qu’ils abonderont, ou pas. Une façon de boucher, en apparence,lestrousd’unbudgeteuropéenenberne... Maisquicomportedegrandsdangers.«Lafusion des piliers de la PAC dans un ensemble indistinct et illisible, et surtout la renationalisation de cette politique autrefois commune et stratégique est terrible, s’inquiète, à la FNSEA, Arnaud Rousseau. Chaque pays pourra compléter, avec son budget, une enveloppe européenne qu’il dépensera comme il l’entend, selon ses moyens et ses priorités sectorielles. Qu’est-ce que c’est, si ce n’est une machine à créer des distorsions de concurrence, des compétitions malsaines, de la défiance entre pays ? » Pour lui, il faut redouter desévèresetrapideschutesdeproduction. De premières manifestations ont eu lieu à Bruxelles, en marge de la présentation du plan. Lequel va devoir être retravaillé par les Etats et le Parlement. Passé le choc, la pression va monter. « Je ne vois pas comment l’automne pourrait ne pas être chaud, avec des tracteurs sur les routes », prévient Thierry de Lescaille. Surtout si, d’ici là, le traité du Mercosur est acté. Ce serait, pour la ferme Europe, le signe qu’on ne compte plus sur elle et que l’Union a choisi d’externaliser sa production alimentaire. Loin des yeux, loin du cœur. @emma_ducros @emma_ducros X X Agriculture:nouvellePAC, lesexploitantssouslechoc Pourlesgrandssyndicatseuropéensdu secteur,leprojettrahitl’idéaldeprospérité alimentaireetdepaixcommerciale C’est la face cachée de Donald Trump. Quels furent les rapports entre le président et sa mère écossaise, Mary Anne MacLeod, décédée en 2002 à l’âge de 88 ans? La visite privée que doit effectuer fin juillet le président américain en vue d’inaugurer le deuxième parcours de son club de golf niché dans le comté de l’Aberdeenshire (Est de la province) doit redonner ses lettres de noblesse à une personnalité passée dans les oubliettes de la dynastie d’outre-Atlantique. Tous les chemins de la saga trumpienne mènent au petit village de Tong, niché sur l’île de Lewis, la plus septentrionale de l’archipel des Hébrides extérieures. Le bourg de 527 habitants n’a guère changé depuis 1912, l’année de la naissance de Mary Anne, la dernière de dix enfants d’un pêcheur de hareng. Battu par les vents et la pluie, le paysage, démuni du moindre arbre, est morne et désolé. La population de cette terre ingrate parle le gaélique au charme chuintant transmis de génération en génération, symbole de la résistance aux élites édimbourgeoises anglophones. Misère. L’intéressée a grandi dans un « croft », une chaumière au toit de chaume disposant de deux pièces dépourvues de cheminée, d’où le nom de « black house » (la maison noire), en raison de l’intérieur enfumé. Laissé en friche par des générations de propriétaires terriens absentéistes depuis le nettoyage ethnique opéré dans les Hautes Terres et les îles entre 1780 et 1860. Ce lieu inhospitalier est ravagé par la misère, le chômage et l’émigration. Le quotidien est rude. La gamine manque de tout. A l’instar de tant d’insulaires fuyant la disette, elle émigre aux Etats-Unis en 1930 pour rejoindre sa sœur aînée. Mère célibataire, cette dernière a été contrainte de quitter Tong, sa famille étant scandalisée par une naissance hors-mariage. Le puritanisme protestant le plus rigoriste exerce une profonde influence sur les esprits dans cette localité isolée du monde extérieur. A New York, elle travaille comme domestique et gouvernante avant de rencontrer Fred Trump, un bon parti qu’elle épouse en 1936. Cinq enfants sont issus de cette union dont Donald, né en 1946. Dans ses discours, le bâtisseur le plus célèbre de la « grosse pomme » (Big Apple) a à peine mentionné sa mère, devenu président. Tout au plus, le locataire de la Maison Blanche a-t-il évoqué « une ménagère très traditionnelle mais qui cachait une réelle vision du monde extérieur ». Il n’a visité Tong qu’à deux reprises: lorsqu’il était gosse et en 2008. Lors de ce séjour, il n’a consacré que deux minutes à ses cousins, avant de repartir aussitôt en hélicoptère. Comment expliquer pareille occultation dans la belle narration que le sorcier des bords de l’Hudson tient à nous raconter? SonpèreFredestlafiguretutélaire.Le modestepromoteurimmobilier,expertdes constructionspourcadremoyendansles quartiersmiséreuxdeBrooklynetdeQueens jouxtantlaricheManhattan,luiamislepiedà l’étrier.L’aidedupaternel,travailleurinfatigable etcharismatique,luiapermisd’acheteren1974 unhôtelcrasseuxdela42e ruequ’ilrénoveet revendavecunegrosseplus-valueaugroupe hôtelierHyatt.LacarrièreduflamboyantTrump Sraétéaussichaotiquequelatrajectoiredeson filsfavori,contraintdedéposerlebilanàquatre reprisesavantderebondir.ANewYorkcomme ailleurs,onnefaitpasfortunedanslebâtiment avecdesenfantsdechœur.L’hommefutdiffamé, maisjamaislesprocureurslocauxetfédéraux n’onttrouvésurlegéniteurcequ’ilestconvenu d’appelerundossier.Obsédéparlacélébrité, Trumpcacherait-illesoriginesprolétaires,côté maternel,parcequ’ilenahonte?Enfait,l’odysséedesamèrecadremalavecsasuccessstory. Immigrée. La jeunesse de Mary Anne dans un endroit pouilleux et sa traversée de l’Atlantique encombrée de valises en carton au fond de la cale d’un paquebot « gênent » l’occupant du Bureau ovale qui a déclenché une traque impitoyable aux migrants. Or, l’immigrée avait été accueillie à l’époque avec bienveillance par la grande contrée de l’asile, là même où la Statue de la liberté proclame, « Donnez-moi vos pauvres, vos surmenés ». Enoutre,MmeTrumpavaitgardédesadure enfancel’austéritédanslamiseetlapingrerie. Riche,ellecontinuaitàparcourirlesruesdeNew YorkdansuneRolls-Roycerosepourrecueillir lesrecettesdeslaveriesautomatiquesinstallées ausous-soldesimmeublesappartenantàson mari.Ladamemenaituneexistencesimpleet tranquilleàdesannées-lumièredesonpetit Donald,playboyetcoqueluchedesmédiasau traindeviesomptueuxetscintillant. «Lasoifd’acquisitiond’immobilieretlahantisedelaplus-valuesontimputablesauxorigines desamère»:dansunreportageàTong,publié àl’occasiondelavenuedu«Chief»enEcosse, leTimesaffirmequeletrumpismeplongeses racinesdanslanationcalédonienne. Comme le rappelle le roman Les Indes noires de Jules Verne, la région, premier foyer de la révolution industrielle, a élaboré la théorie du capitalisme moderne. Le technicien James Watt, l’économiste Adam Smith et le penseur utopiste Robert Owen illustrent l’épanouissement de la libre-entreprise dans cette nation industrieuse du nord de l’Europe. Leur réussite pourrait être sortie tout droit d’une harangue sur les vertus du laisser-faire et du moins d’Etat chères à Trump. Aux yeux du chef de l’exécutif américain, le pays hyperboréen dispose d’un autre atout plus personnel, le golf. Les exploits de l’Américain Bobby Jones, superchampion invaincu et dieu vivant, sur le tracé historique de Saint-Andrews, sont entrés dans l’histoire du sport favori des businessmen. Le souvenir de son idole a amené le magnat à faire bâtir deux cours de golf au nord du mur d’Hadrien. Le long manche au poing, il adore putter, driver et frapper la petite balle en caoutchouc durci propulsée sur le sol ancestral avec la vélocité des voitures du NYPD aux faisceaux bleu-blanc-rouge. Gagner ou mourir est le refrain de ce septuagénaire à la silhouette puissante, aux épaules larges et au sourire carnassier. Quitte à tricher, à lire un récent livre au vitriol, CommanderinCheat: HowGolfExplainsTrump (Commandant du mensonge: comme le golf explique Trump). Lafilialeécossaisedel’empireestdirigéepar EricTrump,vice-présidentexécutifdelaTrump Organization.«MonsieurFils»auraitpersuadé sonpèredebaptiserlenouveauparcoursau nomdesagrand-mère.Unereconnaissance tardiveetparlatoutepetiteporte. @MarcRoche18 @MarcRoche18 X X « A New York, elle travaille comme domestique et gouvernante avant de rencontrer Fred Trump, un bon parti qu’elle épouse en 1936. Cinq enfants sont issus de cette union dont Donald, né en 1946 » Retrouveztoutesnoschroniques surlopinion.fr « La jeunesse de Mary Anne dans un endroit pouilleux et sa traversée de l’Atlantique encombrée de valises en carton au fond de la cale d’un paquebot “gênent” l’occupant du Bureau ovale qui a déclenché une traque impitoyable aux migrants » GlobalBritain Legrand mystèredela mèreécossaise deDonald Trump Lachronique de Marc Roche ROBERTO FRANKENBERG «Jenevoispascomment l’automnepourraitne pasêtrechaud,avecdes tracteurssurlesroutes» 6 l’Opinion 18 et 19 juillet 2025 Le gouvernement britannique a annoncé jeudi qu’il allait abaisser l’âge du droit de vote de 18 à 16 ans pour toutes les élections au Royaume-Uni. « Les jeunes contribuent déjà à la société en travaillant, en payant des impôts et en servant dans l’armée. Il est normal qu’ils puissent s’exprimer sur les questions qui les concernent », a justifié la numéro deux du gouvernement, Angela Rayner sur le réseau social X (ex-Twitter). Ce changement, qui doit encore être approuvé par le Parlement, permettra que « plus de personnes puissent s’engager dans la démocratie britannique », a-t-elle ajouté dans un communiqué. Cette réforme devrait aussi permettre de voter en s’identifiant avec une carte de crédit britannique. Les électeurs au Royaume-Uni peuvent déjà voter en présentant un passeport, un permis de conduire, une carte de transport pour personnes âgées, et depuis l’an dernier une carte d’ancien combattant. La participation aux élections législatives britanniques l’an dernier avait été de 59,7 %, la plus basse depuis 2001. Elections.LeRoyaume-Univaabaisser l’âge dudroitdevoteàseizeans Violences Le président syrien Ahmed al-Charaa, disant vouloir éviter une « guerre ouverte » avec Israël, a retiré jeudi ses troupes de la ville à majorité druze de Soueïda. Israël avait menacé d’intensifier ses frappes si le pouvoir syrien ne quittait pas cette province du sud de la Syrie. Les violences intercommunautaires ont fait plus de 370 morts depuis que des combats ont éclaté dimanche, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Interview Jean-Dominique Merchet Géographe, Fabrice Balanche est un spécialiste reconnu de la Syrie, pays auquel il a récemment consacré un livre de référence Les leçons de la crise syrienne (Odile Jacob, 2024). Universitaire à Lyon-2, Fabrice Balanche a récemment été agressé par des étudiants cagoulés qui l’avaient traité de « sioniste ». Une affaire qui a déclenché la polémique. Depuis le 13 juillet, de violents affrontements communautaires ont lieu dans le sud de la Syrie, avec désormais l’implication directe d’Israël. On dénombre environ 370 morts. Aidez-nous à comprendre le contexte de ce surgissement de violences... Depuis le XIVe siècle, le djebel druze est une montagne refuge pour les druzes, cette minorité religieuse considérée comme hérétique par les sunnites. Le djebel druze – qui correspond administrativement au gouvernorat de Soueïda – s’étend sur une superficie comparable à un département français. C’est une petite montagne basaltique, pas très haute (1500 mètres maximum), qui domine le plateau du Hauran, peuplé lui de sunnites. L’Ouest est bien arrosé et a permis le développement d’une agriculture prospère, notamment la production de pommes. Dans le Nord et l’Est, il y a toujours eu des problèmes entre les druzes et les bédouins nomades de la steppe, lors des transhumances. Une partie des bédouins sont aujourd’hui sédentarisés et habitent un quartier de la ville principale, Soueïda. Les récents affrontements ont été déclenchés par le meurtre d’un commerçant druze, tué par des bédouins qui le rackettaient, sur l’autoroute Souïda-Damas. Puis le régime d’Ahmed al-Charaa a utilisé cette affaire pour tenter de reprendre le contrôle du djebel druze. Ce qui a entraîné une réaction israélienne. Qui sont les druzes? Combien sont-ils? Ils ne sont considérés comme musulmans que depuis une fatwa de 1932 du grand mufti deJérusalemHadjAmineel-Husseini.C’estune religion syncrétique, très communautaire, que certains rattachent à une branche du chiisme. Les femmes druzes, qui ne portent pas le voile, ne peuvent pas épouser des non-druzes. Au Proche-Orient, les druzes sont présents en Syrie, au Liban et en Israël. Ils sont moins d’un million au total: environ 500000 à 600 000 en Syrie, essentiellement dans le gouvernorat de Souïeda, au sud, et dans trois villes proches de Damas (Jaramana, Sahnaya et Jbaydeh Artouz). Il y a beaucoup de mouvements pendulaires entre ces villes et la montagne, séparées par deux heures de route. En Syrie, les druzes représentent moins de 3% de la population, d’autant que leur taux de fécondité est bas, deux ou trois enfants par femme, contre sept ou huit dans les familles sunnites voisines. Au Liban, les druzes sont environ 200000 – soit 5% de la population. Et en Israël, 150000, en Galilée, à Haïfa et dans le nord du Golan. Sur le Golan, qui a été conquis par Israël en 1967 puis annexé en 1981, les Druzes ont longtemps refusé d’acquérir la nationalité israélienne, mais cela a beaucoup changé depuis les années 2010, en particulier chez les jeunes. En Israël, les druzes font leur service militaire et sont très appréciés au sein de l’armée. Il y a des généraux, dont celui qui commande l’administration militaire en Cisjordanie. Aujourd’hui, il y a en Israël un vrai lobby druze, qui pèse sur le gouvernement Netanyahu... alors que les ultra-orthodoxes juifs refusent de faire leur service militaire. Quelle est la politique d’Israël dans la crise récente, alors que l’on a vu, mercredi, des frappes dans la capitale Damas? Au vu de son passé djihadiste au sein d’alQaïda, les Israéliens ne font aucune confiance à Ahmed al-Charaa, qui a pris le pouvoir en décembre après la chute du régime de Bachar al-Assad. Ils veulent conserver des leviers concrets pour pouvoir peser sur lui, et les minorités druzes – ou kurdes au nord – en font partie. Pour Israël, la question essentielle est celle du Golan. Après la chute d’Assad, l’armée israélienne a occupé 400 km2 supplémentaires. Les Israéliens redoutent qu’al-Charaa, originaire de la région, ne revendique ce territoire perdu par la Syrie en 1967. Les Israéliens souhaitent une démilitarisation du sud de la Syrie, pour empêcher l’armée du régime de s’y déployer. Ils n’ont aucune envie d’avoir une Syrie islamiste et centralisée à leur porte et préféreraient une solution fédérale. Quels étaient les liens des druzes avec le régime de Bachar al-Assad? Comme les alaouites, au Nord-Ouest, ou les chrétiens, les druzes ont d’abord vu dans le régime baasiste une protection contre la majorité sunnite qui les menaçait. Rapidement, toutefois, ils ont été marginalisés par les alaouites et ce n’est que dans les années 1990 qu’ils sont revenus en odeur de sainteté... Entre-temps, il y avait eu une forte émigration, notamment vers le Venezuela. On voit d’ailleurs beaucoup de villas de style latino-américain dans les villes ou villages druzes de Syrie. Ces émigrés ont également contribué au développement économique de la région, par exemple, avec de petites industries dans le jus de fruit. Au début de la guerre civile, en 2011, les druzes ont rejoint l’opposition, mais rapidement ils ont été menacés par les rebelles sunnites qui voulaient s’emparer de leurs terres. Ils se sont ralliés au régime qui, faute de pouvoir les protéger, les a laissés s’organiser en milices d’autodéfense armées, sous le contrôle des chefs de clans. En 2015, il y a toutefois eu un ralliement d’une partie d’entre eux aux rebelles autour de cheikh Ballous. Ce dernier a été assassiné mais son fils Laïth est toujours à la tête d’un groupe armé. Les druzes sont donc divisés mais, depuis les violences des derniers jours, ils semblent ne plus l’être. En décembre dernier, lors de la chute du régime al-Assad, ils ont participé à l’offensive sur Damas, mais c’était essentiellement pour protéger les trois villes druzes de la banlieue sud. En février et en mai, ils ont dû affronter les forces favorables au nouveau régime et Israël était déjà intervenu pour les soutenir. La plupart des Français l’ignorent, mais le djebel druze a été, jadis, le théâtre d’une guerre menée par les Français... En effet, après la Première Guerre mondiale, la France a reçu un « mandat « sur le Liban et la Syrie. En 1921, elle a créé un Etat du djebel druze, qui n’a disparu qu’en 1936. En 1925 et 1926, l’armée française a réprimé violemment un soulèvement dans cette région, conduit par le chef druze Sultan Pacha al-Atrash, qui s’opposait aux réformes administratives, notamment agraires, voulues par la France. Le journaliste et écrivain Joseph Kessel en a été le témoin et a publié un livre En Syrie (Folio) que l’on peut toujours lire avec intérêt. @jdomerchet @jdomerchet X X Pourquoi,enSyrie, ledjebeldruzes’enflamme FabriceBalanche,géographespécialiste dupays,décryptelesracinesd’unecrise quiadéjàfait370mortsdepuisdimanche Record Si les enquêtes d’opinion montrent un fléchissement du soutien global au gouvernement, les partis de la majorité — Frères d’Italie, Ligue et Forza Italia — recueillent ensemble davantage d’intentions de vote qu’en 2022, aux alentours de 45% des suffrages. Francesco Maselli (à Rome) Ce 18 juillet, le gouvernement de Giorgia Meloni franchit le cap des mille jours et s’apprête, en août, à dépasser la durée du cabinet de Matteo Renzi (1024 jours), devenant ainsi le quatrième exécutif le plus durable de la République italienne. Une performance rare dans cette démocratie réputée pour son instabilité chronique. Mais ce succès n’est pas celui d’une grande saison de réformes, ni d’un bouleversement du système. Il repose sur un équilibre particulier: loyauté géopolitique, rigueur budgétaire et absence d’alternative crédible. A l’extérieur, Meloni s’est imposée comme un acteur fiable : soutien assumé à l’Ukraine, fidélité aux engagements de l’Otan, rapport de confiance avec la Commission européenne. L’ancienne eurosceptique incarne désormais une forme de continuité avec Mario Draghi : moins ambitieuse, mais prévisible et capable de contenir ses alliés les plus turbulents, comme Matteo Salvini et la Ligue. Sur le plan intérieur, le résultat le plus tangible concerne les finances publiques. Depuis son arrivée au pouvoir, Meloni suit une stratégie de rigueur. En 2024, l’Italie a enregistré un excédent primaire de 0,4% du PIB, qui devrait atteindre 0,7% cette année. La baisse de la dette reste lente; elle atteindra un pic en 2026 à 137,6% du PIB, avant de diminuer au cours des deux années suivantes, pour s’établir à 136,4% en 2028. Mais la direction est claire, même si la faible croissance (0,7% en 2024) demeure le principal frein du pays. Equilibre. Le déficit a aussi nettement reculé, passant de 7,2% en 2023 à 3,3% cette année, avecpourobjectifdetombersouslabarredes3% en 2026 et de sortir de la procédure pour déficit excessif. Cette amélioration spectaculaire est en partie due à la fin des primes immobilières du gouvernement Conte, qui ont coûté près de 135 milliards d’euros et largement contribué à l’explosion du déficit. Meloni a eu le mérite d’y mettrefin,toutenrendantplusdifficileledépart anticipé à la retraite, faisant de 67 ans l’unique issue de facto possible. Elle a aussi réussi à baisser les impôts pour les revenus plus modestes, même si la pression fiscale totale a augmenté — contribuant, par ailleurs, à l’assainissement des comptespublics. En parallèle, l’exécutif a soigneusement évité toute réforme structurelle de la dépense publique. Plus qu’une politique d’économies, c’est l’absence de nouvelles grandes dépenses qui a permis de maintenir l’équilibre. Cette posture gestionnaire a également permis d’éviter les sujets qui divisent la majorité : concurrence, réforme des institutions, citoyenneté, bureaucratie. Pourtant, si les enquêtes d’opinion montrent un fléchissement du soutien global au gouvernement (désormais à 34% d’opinions favorables), les partis de la majorité — Frères d’Italie, Ligue et Forza Italia — recueillent ensemble davantage d’intentions de vote qu’en 2022, aux alentours de 45% des suffrages. Inflation législative. Une partie de l’électorat reste en effet fidèle, notamment en raison de la fermeté affichée en matière de sécurité. La législature a connu une inflation législative sans précédent: une quarantaine de nouveaux délits en moins de trois ans, des peines renforcées, en particulier pour les mineurs, contribuant à la surpopulation carcérale, des sujets qui, pourtant,ontunimpactlimitésurl’opinionpublique. Certes, en matière migratoire, les effets d’annonce — de l’accord avec l’Albanie à la relance du dialogueavecplusieurspaysafricains—n’ontpas résolu la question des débarquements, même si leur baisse est tangible. Ce léger recul atténue l’échec du projet des centres en Albanie, aujourd’huibloquépardesdécisionsjudiciairesdéfavorables et les contraintes du droit européen. Il constitue, pour Meloni, l’un des principaux objectifsfrustrésdepuissonarrivéeaupouvoir. Face à ce bilan contrasté, la Première ministre ajoute une dimension personnelle à sa stratégie: elle veut battre le record de Silvio Berlusconi, resté au pouvoir une législature entière entre 2001 et 2006, mais contraint à un remaniement et à un nouveau vote de confiance. Elle entend y parvenir sans jamais repasser devant le Parlementetsansremaniement. L’automne s’annonce pourtant plus exigeant : la guerre commerciale relancée par Donald Trump et la pression croissante sur les dépenses de défense pourraient peser sur l’économie réelle et les équilibres financiers. Face à ces défis, la stabilité pourrait ne plus suffire, même si l’échéance de 2027 approche et que la présidente du Conseil peut encore compter sur unatoutdepoids:unegauchediviséeetsansvrai leader, pour l’instant incapable de construire unealternativedegouvernement. @FrMaselli @FrMaselli X X MillejoursdeMeloni: lastabilitésansrévolution Legouvernementdedroitedevraitdevenir lequatrièmeplusdurabledel’histoire italienne,unelongévitépolitiqueinédite GeorgiaMeloniincarnedésormais uneformedecontinuitéavecMarioDraghi. SIPA PRESS LaprésidenteduConseil aréussiàbaisserles impôtspourlesrevenus plusmodestes,mêmesi lapressionfiscaletotale aaugmenté SIPA PRESS Des druzes syriens manifestent à la frontière avec Israël, le 16 juillet. 7 l’Opinion 18 et 19 juillet 2025 remportéplusde240commandesdans19pays. Le Patriot a conforté sa domination en Ukraine, ayant permis la destruction des missiles balistiques et hypersoniques lancés par la Russie. Ces derniers mois, cependant, des missiles balistiques russes plus manœuvrables ont réussi à échapper à son radar, fait remarquer le responsableukrainien. RTX, principal constructeur du Patriot, assure que le système fait régulièrement l'objet de misesàjoursurlabasedesengagementsréels. Par ailleurs, l'armée ukrainienne révèle que, dès le début, le SAMP/T a rencontré des difficultés pour détruire les missiles balistiques. Un responsable italien de la défense dit pourtant avoir reçu des « retours positifs » de Kiev concernant cesystème. La nouvelle version du SAMP/T dispose de plusieurs fonctionnalités qui, selon ses fabricants, lui permettront de détrôner le Patriot. Elle est notamment équipée d'un nouveau radar à 360 degrés et de conteneurs verticaux plutôt qu'inclinés capables de tirer des missiles dans toutes les directions. En outre, MBDA a entièrement repensé le missile tiré par le SAMP/T. Le nouvelAsterB1NToffreuneportéedeprèsde150 kilomètres, contre environ 100 kilomètres auparavant. Les deux systèmes se composent de trois partiesdistinctes:unradar,uneunitédecontrôle etunlanceurdemissilesintercepteurs. Le système SAMP/T peut être mis en place par seulement quinze personnes, précise le responsableitalien. L'armée américaine mobilise actuellement environ 90 soldats pour une batterie Patriot. On ignore le nombre d’hommes minimum nécessaire. Selon RTX, le Patriot a fait ses preuves à maintes reprises au combat et un nouveau radar, appelé «Lower Tier Air and Missile Defense Sensor»(LTAMDS),permettraausystèmedegarantir une couverture à 360 degrés. Ce nouveau radar est en phase de test et sera déployé dans des unités opérationnelles au cours de l'exercice 2029, selonunporte-paroledel'arméeaméricaine. Pour remporter de futures commandes, il sera déterminant de pouvoir fournir des missiles en quantité suffisante. L'Ukraine n'a désormais plus de missiles pour ses deux systèmes SAMP/T, rapporteleresponsableukrainien. L'an dernier, MBDA a pris un tel retard à fabriquer ses missiles Aster que le gouvernement français a menacé de nationaliser la production. L'entreprise s'est depuis engagée à investir des milliards de dollars pour développer ses capacités de production, et elle compte Le système de défense aérienne Patriot est plébiscité par les armées du monde entier pour sa capacité à abattre des drones et des missiles meurtriers. Désormais, une nouvelle version d'une arme européenne s'apprête à défier cette domination etàtesterlacapacitéduVieuxContinentàsepasser des engins américains. Le système européen SAMP/T est longtemps resté dans l'ombre de son rivalaméricain,quiaremportébeaucoupplusde commandes et fait ses preuves sur le champ de bataille. Mais le fabricant franco-italien affirme que son modèle de nouvelle génération dispose demeilleursatoutspourremporterdescontrats. Ce lancement intervient alors que l'Europe cherche à renforcer ses capacités de défense et s'interroge sur sa dépendance vis-à-vis des armes américaines. Des incertitudes ont régulièrement planésurlesoutiendesEtats-Unisàl'Ukrainesous laprésidencedeDonaldTrump,quiaexhortéles payseuropéensàassurerleurpropresécurité. La défense aérienne, qui s'est révélée essentielle en Israël et en Ukraine pour repousser les attaquesdel'IranetdelaRussie,revêtuneimportancecapitale. Le nouveau SAMP/T viendra concurrencer le Patriot à l'heure où le système américain rencontre de plus en plus de difficultés en Ukraine face au déploiement par la Russie de missiles balistiquesplusmanœuvrables,indiqueunresponsable ukrainien. Les Européens évaluent actuellement leurs capacités de défense aérienne. Le Danemark, contrarié par la volonté de M. Trump d'annexer le Groenland, a déclaré qu'il prévoyait de décider dans le courant de l'année lequel des deux systèmes il achèterait. Les responsables de la défense s'attendent également à ce que la Belgique, le Portugal et le Royaume-Uni modernisent prochainement leurs défenses aériennes. Desmilliardsdedollarsdecontratscommerciaux sontenjeu,ainsiquelafiertéeuropéenne. Lors du dernier Salon international de l'aéronautique du Bourget, Eric Tabacchi a souligné les performances du nouveau radar du SAMP/T, qui effectue une rotation par seconde et peut détecter des cibles à plus de 350 kilomètres. «Le Patriot ne possède rien de tel », a déclaré M. Tabacchi, consultant opérationnel chez Eurosam, lacoentreprisedeMBDAetThalesquifabriquele SAMP/T. Dans sa version initiale, le système antimissilesfranco-italienn'ajusqu'àprésentétévendu qu'à l'Italie et à la France, et dans une version modifiée à Singapour. Depuis son entrée en service en 2011, il a reçu 18 commandes fermes. En revanche, le Patriot, de fabrication américaine, a Le Système sol-air moyenne portée/terrestre (SAMP/T) est fabriqué par Eurosam, la coentreprise de MBDA et Thales. Cenouveausystèmeeuropéenantimissile quidéfielePatriotaméricain Edited from the original SIPA PRESS augmenter de 50% le nombre d'Aster produits d'ici à 2026 par rapport à 2022. Des responsables américains ont déjà fait part de leurs inquiétudes quant à la disponibilité des missiles intercepteurs tirés par le Patriot, compte tenu de leur forte demande. L'administrationTrumparécemmentdécidédesuspendre la livraison de missiles intercepteurs Patriot et d'autres armes, en partie pour renforcer les stocks américains. Le président Trump a depuis déclaré que les Etats-Unis recommenceraient à fournir à l'Ukraine des armes pour se défendre, notamment en envoyant davantage de missiles Patriotfinancésparlespayseuropéens. Les intercepteurs Patriot sont fabriqués par Lockheed Martin, qui estime pouvoir bientôt en produire 600 par an, contre 550 auparavant. Le processus prend plus de temps que ne le souhaitait l'entreprise, précise Tim Cahill, directeur de ladivisionmissilesdeLockheed. S'ils aboutissent, les efforts de l'Europe pour développeretvendredesalternativeslocalesaux armes américaines les plus vendues pourraient porter un coup dur à un marché devenu très lucratif pour les entreprises de défense américaines. Les pays européens viennent de s'engager à porter leurs budgets militaires à 3,5% de leur PIB, contre 2% actuellement, ce qui pourrait représenter 330milliards de dollars de dépenses supplémentaires par an, dont une grande partie ira à l'équipement, selon les estimations de la banqued'investissementBernstein. Les Etats-Unis dominent le commerce mondial des armes, représentant 43% des exportations d'armes dans le monde ces cinq dernières années, contre 35% au cours des cinq années précédentes, selon les données de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, un think tank. L'Europe fabrique ses propres navires et sous-marins et occupe une place importante dans le domaine des véhicules blindés, de l'artillerie et des hélicoptères militaires. Mais le Vieux Continent est tributaire des Etats-Unis pour les missiles, les drones de pointe et les avions de combat tels que le F-35, considéré comme le plus sophistiquéaumonde. Les dirigeants de l'industrie américaine de la défense affirment n'avoir constaté jusqu'à présentaucunsignedefléchissementdel'intérêtdes Européenspourleurséquipements.Londres,par exemple, a récemment annoncé une commande de F-35. Certains parlementaires européens ont toutefois laissé entendre que la situation pourrait évoluer. Il y a neuf ans, le député danois Rasmus Jarlov encourageait son pays à commander une flotte de F-35. Aujourd'hui, il souhaite privilégier une alternative européenne pour les avions, la défense aérienne et d'autres équipements militaires essentiels. « Nous voulons un système de défense aérienne fourni par un allié stable et fiable, et non par un pays qui nous menace, nous et[d'autres]paysalliés»,souligneM.Jarlov. AlistairMacDonald (Traduitàpartirdelaversionoriginale enanglaisparAurélieHenri) EnRussie,desmilicesnationalistesfontlapolicedanslesrues Les milices prennent de plus en plus le contrôle des rues en Russie et imposent leur visionnationalisteetpro-Kremlindel'ordrepublic, tandis que les policiers quittent leurs fonctions pourallercombattreenUkraine,appâtéspardes salairesplusélevés. Certaines villes du pays ont perdu jusqu'à la moitié de leurs forces de l'ordre, et le taux de criminaliténecessed'augmenter. L'une des plus grandes organisations à combler ce vide, Russkaya Obshchina, la « Communauté russe », compte 150 sections réparties sur tout le territoire russe. Ses effectifs ont explosé avec l'arrivée d'anciens combattants revenus du front. Russkaya Obshchina a renforcé sa présence sur les principaux réseaux sociaux russes, tels que Telegram et VK, l'équivalent de Facebook. Elle propose une application mobile accessible àtous,dotéed'unefonctiond'appeld'urgence. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux russes montrent des miliciens intervenant dans toutes sortes de situations, qu'il s'agisse de querelles entre voisins sous l'emprise de l'alcool ou de cas de violence et de harcèlement dans les rues glaciales de Sibérie. Les membres du groupe retiennent parfois les personnes qu'ils accusent de délits mineurs jusqu'à l'arrivée de la police. Mais ils outrepassent souvent le cadre de l'action policière classique, en effectuant des descentes dans les maisons et sur les lieux de travail des immigrés, en interrompant des fêtes privées gay et en procédant à des enrôlements de force dans l'armée. La guerre a privé les régions reculées de Russie d'une main-d'œuvre importante, les hommes étant attirés par les primes proposées par l'armée, qui peuvent parfois représenter plus d'un an de salaire. Rien n'a autant fragilisé l'ordre publicqueledépartdespolicierspourlefront. Les autorités, en particulier dans les régions isolées, peinent à remplir leur rôle. Le renseignement russe, le Service fédéral de sécurité, se concentre principalement sur les actes de sabotage commis par l'Ukraine et les mouvements anti-guerre.Leministèredel'Intérieuraindiquéque lesforcesdepolicelocalesavaientperduquelque 33000 policiers en un an et qu'il leur manquait actuellementenviron172000nouveauxagents. « Je sais qu'il y a une pénurie croissante de personnel dans l'appareil du ministère de l'Intérieur, en particulier au niveau local, a déclaré le président, Vladimir Poutine, aux policiers réunis à Moscou en mars. Le problème est bien sûr complexe. » Russkaya Obshchina n'a pas répondu aux demandes de commentaires. Le groupe affirme ne pas être une organisation nationaliste mais adhérer aux valeurs traditionnelles, aider à nettoyer les parcs et célébrer les fêtes russes. Le chefduComitéd'enquêterusseapubliquement soutenu le groupe, alimentant les spéculations sur le fait qu'il agirait avec le consentement des forces de l'ordre russes. « Nous sommes conscients que la police manque d'effectifs, explique Andreï Tkachuk, un homme politique sibérien et l'un des fondateurs de l’organisation, dans une vidéo publiée en ligne. Nous sommes prêts à mettre la main à la pâte. » Cependant, il tient régulièrement des propos insultants à l'égard des musulmans, tant enpublicquedansdesvidéospubliéesenligne.Il a fondé son groupe avec un présentateur de télévision travaillant pour l'une des chaînes les plus orthodoxesetconservatricesdupays. En Sibérie, dans la ville de Novossibirsk, où 40% des postes de policiers sont vacants, des membres de Russkaya Obshchina se sont rendus sur un chantier et ont rassemblé les travailleurs immigrés qui s'y trouvaient. Vêtus de noir et armés de matraques, ils les ont filmés tandis qu'ils les conduisaient à pied vers un poste de police voisinafindevérifierleurstatutprofessionnel. Certaines de ces milices bénéficient du soutien de puissants hommes d'affaires et de représentantsdel'Etat.Dansl'Extrême-Orientrusse,le gouverneur de la région de Primori, Oleg Kozhemyako, a créé une unité de volontaires chargée de maintenir l'ordre public, baptisée «Tiger » et composée d'anciens combattants de la 155e brigaded'infanterienavalebaséeàVladivostok. M. Kozhemyako n'a pas répondu à une demandedecommentaires. Le nationalisme en politique a toujours été une arme à double tranchant en Russie, plus encore pour le maître du Kremlin, qui glorifie le service à la patrie afin d'étouffer l'opposition à la guerre,derenforcersapopularitéetd'augmenter lenombrederecruespourlaguerre.Maisdansun paysquicompteprèsde200minoritésofficielles, il a mis en garde contre les formes violentes du nationalisme ethnique russe, qui trouvent leurs racines dans les mouvements néonazis apparus aprèslachutedel'Unionsoviétique. La montée en puissance des milices risque de perturber ce fragile équilibre, en particulier avec la présence d'anciens soldats, entraînés au combat et susceptibles d'être traumatisés par la guerre. Elle va en outre à l'encontre de la propagande du Kremlin pour justifier sa guerre en Ukraine,àsavoirluttercontrelefascisme. « Cette stratégie pourrait également se retourner contre l'Etat russe, car il partage en fait son monopole sur la violence», souligne Vera Alperovich,militantedesdroitsdel'hommeausein de Sova, une organisation non gouvernementale baséeàMoscouquisurveillel'extrémismeenRussie. Si ces groupes aident la police, ils semblent en outre disposer d'une grande marge de manœuvre quant aux cibles de leurs raids. Ce sont souvent des immigrés ou des personnes qui se sont opposées aux valeurs traditionnelles prônéesparMoscou. Dans la péninsule de Crimée, occupée par la Russie, les membres de Russkaya Obshchina ont fait irruption dans une boîte de nuit et contrôlé les papiers des personnes présentes, raconte le groupe nationaliste. Il précise qu'aucune d'elles n'enfreignait la loi, mais qu'il a convoqué 14 individus au bureau de recrutement militaire, sans donnerplusdedétails. MilanCzernyetThomasGrove (Traduitàpartirdelaversionoriginale enanglaisparAurélieHenri) Edited from the original 8 l’Opinion 18 et 19 juillet 2025 BEY MEDIAS PRESSE & INTERNET SASU - 8, rue Bellini, 75116 Paris - www.lopinion.fr - Actionnaire : Bey Médias SAS. Président, directeur de la publication : Nicolas Beytout. Vice-président, rédacteur en chef : Rémi Godeau. Rédacteurs en chef adjoints : Olivier Baccuzat, Emmanuel Ginisty et Cécile Desjardins. BEY MEDIAS PUBLICITÉS - Tél : 01 40 69 46 96. Directrice générale adjointe, commerce : Cécile Colomb. Publicité commerciale : Ronan Daligault, Pierre-Louis Orsini. Publicité financière : Nicolas Wattinne. SERVICE ABONNEMENTS L’OPINION : 45 avenue du Général Leclerc, 60643 Chantilly Cedex - Tél : 01 55 56 70 73 du lundi au vendredi de 9h à 18h - Email : abonnements@lopinion.fr. Formule d’abonnement pour 1 an – France métropolitaine : 319 €. IMPRESSION : Paris Offset Print (La Courneuve). Dépôt légal mai 2013 – ISSN : 2266-9922 / CPPAP : 1128 C 91894. Papier produit à partir de fibres issues de forêts certifiées gérées durablement. Origine du papier : Norvège. Taux de fibres recyclées : 0%. Eutrophisation : Ptot 0,022 kg / tonne de papier 1. Sous quelle République la devise « Liberté, égalité, fraternité » devient-elle officielle? A. Iere République B. IIe République C. IIIe République 2. Quel texte fondateur de 1789 proclame la liberté comme un droit naturel et imprescriptible? A.LeCodecivil B.LaConstitutiondel’AnI C. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen 3. Quelle liberté fut restreinte par les lois dites « scélérates » de 1893-1894? A. Liberté de la presse B. Liberté de réunion C. Liberté de culte 4. Quel président de la République a déclaré: « Il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté »? A. Georges Clemenceau B. Charles de Gaulle C. François Mitterrand 5. Quelle loi de 1905 garantit la liberté de conscience et de culte en instaurant la laïcité? A. Loi Ferry B. Loi Briand C. Loi Combes 6. En 1848, quel droit est proclamé pour la première fois dans l’histoire française? A. Droit à la propriété B. Droit de grève C. Liberté de réunion 7. Quelle grande réforme de 1971 du Conseil constitutionnel a renforcé la protection des libertés individuelles? A.Lareconnaissancedublocdeconstitutionnalité B.LacréationdelaQPC(Questionprioritaire deconstitutionnalité) C.L’abolitiondelapeinedemort 8. Quelle loi de 2021 a suscité un débat sur la tension entre liberté et sécurité? A.Loicontreleséparatisme B.Loisécuritéglobale C. Loi sur la cybersécurité des entreprises En1946,lejournalisteHenryHazlitt,bien connudesAméricainspoursesarticles duWallStreetJournaletdeNewsweek, publieunpetitlivrede200pagesautitre humoristique:L’économieenuneleçon.Les 3000exemplairesdupremiertiragesont épuisésenquelquessemaines;l’ouvrage s’invitemêmedanslalistedesmeilleures ventesduNewYorkTimesetn’ensortira plusavantunlongmoment.Autotal,on estimequeplusd’unmilliond’exemplaires ontétévendusenlangueanglaise! Pourexpliquercetincroyablesuccès, l’économistefrançaisCharlesRist,préfacier delatraductionfrançaisesortietroisans plustard,suggèrequelepublicestsimplementcontentqu’onluiparled’économie dansunlangageintelligible.«Ilyatoujours eudeuxécolesenéconomiepolitique:celle quiexpliqueentermessimplesdeschoses difficiles,etcellequiexpliqueentermes difficilesdeschosessimples»… Mais quelle est donc cette fameuse leçon unique qui, selon Hazlitt, renferme la totalité de l’économie politique? Elle n’a en réalité rien de bien neuf, puisqu’il l’emprunte à la célèbre brochure de son prédécesseur français Frédéric Bastiat, Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, parue en 1850. La différence entre une bonne et une mauvaise politique économique, expliquaitBastiat,c’est que l’une ne regarde que ses effets immédiatement sensibles, ceux qu’on voit, alors que l’autre tient compte de ses effets cachés, qu’on ne voit pas. Questions brûlantes.Unprincipe élémentairequ’HenryHazlittappliquedans sonlivreàtouteslesquestionsbrûlantes del’Amériqued’après-guerre,l’inflation,le blocagedesloyers,lechômage,labalance commerciale.«Pourbienétudierleseffets d’unemesureéconomiquequelconque, constate-t-ilàchaquefois,ilfautenexaminernonseulementlesrésultatsimmédiats, maisaussilesrésultatslointains,non seulementlesrésultatsqu’elleaurapourun groupesocialdonné,maisceuxqu’elleaura pourlepublicengénéral.Lesneufdixièmes deserreurséconomiquesquicausenttant deravagesdanslemondeproviennentde l’ignorancedecetaxiome.» Avec ses formules choc et ses exemples simples, L’économie en une leçon reste l’exemple type du livre de vulgarisation réussi, genre illustré depuis lors par d’autres ouvrages pédagogiques favorables à l’économie de marché comme Capitalisme et liberté de Milton Friedman ou Economie basique de Thomas Sowell. Son succès doit sans doute aussi au fait qu’il n’a rien d’extrémiste et qu’en dépit de son ton incisif, il promeut un libéralisme modéré, soucieux du sort des victimes de la concurrence et du progrès technique. Toujours populaire aux Etats-Unis, le livre n’a été réédité qu’une seule fois en France, par l’Institut Coppet. Il est aussi disponible gratuitement sur Internet. Une leçon, en un clic. Labibliothèque libéraleidéale Hazlitt, lemeilleurprof d’économie dusiècle Lasérie de Bernard Quiriny Lalibertédansl’histoirerépublicaine « La République, c’est moi ». Sept ans après, elle colle toujours à la peau de Jean-Luc Mélenchon cette fameuse réplique, lâchée à des policiers venus perquisitionner ses locaux. Ce cri de colère symbolise la dérive autoritaire du leader insoumis, ou a minima une forme d’hubris liberticide… Entre la liberté et la République, il y a eu des hauts et des bas. A vous de juger, à vous de jouer… Mai 2016. Afflux de migrants, négociations commerciales… Les Européens ont bien du mal à prendre des décisions, bloqués par leur système de vote. Connaissez-vous vos classiques ? De Smith à Hayek et de Tocqueville à Revel, l’Opinion profite de l’été pour redécouvrirlesœuvresindispensablesde latraditionlibérale.Episode4 Fanduseptièmeart,notre dessinateurtruffelesUnes del’Opiniondeparodies. Rétrospective. CinéKak KAK L i b e r Q U I Z 1. Réponse : C. La devise devient officielle sous la IIIe République, en 1880, bien qu’elle soit née pendant la Révolution française. L’ordre et le sens des mots a suscité maintes polémiques. Tocqueville estimait que le désir d’égalité pouvait freiner la liberté des individus. Bien vu ! 2. Réponse : C. C’est l’article 1 de la Déclaration de 1789 ! Il affirme que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Une référence française ! 3. Réponse : A. Sous le IIIe République, ces lois adoptées après des attentats anarchistes ont limité la liberté d’expression, notamment en criminalisant la propagande anarchiste. Elles sont encore aujourd'hui étudiées comme des exemples d'état d'urgence législatif, où la sécurité prend le pas sur la liberté. 4. Réponse : A. Cette phrase, souvent attribuée à Saint-Just, est aussi reprise en substance par Clemenceau, défenseur intraitable de la République face aux extrémismes. Il a aussi dit : « La France est la frontière de la liberté ». 5. Réponse : B. La loi de séparation des Eglises et de l’Etat, défendue par Aristide Briand, garantit une liberté religieuse sans financement public du culte. Briand a aussi dit : « La politique est l'art de concilier le désirable avec le possible ». 6. Réponse : C. Après la chute de la monarchie de Juillet, c’est un symbole fort de la nouvelle République (la IIe) : le droit de se réunir pacifiquement sans autorisation préalable. Plus de 200 clubs politiques naissent ainsi à Paris au printemps 1848. 7. Réponse : A. En 1971, le Conseil constitutionnel élargit son contrôle en se basant sur la Déclaration de 1789, fondant la protection moderne des libertés. 8. Réponse : B. La loi sécurité globale a suscité une vive controverse autour des libertés publiques, notamment la possibilité de filmer les forces de l’ordre. Votre score: Entre 0 et 3 bonnes réponses : Liberté, j’écris ton nom… au brouillon. Entrer 4 et 6 : Républicain averti, vous connaissez vos classiques. Entre 7 et 9 : Libéral lettré, la liberté française n’a plus beaucoup de secrets pour vous. 10 : Garde constitutionnel, vous pourriez rejoindre le Conseil d’Etat ! ADOBE FIREFLY / L'OPINION
L'OPINION n°250718 - Page 1
L'OPINION n°250718 - Page 2
viapresse