PREMIÈRE n°565 - Page 1 - 565 Avec le soutien de : PHOTODECOUVERTURE©RobbieFimmano Pourjoindrelarédaction,composerle017039suividun°depostedevotrecorrespondant RÉDACTION GAËL GOLHEN : Rédacteur en chef (53 90) – ggolhen@premiere.fr THIERRY CHEZE : Rédacteur en chef magazine (43 95) – tcheze@premiere.fr ÉDOUARD OROZCO : Rédacteur en chef adjoint numérique (5384) – eorozco@premiere.fr FRÉDÉRIC FOUBERT : Rédacteur (5389) – ffoubert@premiere.fr THOMAS BAUREZ : Rédacteur (43 90) – tbaurez@premiere.fr FRANÇOIS LÉGER : Rédacteur – fleger@premiere.fr CHARLES MARTIN : Rédacteur – cmartin@premiere.fr COLLABORATIONS DIRECTIONARTISTIQUE:BRUTE STUDIOassistéparPriscilleHours 1RE SECRÉTAIREDERÉDACTION:ESTELLE RUET(5388)–eruet@premiere.fr SECRÉTAIREDERÉDACTION:ISABELLE CALMETS TEXTES:GUILLAUMEBONNET,LUCIECHIQUER,FRANÇOISGRELET(RESPONSABLE ÉDITORIALNEWS),PIERRELUNN,NICOLASMORENO,THÉORIBETON,YALSADAT, ROMAINTHORAL. SITEINTERNET THOMAS FLATTARD:Digitalmanager DIRECTION,ÉDITION REGINALD DE GUILLEBON:Directeurdelapublication AMBROISEDELORME:Secrétairegénéral RICCARDO MOLTENI:Responsablefinancier CATHERINELEBORGNE:Comptable MARKETING CAROLINEPAQUET:Directricemarketingetabonnements–0170360998 caroline.paquet@lefilmfrancais.com PUBLICITÉ MEDIAOBS –44rueNotre-DamedesVictoires–75002Paris-Tél:0144889770 –Fax:0144889779–mailpnom@mediaobs.com.Pourjoindrepartéléphonevotre correspondant,composezle014488suivides4chiffresentreparenthèses DIRECTRICE GÉNÉRALE : CorinneRougé(9370) DIRECTRICE COMMERCIALE : SandrineKirchthaler(8922) DIRECTEUR DE PUBLICITÉ : ArnaudDepoisier(9752) DIRECTEUR DE PUBLICITÉ : RomainProvost(8927) BUSINESS MANAGER WEB : BaptisteMirande(8906) STUDIO : BruneProvost(8913) COMMANDEANCIENSNUMÉROS Tél.:0155567137 ABONNEMENT Tarifstandard1anFrancemétropolitaine:49,99€pour11parutions Tarifavechors-séries1anFrancemétropolitaine:64,99€pour11parutionsdunumérorégulier +3hors-séries.Tarifsautresdestinationssurdemandeauprèsduserviceabonnements. 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Papier:origineAllemagne, tauxdefibresrecyclées:100%, certification:PEFC100%, eutrophisation:Ptot0,003kg/tonne. PEFC/18-31-379 Certifié PEFC Papier de forêts gérées durablement et de sources contrôlées www.pefc-france.org Avec lesoutiendu GAËL GOLHEN RÉDACTEUR EN CHEF S eptembre, c’est l’autre mois des bonnes résolutions. À la rédaction, par exemple, c’est le moment où l’on se dit qu’on va enfin rattraper les films ratés cet été, et qu’il va falloir être plus organisé et plus sélectif. Et puis la rentrée déboule avec son lot de surprises qui chamboulent tous nos plans. Un peu comme Hank Thompson, le héros de Pris au piège de Darren Aronofsky. Le pauvre accepte juste de garder le chat de son voisin, et voilà qu’il se retrouve avec les flics, la mafia russe et la Yiddish Connection sur le dos. Bon, OK, on ne risque pas de finir poursuivi par des tueurs tatoués, mais la tête d’Austin Butler quand il ouvre la porte la première fois et que sa journée vient de prendre un autre tour… on la connaît bien. C’est un peu celle du journaliste cinéma quand il sort d’une projection qu’il n’attendait pas et qui l’oblige à revoir tous ses plans. Cette sensation d’avoir été pris au dépourvu par un film, un réalisateur, une performance. La rentrée excelle dans ce genre de coups de théâtre. Elle nous tend ses pièges et nous embarque dans des histoires qu’on n’avait pas vues venir. Alors méfions-nous des voisins qui nous demandent de garder leur chat. Mais par contre, acceptons d’ouvrir la porte à toutes les surprises de cette période riche en découvertes. ÉDITO L’effet de surprise Septembre 2025 3 06 LES NEWS 09 MICROCLIMAT Retour sur la polémique autour de la pub de Sydney Sweeney 10 CARTO Pourquoi les Simpson sont-ils vraiment increvables? 12 CLASSÉ Le top 10 du roi Leo (DiCaprio) 13 DERNIÈRE VOGUE Logan Lerman 16 MICROCLIMAT Trump ridiculisé dans South Park 17 MICROCLIMAT Plus fun, plus pop et plus cool que Bond? Danger : Diabolik! ressort en 4K 18 INTERVIEW EXPRESS Seth Rogen : « La comédie? Ça se passe uniquement à la télé désormais » 22 EN COUVERTURE Dans PRIS AU PIÈGE, Darren Aronofsky embarque AUSTIN BUTLER pour une virée dans les bas-fonds new-yorkais. Rencontre avec un acteur caméléon qui révèle enfin son vrai visage! 38 Pour évoquer SIRÃT, on a passé une journée avec l’acteur espagnol SERGI LÓPEZ dans son fief catalan. 44 Dix ans après House of Cards, ROBIN WRIGHT revient à la série avec THE GIRLFRIEND, qu’elle produit et réalise. Et raconte ce virage qu’elle assume à 100 %. 46 À l’occasion de la saison 2 de la série PLATONIC, rencontre avec son héroïne, ROSE BYRNE qui a su se réinventer en génie de la comédie. 48 Avec MCWALTER, comédie d’espionnage bien cintrée, MR V et SIMON ASTIER dépoussièrent la parodie made in France. Debriefing. 52 Depuis quelque temps, MARION COTILLARD s’aventure vers un cinéma d’auteur pointu. La preuve avec cette TOUR DE GLACE où elle semble définitivement libérée, délivrée. 58 Après le succès de Monsieur Aznavour, TAHAR RAHIM passe chez Julia Ducournau et interprète un junkie dans le très beau ALPHA. Bilan d’étape. 62 De Claire Denis à Jim Jarmusch, de Casino Royale à Black Panther, ISAACHDE BANKOLÉ commente sa filmographie foisonnante, entre la France et Hollywood. 66 La pire bestiole de l’espace renaît une fois encore mais cette fois-ci en série : ALIEN : EARTH. Comment NOAH HAWLEY a-t-il régénéré la saga de Ridley Scott? Éléments de réponse. 70 LA GUERRE DES ROSE. Alors qu’un remake vient de sortir, on a revu le classique de Danny DeVito. Derrière la comédie cartoon se cachait en réalité une satire décapante du couple et de l’Amérique 80s. Décryptage. 77 LES CRITIQUES 78 EN SALLES 92 STREAMING 94 SÉRIES 97 AGENDA 98 LE FILM QUI… NADIA FARÈS © 2024 CTMG, INC Matt Smith et Austin Butler dans Pris au piège Ce numéro comporte un encart Linvosges 36,04 g encarté sur 15 000 abonnés. N ° 5 6 5 – S E P T E M B R E 2 0 2 5 SOMM A IRE 4 Septembre 2025 4 ENVENTEACTUELLEMENT NOUVEAUHORS-SÉRIE PREMIERE.FR Brad Pitt dans F1 – Le Film 6 © MANDARIN & COMPAGNIE KALLOUCHE CINEMA FRAKAS PRODUCTIONS FRANCE 3 CINEM A ux États-Unis et sur les réseaux, l’été 2024 avait été consacré brat summer – du nom de l’album vert criard de Charli XCX. La formule a fait florès et tout le monde veut désormais repeindre l’été à ses couleurs – voir Elle Fanning, qui faisait la promo de Valeur sentimentale à Cannes en arborant un T-shirt «Joachim Trier summer». Loin de l’art et essai et des trends TikTok, du côté des multiplexes à papa, l’été cinéma, lui, a eu un vrai parfum de Brad summer. Son film de bagnoles F1 ne finira pas la saison en pole position, mais a néanmoins frappé les analystes du boxoffice en s’affirmant comme l’un des rares films de l’été à avoir des « jambes ». Comprendre : un film qui marche sur la longueur, capable de tripler au fil des semaines les résultats de son premier week-end d’exploitation, signe qu’il plaît et que le bouche-à-oreille est bon. Début août, F1 est d’ailleurs revenu faire un tour de piste (désolé pour toutes ces métaphores automobiles) dans les salles IMAX, histoire de prouver son endurance. Significativement, il est aussi devenu le plus gros succès de la carrière de Brad Pitt, devant World War Z. C’est l’une des choses les plus séduisantes chez l’acteur : il trône en haut du star-system, mais sans avoir beaucoup de hits en or massif sur son CV. Aux dollars, il a toujours préféré la cohérence esthétique de sa filmographie. Cet été ont d’ailleurs filtré les premières photos (un grand merci aux paparazzis de Los Angeles) du tournage de The Adventures of Cliff Booth, la suite de Once upon a time... in Hollywood. Sur le papier, une pure hallucination cinéphile, qui a vu Pitt convaincre le démiurge Tarantino de lui céder sa créature (le cascadeur en chemise jaune Cliff Booth), pour qu’il la remodèle avec un autre cinéaste majuscule, David Fincher. Preuve ultime, s’il en était besoin, que Brad Pitt se vit d’abord comme un auteur. Pour justifier ses plaisirs d’esthète, il veut bien de temps en temps aider à booster les ventes de pop-corn. u AVEZ-VOUSPASSÉUNBON BRAD SUMMER? C’était l’été Pitt : F1 s’est imposé comme le plus gros succès de l’acteur au box-office. Mais il n’y a pas que les dollars dans la vie : le plus important pour lui, c’était de tourner la suite de Once upon a time... in Hollywood avec son copain David Fincher. u PAR FRÉDÉRIC FOUBERT Septembre 2025 6 NEWS La passion sur tous les écrans. Juste après le cinéma, toutes les nouveautés déjà dans votre salon sur premieremax.com Films bientôt disponibles en VOD à la location et à la vente. © 2025 MARVEL © 2024 Iconoclast / Studiocanal / France 2 Cinéma. © 2019 Film Movement Classics © 2025 STUDIOCANAL - COLOURS OF TIME - CE QUI ME MEUT © 2023 GLOBAL CONTENT INVESTMENT (OZI) LIMITED © 2025 Warner Bros. Ent. All Rights Reserved. © 2025 Screen Gems, Inc. and TSG Entertainment II LLC. All Rights Reserved © 2024 SPECIAL TOUCH STUDIOS © 2024 Dai Dai Films - France 3 Cinéma - Wild Bunch - Capa Studio -Newen France Scannez le QR Code pour obtenir l’app directement L es gens ne sortent plus de chez eux! Ils restent le cul enfoncé dans leur canapé toute la journée à binger des séries en commandant des pizzas! Haut les cœurs : la réalité n’est pas tout à fait conforme à cette caricature pour boomers. Les gens prennent encore le grand air, mais le respirent juste autrement – par exemple dans les loopings de Space Mountain. Le marché des parcs d’attractions, loisirs d’un autre âge que le Covid était a priori censé enterrer dans la fosse commune du monde d’avant, ne s’est jamais aussi bien porté. Le bilan 2024 explose même les niveaux d’avant pandémie : la division « Parks & Experience » de Disney enregistre un bénéfice net de 9,3 milliards, contre 6,9 en 2019. Universal, à un petit tiers de cette performance, demeure un solide deuxième disposant d’un catalogue de licences plus dispersé, où figurent tout de même Harry Potter, Nintendo et Shrek. Outre une palanquée de nouvelles attractions dans les parcs d’Amérique, Europe, Asie et dans les deux principaux hubs de Californie et de Floride, Universal prévoit aussi un nouveau parc en Angleterre pour 2031 et ouvrira prochainement son Epic Universe à Orlando, où Disney planifie de son côté un cinquième parc, tout en partant à la conquête du Moyen-Orient avec un Disneyland Abu Dhabi. Des investissements sans commune mesure avec le cinéma, en délais de fabrication (les parcs mettent en règle générale une petite décennie à se monter), et bien sûr en financement : les 7 milliards de l’Epic Universe sont le plus gros chèque jamais posé par Universal sur un projet unique – le milliard de budget des Anneaux de pouvoir, à côté, c’est Nigloland. Sans parler des frais de fonctionnement, qui ne baissent pas lorsque l’affluence s’érode – ce qui peut arriver à la faveur d’événements indépendants de la volonté de Mickey, comme une pandémie, ou une baisse globale du volume de visiteurs aux États-Unis (redoutée par Wall Street à hauteur de 1 ou 1,5 %). Machines à cash Moyennant donc quelques expansions à l’étranger, il n’y a pas de quoi baisser le régime pour les forains du capitalisme, désormais impliqués aux premières phases de développement des œuvres dont s’inspirent leurs attractions (comme Josh D’Amaro, nouvel homme fort de Disney en tant que directeur des parcs depuis 2020). Avec une marge opérationnelle d’environ 30 % contre 15 % pour le cinéma, et une part de quasi 60 % des bénéfices globaux du groupe, la messe est dite : les parcs sont des vecteurs de croissance et de revenus plus performants, au cash-flow abondant et stable – d’une certaine manière, ils compensent la volatilité de l’industrie ciné. Parce que faire revenir les visiteurs appelle sans cesse de nouvelles attractions basées sur des succès récents, Disney est bien obligé de fabriquer quelques nouveaux films. Mais bon, de là à y gaspiller les dollars et l’énergie qu’on pourrait réserver à un joli manège… u © ALAMY À LA PÊCHE AUX GROS CHIFFRES PAGE SAUMON Les parcs d’attractions Disney et Universal se portent si bien et rapportent tellement d’argent que l’industrie du cinéma ne sera bientôt plus qu’un réservoir de licences à l’usage unique des montagnes russes. On prend les paris?u PAR THÉO RIBETON Park Attack! Septembre 2025 8 TENDANCE OU COÏNCIDENCE? P remière scène de Sydney Sweeney dans Euphoria. En marge d’une fête, la jeune fille, 17 ans dans la série, 21 dans la vie, est sur un lit, avec sa beauté blonde, son objectification automatique par le regard de la caméra et du spectateur. Le petit ami entreprend de coucher avec elle, c’est filmé agressif, frontal, clip, limite porno. Et puis elle dit « doucement, tu me fais mal », comme une petite fille blessée, et la série prend son premier tour thématique : il y sera question d’exploitation, oui, de sur-sexualisation même, mais toujours de manière critique, décalée, perplexe. Jusqu’où aller? Faut-il se laisser aspirer par l’érotisme fou de tous ces jeunes acteurs/actrices fétichisés ou prendre du recul? La question se pose avec tous, mais jamais autant qu’avec Sydney Sweeney, sur-expressive dans son jeu, ses larmes, ses yeux, sa bouche, ses seins. Fin du prologue. Réceptacle fantasmatique La série est en pause (en crise?) depuis trois ans, mais sa trace s’imprime chaque jour un peu plus dans la pop culture mondiale, avec Zendaya en fer de lance et Sydney juste derrière. Son hit romcom tout en grands yeux naïfs et maillot de bain blanc faussement virginal (Tout sauf toi) a achevé de faire tourner les têtes pensantes de l’industrie : avec un peu de doigté, le corps de Sydney pourrait devenir un réceptacle fantasmatique comme il n’en existe même pas un par génération (Marilyn, Brando, Brad Pitt, Scarlett Johansson?). L’actrice, elle, assume, prend conscience qu’il s’agit non seulement de son principal capital sexy/marketing mais aussi de son sujet. Ni une ni deux, elle produit Immaculée, un film de nonne, genre horrifique dont les gros seins ont historiquement été un élément structurant. L’adaptation du best-seller La Femme de ménage (prévue ce Noël) coche la case du thriller érotique girl power. Viendra ensuite Scandalous, où elle incarne Kim Novak (autre femme dont les formes généreuses ont eu une carrière hollywoodienne), le tout après le Christy de David Michôd, pour lequel elle aurait pris une trentaine de kilos afin d’entrer dans la peau d’une pionnière de la boxe féminine. Tous ces films tournent autour du corps de Sydney, ce qu’il signifie pour nous, le public, ce qu’il signifie pour elle, l’actrice, la femme, comment gérer le fardeau qu’il représente et l’effet qu’il produit autour de lui, le subir ou le faire subir, essayer de s’en débarrasser ou choisir de l’embrasser avec force. Dans ce contexte, les pubs où la jeune femme porte très bien les jeans d’une marque à la mode peuvent être vues comme des tracts anti-woke ou comme la poursuite d’un travail de déconstruction et de réappropriation de son corps spectacle par une actrice qui sait qu’il s’agit de son assurance vie et d’un vecteur de fascination irrésistible. En tant que cogneuse middle America lesbienne (Christy), bonne sœur refusant de donner naissance au fils du Diable (Immaculée), lanceuse d’alerte cuisinée par des gros bras du FBI (Reality), fille de maison en but avec la toxicité masculine (La Femme de ménage) ou star 50s empêchée de vivre au grand jour sa passion avec le chanteur-danseur black Sammy Davies Jr, difficile de ne pas voir qu’elle cherche avant tout à raconter quelque chose de l’expérience féminine américaine, elle qui a choisi d’en faire l’expérience non pas à son corps défendant mais à son corps offensant. Avait-elle conscience que le jeu de mot jeans/genes était provoc? Forcément. Mais lorsqu’elle dit qu’elle a « de super gènes », il y a de vraies chances qu’elle fasse allusion à sa poitrine, ses fesses et à sa beauté davantage qu’à la couleur de ses cheveux, de ses yeux ou de sa peau. Cela, on s’en rend mieux compte en regardant ses films qu’en étudiant les listes électorales ou les tabloïds. u La mini-tourmente provoquée par une campagne de pubs mettant en valeur les super gènes-jeans de Sydney Sweeney a-t-elle quelque chose à voir avec le cinéma? u PAR GUILLAUME BONNET TOUCHEPAS À LA FEMME BLANCHE? MICROCLIMAT © ALAMY Sydney Sweeney en 4 par 3 dans les rues de New York pour la dernière campagne American Eagle Outfitters 9 Septembre 2025 Avoir la mémoire courte MATT SELMAN : C’est mieux de ne pas être trop conscient du fait que nous sommes assis sur des décennies d’histoires. DAVID SILVERMAN : Je suis sur la série depuis les premiers courts métrages, avant même le premier épisode officiel. Et une partie de mon cerveau revient toujours à cette époque. Donc je ne pense jamais à la longévité des Simpson. MS : Pour imaginer un nouvel épisode, il ne faut surtout pas consulter la liste des épisodes précédents! Sinon, c’est la paralysie créative, on commence à se dire que tout a déjà été fait. Le secret de la série, c’est d’écrire les personnages comme des gens normaux, même si mille choses anormales leur sont arrivées. Je prends chaque épisode comme s’il se déroulait dans un univers à part. Et parfois, on s’accorde des références à des histoires du passé pour s’amuser du fait que la série est une contradiction en soi. Ils n’ont pas vieilli en près de quarante ans, mais alors quel âge sont-ils censés avoir? On s’en fout, et c’est ça qui est génial. On croyait que plus personne ne les regardait, mais leurs audiences sur Fox se maintiennent tranquillement, et Disney+ semble ravie des performances à l’international. Presque quarante ans plus tard, Les Simpson semblent insubmersibles. Croisés au festival d’animation d’Annecy, l’actuel showrunner Matt Selman et l’animateur David Silverman auscultent la machinerie pour Première.u PAR FRANÇOIS LÉGER COMMENT FONT LES SIMPSON pour rester toujours verts? Rire (de moins en moins) jaune MS : Ce qui est remarquable avec cette série, c’est que malgré les différents points de vue des scénaristes, on parvient à garder une cohérence d’ensemble. C’est ultra flexible. Je sais que Les Simpson s’est imposée grâce à son originalité et à ses blagues absurdes, des trucs que personne n’avait jamais vus dans un dessin animé. Mais quarante ans plus tard, notre travail n’est pas de réinventer les blagues. Il y a des séries plus récentes qui sont des laboratoires de la vanne et dont c’est la marque de fabrique. Pour moi, l’essentiel est dans l’histoire et l’émotion. On veut des épisodes drôles, mais ce n’est plus une course à l’humour malin et tranchant. DS : Et pour autant, ça reste totalement Les Simpson, même si c’est moins corrosif, je vous l’accorde. C’est un équilibre subtil. © ALAMY / DISNEY+ Septembre 2025 10 UN MONDE À EXPLORER CARTOGR APHIE Savoir se relooker MS : Au tout début, la série assumait son style ouvertement dessiné à la main, avant de trouver une identité plus hybride, moins radicale. Et puis la technologie a évolué, les budgets aussi… Vers la saison 20, on est passé à la haute définition et on a changé de format : durant plusieurs années, l’animation était toujours très marrante, mais presque trop parfaite. Ce n’est la faute de personne, on faisait au mieux. Mais on en avait conscience. DS : Et donc il a fallu en quelque sorte revenir en arrière pour retrouver cette impression du fait-main. On a juste évité le côté trop « propre » : on dessine toujours avec nos mimines, mais sur tablette. Il suffisait de ne pas effacer les impuretés et de trop lisser l’animation. Ne pas (trop) s’institutionnaliser MS : On sait que le temps passant, les institutions peuvent devenir leur propre finalité, leur raison d’être étant uniquement de se perpétuer. Et c’est un piège dans lequel je refuse de tomber. Mais ça n’empêche pas d’assumer ce qu’on est. DS : À mon avis, ça tient à une chose sur laquelle James L. Brooks [producteur des débuts] insistait beaucoup : cette famille doit être attachante et le spectateur doit avoir l’impression de l’inviter dans son salon. Si on respecte ça, on ouvre la porte à l’imagination, sans se regarder le nombril. MS : Notre pertinence se joue autant dans la diversité des scénarios que dans l’aspect visuel. On doit être plus cinématographiques qu’une sitcom lambda. Il y a des tas de décors familiers (le bar, la centrale nucléaire, la maison) mais il faut toujours un élément visuel nouveau, qui fasse de Springfield un miroir tendu vers l’Amérique, et vers le monde entier. Je considère qu’un épisode est raté si on ne le reconnait pas en deux minutes lorsqu’on tombe sur une rediffusion. D’ailleurs, si le troisième acte ne se déroule pas dans un nouvel endroit, je m’endors. DS : Sam Simon [l’un des scénaristes à l’origine des Simpson] pensait que cette série était un miracle, « a lightning in a bottle », un éclair qu’on capturerait dans une bouteille. Donc on doit préserver la magie, essayer de maintenir cet éclair dans la bouteille. MS : Et la bouteille devient de plus en plus petite avec chaque année qui passe! Septembre 2025 11 LES SIMPSON • Sur Disney+ • Saison 37 à l’automne
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