PARIS MATCH n°4024 - Page 1 - 4024 IGUAÇU 51 RIO DE JANEIRO ÎLE DE PÂQUES TAHITI SYDNEY SAMARCANDE HANOÏ BAIE D’HALONG ANGKOR 51 5ème scannez-moi M. et Mme Patrick S. témoignent de leur expérience du 50ème tour du monde : « L’impossible devient réalité grâce à la volonté, la persévérance et la détermination de TMR… Une quête de bonheur, de joie, de rires et de fous rires. La transformation devient intérieure, nous bouleverse, nous transporte et nous fait communier avec le Monde. Nous l’imaginions, TMR l’a réalisé. Je tiens à souligner l’organisation époustouflante, au cordeau, tous les jours. Vous nous avez fait rêver dans des conditions au-delà de toutes nos espérances. C’était Noël tous les jours. Tous les matins, nous nous demandions ce que vous aviez encore inventé pour nous faire plaisir. Nous ne l’oublierons jamais… Merci ! » www.tmrfrance.com contact@tmrfrance.com Posez une Option et bénéficiez de notre tarif réservé. Album gratuit, DVD offert, informations au... TMR, avoir le Monde pour Signature... Depuis 40 ans et 50 tours de la planète, TMR façonne l’art des grands voyages. En 2026, la Maison se réinvente et dévoile le 51ème Tour du Monde en Jet Privé (du 16 novembre au 6 décembre). À l’occasion du lancement de cette nouvelle ère, elle signe ce nouveau chef-d’œuvre de circumnavigation, à des conditions exceptionnelles. Privilégiez cette expérience unique pourréussirvotreTourduMonde!TMR est la seule à réaliser avec constance ce voyage mythique. Chaque édition constitue une aventure humaine rare, faite de rencontres émouvantes et de découvertes bouleversantes. Nos équipes réalisent toujours des prouesses pour vous révéler la magie de chaque instant. Cette 51ème Édition réunira des escales mythiques : Rio de Janeiro, la Cité Merveilleuse ; les plus belles chutes d’eau à Iguaçu ; l’Île de Pâques et ses mystères ; Tahiti au paradis ; Sydneyet son Opéra ; la magie d’Angkor ; les charmes du Vietnam, entre Hanoï et la Baie d’Halong ; Samarcande, sur la Route de la Soie, cité des 1.001 Nuits... Tout notre Art du Voyage... Ce Tour du Monde inclut les vols à bord du nouvel avion privé d’une prestigieuse flotte européenne, une équipe aux petits soins (un passage facilité dans les aéroports, le port des bagages, notre accompagnement professionnel chaleureux...), les plus beaux hôtels, tables et spectacles : 9 mondes en un seul voyage, Tout-Compris et francophone. Ce Tour du Monde sera vraiment le Voyage de votre Vie. OFFREZ-VOUS LE VOYAGE DE VOTRE VIE ! LE 51ÈME TOUR DU MONDE - DU 16 NOVEMBRE AU 6 DÉCEMBRE 2026 Une parfaite anthologie du monde... TMR International Croisières&VoyagesTMR PMR260611 © TMR - 349 avenue du Prado - 13417 Marseille cedex 08. Siret 35382380000027. Immatriculation Atout France IM013100087. Document non contractuel. Photos : DR., Freepik, I.A., Shutterstock. PRIVILÉGIEZ L’EXPÉRIENCE 50 Tours du Monde 40 ans d’expertise en partenariat avec 04.91.77.88.99 Crédits photo : P. 8 : The Moderna Museet, Stockholm. P. 10 à 13 : V. Capman, DR. P. 16 : F.Mantovani/EditionsGallimard,DR.P.18 :S.Kirzsenbaum,Eui–SeokJeong,DR.P.18 :P.20 : ThomArno/Starface,DR.P.22 :DR.P.24 :H.Pambrun,GettyImages,DR.P.26 :DR.P.28 :The ModernaMuseet,Stockholm. 10 16 18 20 22 24 26 28 30 32 33 34 42 L’ENTRETIEN Manu Payet Ses leçons d’humour CULTURE Livres. La critique de Marie-Laure Delorme Destination suspense Boualem Sansal Son journal d’un prisonnier Bulles de fantaisie Musique. Def Leppard rugit encore Cinéma. Que vaut le nouveau Spielberg? Art. Hilma af Klint Pionnière de la modernité Le Grand Prix de la photo Paris Match ROYAL PERSONNALITÉS POUVOIRS DESSIN Pauline Lévêque HILMAAFKLINT,L’AUDACIEUSE Sesœuvresauxcouleursvivesetauxmotifs géométriquessontlongtempsrestées ignorées.Pourtant,bienavantKandinskyou Malevitch,lapeintresuédoisefutune pionnièredel’abstraction.LeGrandPalais luiconsacreuneexpositionmonographique, lapremièreenFrance.(Page28) 8 LASEMAINEDE PARIS MATCH DU 11 AU 17 JUIN 2026 L’ENTRETIEN MANUPAYET SESLEÇONSD’HUMOUR Dans« Deviensgénial »,ilincarne unprofprêtàtoutpourserapprocherdesafille. Unecomédierevigorante. InterviewÉmilieCabot/PhotosVincentCapman «Deviens génial», voilà une injonction qu’il a su appliquer depuis bien longtemps, dans la vie comme dans ses choix professionnels. Dans le premier film de Léo Grandperret, remarqué au festival de l’Alpe d’Huez en janvier, Manu Payet joue le professeur d’allemand le plus sympa que l’on puisse imaginer. Mais aussi le plus bluffeur. Prêt à tout pour se rapprocher de sa fille adolescente, il obtient un poste vacant, sans connaître le moindre mot de la langue de Goethe. Mais pas question de se cacher derrière un bureau toute l’année et de baragouiner quelques phrases, le voilà embarqué dans un voyage scolaire des plus chaotiques en Allemagne, à la tête d’un groupe de collégiens de tous les âges, chahutés par les montagnes russes émotionnelles de la puberté. Un film réjouissant, familial, qui n’est pas sans rappeler «Nos jours heureux». Le tournage a eu lieu alors que l’humoriste finalisait la tournée de son dernier spectacle, «Emmanuel 2», autour de la paternité, de l’âge qui avance et du gap entre les générations. Une charge de travail supplémentaire qu’il a acceptée en partie pour sa fille de 9 ans, qui a pu suivre pas à pas les étapes de fabrication, allant même jusqu’à le faire répéter. Dans ce long-métrage, comme dans ses spectacles, Manu Payet, qui s’est lancé dans l’aventure du seul en scène voilà vingt ans, imprime sa marque de fabrique: une bonne dose d’humour, une pointe de tendresse et un soupçon de nostalgie. ParisMatch.Lefilmnousramèneautempsducollègeet desvoyagesscolaires.Quelssouvenirsa-t-ilfaitremonter envous? Manu Payet. De chouettes souvenirs de colo. Je suis beaucoup parti grâce à Air France – où mon père travaillait – et j’adorais ça. Je suis allé à New York, à Los Angeles… Une fois adulte, j’ai passé mon Bafa pour être moniteur parce que ça me manquait, mais c’était moins rigolo. Sur le film, j’avais l’impression d’être à la fois le prof, le mono et parfois même le colon, quand j’entendais les petits faire des blagues entre eux. C’était très émouvant. À la fin du tournage, j’ai eu un peu le même cafard que celui que je ressentais à la fin des colos. Quand je rentrais, ma mère me disait: “Mais tu ne racontes rien et tu pleures dans ta chambre!” Aucollège,quelgenred’élèveétiez-vous? Turbulent. J’étais celui qui aime amuser la galerie. J’avais toujours des mots dans le carnet, je me faisais engueuler par mes parents. Et les notes, laissez tomber! J’ai reçu les félicitations une seule fois, PROFIL 1975 Naissance à La Réunion. 2000 Il rejoint NRJ à Paris. 2007 Premier one-man-show intitulé «Manu Payet». 2012 Joue dans «Radiostars». 2014 Réalise avec Rodolphe Lauga «Situation amoureuse: c’est compliqué». 2023-2026 «Emmanuel 2», son dernier spectacle. [SUITEPAGE12] 11 DU 11 AU 17 JUIN 2026 PARIS MATCH en sixième au troisième trimestre. Je me souviendrai toujours de la tête de mon père ce jour-là. Il m’a dit: “Franchement, bravo! Là, je suis content.” Celanevousapasdonnéenviedecontinuersurcettelancée? Non, je préférais me marrer et divertir les autres. Je savais qu’on ne faisait pas de mal, que ce n’était pas trop grave. On a quand même fait quelques conneries. Un jour, un pote a piqué le chéquier de son père et on s’est acheté des pompes avec. À ne pas reproduire! J’avais fait croire à ma mère que mes copains de classe s’étaient cotisés pour mon anniversaire. Je ne lui ai avoué la vérité que beaucoup plus tard. Vous jouez un prof qui est plus qu’un prof, il donne confiance en soi etapprendlavie.Enavez-vousrencontréaucoursdevotrescolarité? J’en ai eu certains que j’ai beaucoup aimés. Ce n’est pas l’autorité ni la sévérité qui suscite le respect, mais de voir qu’ils essaient de transmettre quelque chose, et, là, tu te dis: “OK, elle, je l’aime trop, je vais faire ce qu’elle demande.” Ce sont eux les vrais profs, je trouve. En cinquième, celle de français m’a conseillé: “Étonnezvous devant les évidences, Emmanuel.” Je lui ai demandé ce que ça voulait dire et elle m’a répondu : “Un avion qui vole, c’est évident, mais c’est étonnant. Regardez-le, ne soyez pas blasé.” Ça m’a parlé. D’autres copains étaient avec moi, j’aimerais bien savoir s’ils ont aussi retenu ça. C’est également l’histoire d’un père capable de tout pour se rapprocherdesafille.Est-cequeçavousaparticulièrementparlé? C’est la raison pour laquelle j’ai accepté. Au début, je n’avais pas très envie de jouer dans un film à ce moment-là. C’est un gros investissement et j’étais en pleine tournée. Mais j’ai pensé que ce serait sympa pour ma fille. C’était le premier tournage qu’elle allait pouvoir observer du début à la fin. Elle m’a vu travailler et m’a même aidé à répéter mon texte. Elle a adoré. Le film est très familial. Elle a 9 ans et elle l’a déjà vu deux fois. Vous avez eu 50ans en décembre dernier. Qu’est-ce que ça représentepourvous? Je me préfère à cet âge-là. Depuis mes 40 ans, j’aime mieux, je comprends mieux, j’essaye moins et je m’en fiche davantage. Je me laisse un peu plus tranquille. Je n’en suis plus à courir toutes les soirées de Paris. Avant, je croyais que c’était indispensable d’y aller, alors que ça n’a aucune importance. Il y a plein d’acteurs qui s’exilent à la campagne. Daniel Day-Lewis, par exemple, n’est pas un homme de réseau, pourtant il est l’un des plus grands acteurs du monde. Qu’est-ce que vous regardiez à la télévision, gamin? Qui vous faisait rire? Dans les émissions, comme “Sébastien c’est fou!”, de Patrick Sébastien, beaucoup de gars me fascinaient. J’adorais Albert Dupontel, en particulier son sketch “Rambo”, dans lequel il jouait un gars terriblement dérangeant. Je ne sais pas s’il pourrait le refaire aujourd’hui. Des personnages comme Gainsbourg me captivaient aussi. Je sentais qu’il était une sorte de génie, sans trop réussir à exprimer pourquoi, et en même temps je comprenais qu’il puisse diviser. J’aimais bien son côté un peu rock. C’étaient des personnages avec lesquels on avait rendez-vous. Vous avez très tôt su que vous vouliez faire rire et monter sur scène. Ya-t-ilunmomentparticulierquevousvousrappelez? Au CP, j’organisais de petits spectacles dans la cour. Je demandais à mes camarades de s’assoir pour y assister. Je me souviens très bien d’une fois où ils ne m’écoutaient pas parce que les uns ne voulaient pas être assis à côté des autres. Le spectacle ne pouvait pas commencer. C’était un bordel! Je n’avais pas besoin de texte, c’étaient eux le spectacle. J’ai toujours aimé divertir, modifier la réalité. Quand c’était joyeux, je ne voulais rien changer. Mais chez moi ce n’était jamais très joyeux… C’était très sévère et très strict, au contraire, alors dès que je pouvais mettre un peu d’ambiance, je le faisais. Vos parents n’ont pas tout de suite compris votre côté pitre. Racontez-nous... Ma mère, par exemple, c’est dans son éducation. C’est une génération à qui on a dit que tout était grave. Elle ne savait pas que ça pouvait être autrement, plus doux. Elle n’avait pas les codes. Imaginez, vous êtes catéchiste, enseignante pour les infirmières, spécialisée en pédiatrie, vous avez sous les yeux tous les jours la gravité du monde, et votre fils vous annonce qu’il veut être clown. Eh bien, vous lui en collez une! Je revois encore le visage de ma mère lorsque je lui ai annoncé que je voulais être G.O. au Club Med. Elle m’a répondu: “Sur mon corps mort, que tu ne seras pas ça!” [Il rit.] Si tu le lis, ça a l’air grave. Mais là, comme je te le joue, c’est comique. Elle est sévère, mais c’est une bonne sévérité. À part certaines fois où ça allait trop loin. Ellesembletoutdemêmeattachante… Je me souviens du jour où elle a eu un fou rire. J’étais fasciné. Nous étions à table, mon frère a raconté une blague. Je n’avais jamais entendu ce son chez elle. C’était beau, et puis elle s’est reprise, en mode: “Oui, bon, terminez vos assiettes.” Aujourd’hui encore, je lui reparle de ce moment. Elle me demande alors de quelle blague il s’agissait, je la lui raconte et elle repart un peu en fou rire. C’est assez mignon et bouleversant en même temps. En 2024, vous avez été reçu par le pape François avec des humoristes du monde entier. Vous y avez emmené votre mère. Était-ce une revanche? Dans un documentaire sur mon spectacle “Emmanuel 2” et la tournée, réalisé par l’un de mes copains et qui sortira l’année «Chezmoi,c’étaittrès sévèreettrèsstrict. Alorsdèsquejepouvais mettreunpeud’ambiance, jelefaisais» 12 PARIS MATCH DU 11 AU 17 JUIN 2026 prochaine sur Canal+, le moment où j’annonce à ma mère que je l’invite au Vatican est filmé. Je suis au téléphone dans la voiture, elle est en haut-parleur et on l’entend réagir. C’est la première fois que ma mère me dit “félicitations!” de cette façon-là. Lareligiona-t-elleuneplaceparticulièredansvotrevie? Je suis croyant, bien sûr. Mais surtout parce que je n’aimerais pas ne pas croire. Il y a forcément quelque chose après. On verra quoi. La religion, c’est juste un moyen de croire et un mode d’emploi. Je pense que personne n’a totalement raison et personne n’a totalement tort. C’est formidable de croire. Même à un truc de notre vivant. Croire, ça commence déjà dans la vie. Vous avez débuté à la radio par hasard, alors que vous pensiez vous consacreràlamusique… J’ai appris la guitare au lycée, lorsque j’étais en pension en Afrique du Sud. Je me rêvais musicien. D’ailleurs, en voyant toutes ces guitares accrochées au mur [l’interview a eu lieu dans le showroom de la marque Gibson, à l’hôtel Kimpton St Honoré, à Paris, NDLR], je me dis que ça serait cool de reprendre des cours. Je suis bon et pas bon à la fois. J’ai envie de progresser. Sébastien Folin, qui m’a repéré lorsque je jouais, a plus été séduit par ce que je racontais entre les morceaux. Je ne désirais pas être animateur radio, je voulais faire du rock et faire rire. Lui a perçu le truc avant moi. J’ai appris la radio à La Réunion, sur l’antenne locale de NRJ. Ensuite, Freddo, un gars de NRJ Paris qui était en vacances là-bas, m’a repéré et m’a fait venir dans la capitale. VousavezofficiédanslamatinaledeNRJ:leGraal.Quels souvenirsengardez-vous? C’est devenu la première radio de France à cette époque. On était hyperfiers. On faisait les cons, on n’était pas des milléniaux, encore moins des Gen Z, qui font du sport le matin avec Tibo InShape. On a fait mille conneries sans se faire engueuler car on était numéro 1. Puis vous avez quitté ce CDI à NRJ pour monter sur scène: une sorte de grand saut dans le vide. Referiezvouspareil? Cela fera vingt ans cette année. Est-ce que je referais pareil? Oui, je pense. Les grands patrons de NRJ pour lesquels j’ai aimé travailler partaient. Une nouvelle ère s’ouvrait. J’ai dit: “Allez, vas-y, mec! Rock’n’roll!” Vousnesemblezpasavoirconnulesgalèrespropresaux débutantsdansl’humour… C’est vrai que j’ai commencé en faisant les premières parties de Gad Elmaleh. Mon premier spectacle a été produit par Dominique Farrugia. Lors de la générale, le Tout-Paris était là. C’était super. Sauf qu’on ne le sait pas mais j’ai fait des salles vides. Et, surtout, des grandes salles vides! Dominique croyait beaucoup en moi et en mon spectacle, alors il a loué le Splendid, à Paris, 350 places, en pensant que, comme j’étais à la radio tous les matins, tout le monde allait venir… Eh bien non! Un soir, j’ai joué devant sept personnes. Je leur ai dit: “Allons boire un coup, c’est pour moi.” Ensuite je suis allé à la télé dans l’émission de Ruquier en espérant remplir. Commenttient-on? On tient parce qu’on ne sait pas ce que c’est quand c’est plein. VousêtesdepuisseptembresurFranceInterledimancheavec“Studio Payet”.Laradiovousmanquaittrop? C’est Adèle Van Reeth [la patronne de la station, NDLR] qui m’a appelé. Une heure sur France Inter, ça ne se refuse pas. Ça a de la gueule. Et puis une heure pendant le week-end, c’est tranquille. Ilparaîtquevotrenomestdanslashortlistpour“Labande originale”,enremplacementdeNagui… Oui, il l’est, mais ce ne sera pas moi. C’est une quotidienne, ça me priverait de ma liberté. Une heure d’antenne le week-end, c’est rock’n’roll, deux heures tous les jours, c’est du taf… InterviewÉmilieCabot «Unsoir,j’aijouédevantseptpersonnes. Jeleuraidit:“Allonsboireuncoup,c’estpourmoi!”» « Deviensgénial », sortiele17juin. 13 LASEMAINEDE DU 11 AU 17 JUIN 2026 PARIS MATCH LEÏLA SLIMANI TOUTES NOS IDENTITÉS Dans un court essai, la romancière revient sur son rapport à la langue arabe. DeMarie-LaureDelorme Son pays est la littérature. Toute sa trilogie romanesque d’inspiration autobiographique, composée de «La guerre, la guerre, la guerre» (2020), «Regardez-nous danser» (2022) et «J’emporterai le feu» (2025), est irriguée de l’intérieur par un questionnement inapaisé sur la trahison et la fidélité. Que doit-on aux autres et que se doit-on à soi? Dans sa famille soudée, on communique à travers l’universalité des livres: Kundera, Rushdie, Camus. La romancière Leïla Slimani, née à Rabat, au Maroc, en 1981, ne sait plus s’exprimer en langue arabe. L’enfant de Rabat a parlé la darija, langue vernaculaire du Maroc, avec sa grandmère alsacienne. Elle en a perdu la trace et en a gardé le goût. La non-maîtrise de la langue arabe est devenue un morceau manquant de sa personnalité franco-marocaine. Dans «Assaut contre la frontière», né d’une première version lue en public au Festival d’Avignon, elle dénoue un nœud gordien: identité, liberté, loyauté. Tout part d’une question intime: pourquoi moi, qui suis née au Maroc, je ne parle plus arabe? Leïla Slimani a grandi dans une multiplicité de cultures et de langues. Ses parents sont des enfants de la colonisation. Ils parlent français entre eux. Les trois sœurs grimpent sur l’escabeau pour mettre sur le tourne-disque les chansons de Léo Ferré et de Jacques Brel. L’étudiante arrive à Paris, durant l’année 1999. Elle a alors 18 ans. Son corps ne se fond pas dans la masse. Elle est une «minorité visible». Les frontières se dressent partout. Faut-il les ignorer, les contourner, les respecter? Leïla Slimani découvre la dissymétrie dans les relations humaines. Pouvoir et mépris. La jeune Arabe s’est toujours passionnée pour la culture française, alors que les Français ignorent tout de la culture arabe. L’ancienne ministre de l’Éducation nationale Najat VallaudBelkacem a connu une levée de boucliers, en 2016, quand elle a suggéré un meilleur enseignement de l’arabe à l’école. Leïla Slimani navigue entre deux feux. Il n’y a pas de retour; il n’y a pas d’arrivée. Au Maroc, on se moque de son accent; LA CRITI UE « Assautcontrelafrontière »,deLeïlaSlimani, éd.Gallimard,80pages,10euros. PARIS MATCH DU 11 AU 17 JUIN 2026 16 LASEMAINEDE en France, on s’étonne de son absence d’accent. Dans «Assaut contre la frontière», l’écrivaine célèbre l’altérité. La langue doit rester un espace ouvert. Ses romans racontent inlassablement la dangerosité du mythe de la pureté. La langue évolue. Les mots se fréquentent, se rencontrent. L’artiste franco-malienne Aya Nakamura chantant devant l’Institut de France, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2024, reste un symbole heureux d’une langue plastique et effrontée. Au cœur de l’essai, la question de la fraternité. «L’universalisme auquel j’aspire ne nie pas les différences entre les êtres humains mais considère que ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous distingue.» L’auteure de «Chanson douce» (prix Goncourt 2016) rappelle la survie de la littérature face à la dictature. On veut nous assener une unique version de l’Histoire, alors qu’il y a tant de variations possibles de l’histoire. Les romans restent un lieu de bienvenue, où l’on vit d’autres vies que la sienne. Dans sa chambre de Rabat, l’adolescente se plongeait dans Jack London, Tolstoï, Pearl Buck. Elle se découvrait chinoise, américaine, russe. Tout s’ouvrait à elle et en elle. Siècles, âmes, contrées. Elle était forte de mille influences et confluences. Leïla Slimani parle toujours de littérature. Dans toute son œuvre, l’adulte dialogue avec l’enfant. À l’abri des regards, les deux se murmurent des mots d’ombre et de lumière. On ouvre une porte silencieuse et on entre, à pas feutrés, dans une chambre à Rabat. Les fenêtres sont ouvertes. 16 LASEMAINEDE DESTINATIONSUSPENSE Inde,Japon,Corée…LegrandfrissonvousattendenAsie ! ParFrançoisLestavel CÉDRICBANNEL L’EMPIREDUSANG VousaimezLisbethSalander?Alorsvous adorerezsacousinenipponne,Kido,jeune enquêtricedel’Onuhabituéeàtraquerles fraudes financières. Et qui doit pour une fois résoudre un meurtre, celui d’un haut fonctionnaire et de son épouse, tranchés façon sashimi. Si la police de Tokyo conclut à un crime de dealer, de la cocaïne ayant été déposée chez les victimes, la jeune femme aux cheveux bleus y voit la trace du Chat,un tueur d’élite légendaire.À raison,mais à ses risques et périls,puisque le Chat n’est pas du genre à se faire attraper par cette souris. Et que le double meurtre n’est qu’une pièce d’une machination ourdie au plus haut niveau… Avec ce thriller survitaminé, Cédric Bannel donne le top départ d’une haletante course contre la mort dans les bas-fonds du Japon, un pays qu’il connaît sur le bout des baguettes. Pour l’aider à mettre à terre ses féroces ennemis,Kido peut compter sur sa mère intrépide,flanquée d’un ancien champion de sumo. Un impressionnant benêt qui pourrait envoyer valser Porthosd’unesimplepichenette.Del’humour,del’action,delabaston:dequoipasser au pays du Soleil-Levant un saké bon moment! POLARS EMMANUELGRANDPILULESDETRAVERS Un deuil impossible.Il y a cinq ans,Grégory perdait sa femme,Camille,enlevée et assassinéeàBangalorelorsd’uncongrèsdugéantpharmaceutiquequedirigeson père.Unemystérieuseorganisationavaitalorsrevendiquélecrime.Maislorsquela police indienne met la main sur une photo où le visage de Camille, au milieu d’un groupe de chercheurs, est entouré de rouge, l’enquête est relancée en France. Face à un clan claquemuré dans ses secrets, la capitaine Saliha Bouazem rappelle Erik Buchmeyer,son ancien chef.Le seul apte à suivre en parallèle une piste explosive…RetourenfanfarepourEmmanuelGrand,l’auteurde«TerminusBelz» et de «Kisanga», qui nous plonge dans un thriller géopolitique et économique palpitant, sans jamais sacrifier l’humanité de ses personnages. Un médicament miracle aux effets secondaires fatals,des inconnus agissant dans l’ombre pour étouffer le scandale, des tueurs aux aguets… De quoi nous rappeler les dessous de l’attentat de Karachi aussi bien que l’affaire duMediator.Destristesréalitésd’hierdépasséesallègrementparsafiction. L’autre voie pour dire les vérités sur le monde d’aujourd’hui. SE-AHJANGLEURRESFATIDIQUES Affolée, Jae-young vient de fuir son compagnon violent et saute dans le premier train pour Séoul. Dans son compartiment,unejeunemèreluiconfiequ’elleserenddanslemanoir de sa richissime belle-famille, qu’elle ne connaît pas encore, pour présenter son nouveau-né.Mais l’inconnue se volatilise et lui laisse le nourrisson sur les bras. Avec un message la suppliant de le confier à ses grands-parents. Une occasion en or pour Jae-young de changer d’identité et, peut-être, de sortir de la pauvreté… Dans ce huis clos grinçant, où une famille dysfonctionnelle s’entre-déchire en toute discrétion, sous l’œil d’un personnel mutique mais affligé, Se-ah Jang multiplie les fausses pistes et distille une ambiance diablement délétère. Relations empoisonnées et jalousies assassines pimentent son « whodunit » à la sauce coréenne, où le respect affiché des ancêtres et le culte de la famille en prennentpourleurgrade.Unpolarmalinetacide,quirappelle qu’en dépit de sa douce réputation un gisement de violence couve au pays du Matin calme. « Laconjuration deTokyo », deCédricBannel, XOÉditions, 400pages, 21,90euros. « Labelle-fille », deSe-ahJang, éd.Pressesdela cité,320pages, 21,90euros. CULTURE « Lesangdesnôtres », d’EmmanuelGrand,éd.AlbinMichel, 368pages,21,90euros. LASEMAINEDE Par Noëlle Lenoir* «La légende» est d’abord un témoignage: un témoignage sobre, poignant et d’une force particulière de la réalité de l’enfer vécu par Boualem Sansal pendant un an, de novembre 2024 à novembre 2025. Entre le lot de privations, de punitions et d’humiliations à la prison de Koléa, près d’Alger, et les souffrances dues à la maladie, qui lui ont occasionné des transferts à l’unité pénitentiaire de Mustapha, en un style ciselé, tout est dit sur la déshumanisation que les pouvoirs autoritaires infligent à ceux qui les défient. Comme il en avertit le lecteur, ce livre est «un acte». Il acte la poursuite du combat mené depuis des décennies par l’écrivain contre le totalitarisme politique ou religieux, la dictature militaire mariée à l’islamisme. Il acte aussi son engagement pour la reconnaissance de la beauté de notre langue – véhicule d’une France qu’il qualifie de «fille adorée de la littérature». Car, après tout, son procès fut bien celui de la littérature, son crime étant d’avoir écrit. Le livre est sous-titré « Libres méditations d’un prisonnier encombrant». À bon escient. Sansal avait fini par devenir si encombrant pour Abdelmadjid Tebboune que le président algérien a dû se résoudre à le libérer. Si, en arrièreplan, le chef d’État est omniprésent, le livre décrit surtout la machine à broyer bureaucratique du régime. L’invocation permanente par les gardiens de la prison du règlement pour justifier le sort dégradant réservé aux détenus. «Ce qui m’a réellement frappé à ce stade, dit l’écrivain, et terrorisé, c’est la banalité, l’impression que tout cela, ma vie, ma mort, notre vie, notre mort à tous, n’étaient comme rien pour ces gens et que ça pouvait arriver à n’importe qui.» Quant au rôle joué par le tribunal qui l’a condamné sans qu’il ait d’avocat, en cinq minutes à cinq ans de prison ferme, confirmés en appel, pour des crimes fantasques, Sansal le commente à peine, comme pour souligner qu’une justice aux ordres ne mérite pas le nom de justice. Après Alexandre Soljenitsyne, Vassili Grossman, Vaclav Havel, Salman Rushdie et tant d’autres, Sansal déconstruit et dénonce le totalitarisme. Il nous invite à une réflexion philosophique sur ce que c’est d’être un homme face à son destin dramatique, et sur le chemin qu’il doit prendre. Il est plein de tendresse pour ses compagnons de détention que sa notoriété et les échos parvenus jusqu’à la prison de la mobilisation pour sa libération avaient conduits à appeler « la légende ». On est débordé par l’émotion à l’évocation d’un de ses codétenus, l’avocat Walid Benflis, fils d’un ancien chef du gouvernement écarté par l’armée, ou encore à celle de Nacer, condamné à perpétuité à l’âge de 20 ans pour avoir transporté un paquet de drogue sans doute à son insu. On est aussi touché, comme dans «Si c’est un homme», de Primo Levi, par la présence de la poésie qui relie au monde extérieur. Enfin, on a les larmes aux yeux quand Sansal parle des courtes et intenses visites au parloir de son épouse, Naziha, qui l’ont maintenu en vie pendant ces longs mois. Naziha, c’est «la résistance silencieuse», «la guerre sans bruit», qui est parfois tout aussi redoutable que la lutte ouverte. Le récit de sa libération insolite, par l’entremise de l’Allemagne, puis de son arrivée à Paris est esquissé. Il est clair en revanche que la blessure ouverte lors de son départ de Gallimard pour rejoindre Grasset et entretenue par la campagne de calomnies le transformant en coupable ayant rejoint le «camp du mal» ne va pas se refermer de sitôt. Quand Sansal écrit: «Je porte en moi, et probablement jusqu’à la fin de mes jours, les séquelles de cette agression», pense-t-il aussi à cette indigne cabale montée contre lui? Sansal se dit conscient de porter «tous les espoirs de tous les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons algériennes». Mais son livre transcende la mission qu’il s’est assignée. Pour paraphraser Émile Zola, à qui Sansal rend hommage, et alors que les analogies ne manquent pas entre l’affaire Dreyfus et l’affaire Sansal, «La légende» pourrait bien être «la vérité en marche», et chacun sait que la vérité, «rien ne peut l’arrêter». * AncienneministredesAffaireseuropéennes(2002à2004) etancienmembreduConseilconstitutionnel(1992et2001). « Lalégende »,deBoualemSansal, éd.Grasset,252pages,22euros. BOUALEMSANSAL SONJOURNAL D’UNPRISONNIER Elleétaitprésidentedesoncomitédesoutien. NoëlleLenoirprendaujourd’huilaplumepoursaluer lecouraged’unécrivainéprisdeliberté. Ilnousinviteà uneréflexion philosophiquesur cequec’est d’êtreunhomme faceàson destindramatique LIVRES 20 LASEMAINEDE PARIS MATCH DU 11 AU 17 JUIN 2026
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