ELLE n°4199 - Page 1 - 4199 SOMMAIRE 9O P A G E Ce numéro comporte, insérées entre les pages 106 et 107, 4 pages spéciales numérotées de I à IV (éditions Alsace et Lorraine). Entre les pages 66 et 67, un encart jeté abonnement ELLE de 4 pages (kiosques de la France métropolitaine). Ce numéro comporte un encart abonnement Dynapresse sur les exemplaires kiosques Suisse et des envois de correspondance sur la France métropolitaine + Dom-Tom. Des exemplaires de ELLE n° 4199 sont vendus avec un bracelet Noomi (quatre coloris au choix), 1 € en plus du magazine, soit 3,90 € sur une partie de la diffusion kiosques France métropolitaine (liste des points de vente disponible sur elle.fr, rubrique mode). Offre valable du 11 au 24 juin 2026. Dans la limite des stocks disponibles. La page 101 « ELLE s’engage » est réalisée en collaboration avec Mercedes-Benz. 5 ÉDITO Colèreetlassitude. ParAliceAugustin. 6 INFO LamaladiedeBruceWillis, racontéeparsafemme, EmmaHeming. 15 CULTURE Série,cinéma,festivals,musique… 24 LIVRES LeslauréatesduGrandPrix desLectrices2026. 35 STYLE Modeetbeauté. 42MAG Leslivresdenosvies:larédac partagesabibliothèque. 7OMODE Àmesfleurs. 84BEAUTÉ Cheveux:àchaquecoupe, sonnom•Parfums:lestendances del’été. 9OART DE VIE IlPellicano,l’hôtelsecretdesstars. 1O5 HOROSCOPES 1O7FICHES-CUISINE 100%végétal. 7O P A G E MODE : DES FLEURS, DU STYLE ! 52 P A G E LES SUPPORTRICES DE FOOT AFFICHENT LA COULEUR. REPORTAGE : L’HÔTEL DES STARS EN TOSCANE. JULIA PIATON PORTE UNE BLOUSE « DIOR SECRET GARDEN », DIOR. UN PANTALON AVEC CEINTURE, SCHIAPARELLI. ET DES BOUCLES D’OREILLES, CHLOÉ. RÉALISATION ANNE-MARIE BROUILLET. PHOTOGRAPHE JONAS BRESNAN. COIFFURE VI SAPYYAPY. MAQUILLAGE DIOR PAR TIINA ROIVAINEN. EN COUVERTURE LAURIE BARTLEY ; PRESSE ; BASTIEN LATTANZIO. 4 ELLE 11 JUIN 2O26 PRÉCISION DANS LE N° 4198 (4 JUIN 2026), L’INTERVIEW DE FLAVIE FLAMENT S’EST DÉROULÉE À L’HÔTEL BELINDA (73, RUE BOILEAU, PARIS-16e ). MAQUILLAGE : VALÉRIE BIMBOCCI. PRUCHON 5 PAR ALICE AUGUSTIN, GRANDE REPORTER L’AFFAIRE LYHANNA N’EST PAS UN « DYSFONCTIONNEMENT », elle est la norme.Lamortabjectedecetteenfantde 11ans n’est pas un accident regrettable, fruitd’uneerreurindividuelle,elleillustrele traitementjudiciaireindignedesviolences faites aux enfants. Le peu de poids qu’a leur parole. Quelques jours après sa disparition, le 29 mai dans le Gers, on découvrait que le principal suspect était déjàviséparunsignalementetpardeux plaintes pour viols sur mineures, l’une classéesanssuiteetl’autrecoincéedans lesméandresdenotresystèmejudiciaire. Contraintderéagirfaceàl’émoinational, legardedesSceaux,GéraldDarmanin, s’est dit « terrifié ». Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, « choqué ». Maud Bregeon,porte-paroledugouvernement, aqualifiélemeurtredeLyhannad’«absolumentinsupportable»,s’estinterrogée surlaplacedonnée àlaparole desvictimesetsurledéroulementdesenquêtes.Commes’ilstombaientdesnues.Comme s’il n’y avait pas de précédents. Comme s’ils n’étaient pas en mesure de faire changerleschoses,euxquisontaupouvoirdepuisbientôtdixans.Aujourd’hui, pourcellesetceuxquitravaillentsurcesviolencesauxcôtésdesvictimes,cen’est paslasurprisequiprévautmaislacolèreetlalassitude.Onpourraitégrenerpour la énième fois les chiffres qui devraient hanter nos dirigeants. Un enfant victime d’agressionsexuelle,devioloud’incestetouteslestroisminutes,86% deplaintes classéessanssuitedanslesaffairesdeviolencessexuelles,1% deviolsquiaboutissent à une condamnation. Lassitude. On pourrait citer les innombrables viols –defemmesoud’enfants–etlesféminicidesquiauraientpuêtreévitéssilajustice avaitfaitsontravail,entendulesalertesetcrulesvictimes.Lassitude. Rappelons-le, la France a déjà été condamnée par la Cour européennedesdroitsdel’hommepoursonmauvaistraitementdesaffairesde viol. En cause : des enquêtes bâclées, des biais sexistes… Lassitude, encore. Heureusement, féministes et militants de la protection de l’enfance refusentdeserésigner.Ilsportentdepuisdesmois un projet de loi «intégrale» composé de 140 propositionsconcrètes,soutenuparplusde150associations et 114 parlementaires. Qu’attendent nos élus pour s’en emparer? Combien de Lyhanna faut-il pour que la lassitude et la colère laissent placeàunevraiejustice? Lamortabjecte deLyhanna illustreletraitement judiciaireindigne desviolences faitesauxenfants. Colèreetlassitude ÉDITO ELLE 11 JUIN 2O26 ELLE 11 JUIN 2O26 DOCUMENT PERSONNEL 66 INF ELLE 11 JUIN 2O26 7 S UR L’ÎLE DE PARROT CAY, DANS LES CARAÏBES, LE 21 MARS 2009.Lejourdeleur mariage, Emma Heming et Bruce Willis, figure mythique du cinéma américain, accueillent leurs invités. Keith Richards, le guitariste desRollingStones,doitjouerpendantlacérémonie. DemiMoore,l’ex-femmeduhérosdujour,estlàaussi, avecsonnouveaucompagnon,AshtonKutcher,les enfants courent pieds nus sur la plage. Une scène idyllique digne de Hollywood. Mais aujourd’hui l’histoired’EmmaHemingWillis,47ans,ressemble à un cauchemar. C’est celle d’une épouse qui a longtemps cru que son mari s’éloignait et que son couple s’effondrait, avant de découvrir que Bruce Willis,71ans,souffraitd’unedémencefronto-temporale(DFT).Cettemaladieneurodégénérativeaffecte le comportement, la personnalité et le langage. Dans « Le Voyage inattendu » (éd. Leduc), cette anciennemannequinlivrelerécitd’uneaidantequi a dû apprendre, souvent seule, à naviguer dans l’après-diagnostic.Entretien. BRUCE ET EMMA WILLIS, EN 2019, SUR L’ÎLE DE PARROT CAY. EmmaHeming,l’épousedeBruceWillis,atteint dedémence,partagedansunlivrepoignantsavied’aidante etdegardiennedesmomentsdoux. PAR RANIA ABDESSELAM EXCLUSIF “JEMEDEMANDEÀ QUELMOMENTBRUCEA CESSÉD’ÊTREAVECMOI” BELATHEE/DOCUMENT PERSONNEL 8 INFO ELLE 11 JUIN 2O26 ELLE. Vous croisez Bruce Willis pour la première fois en 2005, dans une salle de sport. Vous n’étiez pas impressionnée par la star hollywoodienne ? EMMA HEMING WILLIS. Pas du tout. J’étais même fiancée à l’époque ! [Rires.] Mais Bruce aurait dit à son ami Stephen Eads : « Je vais épouser cette femme. » Il était à l’opposé de l’image qu’on avait de lui. Il était drôle, bien sûr, maisaussiincroyablementcalme,attentionnéetcurieuxdesautres.Puisjel’aivuavecsesfilles.Lui et Demi avaient réussi à construire une famille soudée malgré leur séparation. Je me suis dit : « Je pourrais avoir des enfantsaveccethomme.» ELLE. Et vous avez eu deux filles ensemble, Mabel et Evelyn. Quel père est-il ? E.H.W.Unpèredrôle,tendreettrèsimpliqué.Leweek-end, ilemmenaitlesfillesaumarchédeproducteurs,carsoutenirlescommerçantslocauxluitenaitvraimentàcœur.Ces petits rituels du quotidien… c’est peut-être ce qui me manqueleplus. ELLE. Avant le diagnostic, vous avez cru traverser une crise conjugale… E.H.W. Lorsdesrepasoudessoirées,il semettaitpeuàpeuenretrait.Audébut, j’ai pensé à un problème d’audition. Puis son bégaiement d’enfance, qu’il avait réussi à surmonter, est revenu. Mais,surtout,nousnenouscomprenions plus. J’avais l’impression que mon mariage s’effondrait. J’ai même envisagédelequitter. ELLE. Qu’est-ce qui vous a empêchée de partir ? E.H.W. JeconnaissaisBruce,jesavaisquequelquechose d’autre était en train de se passer. Une fois le diagnostic posé,j’aicomprisquecen’étaientpasdeschoixconscients desapart.C’étaitsoncerveauquichangeait. ELLE. Que s’est-il passé le jour du diagnostic ? E.H.W. C’étaitennovembre2022,noussommesrepartis avec une brochure et un rendez-vous fixé à plus tard. On nous a expliqué qu’il n’existait aucun traitement et que la maladie de Bruce était trop avancée pour les essais cliniques. J’étais pétrifiée. J’aurais voulu une feuille avec des “Audébut, j’aipenséàun problème d’audition.Puis sonbégaiement d’enfance estrevenu.” EMMA HEMING WILLIS AVEC LEURS FILLES, EVELYN ET MABEL, EN 2019, À BEDFORD (NEW YORK). PRESSE 9 ELLE 11 JUIN 2O26 étapesconcrètes:quiappeler,quefaireensuite…Maisje refusais aussi de demander de l’aide. Je voulais protéger Bruceetpréservernotreintimité. ELLE. Aviez-vous entendu parler de démence fronto-temporale (DFT) avant cela ? E.H.W. Le mari d’une amie proche de ma mère en était atteint. Je savais donc vaguement ce que cette maladie impliquait. C’est aussi pour cela qu’une partie de moi espérait presque qu’il s’agisse d’une tumeur : quelque chose que l’on pourraittraiteroucombattre. ELLE. Cette maladie neurologique reste encore très méconnue. Pourquoi selon vous ? E.H.W.Parcequ’elleneressemblepas àl’imagequel’onsefaitdeladémence. LaDFTtoucheleslobesfrontauxettemporaux,ceuxquirégissentlapersonnalité, les émotions, le comportement. Lessymptômessontsouventconfondus avecceuxd’unedépression,d’unburnoutoud’untroublebipolaire.Contrairement à Alzheimer, la mémoire peut rester intacte pendant longtemps. Beaucoup de patients réussissent même les tests cognitifs classiques. Résultat : il faut en moyenne près de quatreanspourobtenirundiagnostic. Quatre années pendant lesquelles des familles se fracturent sans comprendrecontrequoiellessebattent. ELLE. Votre livre est aussi un plaidoyer pour les aidants. À quel moment vous êtes-vous reconnue dans ce mot ? E.H.W. Très tard. Au début, on fait simplementcequisemblenaturel:prendre soin de la personne que l’on aime. C’est une neurologue quiamisunmotsurcequejevivais.Ellevoyaitquejebrûlais lachandelleparlesdeuxbouts:soutenirBruce,élevernos filles,essayerdemainteniruneformedenormalité…Ellem’a expliqué que les aidants avaient un taux de mortalité plus élevéquelerestedelapopulation.Cejour-là,j’aicompris que si je ne prenais pas soin de moi, j’allais devenir une statistique.J’aivouluréunirdanscelivretoutcequej’aurais aimésavoirplustôt. ELLE. Vous avez pris une décision très difficile : vivre dans deux maisons séparées… E.H.W. Je savais que Bruce n’aurait jamais voulu que nos filles grandissent dans une maison entièrement absorbée parsamaladie.Sansmêmenousenrendrecompte,nous vivionstoussurlapointedespieds.Plusdesoiréespyjama, plus d’amis à la maison… Notre seconde résidence, également à Los Angeles, est pensée pour lui et son équipe. Cheznous,lesfilles peuvent redevenir des adolescentes. L’autre jour, nous étions tous ensemble dans le jardin. Les fillesriaientdanslapiscine,Sinatrapassaitenfondsonore, Bruce me tenait la main… Ces moments-là sont devenus immensespourmoi. ELLE. Vous avez été énormément critiquée publiquement pour ce choix… E.H.W. Les gens jugent souvent ce qu’ils ne vivent pas. Ils ne savent pas ce qui se passe derrière les portes closes. Ce n’est pas la vie que nous avionsimaginée,maisc’estcellequi fonctionnepournotrefamille.Biensûr quecescritiquesm’ontblessée.Pourtant, je tenais à témoigner. Car, un jour, quelqu’un d’autre devra peutêtre prendre une décision tout aussi difficile. Et cette personne saura qu’ellen’estpasseule. ELLE. À quoi ressemble l’amour quand la personne que l’on aime change peu à peu ? E.H.W. Pendant longtemps j’ai été submergée par le chagrin. Cette maladie prend et continue de prendre.Elleemportedesmorceaux de la personne que vous aimez. Je medemandeparfoisàquelmoment Bruceavraimentcesséd’êtrepleinement«avecmoi».Quelleaéténotre dernière vraie conversation ? Qu’est-ce que nous faisions ce jour-là ? Je n’aurai jamais la réponse. Une spécialiste, la Dre Pauline Boss, m’a appris ce qu’elle appelle la pensée du « et/aussi ». Je perds des parties de mon mari… et j’ai aussiencoredutempsaveclui. ELLE. Vous autorisez-vous à imaginer une vie après ? E.H.W. C’estunchapitrequ’onvoulaitquej’ajouteaulivre. Maisjenepeuxpasencorel’écrire,parcequejenel’aipas encore vécu. En revanche, je vois ceux qui sont de l’autre côté, d’anciens aidants, toujours présents à des conférences, pleins d’amour et d’engagement. Ce que je sais, c’estquecelaneseterminejamaisvraiment. « LE VOYAGE INATTENDU », d’Emma Heming Willis (éd. Leduc). “Brucen’aurait jamaisvouluquenos fillesgrandissent dansunemaison entièrement absorbéeparsa maladie.” EMMA HEMING WILLIS 10 INFO cause commune. C’est également le moment où la mode en fait un vêtement de prêt-à-porter. 3. LE BLEU POLITIQUE Juin 1997. Fraîchement élu à l’Assemblée nationale, le député de gauche PatriceCarvalho,salariédeSaint-Gobain, fait son entrée dans l’hémicycle aveclafameuseveste.«Jereprésente 70% des Français, et je serai l’un des rares à avoir une place dans cette Assemblée,avait-ilexpliquéparlasuite. Ce bleu de travail, c’est un moyen de montrerquej’entendsàcequel’intérêt decesgens-làsoitvraimentdéfendu.» 4. LA VERSION SEXY Érigés en nouveaux sexsymbols hollywoodiens, les acteurs Jeremy Allen White, Jacob Elordi ou Austin Butler ont chacun adopté celle quelesAméricainsappellent « la veste de corvée ». Portée élimée sur un T-shirt blanc à slogan ou à même la peau, elle s’est alors parée d’une aura qui faittournerlatêtedesadmiratrices. 5. LE GRAND DÉTOURNEMENT Récemment, la très controversée start-up américaine Palantir, spécialisée dans le renseignement et proche de l’administration Trump, a mis en vente une version logotée de ce symbole ouvrier ainsi détourné. Un modèle–évidemmentmadeinUSA– à 239 dollars (!), illustrant l’engagement de l’entreprise en faveur de la « réindustrialisation de l’Amérique ». Toutunprogramme. GEORGES AZENSTARCK/ROGER-VIOLLET ; IMAPRESS/GLOBE PHOTOS VIA ZUMA WIRE/REUTERS ; INSTAGRAM @JEREMYALLENWHITEFINALLY, @JJACOB.ELORDI, @GOLDENAGE_LA ; PRESSE. ELLE 11 JUIN 2O26 D A N S L E R É T R O LE BLEU DE TRAVAIL DesouvriersduXIXe siècleà l’AmériquedeTrump,lavestebleu dePrusseahabillélestravailleurs… maispasque.Historiqueexpress. PAR MARGAUX KREHL D A N S L E R É T R O L’ACTEUR JEREMY ALLEN WHITE. L’ACTEUR JACOB ELORDI. LE DÉPUTÉ PATRICE CARVALHO, EN 1997. MANIFESTATION DES MÉTALLURGISTES À PARIS, EN MAI 1968. VESTE LE MONT SAINT MICHEL. 1. LES ORIGINES Le vêtement de travail est l’un dessymbolesdelarévolutionindustriellequis’opère au XIXe siècle en France. Une veste avec des poches, confortable, solide, pensée pourfaciliterlesmouvements desouvriers.Sacouleur,dite bleu de Prusse, est le fruit d’une découverte accidentelle, au XVIIIe siècle, par le fabricant berlinois de pigments Johann Jacob Diesbach. C’est parce qu’elle est peu coûteuse àfabriquerquecetteteinteserautilisée en masse lors de la confection des premiersvêtementsdetravail. 2. LA MÉTAMORPHOSE Mai 1968 étant passé par là, le bleu de travail se fait vêtement de contestation. Quand les ouvriers refusent deleporterpourremettreenquestion leurs conditions et leur classe sociale, les étudiants manifestant sur les barricades s’en emparent pour faire 11 DAVID FISHER/SHUTTERSTOCK, GREGORY PACE/SIPA ; JOHN ANGELILLO/UPI/ABACA ; ADMEDIA/STARFACE. P H É N O M È N E COUPDEMOUE Finile«duckface»!Surlesréseauxsociaux,laGenZposedésormais enaffichantunvisageblasé. PAR FLORENCE TRÉDEZ TOUJOURS CRÉATIVE, LA GÉNÉRATION Z aaccouchéd’unemicrotendance,trèscommentée danslesmédiaset surlesréseauxsociaux: le«GenZpout»(moue delaGenZ)».«Imaginez unregardvideetunelèvre gonfléetelleunecarpe sousanxiolytique»,décrit unarticledu«NewYork Times».Ceregardpassant poursnoboudésabusé,ce visageinexpressifetcette lèvresupérieuremarquant uninsolentje-m’en-foutisme sontunemanièredeposer qu’onretrouvechezLilyRoseDepp,RachelSennott, actriceetscénariste delasérie«ILoveL.A.» ouencorel’actriceAriana Greenblatt,vuedans «Barbie».Ilseraitun marqueurfortpourse différencierdela générationprécédente. «Cariltrancheavecle “duckface”desmillennials, qui,avecdeslèvrespincées engagéeChloeWise? SelonDinahSultan,le gimmickseraitàlafoisun héritagedesidoles japonaisesoucoréennes delaJ-popetdelaK-pop, quil’ontpopularisédansles années1990,etdeslolitas delapopetducinémades années2000.«Cette moueauncôtéjuvénileet mutin,soulignel’experte. Onlaretrouveaussidans laculture“brat”de lachanteuseCharliXCX etchezLolaYoung,avec cetteesthétiquedela “messygirl”etsoncôté lolitafreestyleet brouillonne.»Pourle magazine«i-D»,lebutde cette«mouedissociative» serait«dedonner l’impressiond’êtredétaché, defairecommesionvenait d’êtrephotographié parhasardalorsqu’on contemplaitsonprofond désenchantementfaceau mondequinousentoure». Justeunemoueouune visiondumonde,voireun malaisecollectif?Carily aurait,d’aprèslemagazine «Fortune»,unparallèleà faireentrele«GenZstare» (regarddepoissonmort), le«GenZpout»et l’inadéquationmanifeste destrentenaires,privés desociabilisationparles confinementsetunmonde dutravailrigide.Une enquêted’Intelligent.com (2024)aainsirévélé qu’uneentreprisesursix auraitrenoncéàengager uncandidatdelaGenZ pourincompétences supposéesen communication,encontact visueletencapacitéàfaire du«smalltalk»(papoter) avecsescollègues. Fairelamoueseraitdonc davantagequ’ungimmick pourtapisrougeset réseauxsociaux:lesignal d’alerted’unegénération désenchantée. imitantunbaiserexagéré etdesjouescreusées,était uneposturepremierdegré deséduction,explique DinahSultan,directrice dustylechezPeclers Paris.Lamouerenfrognée delaGenZ,elle,est revendicatrice.Ellevaà l’encontredesnormes esthétiquestraditionnelles delaféminité:onne souritpas,onn’estpasune femme-objet.Mêmesielle estsouventassociéeàdes codesd’hypersexualisation quisontunpeudissonants, maisc’estlàtoutela complexitédelaGenZ», ajoute-t-elle.D’oùvient cettemouedevenuevirale surTikTokouInstagram etqu’onretrouvedans despeinturesdelanouvelle vaguehyperréaliste, tellescellesdel’artiste canadiennepopet désenchantementfaceau mondequinousentoure». Justeunemoueouune visiondumonde,voireun visiondumonde,voireun visiondumonde,voireun visiondumonde,voireun CHARLI XCX. LILY-ROSE DEPP. ARIANA GREENBLATT. RACHEL SENNOTT. 12 ELLE 11 JUIN 2O26 LEFEUETLECHAGRIN MarjaneSatrapi,l’autricede«Persepolis»,est«mortedetristesse»àParis le4juin.Nosadieuxàunereine. PAR CATHERINE ROBIN MARJANE SATRAPI EN 2011. ÉDOUARD CAUPEIL/PASCO & CO ; NANA PRODUCTION/SIPA ; PHOTO12 ; PRESSE. 13 ELLE 11 JUIN 2O26 E LLE S’ÉTAIT MISE EN RETRAIT DU MONDE. Parce que le chagrin avait pris toute la place. Parce que «l’amour de sa vie» s’était éteint, précocement, le 8avril2025.MarjaneSatrapiarejointMattiasRipa, son mari, le 4juin, à l’âge de 56ans. Et l’émotion suscitée parcettedisparitionestimmense.Àlahauteursansdoutedu retentissement provoqué par sa première œuvre, «Persepolis»,qui,avantdedevenirunlong-métragecélébré,changea le visage de la bande dessinée pour toujours. Dans cetteautobiographie,dontlepremiertomeparuten2000, MarjaneSatrapiracontaitsonenfanceàTéhéran,enIran, où, à tout juste 10ans, elle fut témoin directe – et déjà très engagéeettrèsdrôle–delarévolutionislamique,puisde laguerrequiopposasonpaysàl’Irak.Avecsondessinstylisé en aplats noirs, elle y décrivait son quotidien au sein d’unefamilled’obédiencecommunisteetsonexilcontraint, quicommençadèsses14ans,àVienne,enAutriche. C’est finalement en France que s’installera pourdeboncetteartistepolyglotte,àlacuriositéinsatiable, aussi douée pour les mathématiques que pour le dessin. À force de raconter à ses copains d’atelier cette enfance «entre Dieu et Marx» – deux barbus qu’elle trouvait fort ressemblants –, Marjane Satrapi, tout juste diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg, entama son chef-d’œuvre. «L’arrivéedeMarjaneàl’AtelierdesVosges,çaaétéune bombe atomique dans nos vies », a souvent décrit celui qu’elleconsidéraitcommesonfrèrejumeau, JoannSfar.Aux côtésdesfutursgrandsnomsdelabandedessinée,comme Christophe Blain, David B., Emmanuel Guibert ou encore ÉmileBravo,lajeunefemmen’aaucunmalàfairesaplace, dansunneuvièmeartencoretrèsmajoritairementmasculin à l’époque. Éruptive, passionnée, franche et gouailleuse, MarjaneSatrapinesecachepasderrièrelemasquedela courtoisierévérencieuse.Elleparlevite,ellejure,ellepeste, elleritaussi.Beaucoup.Maissoussonhumourravageur,les ténèbrestoujoursaffleurent.Onlesdevinedanslanoirceur de son eye-liner ou à travers les mailles de sa robe noire à petitcolblancqu’elleportesisouvent.Aprèslesuccèsplanétaire des quatre tomes de «Persepolis», son imaginaire setourneverslecinéma.L’adaptationaniméedesonbestsellerluivautunprixdujuryàCannesetdeuxCésar. Abandonnant définitivement la bande dessinée, elle s’oriente vers la fiction en images réelles, avec toujours ce souci d’aller là où on ne l’attend pas, entre film de genre, avec «The Voices», et biopic, avec «Radioactive», consacré à Marie Curie. En 2025, quand Rachida Dati, alors ministre de la Culture, veut lui remettre la Légion d’honneur,MarjaneSatrapisemblerevêtirànouveauson blouson d’adolescente à Téhéran, où elle avait griffonné «Punkisnotded».Ellerefuselabreloqueenraisondel’«attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran». Si elle n’est jamais retournée dans son pays natal depuis 1995, celle qui fut naturalisée françaiseen2006estdetous les combats de la diaspora.Quelquessemaines après le début du soulèvement faisant suite à la mort de Mahsa Amini, en 2022,elleavaitprislatête d’un collectif de personnalités pour interpréter «Barayé», unechansonécriteparunjeunechanteuriranien,devenue l’hymne de la révolte. En 2023, elle avait également coordonnéunromangraphiqueconsacréaumouvement «Femme,vie,liberté»,paruauxéditionsL’Iconoclaste.Sielle mettaitàdistancelapolitiquefrançaise,elleaenrevanche accueilliavecbonheurlareconnaissancedesespairs,en acceptantlapropositiond’entreràl’Académiedesbeauxarts,sectionmiseenscène,auseindelaquelleelleacréé, en février dernier, la Fondation pour le cinéma Mattias et Marjane Ripa-Satrapi afin d’aider de jeunes étrangers à étudierleseptièmeartenFrance.Ellen’auramalheureusementpaseuletempsderevêtirl’habitvert. Ces derniers mois, de nombreux proches luiavaienttendulamain,sansquejamaisellesoitencapacité de l’attraper. Comme si le puits était trop profond. Commesielleavaitdéjàbasculédel’autrecôté.Aucimetière du Père-Lachaise, Marjane Satrapi avait fait graver son nom sous celui de son époux, devant le mausolée qui l’honore.«Mourird’amourc’estcequiteressembleleplus pour moi, Marjan Jan», a écrit sur les réseaux sociaux son amie Mina Kavani. Joann Sfar, ce frère qu’elle n’a jamais eu,aécrit,lui,cesmotsbouleversants:«Jenesavaispasque je t’aimais assez fort pour ne pas t’en vouloir.» Une façon de nous autoriser à penser qu’en se dérobant à nos yeux et à nos cœurs, Marjane Satrapi a finalement recouvré cettelibertéqu’elleapourchasséetoutesavie. 1 ET 3. FILM « PERSEPOLIS » (2007), DE MARJANE SATRAPI ET VINCENT PARONNAUD. 2.ROMAN GRAPHIQUE «FEMME, VIE, LIBERTÉ » (ÉD.L’ICONOCLASTE, 2023), SOUS LA DIRECTION DE LA DESSINATRICE. 1 2 3
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