L'HISTOIRE n°539 - Page 1 - 539 Han, c’est-à-dire chinois C en’estpas,biensûr,ledébutdel’histoire de la Chine, qui commence, il y a trois mille cinq cents ans, sur les bords du fleuve Jaune, avec l’agriculture, les arts du bronze, le filage delasoieetlespremièresécritures. Les Han ne sont même pas la premièredynastie,puisquelaprécéda, pendant une quinzaine d’années (221-206 av. n. è.), uneéphémèremaisdécisivelignéedesQin,quiunifia le territoire, la largeur des routes, la monnaie, les poids et mesures, et les caractères d’écriture, consolida les frontières et jeta les bases de la première «GrandeMuraille».Aunetelleconstruction,ilfallait un titre à sa mesure. Les Qin auront donc donné à la Chineson«Premierempereur»,celui-làmêmequise fitenterreravec8000soldatsdeterrecuiteprèsdesa capitale Xianyang (Xi’an). LesHann’ontfaitqueleursuccéder.Surgidenulle part,LiuBangparticipeàlagranderévoltecontreles Qin, élimine ses adversaires, se coule dans le modèle, et devient empereur. Avec une interruption, les Han vont régner quatre siècles (202 av. n. è.-220). C’est lapluslonguedes dynastieschinoises.Ellevamêmeréussiràs’imposer comme « la première ». Éclipsant le Premier empereur Qin, frappé d’illégitimité, les Han récupèrent et consolident les institutions qu’il a mises en place. Dans une Chine qui compte bientôt 60 millions d’habitants (autant que l’Empire romain, à l’autre bout du monde alors connu), la dynastie, bénéficiant d’un optimum climatique,etdesrevenusfiscauxdégagéspar lesproducteurs de blé et de millet de la Grande Plaine, impose,dansladurée,lesprincipesdel’uniformisation impériale. Les collecteurs d’impôts parcourent à cheval les milliers de kilomètres de routes, tandis que se pérennise un gouvernement qui repose sur neuf ministres dédiés, et une administration centralisée de 30000 lettrés-fonctionnaires attachés à servir et soutenir le pouvoir. C’est avec eux, il y a deux mille ans, que triomphe la doctrine de Confucius qui va devenir, avec son corpus de Classiques, rien de moins qu’une idéologie d’État. C’est aussi sous les Han que les Chinois sortent du bassin du fleuve Jaune, leur berceau d’origine. Au nord, leurs expéditions sont limitées par la puissance des Xiongnu, peuple nomade des steppes, menace barbare par excellence, avec lesquels ils négocient un partage des zones d’influence, qui n’exclut pas les regains bellicistes, mais explique les liens durables entre la Chine du Nord et l’Asie centrale. Au sud, le terrain est plus favorable encore : au iie siècle, les Man du fleuve Bleu sont officiellement passés dans le giron impérial. Ainsi se dessine la première carte de la Chine, celled’avantladeuxièmegrandeexpansion,sousles Mandchous,millecinqcentsansplustard.Ladynastie Han est bien le moment fondateur d’une Chine expansionniste. Elle mérite la place qui lui est donnéedanslegrandrécitchinois,celled’uneétapeglorieuse dans un passé impérial qui, depuis trente ans, a retrouvé tout son lustre. Mais les Han sont bien plus qu’une dynastie. Depuis le Moyen Age, leur nom s’est imposé pour désigner une population qui partage une langue et une écriture, en un mot, des traits culturels qui la différencient des peuples barbares. Au xixe siècle, à l’âge des races, « Han » fut revendiqué par les nationalistes qui en firent un argument de résistance à la dynastie des Qing, Mandchous venus de l’extérieur. Cette histoire a fortifié une identité ethnique. Dans laRépubliquedevenuecommuniste,ilsreprésentent l’écrasante majorité de la population (92 %). Même si l’égalité est en principe assurée aux 55 nationalités restantes – dont les Ouïgours, les Miao, les Mongols ou les Tibétains –, cette mention sur les papiers d’identité conforte la noblesse d’une appartenance ancienne : Han, c’est-à-dire chinois. n L’Histoire @ Retrouvez toute l’actualité de L’Histoire sur www.lhistoire.fr Les Han ont leur place dans le grand récit chinois, celle d’une étape glorieuse dans un passé impérial qui a retrouvé son lustre / 3 L’HISTOIREN°539 - JANVIER 2026 ÉDITO 4 / Forum VOUS NOUS ÉCRIVEZ L’HISTOIREN°539 - JANVIER 2026 @ En vous inscrivant à l’adresse privilege-abonnes @histoire.presse.fr, vous pourrez recevoir la newsletter et les informations de L’Histoire. Vous avez été nombreux à réagir à notre numéro « Mahomet. Histoire d’un prophète » (L’Histoire n° 537, novembre 2025). Frantz Grenet, professeur au Collège de France, nous fait remarquer, à propos de l’image du jeune Muhammad que nous avons publiée page 57 : « Cette image, largement diffusée en Iran à partir de 1979, a brusquement été retirée de l’espace public par les autorités. Ce portrait du Prophète était initialement légitimé par son attribution à un moine chrétien de Syrie qui l’aurait exécuté à une époque où, jeune caravanier,Muhammad n’avait pas encore reçu la Révélation, ce qui permettait de contourner “l’interdit” sur sa représentation. La découverte de sa source,dans un album photographique de 1905 réalisé en Tunisie, est due à Pierre Centlivres et Micheline CentlivresDemont, dans un article paru dans Études photographiques n° 17 en novembre 2005. » Mohamed Ali Jilani nous demande pourquoi avoir choisi « Mahomet » comme titre de numéro tandis qu’à l’intérieur nous utilisons « Muhammad ». Michel Lavanant propose de revenir sur « l’hypothèse nazaréenne, de plus en plus évoquée dans les travaux scientifiques de ces dernières décennies. Dans le Coran, Jésus prime sur Muhammad : cet hommage à Jésus interroge sur l’origine des croyances du Prophète, et l’hypothèse judéo-chrétienne s’impose de plus en plus dans la suite des travaux de Martiniano Pellegrino Roncaglia, au début des années 1970. » La réponse de la rédaction La dénomination du Prophète connaît des variantes liées aux régions,aux dialectes et aux caractéristiques de l’alphabet arabe,danslequellesvoyellesnesontpas systématiquement écrites. En Turquie, il est appelé “Mehmet”, en Afrique subsaharienne “Mamadou”. En France, les transcripteurs de l’arabe adoptent le plus souvent “Mahomet” à partir du xiie siècle. “Muhammad” est de plus en plus utilisé par les historiens, mais certains l’appellent aussi “Mohamad”. Nous avons donc décidé, dans le titre, de garder le nom le plus connu du public francophone et d’exposer, dans le numéro, son histoire. Quant à l’hypothèse nazaréenne, nous l’avions évoquée dans notre dossier sur le Coran (L’Histoire n° 472, juin 2020). Le Coran des historiens (Cerf, 2019), dirigé par Mohammad Ali Amir-Moezzi et Guillaume Dye, accorde aussi de longues pages aux contextes scripturaires dans lesquels prit place la composition du corpus coranique. Le chapitre IX, rédigé par Jan Van Reeth, porte sur “Les courants judéo-chrétiens et chrétiens orientaux de l’Antiquité tardive”. Mahomet ou Muhammad ? La rédaction de L’Histoire est responsable des titres,intertitres, textes de présentation,encadrés, notes,illustrations et légendes.La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle,faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause,est illicite (article L.122-4 du Code de propriété intellectuelle). Toute copie doit avoir l’accord du Centre français de droit de copie (CFC,20,rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.Tél.: 01 44 07 47 70. Fax : 01 46 34 67 19). L’éditeur s’autorise à refuser toute insertion qui semblerait contraire aux intérêts moraux ou matériels de la publication.Les nom,prénom(s) et adresse de nos abonnés sont communiqués à notre service interne et aux organismes liés contractuellement avec L’Histoire,sauf opposition motivée.Dans ce cas,la communication sera limitée au service de l’abonnement.Les informations pourront faire l’objet d’un droit d’accès ou de rectification dans le cadre légal. Commission paritaire n° 0428 K 83242.ISSN 0182-2411. L’Histoire est publiée par les Éditions L’Histoire Président-directeur général et directeur de la publication : Claude Perdriel Dépôt légal décembre 2025 © 2025 Éditions L’Histoire Sauf mention contraire de son auteur,toute lettre parvenue à la rédaction de L’Histoire est susceptible d’être publiée dans le magazine.Par souci de brièveté et de clarté,la rédaction se réserve le droit de ne publier que des extraits des lettres sélectionnées. Origine du papier :Autriche Eutrophisation (Ptot) : 0,018 kg/tonne Taux de fibres recyclées : 33 %. Imprimé par BLG,Toul (54),France Certifié PEFC Qu’est-ce qu’un « Anglo-Saxon » ? James Roberts remarque, à propos de l’enquête d’Olivier Thomas sur « Les Historiens étrangers et l’histoire de France » (L’Histoire n° 536, octobre 2025) : « Est-ce que l’usage non critique du terme “anglo-saxon” pour désigner les historiens de l’anglosphère ne pose pas un léger problème d’anachronisme ? Ce terme est très précis pour l’Angleterre pré-normande (ve –xie siècle). L’appliquer aux réalités modernes a tendance à simplifier un peu trop la diversité des pays anglophones. Peut-être serait-il plus approprié d’utiliser l’adjectif “anglophone” ou le substantif “l’anglo sphère” dans un contexte moderne ? Une autre solution serait d’encadrer le terme avec des guillemets pour le contextualiser. » La réponse de la rédaction Vous avez raison. Il faudrait renoncer au terme pour désigner pêle-mêle les anglophones de tout espace géographique. Mais ce n’est pas seulement que nous avons cédé à la facilité : nous avons repris les catégories de la Bibliographie annuelle de l’histoire de France de 1984, publiées dans un article de Colette Albert-Samuel avec un graphique aux catégories peu précises (« Les historiens de la France en 1984 », Histoire, économie et société, 6/1, 1987). « Obituarist » ou nécrologue Jean-Pierre Palacin a souhaité réagir à la Carte blanche de Pierre Assouline « Profession “obituarist” » (L’Histoire n° 537, novembre 2025) à propos des premiers écrivains anglophones de nécrologie,qui ont droit au titre d’« obituarist » (du latin obitus, « la mort »). Il suggère des traductions au terme obituarist : « Relevant ce défi, on peut proposer “nécrologiste”, qui n’a que le tort de le faire penser au médecin-légiste… Ma préférence irait donc à “nécrologue” ou “nécrologueur”. » A méditer… FR FR FR FR 2025 MOSTRA SÃO PAULO PRIX DU PUBLIC 2025 FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM BORDEAUX 2025 FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM LONDRES 2025 FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM ROME 2025 FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM TOKYO GRAND PRIX 2025 FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM TORONTO 2025 FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM MARRAKECH 2026 FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM THESSALONIQUE 2025 FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM VALLODOLID AU CINÉMA LE 14 JANVIER BFI·BBCFILM·DOHAFILMINSTITUTE·KATARASTUDIOSprésententunecoproductionPHILISTINEFILMSavecAUTONOMOUS,CORNICHEMEDIAetMKPRODUCTIONS-avecHIAMABBASS,KAMELALBASHA,YASMINEALMASSRI,JALALALTAWIL,ROBERTARAMAYO,SALEHBAKRI,YAFABAKRI,KARIMDAOUDANAYA,BILLYHOWLE,DHAFERL’ABIDINE, et avec LIAMCUNNINGHAMet JEREMYIRONS-coproduit par AZZAMFAKHREDDIN,HANIFARSI,NILSÅSTRAND,OLIVIERBARBIER,NATHANAËLKARMITZ,KATRINPORS,HAMZAALIetCATVILLIERS-produit par OSSAMABAWARDI-ècrit et réalisé par ANNEMARIEJACIR-direction de la photographie HÉLÈNELOUVART·SARAHBLUM·TIMFLEMING -directionartistiqueNAELKANJ-montageTANIAREDDIN-costumesHAMADAATALLAH-sonBRUNOTARRIÈRE-musiqueBENFROST-ventesinternationalesLUCKYNUMBER·MK2FILMS L’HISTOIREN°539 - JANVIER 2026 6 / On va en parler DR – COLLECTION DU GIP-MMT ; © ADAGP, PARIS 2025 – DR EXCLUSIF Musée-mémorial du terrorisme, enfin ! C’était une décision du président Macron en 2018 : un Muséemémorial du terrorisme devait ouvrir en France. Le lieu était choisi : l’école de plein air de Suresnes, classée monument historique, qu’il fallait réhabiliter ; les travaux étaient sur le point de commencer. Portée par sept ministères, une mission de préfiguration, sous la direction d’un historien, Henry Rousso, et d’une magistrate, Elisabeth Pelsez, s’est mise au travail, collectant des objets, construisant un site interactif en partenariat avec l’historienne Jenny Raflik-Grenouilleau, en réseau avec les institutions cousines (Oklahoma City, New York, Utoya, Oslo, Lima et Vitoria-Gasteiz). Sur fond de difficultés budgétaires et de polémiques diverses, le gouvernement Barnier et sa ministre de la Culture ont failli avoir raison du projet. Étrange hostilité… Le terrorisme est un fait majeur de notre histoire contemporaine. Il change d’échelle dans les années 1970 – avant que le djihadisme, en 2001, le fasse entrer dans une nouvelle ère. Dans cette affaire, la France tient une place à part : les attentats en Corse, de loin les plus nombreux, ceux commandités par l’Iran ou la Libye dans les années 1980 et, depuis trente ans, le terrorisme djihadiste, très meurtrier (Paris, 2015 ; Nice, 2016). En cinquante ans, 4220 attentats ont fait près d’un millier de morts, sans compter de très nombreuses vies fracassées. Sans qu’on le mesure bien parfois, ces attentats nous ont changés. Notre vie quotidienne obéit à de nouveaux codes. Les procès ont montré combien la place des victimes est devenue centrale. Dans le même temps, le cadre juridique s’est durci. Mais, François Molins le rappelle dans L’Histoire Collection n°108 (juilletseptembre 2025, disponible sur notre site) : en 2015, la France n’est pas sortie de l’État de droit. Qui dira que cela ne vaut pas un Musée-mémorial ? Il ouvrira en 2030, avec un budget moins élevé, dans une partie de la caserne Lourcine à Paris. En attendant, on peut aller voir l’exposition « 13 novembre 2015 : que dit la science des attentats ? » (jusqu’au 22 mars à la Cité des sciences et de l’industrie à la Villette) et se recueillir dans le jardin mémoriel de la place Saint-Gervais, derrière l’Hôtel de Ville de Paris. In memoriam. n Marseille ALLEZ SAVOIR La prochaine session de ce festival coorganisé par la Ville de Marseille et l’EHESS, en septembre 2026, sera consacrée à « L’argent », un sujet en or ! Renseignements à venir sur www.allez-savoir.fr/ Nîmes L’ART, POUR QUOI FAIRE ? Féconde association : en 2026, le musée de la Romanité de Nîmes et le Louvre explorent ensemble la place de l’art dans la civilisation romaine à partir d’œuvres prêtées par le musée parisien. Elles ont bien sûr été choisies pour leur beauté, mais surtout pour leurs fonctions et usages. Un autre regard sur le rôle de l’art dans la cité et la société. Toulouse ON ROUVRE Deux lieux culturels rouvrent dans la Ville rose : le Château d’eau, avec l’exposition de Sophie Zénon, fascinée par les questions de mémoire et d’histoire ; le musée des Augustins (beaux-arts), fermé depuis 2019. Installé dans un couvent dont le cloître principal est le seul du Sud-Ouest du xive siècle intégralement conservé, il présente un nouveau parcours liant les collections à l’histoire de la ville. MémoireCI-dessus : vue de la caserne Lourcine, Paris, XIIIe arrondissement (vers 1900). A droite : portrait de Lamia Mondeguer, victime à La Belle Équipe, par Akhine. L’HISTOIREN°539 - JANVIER 2026 / 7 PARIS, MUSÉE D’ORSAY ; PHOTO JOSSE/BRIDGEMAN IMAGES Marc Bloch « NACH BERLIN » Le centre Marc-Bloch à Berlin organise, le 28 mai 2026, un colloque intitulé « Marc Bloch : histoires croisées et engagement franco-allemand ». Les propositions de communication sont à envoyer avant le 15 janvier 2026. Informations : https://cmb.hu-berlin.de /fr/meldungen/call-for -papers-konferenz-marc -bloch-vergleichende -geschichten-und-deutsch -franzoesisches -engagement/ Patrimoine PROUST ET VOUS Quelques jours encore pour participer à la campagne lancée par la BNF pour acquérir plus de 900 manuscrits, lettres, dessins et travaux de jeunesse de Marcel Proust. Ce dernier grand corpus proustien, encore en mains privées (les héritiers de Suzy Mante-Proust, sa nièce), permettrait à la BNF de détenir près de 95 % des archives proustiennes mondiales. La BNF doit rassembler 7,7 millions d’euros, chaque don compte. www.bnf.fr/fr/participez -lacquisition-dun -fonds-marcel-proust -exceptionnel CNL/APHG LAÏCITÉ Jean-François Chanet (recteur de l’académie de Créteil) et Jacqueline Lalouette donneront une leçon de laïcité le 12 janvier, au CNL, 53, rue de Verneuil, 75007 Paris. Nocturnes de l’histoire POUR TOUS Les quatre sociétés d’historiens de l’enseignement supérieur et de la recherche (SoPHAU, SHMESP, AHMUF, H2C-ex AHCESR) vont à la rencontre d’un public élargi. La 6e édition des Nocturnes de l’histoire se tiendra le mercredi 25 mars en France et outremer. Si vous souhaitez participer : https:/ /nocturnesdelhistoire.com L'esprit d'ouverture. En partenariat avec Écoutez ce qu’hier nous prépare. © Radio France/C. Abramowitz LE COURS DE L’HISTOIRE DU LUNDI AU VENDREDI 9H - 10H Xavier Mauduit FC_LM_LeCoursDeLHistoire_176x120v2.indd 1 FC_LM_LeCoursDeLHistoire_176x120v2.indd 1 05/05/2022 10:30 05/05/2022 10:30 27 JANVIER 19H30 LE MAGE DU KREMLIN D’OLIVIER ASSAYAS Projection suivie d’une rencontre avecMariePierre Rey (Paris I) animée par Natacha Laurent 15 places sont offertes aux abonnés de L’Histoire Inscription : privilege-abonnes @histoire.presse.fr Cinéma ABC 13, rue Saint-Bernard 31000 Toulouse abc-toulouse.fr Toulouse POUR NOS ABONNÉS L’HISTOIREN°539 - JANVIER 2026 8 / On va en parler PHOTO PERSONNELLE – © MAX BERLIN – FRANCESCA MANTOVANI/GALLIMARD/OPALE.PHOTO – PHOTO PERSONNELLE – NOLWENN BROD/AGENCE VU – © INRAP – © CHLOÉ VOLMMER-LO – © CHLOÉ VOLMMER-LO LA VIE DE L’ÉDITION n Le livre d’Annie SartreFauriat et Maurice Sartre, Zénobie, de Palmyre à Rome, ressort dans une nouvelle version, Perrin, « Tempus », janvier 2026. n Laurent Joly, L’Antisémitisme de bureau. Enquête au cœur de l’administration de Vichy, 1940-1944, Tallandier, « Texto ». n Monique MundDopchie, Études classiques et « cancel culture ». Le cas complexe de l’ethnocentrisme grec, Bruxelles, Académie royale de Belgique, « L’Académie en poche ». n Violaine Sebillotte Cuchet, Les Femmes d’Athènes. L’Antiquité grecque était-elle misogyne ?, PUF, « Biographie ». n Nicola Labanca, David Reynolds, Olivier Wieviorka (dir.), La Guerre du désert, 1940-1943, Perrin, « Tempus ». n Le Saint Bernard. L’art cistercien de Georges Duby reparaît, présenté par Patrick Boucheron, chez Flammarion, « Champs histoire ». n Olivier Hanne, Histoire du djihad. Des origines de l’islam à Daech, Tallandier, « Texto ». n Enfin, les jeunes éditions Collection Proche republient M, la biographie de Mussolini par Antonio Scurati. @ Plus d’information www.lhistoire.fr LES POCHES François de Coustin et Nebiha Guiga Grognards de choix La Fondation Napoléon a décerné son Grand Prix 2025 à François de Coustin pour Louis Bonaparte. Roi rebelle et mélancolique (Perrin) et celui du Jury à Nebiha Guiga pour Les Blessés de Napoléon (Passés composés). Joël Cornette Prix Hugues-Capet 2025 Pour Anne d’Autriche, La régente absolue (Gallimard). LES GENS Elsa Bocher Prix Étienne-Taillemite Pour sa thèse « Du no man’s land à la colonie », sur la mise en valeur des îles australes aujourd’hui françaises, de 1780 à 1930. Manon Bril « 300000 ans » Tel est le titre du voyage scénique décalé de l’historienne, un seul-en-scène plein d’humour. Au théâtre L’Européen à Paris jusqu’à janvier, puis en tournée en France de février à novembre. CAHIERS BLEUS Il faut que je me me livre telle que je suis ! Un titre en forme de profession de foi pour ce volume de la série des « Cahiers bleus » de Liane de Pougy, éditée par Hervé Duchêne chez Le Passeur. Un regard féminin sur la France au lendemain de la Grande Guerre. HUMENSIS, CLAP DE FIN Six mois après le rachat d’Humensis, Albin Michel le réorganise en trois pôles : « littérature et documents » (Équateurs, L’Observatoire et Passés composés), « sciences humaines » (Puf) et « éducation » (Belin, Classico, Boscher). HORDE D’OR La Horde. Comment les Mongols ont changé le monde de Marie Favereau (Perrin, 2023) bénéficie d’une édition très illustrée chez le même éditeur. L’IMA PUBLIE La collection « Pensées arabes contemporaines » présente trois nouveaux titres : Pour une anthropologie arabe, d’Abdellah Hammoudi, Gaza sous l’occupation britannique, d’Abaher ElSakka et L’Architecture de la perte, d’Ismail Nashef, sur la pensée palestinienne après la perte des territoires. LES ARTISANS DE LA MÉMOIRE Le Souvenir français, présidé par Serge Barcellini, édite un Guide des acteurs de la mémoire de la Première Guerre mondiale. Il rassemble toutes les associations qui œuvrent à faire vivre la mémoire de la Grande Guerre : généalogistes, reconstitueurs, musées, mémoriaux, associations de victimes de guerre. Pascal Perrault Inrap Il a été nommé directeur général délégué de l’Institut national de recherches archéologiques préventives. Romain Bertrand et Jean Dytar Primés à Blois Au 42e festival bd BOUM de bande dessinée de Blois pour Les Sentiers d’Anahuac, chez La DécouverteDelcourt (cf. p. 88). 10 / Revue mensuelle créée en 1978, éditée par les Éditions L’Histoire 41 bis, avenue Bosquet, 75007 Paris Président-directeur général et directeur de la publication : Claude Perdriel Directeur éditorial : Maurice Szafran Directeur éditorial adjoint : Guillaume Malaurie Conception graphique : Dominique Pasquet Pour toute question concernant votre abonnement Tél. : 01 55 56 71 19 Courriel : abo.histoire@groupe-gli.com L’Histoire, service abonnements 45,avenueduGénéral-Leclerc,60643ChantillyCedex Belgique : Édigroup Belgique, tél. : 070 233 304 Suisse : Édigroup SA, tél. : 022 860 84 01 Tarif France : 1 an, 12 nos : 67 € 1 an, 12 nos + 4 nos Hors-série.Collections : 89 € Tarif autres pays : nous consulter Achat de revues et d’écrins L’Histoire, 45,avenueduGénéral-Leclerc, 60643ChantillyCedex Tél. : 01 55 56 71 19 RÉDACTION, DOCUMENTATION, RÉALISATION Tél. : 01 70 98 suivi des 4 chiffres Courriel rédaction : courrier@histoire.presse.fr Directrice de la rédaction : Valérie Hannin (19 49) Assistante de rédaction : Marie Alberto Jeanjacques (19 51) Conseillers de la direction : Michel Winock, Jean-Noël Jeanneney Rédactrice en chef : Héloïse Kolebka (19 50) Rédacteur(rice)s en chef adjoint(e)s : Géraldine Soudri (19 52), Olivier Thomas (19 54) Secrétaire général de rédaction: Raymond Lévêque (19 55) Chef de rubrique : Ariane Mathieu (19 53) Rédaction : Julia Bellot (19 60), Lucas Chabalier, Domitille de Gavriloff, François Mathou, Huguette Meunier, Nina Tapie (19 30) Rédaction-révision-correction : Hélène Valay Directrice artistique : Marie Toulouze (19 57) Service photo : Jérémy Suarez-Lalouni (19 58) COMITÉ SCIENTIFIQUE Pierre Assouline, Jacques Berlioz, Patrick Boucheron, Catherine Brice, Bruno Cabanes, Johann Chapoutot, JoëlCornette,Clément Fabre, Anaïs Fléchet, Jean-NoëlJeanneney,PhilippeJoutard, Emmanuel Laurentin, Julien Loiseau, Pap Ndiaye, Fabien Paquet, Olivier Postel-Vinay, Yann Potin, Yves Saint-Geours, MauriceSartre,ClaireSotinel, Pierre-FrançoisSouyri,Laurent Theis, Annette Wieviorka, Olivier Wieviorka, Michel Winock CORRESPONDANTS Dominique Alibert, Claude Aziza, Vincent Azoulay, Antoine de Baecque, Esther Benbassa, Françoise Briquel-Chatonnet, Guillaume Calafat, Jacques Chiffoleau, Alain Dieckhoff, Jean-Luc Domenach, Hervé Duchêne, Olivier Faron, Marie Favereau, Christopher Goscha, Christian Grataloup, Isabelle Heullant-Donat, Gilles Kepel, Matthieu Lahaye, Marc Lazar, Olivier Loubes, Gabriel Martinez-Gros, Marie-Anne Matard-Bonucci, Guillaume Mazeau, Nicolas Offenstadt, Pascal Ory, Michel Porret, Yann Rivière, Isabelle Surun, Boris Valentin, Sylvain Venayre, Catherine Virlouvet, Nicolas Werth Ont collaboré à ce numéro : Ulysse Attidekou-Wuilliet, Violette Bluche, Marie Huguet, Lucile Juteau (partenariats), SophieLeGallo(secrétariatderédaction),MathildeProtais FABRICATION Creatoprint : Isabelle Dubuc, Sandrine Bourgeois, Loïc Rossigneux ACTIVITÉS NUMÉRIQUES Erwan Treyz (19 08) PARTENARIATS ET ÉVÉNEMENTS Alain Scemama (06 60 49 12 34) SERVICES ADMINISTRATIFS ET FINANCIERS Directrice administrative et financière : Jaye Reig MARKETING DIRECT ET ABONNEMENTS Directeur : Luc Bonardi Responsable du marketing direct : Magali Viette (19 12) VENTES ET PROMOTION Directeur : Valéry-Sébastien Sourieau (19 11) Ventes messageries : Mercuri Presse Conseil, Frédéric Vinot (01 42 36 80 52) Diffusion librairies Pollen/Dif’pop’ Tél. : 01 43 62 08 07, fax : 01 72 71 84 51 RÉGIE PUBLICITAIRE Mediaobs 44, rue Notre-Dame-des-Victoires, 75002 Paris Tél. : 01 44 88 suivi des 4 chiffres Courriel : pnom@mediaobs.com Directeur général : Corinne Rougé (93 70) Directeur de publicité : Romain Provost (89 27) Directeur de clientèle : Antoine Kodio (97 79) Studio : Vincent Curet (89 26) Gestion : Catherine Fernandes (89 20) mediaobs.com COUVERTURE : Statuette en terre cuite polychrome d’un cavalier provenant de la province du Shaanxi, dynastie des Han orientaux, ier -iie siècle (Paris, musée national des Arts asiatiques Guimet ; NPL/opale.photo). 3 L’édito 4 Forum 6 On va en parler Événement 12 DU NOUVEAU SUR BEAUMARCHAIS, L’ENTREPRENEUR DES LUMIÈRES par Gilles Montègre Actualité 22 Arthur Koestler, le mal aimé par Michel Winock 24 Année Marc Bloch. L’esprit des « Annales » par Guillaume Calafat 26 Magellan dans tous ses états par Romain Bertrand Dossier Les Han 30 La dynastie qui a fait la Chine par Damien Chaussende • L’invention de la « race Han » par Clément Fabre •Règnes fondateurs • Une impératrice, des concubines • Les eunuques, serviteurs et menace •Homogénéiser la langue •Dates-clés • Carte : un empire expansionniste 42 Comment les Han ont éclipsé les Qin par Béatrice L’Haridon • Les grandes dynasties chinoises • Sima Qian, le premier historien • Une illégitimité légendaire COLLECTION DAGLI ORTI/LONDRES, AMBASSADE DE FRANCE/EILEEN T WEEDY/AURIMAGES BOSTON, MUSEUM OF FINE ARTS ; WORLD HISTORY ARCHIVE/COLLECTION CHRISTOPHEL P. 12 P. 28 / 11 Sommaire L’HISTOIREN°539 - JANVIER 2026 FRANCE CULTURE Le jeudi 18 décembre à 9 heures, retrouvez L’Histoire dans l’émission de Xavier Mauduit « Le Cours de l’histoire » L’Atelier des chercheurs 56 CORTÈS : L’AUTRE ANCÊTRE DU PARLEMENT par François Foronda 64 NUISIBLE ET COMESTIBLE TEL UN ESCARGOT EN FRANCE par François Jarrige 70 ÉTATS-UNIS-CANADA. LA FABRIQUE D’UNE FRONTIÈRE par Nicolas Barreyre 76 LOUIS NAPOLÉON BONAPARTE, SAUVEUR DE LA SOLOGNE ! par Jean-Marc Moriceau 46 Coloniser les peuples des marges par Alexis Lycas • Une des plus anciennes cartes chinoises 50 Le socle de la pensée chinoise entretien avec Anne Cheng • Comment ils voyaient le monde par Damien Chaussende • Confucius, un humanisme très politique • Les « Cinq Classiques » •Pour en savoir plus Guide 78 LIVRES Le livre du mois de Stephen Smith et Ronen Bergman par Jean-François Mondot La sélection de « L’Histoire » Les revues La bande dessinée par Tristan Martine Le classique de Jean-Pierre Azéma par Henry Rousso 90 SORTIES Expositions par Huguette Meunier Cinéma par Antoine de Baecque, Jules Plassart et Aude Vassallo Médias par Olivier Thomas 98 CARTE BLANCHE de Pierre Assouline BARCELONE, ARCHIVE DE L A COURONNE D’ARAGON ; ORONOZ/ALBUM/AKG-IMAGES – BRENDAN SMIALOWSKI/AFP THE GRANGER COLLECTION NYC/AURIMAGES – GIANNI DAGLI ORTI/NPL-DEA PICTURE LIBRARY/BRIDGEMAN IMAGES Ce numéro comporte un message Beaux-Arts magazine et un encart Sophia Boutique « montre » sur une partie de la diffusion abonnés. P. 64 P. 70 P. 56 P. 76 L’HISTOIREN°539 - JANVIER 2026 12 / Événement Du nouveau sur Beaumarchais, l’entrepreneur des Lumières Agent secret, fournisseur d’armes, inventeur des droits d’auteur, imprimeur… On pensait déjà tout savoir sur la vie tumultueuse de Pierre-Augustin Caron, alias Beaumarchais. L’entrée de ses archives personnelles à la BNF éclaire d’un nouveau jour le créateur de Figaro et, à travers lui, le mouvement des Lumières. Par Gilles Montègre L’AUTEUR Maître de conférences HDR à l’Université Grenoble Alpes, copilote du projet ANR Archibeau, Gilles Montègre a notamment publié Voyager en Europe au temps des Lumières. Les émotions de la liberté (Tallandier, prix Château-de-Versailles du livre d’histoire 2024). et Le Mariage de Figaro) au détriment du reste de l’œuvre, mais elle nous prive aussi d’une compréhension historique de cet homme des Lumières. Nouvelles Lumières Le tumultueux triomphe de la première représentation du Mariage de Figaro en 1784 sur la scène de la Comédie-Françaisen’estenréalitéque l’acte final d’une longue pièce dont Beaumarchais a patiemment œuvré à tisser l’écheveau. Une occasion exceptionnelle s’offre aujourd’hui aux chercheurs pour en reconstituer les étapes : l’arrivée, dans les fonds publics de la Bibliothèque nationale de France (BNF), des archives personnelles de Beaumarchais, longtemps conservées chez ses descendants. Ce F igaro a tué la noblesse ! » Cette formule attribuée à Danton encourage tout un chacun à voir, dans l’œuvre théâtrale de Beaumarchais (1732-1799), une prophétie de la Révolution française. Chaque époque de l’histoire a en réalité eu tendance à projeter dans les écritsdeBeaumarchaisunrefletdeses proprescombatsémancipateurs:lutte contre la censure et pour la « liberté de blâmer»(LeMariagedeFigaro)dansla première moitié du xixe siècle, défense de l’idéal national républicain après la chute du Second Empire en 1870, revendications féministes aujourd’hui. Marceline, la mère cachée deFigaro,soutienteneffet«vivement», à l’acte III du Mariage : « Hommes plus qu’ingrats, qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes ! C’est vous qu’il faut punir des erreurs de notre jeunesse. » Cette lecture constamment rétrospective de Beaumarchais a ses vertus comme ses limites : non seulement elle focalise l’attention sur ses « comédies espagnoles » (Le Barbier de Séville PHOTO PERSONNELLE – COLLECTION DAGLI ORTI/LONDRES, AMBASSADE DE FRANCE/EILEEN T WEEDY/AURIMAGES – BNF, NAF 29073, BOÎTE XVIII, DOSSIER 1 L’HISTOIREN°539 - JANVIER 2026 / 13 CREDIT PHOTOS Mille vies Ci-dessus : portrait de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais par Jean-Marc Nattier en 1755 (Londres, collection particulière). « J’ai vécu deux cents ans ! » plaisantait le dramaturge qui fut aussi espion pour Louis XVI en Angleterre, comme en témoigne ci-dessous ce mémoire autographe du 27 avril 1775. Beaumarchais y décrit au roi son « voyage de Paris à Londres ». Ce document fait partie de ses archives personnelles qui ont rejoint la BNF en 2023.
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