L'HISTOIRE n°544 - Page 1 - 544 L’inimaginable A cette heure, nul ne sait si la guerre (des Européens) aura lieu. Mais ce que montre notre dossier, c’est à quel point sa possibilité est revenue hanter les esprits. Nous nous en croyions débarrassés. Les principes posés, en 1648, par les traités de Westphalie pour mettre un terme à la guerre de Trente Ans (respect des frontières, pri mat de la diplomatie) avaient fini par s’imposer. Il y eut encore beaucoup de sang versé, de Louis XIV à Napoléon, de Bismarck à Hitler. Mais l’obstination des tenants du droit et des institutions internatio nales avait payé. En 1945, le rêve d’Emmanuel Kant et de Victor Hugo prenait corps : on pouvait imagi ner, en Europe, une paix « perpétuelle » entre des nations qui se déchiraient, régulièrement, depuis plus de mille ans. LesEuropéensréus siraient même, tant bien que mal, à co opérer et à envoyer leurs enfants, comme le chantait Brassens, « faire l’amour ensemble et l’Europededemain». Dans les classes d’histoire, on ensei gnait « la guerre en Europecommesielle ne devait plus jamais avoir lieu » (Stéphane Audoin-Rouzeau).Toutachangé,le24 février2022, avec l’agression déclenchée par Poutine contre l’Ukraine.Elleobligeaitàuneautrelecturedescoups de force en Géorgie (2008), et bien sûr dans le Don bass et en Crimée (2014). La Russie n’était pas rési gnée à l’éclatement de son empire. Les élargisse mentsdel’Unioneuropéenne(2004),etplusencore de l’Otan, à ses anciens satellites ou féaux pouvaient être tenus pour provocations. Dans l’année 5 de cette histoire, il faut se rendre à l’évidence.PourlesEuropéens,lesoutienàl’Ukraine n’est pas seulement une affaire d’honneur. Dans un ciel qu’on croyait sans nuages, s’amoncellent les si gnaux faibles d’une guerre qui ne dit pas (encore) sonnom:survolsdedronesau-dessusdesaéroports, câbles sous-marins sectionnés, actes de sabotage contre des entrepôts de munitions ou infrastruc tures critiques, cyberattaques et entreprise systéma tique de désinformation, avec la complicité de mil liers d’idiots utiles mais aussi de quelques hommes d’affaires acharnés, pour un intérêt hasardeux, à la destruction du tissu démocratique. La défection des États-Unis de Trump n’est qu’une catastrophe sup plémentaire. La guerre hybride a commencé. Nous ne sommes déjà plus en paix. Prudents, les Européens ne sont cependant pas sans réaction : retour ou extension de la conscrip tion, augmentation des budgets de Défense, liens renforcés avec les Britanniques, remise en ordre des abris anti-aériens ou anti-atomiques, avertis sement des populations. Les pays sont inégale ment concernés : la Finlande (dotée d’une armée de 300000 hommes), la Pologne (première armée de terre du continent), les pays Baltes (aux avantpostes avec leurs frontières fortifiées), la Norvège (qui a interdit l’entrée de ses ports – Kirkenes – aux navires russes bondés d’espions). Mais le chance lier allemand, le président français, la Première mi nistre italienne, et même leur homologue espagnol évoquent aujourd’hui ouvertement la nécessité de repenser l’architecture de défense du continent. Est-ce cela une avant-guerre ? Les auteurs de ce dossier nous aident à réfléchir à la manière dont les acteurs, qu’ils soient gouvernants, militaires, journa listes ou simples citoyens, ont pris, dans le passé, la pleinemesuredelamenaceetinfluésurlamarchedes événements. L’avant-guerre est l’histoire de ce pas sage, de l’impalpable évolution des consciences, qui fait basculer de l’insouciance, ou du déni, à l’assenti ment.Lecheminestétroit,caillouteuxetglissant.Les esprits les plus éclairés (même Jaurès…) s’y perdent parfois. On ne sait jamais rien de la guerre qui vient –etlesresponsabilitéssonténormes.Sil’histoire,dans cette affaire, nous aide un peu, c’est peut-être à me surer ce que détermination veut dire : tout faire pour éviterlaguerre,maislapréparerpourlejour,quin’est pas sûr, où il faudrait, pour défendre ce à quoi l’on tient, être prêts à se résigner à l’inimaginable. n L’Histoire @ Retrouvez toute l’actualité de L’Histoire sur www.lhistoire.fr L’avant-guerre est l’histoire de ce passage, de l’impalpable évolution des consciences, qui fait basculer de l’insouciance à l’assentiment / 3 L’HISTOIREN°544 - JUIN 2026 ÉDITO 4 / Forum VOUS NOUS ÉCRIVEZ L’HISTOIREN°544 - JUIN 2026 @ En vous inscrivant à l’adresse privilege-abonnes @histoire.presse.fr, vous pourrez recevoir la newsletter et les informations de L’Histoire. Vous avez été nombreux à réagir à notre numéro sur « Louis XI.Roi sage ou Roi fou » (n° 543, mai 2026). Léon Jettroec nous écrit : « Votre excellent dossier consacré à Louis XI m’a quelque peu interpellé, notamment la carte du royaume de France, page 37. La Bretagne y apparaît comme ‘‘fief vassal’’. C’est bien là une vision ‘‘franco - française’’, partagée, je le concède, par Louis XI, mais le point de vue breton est tout autre : lors du concile de Bâle, en 1431-1449, les envoyés du duc de Bretagne engagèrent une longue querelle de préséance avec les représentants du duc de Bourgogne, arguant que leur duché n’était en aucune façon vassal de la couronne de France et que leur prince exerçait tous les pouvoirs d’un roi, qualité qu’avaient ses ancêtres. La Bretagne, proclamaient-ils, était un royaume ‘‘il n’y a pas trop longtemps et son duc n’était pas vassal du roi comme le duc de Bourgogne’’. Le duché de Bretagne fut bien un ‘‘État’’ jusqu’à son annexion forcée, conséquence de la défaite militaire de Saint-Aubin-duCormier en 1488, suivie du mariage, forcé lui aussi, d’Anne de Bretagne avec Charles VIII en 1491, avant la transformation définitive du duché de Bretagne en province du royaume, en 1532. » Louis XI, vu de Bretagne La rédaction de L’Histoire est responsable des titres,intertitres, textes de présentation,encadrés, notes,illustrations et légendes.La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle,faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause,est illicite (article L.122-4 du Code de propriété intellectuelle). Toute copie doit avoir l’accord du Centre français de droit de copie (CFC,20,rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.Tél.: 01 44 07 47 70. Fax : 01 46 34 67 19). L’éditeur s’autorise à refuser toute insertion qui semblerait contraire aux intérêts moraux ou matériels de la publication.Les nom,prénom(s) et adresse de nos abonnés sont communiqués à notre service interne et aux organismes liés contractuellement avec L’Histoire,sauf opposition motivée.Dans ce cas,la communication sera limitée au service de l’abonnement.Les informations pourront faire l’objet d’un droit d’accès ou de rectification dans le cadre légal. Commission paritaire n° 1130 K 83242.ISSN 0182-2411. L’Histoire est publiée par les Éditions L’Histoire Président-directeur général et directeur de la publication : Claude Perdriel Dépôt légal mai 2026 © 2026 Éditions L’Histoire Sauf mention contraire de son auteur,toute lettre parvenue à la rédaction de L’Histoire est susceptible d’être publiée dans le magazine.Par souci de brièveté et de clarté,la rédaction se réserve le droit de ne publier que des extraits des lettres sélectionnées. Origine du papier :Autriche Eutrophisation (Ptot) : 0,018 kg/tonne Taux de fibres recyclées : 33 %. Imprimé par BLG,Toul (54),France Certifié PEFC Quitter le couvent LindaNezris’interrogeausujet del’articled’ÉlénaGuillemard: « Face aux protestants, les nonnes résistent ! » (n° 540, février 2026) : « Je peux comprendre l’argumentation des protestants sur la nécessité du “mariage”, et le fait de vouloir expulser les nonnes de leurs couvents. Mais je me suis demandé si cette entreprise “théologique” ne cachait pas une opération plus terre à terre, d’ordre matériel, pour faire main basse sur les biens de ces femmes. » La réponse d’Éléna Guillemard Vous avez raison : les enjeux pour pousser les femmes (et les hommes d’ailleurs) des ordres monastiques vers la sortie du cloître sont aussi économiques. L’une des motivations majeures des dissolutions conventuelles réside dans la volonté de s’approprier les biens monastiques. Henri VIII, en Angleterre, dissout, au xvie siècle, les monastères pour capter leurs richesses. Dans les faits,les conditions de sortie des religieuses témoignent souvent d’un écart important entre les engagements initiaux des autorités et la réalité. A Genève, par exemple, les autorités protestantes avaient promis aux religieuses des moyens de transport pour emporIsaac (n° 541, mars 2026, p. 6) : l’une concernant l’année de l’arrestation de sa famille (le 7 octobre 1943 et non 1942). L’autre quant au lieu de l’arrestation : Jules et sa femme, Laure, ont alors quitté Le Chambonsur-Lignon pour Riom,où résidaient leur fille et leur gendre. Lorsque la Gestapo arrive chez ces derniers, Jules Isaac est chez le coiffeur, ce qui le sauve. Annonce Pierre Haignere cède sa collection de L’Histoire, du n° 60 au n° 543. A retirer près de Lille : 06 78 78 85 09. ter leurs biens. Pourtant, celles-ci sont contraintes de quitter la ville sans rien emporter. Cette dépossession s’accompagne d’autres formes de contrainte économique. Lors des négociations précédant la fermeture du couvent, les religieuses doivent restituer la dot versée pour l’une d’entre elles, seule à quitter l’institution dans ce contexte. Ce type d’exigence illustre la pression financière exercée sur les communautés au moment de leur dissolution. Géorgie ou Georgia Gerard A. Muguet se questionne à propos de l’article de Bertrand Van Ruymbeke « Pourquoi les Américains ont gagné », du dossier « 1776. La révolution américaine » (n° 542, avril 2026) : « Le nom de l’État américain Georgia, dénommé ainsi, sauf erreur, en l’honneur du roi George (pas d’accent en anglais), est partout traduit en français “Géorgie” avec un accent, ce qui conduit à une confusion possible avec la nation de Géorgie, dans le Caucase. Y a-t-il une explication ? » La réponse de Bertrand Van Ruymbeke La colonie de Géorgie est fondée en 1732 et porte le nom de George II (roi de Grande-Bretagne, 17271760, maison de Hanovre). L’homonymie des noms, celui de la colonie puis de l’État américain et du pays, est une coïncidence. En français, nous mettons un accent, comme nous francisons Virginie, Caroline, etc. Rectificatifs Marc et Dominique Régny signalent deux erreurs dans l’encadré sur Jules FR FR FR FR J’indique mes coordonnées M. Mme Mlle Nom : Prénom : Adresse : Adresse : Code postal : Tél. : Ville : Email : À renvoyer sous enveloppe affranchie à : L’Histoire - Service Abonnements 45 avenue du Général Leclerc 60643 CHANTILLY Cedex J’accepte de recevoir par mail, des offres de L’Histoire. * Vous pouvez acquérir séparément chacun des numéros de L’Histoire au prix de 6,90€, des numéros doubles au prix de 7,90€ ou des numéros hors-séries au prix de 9,90€. 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Qui sait que, à Paris, le « zouave du pont de l’Alma » est un hommage aux soldats français morts dans cette péninsule russe ? EnAlgérie,dudébarquementdes troupesfrançaisesdanslabaiede Sidi-Ferruchenjuin1830jusqu’à larévoltekabylede1871,quatre décenniesdeconflitontdonnéleton auxcenttrente-deuxansqu’auraduré lacolonisation. Bulletin d’abonnement ABONNEZ-VOUS à FORMULE CLASSIQUE FORMULE COUPLÉE Pour accéder à votre abonnement numérique, merci de renseigner votre email. 60€ 84€ OUI, je souhaite m’abonner à L’Histoire papier + numérique et je reçois EN CADEAU 2 anciens numéros : FORMULE CLASSIQUE FORMULE COUPLÉE Je choisis mes 2 nos : N°517 : 1974 Portugal N°520 : Sionisme 1882 – 2024 N°528 : Guerre de Crimée N°532 : Guerre d’Algérie 1 AN - 10 nos + 1 no double (papier + numérique) au prix de 60 € au lieu de 76,90 €*. 1 AN - 10 nos + 1 no double + 4 hors-séries (papier + numérique) au prix de 84 € au lieu de 116,50 €*. P544 L’HISTOIREN°544 - JUIN 2026 6 / On va en parler JAMES VEYSEY/SHUTTERSTOCK/SIPA – DR Queer Britain, le musée londonien dédié aux cultures LGBTQIA+ – lesbienne, gay, bisexuelle, trans, queer, intersexe, asexuelle, « queer » servant souvent à en résumer l’ensemble –, a rouvert ses portes en février après quelques mois de fermeture pour enrichir ses espaces d’exposition. Créé en 2018, il s’est fixé en 2022 non loin de la gare internationale de Saint-Pancras. Disposant d’une collection composée en grande partie par des dons de particuliers, d’associations et d’institutions, il ambitionne que « les membres de la communauté racontent leur propre histoire » selon Andrew Given, son directeur. Le plus ancien musée consacré à la culture queer est le Schwules Museum, né à Berlin en 1985. Mais, quarante ans après, ils sont à peine une petite dizaine à travers le monde. Le destin de celui de Saint-Pétersbourg, ouvert en 2022 et fermé quelques jours plus tard après la pénalisation de la représentation des sexualités non traditionnelles, rappelle combien, dans certains pays, le sujet reste difficile à aborder. En France, le Conseil de Paris en a voté le principe à l’unanimité le 22 mai 2024. Queer Britain présente un ensemble d’archives remises dans leur contexte, celui d’une société britannique aujourd’hui tolérante, mais longtemps hostile : criminalisée, l’homosexualité est considérée comme une maladie mentale jusqu’en 1973 au Royaume-Uni. Les lettres, écrites au début du xxe siècle, par l’écrivain homosexuel Lytton Strachey à la peintre Dora Carrington témoignent ainsi de leur singulière idylle fusionnelle mais platonique. De nombreux documents illustrent aussi le temps des luttes pour la reconnaissance des différentes communautés queer. Livrets de chansons et partitions militantes du Mouvement de libération des femmes montrent ainsi les convergences entre féministes et lesbiennes. Des magazines et des photos reviennent sur le destin tragique de Justin Fashanu : premier footballeur britannique professionnel à annoncer son homosexualité en 1990, il subit l’opprobre d’une partie de son milieu et se suicide en 1998. Les archives du Black Lesbian and Gay Centre – posters, prospectus et pamphlets – traduisent les difficultés de la communauté homosexuelle noire ou asiatique. Des vêtements conservés témoignent de la vitalité créative des communautés LGBTQIA+. On retiendra les tenues chatoyantes autant que provocatrices du Club Kali, discothèque ouverte en 1995 – et toujours très active – à destination des queers d’Asie du Sud-Est. La salle d’exposition temporaire présente en ce moment des tracts, fanzines ou collages détournant des images célèbres, dont des exemplaires pornographiques inédits. Bref, bien que petit, Queer Britain est riche, et renouvelle le genre. n Photographies, tracts, slogans et détournements. @ @ Informations : https://queerbritain.org.uk INITIATIVE « Au contact, citoyens, citoyennes ! » Porté par l’association Fraternité générale (créée après les attentats de 2015), ce collectif citoyen se propose de contribuer à la formation citoyenne des lycéens, en lien avec l’Association des professeurs d’histoire et de géographie. Pour Muriel Domenach, ancienne ambassadrice de la France auprès de l’Otan, co-initiatrice de la plate-forme, il s’agit d’aider « à l’auto-défense de notre démocratie contre les assauts internes et externes ». Le site Aucontactcitoyenscitoyennes.fr présente des capsules vidéo mettant en scène des experts, historiens, juristes (catégorie « Parlons État de droit »), ou des diplomates, chercheurs, militaires (« Parlons stratégie »), et des rencontres avec eux ainsi qu’avec les auteur(e)s d’une centaine de documentaires mis à disposition gratuitement (« La force des docs ») pour aller au contact des jeunes sur les enjeux de société, de mémoire, et qui éclairent l’actualité nationale et internationale. Renseignements : Aucontactcitoyenscitoyennes.fr ARCHIVES Queer Britain, musée d’un nouveau genre Dédié aux cultures LGBTQIA+, ce musée londonien rouvre ses portes avec une riche collection d’archives. L’HISTOIREN°544 - JUIN 2026 / 7 DR – XOSE BOUZAS/HANS LUCAS Créteil PRIX DU JEU DE SOCIÉTÉ Pour sa 2e édition, le prix du jeu de société historique a récompensé Cartaventura Mexica (édition Blam !). Dans ce jeu de cartes, façon « livre dont vous êtes le héros », il s’agit d’incarner Malinalli, une jeune indigène lors de la conquête de l’Amérique par les Espagnols. De vos choix dépendra son destin. Verdun CICATRICES DE L’HISTOIRE Tel est le thème retenu pour la 2e édition du festival Passeurs d’histoire, du 6 au 8 novembre au mémorial de Verdun. Blessures humaines, mémorielles, géographiques, sont évoquées par des historiens. Informations : memorial-verdun.fr Podcast COLLÈGE DE FRANCE Créé en 1530 par François Ier , le Collège de France diffuse les connaissances à travers des cours gratuits ouverts à tous. Depuis 2006, ils sont enregistrés. Aujourd’hui, 13000 cours, conférences et séminaires sont consultables sur le site de l’institution et sur les plate-formes. L'esprit d'ouverture. En partenariat avec Écoutez ce qu’hier nous prépare. © Radio France/C. Abramowitz LE COURS DE L’HISTOIRE DU LUNDI AU VENDREDI 9H - 10H Xavier Mauduit FC_LM_LeCoursDeLHistoire_176x120v2.indd 1 FC_LM_LeCoursDeLHistoire_176x120v2.indd 1 05/05/2022 10:30 05/05/2022 10:30 @ Pour en savoir plus : www.lhistoire.fr PORTRAIT Dernier-né des grands Musées nationaux parisiens, le musée du quai Branly-Jacques-Chirac propose, pour ses 20 ans, un grand week-end festif les 19, 20 et 21 juin. A sa tête depuis mai 2021, Emmanuel Kasarhérou, linguiste, historien de l’art, archéologue, conservateur du patrimoine – en parfait connaisseur de la culture kanak, il a auparavant dirigé le musée de NouvelleCalédonie à Nouméa et le centre culturel Tjibaou. C’est à ce dernier qu’il a emprunté le concept d’« objets ambassadeurs », particulièrement fécond pour une institution qui abrite des pièces de toutes les provenances hors d’Europe avec une fréquentation record – presque autant de visiteurs que d’objets conservés : environ 1400000. Emmanuel Kasarhérou au Quai Branly L’HISTOIREN°544 - JUIN 2026 8 / On va en parler LA VIE DE L’ÉDITION RENCONTRES n Sophie A. de Beaune, La Vie quotidienne durant la Préhistoire, Nouveau Monde, « Chronos », 2026. n Safia Kessas, Fabrice Riceputi, Un massacre en Kabylie. Algérie, 1956, La Découverte, « Poche », 2026. n Frédéric Ramel, Dix œuvres musicales à l’ONU. Une diplomatie du sensible, CNRS Éd., « Biblis », 2026. n Tous les deux ans se tient l’ESSHC (European Social Science History Conference). La prochaine sera à Lyon en avril 2027. n PARIS, SORBONNE 1er JUIN L’Association des historiens invite Nicolas Bourguinat à parler de « L’unité allemande : la solution prussienne ». n PARIS, PANTHÉON 2 JUIN Remise du prix du Livre d’histoire contemporaine à 18h45. Les trois finalistes sont Philippe Broussard pour Le Photographe inconnu de l’Occupation (Seuil) ; Andreï Kozovoï pour Les Exilés. Pasternak et les miens (Grasset) ; Marc Lazar pour Histoire du populisme en France, xixe -xxie siècle (Gallimard). Inscriptions : www.lirelasociete.com n PARIS, PANTHÉON 3 JUIN ET 1er JUILLET Le Centre des monuments nationaux et Le Grand Continent invitent Peter Sloterdijk à parler de Victor Hugo (3 juin) et Giuliano da Empoli à évoquer Jean Monnet (1er juillet). Réservation : pantheon @monuments-nationaux.fr n BORDEAUX, MSH ET MUSÉE D’AQUITAINE 8-10 JUIN Colloque sur les « Mobilités sous contraintes dans les empires coloniaux, xve -xixe siècle » avec notamment Emma Gendre, Emilia Koustova, Camille Le Brettevillois, Steve Fopa Simo. @ Plus d’informations sur www.lhistoire.fr VENISE TOUJOURS VIVANTE Une affiche collée sur un mur du Rialto en 2020 proclamait « Venezia è viva ». Devenu viral, ce slogan rassemble celles et ceux qui veulent que leur ville résiste à l’hypertourisme et à l’expropriation collatérale. Liana Levi publie, sous ce titre, un livre disponible en français, anglais et italien, dirigé par Donatella Calabi, avec Stefania Bertelli, Elena Svalduz, Ludovica Galeazzo et Martina Massaro. L’AMÉRIQUE EST – AUSSI – FRANÇAISE ! Laurier Turgeon, Yves Bergeron et Martin Fournier ont dirigé l’Encyclopédie française des patrimoines de l’Amérique française (PUR-PUL, 2026). Les 88 articles de cet ouvrage illustré sont repris des 330 que compte l’Encyclopédie en ligne, portant sur des patrimoines naturels, matériels ou immatériels en France, au Canada et aux États-Unis. Ouvrage DANS VOS POCHES POUR L’ÉTÉ pionnier, comme le souligne Philippe Joutard dans une introduction, il traite de sujets attendus : Jacques Cartier, la francophonie ou le « Vive le Québec libre ! » gaullien, ou non : les huguenots en Amérique, les fromages du Québec ou le stade olympique de Montréal. LE COURAGE DE RÉSISTER Nouvelle collection pour les adolescents, « Ceux qui ont dit non », chez Actes Sud jeunesse, dirigée par Murielle Szac. Les premiers titres : Hubert Beuve-Méry. Non aux fake news de Frédéric Ploquin ; Marc Bloch. Non au déni de l’histoire de Carole Trébor ; George Sand. Non aux préjugés d’Ysabelle Lacamp. LA MER EN CARTES L’Histoire et Les Arènes se sont associées pour créer un nouvel atlas historique. Dirigé par Christian Grataloup et Jean de Préneuf, il retrace en 200 cartes et infographies la grande aventure maritime de l’humanité. Inédits En réédition DERNIÈRE MINUTE France 3 diffuse, le 8 juin, à 22h30, un documentaire d’Emmanuel Blanchard coécrit avec l’historien Grégoire Kauffmann : La Recluse de Saint-Flour. Contre-enquête. Le 20 octobre 1983, le GIGN découvre à Saint-Flour, en Auvergne, une femme recluse depuis près de quatre décennies : Esther Albouy. Tondue à la Libération pour de supposés faits de collaboration, elle aurait été enfermée par sa propre famille. A rebours du fait divers, le film revient sur les lieux et reprend l’enquête à zéro, ponctué de dessins de Valentine Cuny-Le Callet. Entre violence de l’épuration, fantômes des années noires et maladie mentale, il montre comment la vie d’Esther fut brisée par l’histoire, l’indifférence et l’oubli. n Mary Beard, Imperator. Une histoire des empereurs de Rome (2024), Points, « Histoire », 2026. n Adrienne Mayor, La guerre non conventionnelle dans l’Antiquité (2024), Nouveau Monde, « Chronos », 2026. L’HISTOIREN°544 - JUIN 2026 / 9 Micah Alpaugh Prix ZeevSternhell A l’occasion du 100e anniversaire du Comité international des sciences historiques (CISH), la Commission internationale d’histoire de la Révolution française (CIHRF) a créé le prix Zeev-Sternhell, doté de 2000 euros, afin de récompenser le meilleur ouvrage d’histoire transnationale des révolutions de la fin du xviiie siècle et du début du xixe siècle. Le premier lauréat est Micah Alpaugh pour Friends of Freedom. The Rise of Social Movements in the Age of Atlantic Revolutions (Cambridge University Press, 2021). Le prix sera remis lors du congrès du CISH à Leipzig, fin août 2026. Maurice Garden Lyon au cœur Historien moderniste, spécialiste de démographie historique et des villes, Maurice Garden est notamment l’auteur de Lyon et les Lyonnais au xviiie siècle (1970, rééd. Flammarion, 1975). Il est mort le 24 mars, à 90 ans. LES GENS @ AVIGNON Recherche et Création Confronter le théâtre et les sciences pour comprendre autrement l’actualité, c’est le pari, depuis 2014, des Rencontres Recherche et Création. Artistes et chercheurs de différentes disciplines sont invités par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et le Festival d’Avignon à venir dialoguer les 9 et 10 juillet au cloître Saint-Louis dans la Cité des papes. Cette 13e édition explorera le thème « Ce qui nous hante, ce qui nous lie : comment exprimer l’indicible ? ». Avec notamment Alain Delissen, Hélène Dumas et, pour le forum « La création comme liberté(s) », Robert Darnton, Romain Huret, Jean-Claude Yon. n Plus d’informations sur www.recherche-creation-avignon.fr HOMMAGE L E S J O U R N É E S Q U I O N T F A I T L A F R A N C E G A L L I M A R D 18 MARS 1871 Michel Winock La Commune La guerre civile des Français Gallimard présente MICHEL WINOCK La Commune La guerre civile des Français «Dans son nouvel essai, rédigé d’une plume élégante et émue, Michel Winock rend justice à la richesse sociale et politique de l’insurection parisienne de 1871, un "mythe universel" toujours porteur d’espoir.» Jean Birnbaum, Le Monde des Livres «L’historien Michel Winock montre en quoi ce 18 mars 1871, où Paris s’est révolté contre les choix "pacifistes" du gouvernement, a constitué une journée qui a fait la France. Une leçon très utile sur la propension française à la "guerre civile".» Jacques de Saint Victor, Le Figaro Littéraire «Un ouvrage qui est appelé à devenir le nouveau livre de référence sur la Commune.» Nathalie Lacube,La Croix 2026-GALLIMARD-MICHEL-WINOCK_HISTOIRE - 170 x 120_V3.indd 1 2026-GALLIMARD-MICHEL-WINOCK_HISTOIRE - 170 x 120_V3.indd 1 30/04/2026 16:14 30/04/2026 16:14 PHOTO PERSONNELLE – BUL AC, TOUS DROITS RÉSERVÉS 10 / Revue mensuelle créée en 1978, éditée par les Éditions L’Histoire 41 bis, avenue Bosquet, 75007 Paris Président-directeur général et directeur de la publication : Claude Perdriel Directeur éditorial : Maurice Szafran Directeur éditorial adjoint : Guillaume Malaurie Conception graphique : Dominique Pasquet Éditeur : Alain Scemama Pour toute question concernant votre abonnement Tél. : 01 55 56 71 19 Courriel : abo.histoire@groupe-gli.com L’Histoire, service abonnements 45,avenueduGénéral-Leclerc,60643ChantillyCedex Belgique : Édigroup Belgique, tél. : 070 233 304 Suisse : Édigroup SA, tél. : 022 860 84 01 Tarif France : 1 an, 12 nos : 67 € 1 an, 12 nos + 4 nos Hors-série.Collections : 89 € Tarif autres pays : nous consulter Achat de revues et d’écrins L’Histoire, 45,avenueduGénéral-Leclerc, 60643ChantillyCedex Tél. : 01 55 56 71 19 RÉDACTION, DOCUMENTATION, RÉALISATION Tél. : 01 70 98 suivi des 4 chiffres Courriel rédaction : courrier@histoire.presse.fr Directrice de la rédaction : Valérie Hannin (19 49) Assistante de rédaction : Marie Alberto Jeanjacques (19 51), LouisePointud’Imbleval Conseillers de la direction : Michel Winock, Jean-Noël Jeanneney Rédactrice en chef : Héloïse Kolebka (19 50) Rédacteur(rice)s en chef adjoint(e)s : Géraldine Soudri (19 52), Olivier Thomas (19 54) Secrétaire général de rédaction: Raymond Lévêque (19 55) Chef de rubrique : Ariane Mathieu (19 53) Rédaction : Julia Bellot (19 60), Lucas Chabalier, Domitille de Gavriloff, François Mathou, Huguette Meunier, Nina Tapie (19 30) Rédaction-révision-correction : Hélène Valay Directrice artistique : Marie Toulouze (19 57) Service photo : Jérémy Suarez-Lalouni (19 58) COMITÉ SCIENTIFIQUE Pierre Assouline, Jacques Berlioz, Patrick Boucheron, Catherine Brice, Bruno Cabanes, Johann Chapoutot, JoëlCornette,Clément Fabre, Anaïs Fléchet, Jean-NoëlJeanneney,PhilippeJoutard, Emmanuel Laurentin, Julien Loiseau, Pap Ndiaye, Fabien Paquet, Olivier Postel-Vinay, Yann Potin, Yves Saint-Geours, MauriceSartre,ClaireSotinel, Pierre-FrançoisSouyri,Laurent Theis, Annette Wieviorka, Olivier Wieviorka, Michel Winock CORRESPONDANTS Dominique Alibert, Claude Aziza, Vincent Azoulay, Antoine de Baecque, Esther Benbassa, Françoise Briquel-Chatonnet, Guillaume Calafat, Jacques Chiffoleau, Alain Dieckhoff, Hervé Duchêne, Olivier Faron, Marie Favereau, Christopher Goscha, Christian Grataloup, Isabelle Heullant-Donat, Gilles Kepel, Matthieu Lahaye, Marc Lazar, Olivier Loubes, Gabriel Martinez-Gros, Marie-Anne Matard-Bonucci, Guillaume Mazeau, Nicolas Offenstadt, Pascal Ory, Michel Porret, Yann Rivière, Isabelle Surun, Boris Valentin, Sylvain Venayre, Catherine Virlouvet, Nicolas Werth Ont collaboré à ce numéro : Matthieu Gabarda, David Heck, Lucile Juteau (partenariats),SophieLeGallo(secrétariatderédaction), CarlaRocheSebastião FABRICATION Creatoprint : Isabelle Dubuc, Sandrine Bourgeois, Loïc Rossigneux ACTIVITÉS NUMÉRIQUES Erwan Treyz (erwan.treyz@histoire.presse.fr) SERVICES ADMINISTRATIFS ET FINANCIERS Directrice administrative et financière : Jaye Reig MARKETING DIRECT ET ABONNEMENTS Responsable abonnements : Frédéric Eschwège (feschwege@lhistoire.fr) Responsable du marketing direct : Linda Pain (lpain@lhistoire.fr) VENTES ET PROMOTION Directeur : Valéry-Sébastien Sourieau (19 11) Ventes messageries : Mercuri Presse Conseil, Frédéric Vinot (01 42 36 80 52) Diffusion librairies Pollen/Dif’pop’ Tél. : 01 43 62 08 07, fax : 01 72 71 84 51 RÉGIE PUBLICITAIRE Mediaobs 44, rue Notre-Dame-des-Victoires, 75002 Paris Tél. : 01 44 88 suivi des 4 chiffres Courriel : pnom@mediaobs.com Directeur général : Corinne Rougé (93 70) Directeur de publicité : Romain Provost (89 27) Directeur de clientèle : Antoine Kodio (97 79) Studio : Brune Provost (89 13) Gestion : Catherine Fernandes (89 20) mediaobs.com 3 L’édito 4 Forum 6 On va en parler Événement 12 MARC BLOCH, « MORT POUR LA FRANCE » par Annette Becker • A quoi sert le Panthéon ? trois questions à Yann Potin • Dans la crypte, l’exposition-hommage Actualité 24 Passion licorne par Jacques Berlioz 26 Lee Miller/Robert Capa. Deux photographes au front par Marianne Amar 28 La préhistoire, passion française entretien avec Jean-Jacques Hublin 30 Rocard, faiseur de paix par Vincent Duclert Dossier Nos avantguerres 34 1938-1939. Vous avez dit « munichois » ? par Robert Frank • « Moi, Tomi Ungerer, 7 ans en 1938 » par Manon Pignot • Sondages Ifop, 1938-1939 : de l’apaisement à la détermination •Dates-clés 44 1870. Celle que l’on n’a pas vue venir par Odile Roynette •Dates-clés 50 1905-1914. Pourquoi pouvait-on ne pas y croire ? par Bruno Cabanes • 31 juillet 1914 : « On a du temps » ou l’erreur de Jaurès par Stéphane Audoin-Rouzeau VINCENNES, SERVICE HISTORIQUE DE L A DÉFENSE – ALBERT HARLINGUE/ROGER-VIOLLET P. 12 P. 32 / 11 Sommaire L’HISTOIREN°544 - JUIN 2026 COUVERTURE : Mobilisation à Paris, le 6 août 1914 (Caudrilliers/ExcelsiorL’Équipe/Roger-Viollet). FRANCE CULTURE Le jeudi 28 mai à 9 heures, retrouvez L’Histoire dans l’émission de Xavier Mauduit « Le Cours de l’histoire » L’Atelier des chercheurs 68 ABBASSIDES, L’EMPIRE-MONDE par Vanessa Van Renterghem 76 1724, LE SCHISME D’ANTIOCHE par Bernard Heyberger 82 PARTIE D’ÉCHECS ENTRE SŒURS par Florence Chantoury-Lacombe • Des puissances somnambules ? • Débat : « loi des trois ans », la faute ? • 2 août 1914 : dans la presse, Mme Caillaux ! • Péronne se raccroche au passé • Infographie : mobilisés en 1914 •Dates-clés 60 Années 1950. La hantise nucléaire par Renaud Meltz • 1946, fausse panique •Infographie : 1951, le pic de la peur 64 Sommes-nous en avant-guerre ? par Stéphane Audoin-Rouzeau, Bruno Cabanes, Muriel Domenach, Robert Frank et Pierre Schill •Pour en savoir plus Guide 84 LIVRES Le livre du mois Dominique Barbe par Pierre-François Souyri La sélection de « L’Histoire » La bande dessinée par Delphine Froment Le classique Gérard Labrot par Olivier Poncet Les revues 92 SORTIES Expositions par Hervé Duchêne Cinéma par Antoine de Baecque 98 CARTE BLANCHE de Pierre Assouline BRITISH LIBRARY, OR. 7238 FOLIO 9V/AURIMAGES – DAMAS, MUSÉE DES ARTS POPUL AIRES ; BRIDGEMAN IMAGES POZNAN, MUSÉE NATIONAL ; ERICH LESSING/AKG-IMAGES Ce numéro comporte un encart Sophia boutique Montre sur une partie de la diffusion abonnés. Pour vous abonner à L’Histoire, rendez-vous à la page 5 P. 76 P. 68 P. 82 L’HISTOIREN°544 - JUIN 2026 12 / Événement Marc Bloch, « mort pour la France » Il sera, le 23 juin prochain, le premier historien à entrer au Panthéon. Mais Marc Bloch est beaucoup plus que cela. Républicain d’origine juive alsacienne, professeur et guerrier, patriote et germanophile, résistant et martyr tombé sous les balles nazies en 1944, il incarne la figure de l’intellectuel prêt au sacrifice pour le collectif. Par Annette Becker L’AUTEURE Professeure émérite à l’université Paris-Nanterre, Annette Becker a notamment publié Des Juifs trahis par leur France (Gallimard, 2024). Édifiant, son itinéraire de passionné de la France : « La France […] j’y suis né, j’ai bu aux sources de sa culture, j’ai faitmiensonpassé,jenerespirebienque sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. » Marc Bloch aurait pu prononcer ces motsàtoutmomentdesavie.Illesarédigés en 1940, lorsqu’il découvre l’exclusion en tant que Juif, et continue à se battre pour les valeurs de sa France. Sa pensée patriotique et citoyenne participe de deux axes. Sur le premier, structurel ou diachronique, toute son énergie est tendue vers les forces vives de la nation, quels que soient les sacrifices personnels : ceux de 14-18 ; entre 1939 et juin 1940, lorsqu’il est mobilisé à sa demande ; puis dans la M arc Bloch figure déjà deux fois au Panthéon. Il fait partie de Ceux de 141 qui ont accompagné, en 2020, l’entrée dans le temple républicain de MauriceGenevoix,écrivain-témoinde la Grande Guerre, à travers les installations de l’artiste Anselm Kiefer – six vitrines emplies de coquelicots de plomb, de ferrailles, de bicyclettes de tranchéeetdecapotesterreuses–etla composition sonore In nomine lucis de Pascal Dusapin. Son nom y est aussi gravé depuis 1949 parmi la liste des «écrivainsmortspourlaFrancependant la guerre de 1939-1945 ». Mais, le 23 juin 2026, l’historiencombattant des deux guerres, le résistant torturé et assassiné en 1944 par les Allemands, entre cette fois au Panthéon par le grand fronton, celui de « la patrie reconnaissante », qui n’aura sans doute jamais mieux mérité son titre d’« École normale des morts » (Mona Ozouf). L’exemplarité républicaine du parcours de ce grand intellectuel lui vaut de conclure un cycle commémoratif ouvert en 2014 avec le centenaire de la Première Guerre. Cérémonie Marc Bloch (page de droite, décoré de la croix de guerre) entrera au Panthéon par cénotaphe. Ci-contre, en haut : ses enfants ont dû attendre 1955 pour recevoir le « certificat de validation des services, campagnes et blessures des déportés et internés de la Résistance ». A la mention « Blessures de guerre », il est noté « Mort pour la France ». FRANCESCA MANTOVANI/GALLIMARD/OPALE.PHOTO – VINCENNES, SERVICE HISTORIQUE DE L A DÉFENSE – ARCHIVES FAMILIALES MARC BLOCH – J.-F. ROLLINGER/ONLY FRANCE/AFP
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