La fleur d'Or - Le chrysanthème - Page 17 - Didier BERNARD 95 photographies couleur95 photographies couleur GUNTEN La fleur d’or Le chrysanthème Son histoire –Son histoire – Sa cultureSa culture Les principales variétésLes principales variétés 3/ La conquête de l’Europe Plusieurs variétés de chrysanthèmes étaient cultivées en Hollande en 1688. Jacob BREYN, négociant et botaniste, les décrivit et les baptisa «Matricaria». Par ailleurs, vers 1750, la présence de chrysanthèmes est notée dans les jardins de l’Hôpital de Chelsea en Angleterre, jardin cultivé par un Monsieur MILLER, chef jardinier. Au XVIIIème siècle, le naturaliste Carl von Linné entra en possession d’une variété qu’il baptisa Chrysanthemum Indicum et qui correspond à l’une des variétés à l’origine de nos chrysanthèmes actuels. Cependant, aucune de ces sou- ches initiales, conservées dans des herbiers à des fins d’études, ne sera à l’origi- ne de la propagation de la plante en Europe. (Le dossier complémentaire n°5 trai- tera de la classification de l’espèce ainsi que de ses origines.) Le chrysanthème a réellement fait son apparition en Europe grâce à son intro- duction en France en 1789. Il est bien facile de se souvenir de l’année, d’autant que dans l’histoire de notre «Fleur d’Or», cette date représentera une vraie révo- lution ! Troisième épisode : l’introduction en France en 1789 Comme toutes les grandes conquêtes d’un continent, celle-ci se fit par bateau. Le débarquement eut lieu à Marseille. — Nom du fautif ? — Le navigateur BLANCARD, Pierre de son prénom ! — Qualités ? — Capitaine de mer, sans doute intéressé par les échanges, le commerce et comme nombre de marins de cette époque, la botanique. Sans doute également grand aventurier pour avoir, en toute conscience, tenté d’importer de Chine afin de les introduire en France, quelques boutures de trois variétés de chrysanthèmes et certainement doué pour avoir réussi ! En fait, une seule variété survécut aux péripéties du voyage. Il s’agissait d’un cultivar* pourpre d’une variété chinoise nommée Ku-hoa. L’abbé de RAMA- TUELLE, botaniste à ces heures, héritera de certains sujets et tentera de leur don- ner une appellation scientifique différente de celle de Linné (voir chapitre concer- nant la classification en page 205). 1515 La première floraison sur le sol euro- péen de cette plante nouvelle se produisit en 1790 à Marseille, ainsi que dans le Jardin du Roi de France dont le jardinier-chef avait reçu de l’abbé de RAMATUELLE plusieurs exem- plaires. La véritable nuance est «lie de vin». La fleur est tubulée. La destruction du Jardin du Roi pendant la révolution ne mit pas en péril la variété qui avait entre-temps été mul- tipliée par bouturage et avait conquis la région parisienne ainsi que le midi de la France. Un horticulteur contemporain, Jacques Cels, ex- pédia quelques exemplaires en Angleterre où ils fleuriront en 1791. Après Pierre BLANCARD, d’autres navi- gateurs importeront des boutures et de multiples graines. L’impératrice Joséphine, en 1808, honora à La Malmaison Pierre Blancard qui en profita pour lui offrir un bouquet de chrysanthèmes. Cet épisode historique passé, le chrysanthème va connaître une époustouflante ascension. – fin XVIIIème et début XIXème siècle : nouvelles importations en Europe. – 1804 : un premier «sport»* (mutation affectant le plus souvent la couleur de la fleur) est signalé. (Le problème des mutations sera plus longuement évoqué dans le dossier complémentaire N°3 en page 186). – 1824 : vingt-sept variétés sont répertoriées en Europe. De plus en plus d’expositions s’organisent et, en 1826, à Londres, 48 variétés sont présentées. Une compétition commence entre la France et l’Angleterre pour la présentation d’un nombre chaque année plus grand de nouvelles variétés, géné- ralement obtenues par mutations ou provenant de l’importation. 1616 Croquis n°1 : le premier chrysanthème horticole, importé en France par Pierre BLANCARD, la variété "Ku-hoa" (couleur lie-de-vin) Quatrième épisode : les premiers semis en Europe : 1827 – 1827 : Un tournant s’opère, sans doute aussi important, dans l’histoire du chrysanthème que l’importation de la première variété par Pierre BLANCARD : un Toulousain passionné par cette fleur, nommé Marc BERNET, capitaine à la retraite, découvre par hasard que le climat du midi de la France est propice à la fécondation naturelle du chrysanthème. Il récolte en Automne 1826 les pre- mières graines européennes de cette plante. Il les sèmera au printemps 1827 et obtiendra dès la première année de belles variétés. La possibilité de semer est alors d’actualité, elle ouvre la porte à une passion nouvelle qui va mettre en action l’énergie de dizaines d’horticulteurs, botanistes, chercheurs, jardiniers, bourgeois désoeuvrés, qui vont se livrer à de multiples hybridations pour des résultats aussi nombreux qu’anarchiques. Malgré les semis, les importations de Chine et du Japon se poursuivent, notamment sous l’action de Robert FORTUNE, botaniste anglais qui découvrit et rapporta de Chine une race naine à pompons, la pâquerette de Chusan, ancêtre de nos variétés à petites fleurs ainsi que des précoces. Il importa surtout de nom- breuses variétés à grosses fleurs, importation qui fut en grande partie à l’origine de l’engouement pour la culture des très grosses fleurs. A partir de 1880, il n’est plus possible de recenser les variétés produites en Europe, bien qu’un répertoire ait tenté de le faire en 1897 pour arriver à un résul- tat qui dépassait les neuf mille cultivars ! La compétition France-Angleterre et la course effrénée pour produire un nom- bre toujours plus grand de nouvelles variétés ont déclenché une situation qui pou- vait se terminer par une désaffection du public rebuté par une absence totale de repères. La recherche avançait aux dépens de la qualité et dans la méconnaissan- ce totale des attentes de ce public. C’est pour remédier à une telle situation que quelques passionnés, lyonnais pour la plupart, ont créé, en 1896, la Société Française des Chrysanthémistes. 4/ La création de la SFC (Société Française des Chrysanthémistes) Un chapitre entier détaillé est consacré à l’origine de la SFC en partie VII. Il est bon cependant d’évoquer rapidement la naissance de la SFC dès ce chapitre afin que le lecteur comprenne en quoi la Société Française des Chrysanthémistes 1717 a été le résultat inévitable et logique de l’enthousiasme au dix-neuvième siècle de tout un public pour cette fleur. Les objectifs de cette association viseront à organiser chaque année un congrès ainsi que, simultanément, une exposition de chrysanthèmes dans une grande ville de France. A cette occasion, un comité floral est chargé de juger et de récompen- ser les variétés les plus méritantes parmi celles présentées en concours. C’est donc pour limiter l’anarchie de la création au profit d’une meilleure qualité que la SFC a été fondée. A l’origine, la SFC était principalement composée d’a- mateurs, de collectionneurs ainsi que des premiers horticulteurs. Plusieurs dizaines de sociétés locales ont rejoint la SFC. Chaque année, à côté de l’exposition nationale organisée par la SFC, des dizaines d’autres expositions d’automne avaient lieu en France. En 1897, 73 expositions se sont tenues en Angleterre, fréquentées par les quatre cents clubs de chrysanthémistes que comp- tait ce pays. Ce virus s’étend à toute l’Europe occidentale. Les expositions dans toutes les capitales européennes déplacent des centaines de milliers de visiteurs. Les passionnés traversent la Manche pour se rendre aux salons de Paris ou de Londres... En 1889, la «Fleur d’Or», accrochée à la boutonnière, devient un sym- bole de richesse et de stabilité financière aux Etats Unis à l’occasion d’une élec- tion présidentielle... L’engouement du public pour cette fleur d’automne n’aura pas atteint le niveau social emblématique qu’il a atteint dans les civilisations chinoise ou japonaise. Cependant, il a représenté, même en Europe et notamment en France ou en Angleterre, un phénomène culturel qui a impliqué chaque année davantage les personnalités à un point tel qu’aucun Président du Conseil ou Président de la République en France n’aurait osé manquer l’inauguration d’une exposition de chrysanthèmes. Transposé dans un contexte plus actuel, cela reviendrait, en 2006, pour un candidat aux élections présidentielles françaises, à bouder le salon de l’a- griculture de Paris... Pauvre candidat ! L’expression populaire «inaugurer les chrysanthèmes» reposait sur une réalité sociale incontournable. Seules les deux guerres mondiales empêcheront la SFC de tenir ses congrès et ses expositions. Il n’est plus possible de tenir aujourd’hui un catalogue des variétés anciennes et actuelles. Elles se compteraient par dizaines de milliers. J’alimente moi-même, à titre de divertissement, une base de données sur ce sujet : ces quinze dernières 1818 années, en France exclusivement, trois mille variétés différentes ont été présen- tées dans les catalogues des obtenteurs français ! Dans ce modeste ouvrage, le lecteur pourra le vérifier, il sera très peu question de la «Toussaint». Cela est dû au fait que le chrysanthème est l’une des plus bel- les fleurs d’ornement et non un article mortuaire. C’est la Toussaint qui, dans le calendrier chrétien, coïncide avec la floraison du chrysanthème et non l’in- verse ! Nul doute que les espèces botaniques, ancêtres de notre chrysanthème actuel fleurissaient déjà en automne, bien avant l’apparition de la religion ! Mais il faut en parler car si le chrysanthème est la fleur la plus offerte au monde pour toute occasion festive, cette fleur conserve encore, en France exclusivement, une connotation mortuaire pour une partie du public, heureusement, chaque année plus marginale. L’histoire voudrait que le responsable en soit Clemenceau. (J’en profite pour rappeler que Clemenceau s’écrit sans accent aigu !) Ce dernier, lors du premier anniversaire de l’armistice, soit en 1919, aurait appelé les citoyens français à fleu- rir chaque année à l’occasion du 11 novembre, les tombes des jeunes soldats fran- çais tombés au front ... quelle autre fleur que le chrysanthème pouvait être utili- sée à cette époque ? Voici comment est né ce qui deviendra une tradition. Il n’en reste pas moins que cet épisode a donné un coup de fouet à l’horticulture fran- çaise qui a beaucoup sollicité les obtenteurs. Globalement, la recherche variétale a dû, quelque part, en profiter. Et puis, il n’y a aucun mal à fleurir de la plus belle fleur, la tombe d’un être qu’on a aimé ! Chacun comprendra que ces quelques lignes d’histoire résument en réalité des millénaires de culture, faits de milliers de croisements et d’hybridations sans les- quels le patrimoine génétique de notre chrysanthème actuel ne serait pas aussi riche et imprévisible. Grace à tous ces passionnés actuels et disparus, semer cent graines de chrysanthèmes permet d’obtenir pratiquement cent variétés différen- tes. L’histoire de la «Fleur d’Or» présentée dans ce chapitre mériterait la réalisa- tion d’un ouvrage tout entier. C’est volontairement que seuls les évènements les plus marquants ont été évoqués afin de conserver l’esprit de cet ouvrage qui sou- haite rester un outil pratique pour l’amateur. 1919 CHAPITRE II LES PRINCIPALES VARIETES 1/ Les chrysanthèmes anciens et la fleur à couper 2/ Les grosses fleurs 3/ Les petites fleurs 4/ Les formes sculpturales Comme cela a été dit précédemment, il n’est pas possible de citer les innom- brables variétés de chrysanthèmes. Ce chapitre n’a pour ambition que de présen- ter les différents groupes de variétés horticoles actuellement cultivées en Europe. Il ne sera pas question de classification scientifique, il faudrait d’ailleurs que les scientifiques soient d’accord entre eux pour attribuer un nom au chrysan- thème moderne, moult fois hybridé ! Ce qui devrait nous laisser encore beaucoup de temps devant nous... temps que je vais mettre à profit pour proposer seulement quatre grandes familles ou groupes de variétés. Cette classification fait davantage appel à l’histoire de la plante, à une logique d’utilisation ainsi qu’à des modes de culture plutôt qu’à une appartenance botanique. 1/ Les chrysanthèmes anciens et la fleur à couper Tous les cultivars qui entrent dans cette catégorie proviennent directement des variétés très anciennes, telles qu’elles existaient ou existent encore en Chine ou au Japon. Ces fleurs se présentent généralement sur une très longue tige qui privilégie une utilisation comme fleur coupée. Généralement, elles sont cultivées en uniflo- res* ou en potées de trois à cinq fleurs. La dimension de la fleur est très variable : de nombreuses variétés de pompons tubulés de petite taille, de marguerites à grande tige, d’alvéolés ont une fleur de quelques centimètres de diamètre. A contrario, les vedettes de cette grande famille de variétés anciennes sont des spé- cimens sur tige vigoureuse pouvant atteindre 1,50 m de hauteur dont les fleurs, au diamètre impressionnant dépassant généralement les vingt centimètres, pré- sentent toutes les formes possibles et imaginables : incurvées, récurvées, incur- vées-récurvées, frisées, tubulées, échevelées, en forme de poire, dissymétriques, etc... (voir chapitre VI p. 145). Ces chrysanthèmes dits «anciens» étaient les seuls cultivés jusqu’au début du vingtième siècle en France et, dans une plus faible proportion, jusqu’à la secon- de guerre mondiale. Leur culture avait pour but de fournir de la fleur à couper. 2323 C’est pourquoi sur d’anciennes pierres tombales, on peut encore voir d’énormes vases, taillés dans la masse ou collés : ils étaient destinés à recevoir des fleurs coupées, pro- duction essentielle et localement unique de l’horticulture de notre pays au XIXème siècle et début vingtième. En marge du marché des uniflores*, ces plantes per- mettaient une culture artistique et la formation de compositions sculpturales aux dimensions impres- sionnantes dans leurs pays d’origine comme cela a été expliqué dans le chapitre précédent. En Europe, et en France notamment, les formes gigantesques ont été rarement recherchées. La cul- ture de potées à taille basse, à trois ou cinq fleurs, s’est en revanche considéra- blement développée depuis la fin du XIXème siècle. Son essor est fulgurant tout au long de la première moitié du XXème siècle. Ce développement s’explique par une meilleure adaptation au besoin de la clientèle mais aussi par le développe- ment d’une méthode de culture dite méthode «CHOULET», du nom du jar- dinier-chef des cultures florales du parc de la Tête d’Or à Lyon, qui a su développer une technique permettant d’économiser trois à quatre mois de culture en bouturant tardivement (avril), ce qui permettait de réserver le premier bouton qui se présentait en août et d’obtenir une potée à taille (relativement) basse tout en préservant le diamètre des très grosses fleurs. Ces magnifiques plantes ont toutes disparu du marché pour laisser la place à partir du vingtième siècle aux variétés mieux adaptées à une production en pots et qui seront décrites ci-dessous : les grosses fleurs ainsi que les petites fleurs appelées aujourd’hui «multifleurs». Par chance, la culture très délicate des variétés très anciennes reste la passion de quelques amateurs confirmés parmi lesquels certains hybrident encore et obtiennent de superbes nouveautés. Cet ouvrage n’abordera pas cette culture très 2424 Photographie n°2 : d’autres variétés anciennes. Photographie n°1 : très anciennes variétés à très grosses fleurs. spécifique. Les lecteurs intéressés par les anciennes variétés pourront se reporter au livre de E. Volp qui ne traite que de ce sujet et que l’on peut peut-être encore trouver auprès de la SFC ainsi qu’à d’autres ouvrages cités en annexe mais hélas difficiles à se procurer. Il est également conseillé aux passionnés de variétés anciennes de se mettre en rapport avec le Conservatoire National du Chrysanthème. C’est dans un but de sauvegarde de ce prestigieux patrimoine que sont les anciennes variétés qu’en 1990 s’est créé sous l’impulsion de Madame Paulette Lemaire, le Conservatoire National du Chrysanthème. Un sous-chapitre particulier en page 168 reviendra plus en détail sur le rôle de cette association. De nos jours, la production de fleurs à couper reste une part gigantesque du marché mondial de la fleur. La France abandonne petit à petit cette part de mar- ché au profit d’autres pays comme la Hollande. Il n’en demeure pas moins que grâce à cette production de fleurs coupées, le chrysanthème est peut-être aujour- d’hui la plante fleurie la plus cultivée au monde. Elle entre dans la composition de la majorité des bouquets, que cela soit sous la forme d’une marguerite, d’un pompon, d’une grosse fleur, d’un tokyo, d’un tubulé-spatulé, etc.. La plupart du temps, les chrysanthèmes pour fleurs coupées sont des variétés du vingtième siè- cle dont une majorité ont de longues tiges mais de petites fleurs. Les très grosses fleurs provenant de variétés anciennes ne sont plus utilisées dans le commerce. Les obtentions modernes de toutes ces fleurs à couper sont très attirantes et il est parfois possible, après avoir acheté un bouquet, de faire des boutures de tron- çons d’une variété avant d’en jeter les fleurs flétries. J’ai essayé pour le plaisir, les boutures ont bien passé l’hiver et j’ai obtenu une belle souche au printemps. J’ai dû hélas m’en séparer tant elle était sensible aux maladies mais d’autres variétés résisteront sans doute mieux. N’hésitez pas à faire également de tels essais ! 2/ Les grosses fleurs Les techniques de culture par pincements successifs, très délicates et variant d’une espèce à l’autre, combinées à l’essor d’une production de plus en plus importante de potées ainsi que la standardisation de la production et du marché ont mis un terme au succès plusieurs fois centenaire des anciennes variétés qui demeurent aujourd’hui, en France, l’exclusivité d’amateurs passionnés. 2525
La fleur d'Or - Le chrysanthème - Page 17
La fleur d'Or - Le chrysanthème - Page 18
wobook